Notes de visionnage 2022

 

janvier  2022

 
Nanjing! Nanjing!, Lu Chuan (2009)

j’avoue ne pas avoir compris l’angle du film. Le début du film censé présenter les enjeux finaux est complètement chaotique en nous présentant un certain nombre de personnages dont certains mourront presque aussitôt. Puis c’est une suite de catalogue à la « pervers » des atrocités perpétrées par les Japonais, le récit se concentre alors sur le personnage d’un traducteur chinois détaché au près d’un diplomate nazi et de sa famille, et en parallèle, un autre personnage prend un peu plus d’épaisseur : le soldat japonais un peu mièvre et humain. Le traducteur voit sa famille et sa sécurité se réduire à peau de chagrin, et après un geste fort courageux digne du Chinois de l’année, s’en est finit également de ce côté du casting, et le film s’achève sur deux gestes de bravoure du soldat japonais, et un dernier final, radical, dont on ne sait trop s’il est censé être un geste courageux, de dépit, d’espérance… Bref, c’est pas très clair, et m’est avis qu’au scénario on ait voulu retracer le parcours de personnages réels des massacres (à en voir le générique final qui nous dévoile les années de décès des protagonistes) en essayant de réduire tout ça en sauce en espérant que ça prendra par le plus heureux des hasards. Ben, le hasard fait pas bien les choses, que les faits rapportés soient réels ou non, mélanger des torchons et des carottes à la casserole, ç’a peu de chances que ça prenne. C’est bien de raconter l’histoire du massacre, mais je connais peu d’exemple de films réussis autrement qu’en prenant un événement tragique en toile de fond d’une histoire, elle, bien fictive et par conséquent construite selon des codes éprouvés en dramaturgie. J’en un exemple tout récent d’ailleurs, avec 1987, un film coréen sur la répression du pouvoir alors en place face aux étudiants, où on voit d’abord le meurtre d’un étudiant suite à la torture, puis les événements s’emballent, on peine un peu à savoir où on va, puis une amourette semble se mettre en place, je commence à douter sérieusement de l’intérêt du film, qui pourtant trouve le sens de sa trajectoire à la fin quand on comprend que le garçon dont était en train de s’éprendre la jeune fille sera un nouvel étudiant tué par les forces au pouvoir et cela en pleine manifestation. La boucle est bouclée. Ici, franchement, je vois rien qui se boucle. L’angle grossier du film, c’est de choisir arbitrairement, et un peu comme dans un film choral, des victimes du massacre (dont un « Juste » japonais, comme une tentative maladroite sans doute d’opposer un peu de nuances à un événement particulièrement meurtrier ; il est assez étrange de chercher à vouloir passer par une nuance tout en se refusant à le faire à travers l’arme habituelle des cinéastes pour en apporter : la singularité — une petite histoire enfermée dans la grande ; et cela même alors que la nuance paraît au contraire jurer avec le reste du tableau : tous les Japonais sont cruels dans le film, sauf ce petit être insignifiant ?! c’est de la nuance de lourdaud ça). Quant au sens à donner en plus à ce happy end tarabiscoté, j’avoue ne pas trop savoir quoi en penser. Dernière chose assez agaçante dans le film, la constance dans la dignité des vaincus maltraités : au milieu des femmes qui pleurent, il se trouvera toujours une poignée de bons chinois humiliés mais droits qu’on ne manquera pas de montrer en gros plan. On imagine le même film dans un camp nazi, avec les mêmes outrances générales et avec une dernière note de couleur pseudo-subtile afin de sauver le comportement humain d’un conducteur de train, et on comprend mieux le malaise. C’est pas le « travelling de Kapo », mais y a bien des questions éthiques et d’approche générale face à des événements historiques et tragiques qui imposent du tact, de la distance et, oui, de la nuance. Tout ce que le film malheureusement ici manque.

Le Septième Continent, Michael Haneke (1989)

Haneke, y a pas à dire, c’était quand même mieux avant. Radicalité dans l’austérité et le minimalisme, les non-dits, la distanciation. Mais aussi radicalité dans le discours (si tant est qu’on puisse y comprendre réellement quelque chose au-delà d’une vague critique de la société de consommation et d’apparences) et la violence. La prise de distance est tellement premier degré qu’on en ri presque, alors que par exemple, celle au second degré presque similaire d’un Roy Andersson ou d’un Aki Kaurismaki aurait plus tendance à me donner envie de mourir. La fin est peut-être moins réussie : montrer les difficultés du passage à l’acte, sans doute, mais les apitoiements, ça me semble au contraire perdre en radicalité. Et dans l’art, il faut être radical.

Le Mystérieux X, Benjamin Christensen (1914)

commentaire :

Lilja 4-ever, Lukas Moodysson (2002)

Difficile de ne pas penser (même s’ils ne sont pas du tout de la même époque et que celui-ci le précède de plusieurs années) à Ayka de Sergey Dvortsevoy. On passe d’une jeune fille traînant dans le froid, cherchant du travail, vivant dans un squat, enceinte, trompée et rejetée de tous à l’adolescente abandonnée par sa mère, convoitée par les chiens (pardon, les hommes), obligée bien malgré elle et par la force des choses par se prostituer (les services sociaux la laisse à son sort), puis abusée par un rabatteur chargé de lui promettre la lune avant de la laisser à un proxénète dans un nouveau pays… La même cruauté, la même violence (surtout psychologique dans l’un, sexuelle dans l’autre), surtout la même précarité extrême pour des filles courageuses mais vulnérables. Avec pourtant la réussite de ne pas tomber dans des excès, sans doute grâce à la manière de les filmer et de ne jamais les quitter : un peu comme elles, on a la tête dans le sac, et on n’a pas les moyens de juger des violences stéréotypées dont elles peuvent être victimes puisqu’on les subit sans jamais avoir le regard de qui que ce soit d’autre. Autre référence, la cruauté sadique du Marquis avec sa Justine. Je vais finir par croire que j’aime voir les femmes souffrir…

Valhalla Rising, le guerrier qui ne souffle mot, Nicolas Winding Refn (2009)

À l’Aguirre comme à l’Aguirre… Vaine tentative d’imitation entre Aguirre et Apocalypse Now. Seulement comme d’habitude, le bon Nicolas n’a pas de scénario et pense pouvoir s’en sortir à travers sa seule mise en scène. Pas de chance, sans vent, la barque de Nicolas n’avance pas. Alors il siffle et tente d’imiter le vent en gonflant les joues. Pas de chance non plus, les muses viennent le mettre à l’index et ses joues font prout. Enfin, puisque Nicolas voudrait malgré tout faire quelque chose de ces quelques filets d’air qui sortent ridiculement de ses joues, il se dit que s’il annonce chacun de ses prouts par des titres de chapitre, le spectateur en sera incroyablement impressionné. Façon Duchamp, ou Magritte. « Ceci est un urinoir. Non, ce n’est pas ça. Je suis une mouette. » Du coup, ça fait pschitt et Nicolas est content. Nous, un peu moins. On a payé dix balles pour le voir faire des prouts avec sa bouche, et on n’a plus qu’une chose à dire quand la lumière revient et qu’on croit se réveiller d’un long sommeil : « Souffler n’est pas joué, Nicolas. » Il fait le malin et croit nous impressionner avec le tour des autres qu’il récite comme un enfant de dix ans qui les a appris la veille, mais nous on voit tout. C’est trop pour de faux.

Druk, Thomas Vinterberg (2020)

La sélection naturelle. Ceux qui ne peuvent pas tenir l’alcool n’ont qu’à crever. Les autres continueront de se droguer pour devenir des hommes. Parce que hé, on n’est pas seulement plus masculin quand on boit, on est aussi plus intelligent, plus sûr de soi, plus attirant pour ses élèves, pour sa femme, d’ailleurs, plus on boit c’est connu plus on a la trique et plus les femmes nous applaudissent. Droguez-vous les gens, c’est bon pour votre santé. Et rappelez-vous bien le message du film : n’écoutez pas les rabat-joie qui vous disent que l’alcool est dangereux, parce que si vous êtes fort, vous tenez l’alcool. On est un homme ou on ne l’est pas.

Menace II Society, les frères Hughes (1993)

Je poursuis mon voyage à travers les films de gangs des ghettos de Californie après Boyz in the Hood. Toujours pas convaincu. La distance avec la violence, c’est toujours pas ça. Globalement, malgré la morale de l’histoire et l’usage du récit à la première personne, il y a une certaine complaisance envers tout ce que véhicule de toxique cette société : dès la première séquence, on voit deux guignols s’en prendre à un couple coréen tenant une superette parce que l’homme a dit quelque chose jugé d’insultant par un des deux guignols (on apprend sur IMDb que la phrase proférée au départ était censée être ouvertement raciste mais que dire « je plains ta mère » serait plus subtilement raciste… une manière de justifier le meurtre quoi, on rêve). La suite est du même topo : on tue sur n’importe qui à cause d’un mot de trop et c’est montré comme le quotidien ; en dehors du racisme sous-jacent de ces brutes qui tirent sur des Coréens, qui s’injurient en permanence en se traitant de « negro », la même vision sexiste déjà observée dans le film de John Singleton, et à laquelle on peut ici ajouter l’homophobie. On pourrait penser, c’est des brutes, le film n’a qu’une valeur illustrative, après tout, dans Les Affranchis, Scorsese montre la même violence. Ben, je ne suis pas sûr. Il y a deux choses : soit un film de gangsters montrent tout une société pourries à tous les stades et on en montre généralement tous les aspects à travers les yeux de quelques personnages qui navigueront dans cet univers, certes parfois avec une certaine fascination, mais non pas sans distance : ces univers mafieux deviennent des allégories de toutes les sociétés ; soit on montre des personnages qui sont victimes de leur environnement bien plus qu’ils en sont acteurs volontaires. Rien de tout ça ici. Mais au contraire des personnages paumés, qui sont probablement les victimes de leur environnement, mais qui l’acceptent et ne cherchent jamais à le questionner (seuls les grands-parents et les femmes semblent prendre conscience de l’environnement particulièrement toxiques dans lequel ils évoluent, tous les personnages qui sont acteurs de cette violence l’acceptent comme une société où il faut faire ses preuves, où il faut se faire justice soi-même). Et puisqu’on n’a pas non plus un regard transversal, ou exhaustif, voire de « mystifier » ces relations mafieuses entre divers types de truands et victimes, mais au contraire, puisque le regard est plus concentré sur un groupe d’amis gangsters sans envergure, on n’a même pas la distance sociale ou pédagogique (voire, oui, souvent ludique) des films de gangster, le point de vue porté sur ces personnages est nécessairement moins distant, ce ne sont pas des archétypes mais des « monsieur tout le monde » vers lesquels on demande un effort d’identification. Et pour moi, ça, c’est difficilement acceptable. Le côté ludique des films de gangsters, on peut l’accepter parce qu’on a conscience d’être dans un film plein de code et qui joue suffisamment avec la distance. Je peux prendre d’autres exemples : si un Joe Pesci est dépeint comme un psychopathe dans ses personnages de mafieux chez Scorsese, c’est balancé par le regard « distant » qu’apporte alors son comparse Robert de Niro qui, lui, malgré ses agissements ne « joue » pas les fous (ce qui peut poser d’autres problèmes, mais l’effet est paradoxal : on prend de la distance avec le sujet parce que son personnage nous paraît moins réaliste en s’approchant de la, notre, normalité ; s’identifier à lui, c’est s’écarter de la violence qu’on nous présente). Dans ces films, il y a toujours pour nous spectateur l’espoir, à travers cette « normalité psychologique affichée », qu’ils puissent à tout moment regretter la violence qu’ils déploient. Dans Scarface, le type est fou, mais la distance est bien réelle parce que ce qu’on regarde, c’est surtout le parcours de ce dingue avec sa montée et sa descente… Ce sont des parcours initiatiques, des récits qui se veulent mythologiques. Ici, comme dans Tueurs nés par exemple, avec des personnages qui sont ouvertement présentés comme dingues, tout aussi sadiques que le personnage de Joe Pesci dans Les Affranchis par exemple, aucune distance possible : la violence décrite, on nous appelle à y prendre plaisir avec les personnages, et non pas une violence qui comme chez Tarantino ou John Woo a une valeur surtout esthétique, lyrique, voire poétique, mais parce que cette violence aurait un pouvoir cathartique sur les personnages qui la déploie (plus que pour les spectateurs qui la savourent donc avec la pleine conscience que c’est un film). On pourrait sentir ici une tentative de se rapprocher des éléments de distanciation utilisés chez Scorsese et John Woo, la caméra s’infiltre et vagabonde (d’ailleurs, c’est très bien fait, si Scorsese avait donné le ton, et si ce sera la norme dix ou vingt ans après un peu partout au cinéma, à l’époque, les caméras sont bien plus statique, et ça offre une modernité, c’est vrai, assez saisissant à ce film, bien plus que le film de Singleton par exemple) et les fusillades ne manquent pas de jouer des ralentis. Sauf que chez Woo, ces séquences, ces ralentis, c’est la finalité avouée des histoires racontées : là encore et paradoxalement, il n’y a pas de complaisance avec la violence montrée à l’écran si on produit clairement un film d’action, un film de gangsters, sans aucune volonté de dénoncer, sans message, sans justification alambiquée de la violence, tout est prétexte à montrer des chorégraphies de balles qui volent et de coups de poings à la figure. Ce n’est pas le cas ici : même souci qu’avec Tueurs nés, en cherchant à dénoncer la violence (ici la facilité avec laquelle on tue, et meurt), on la cautionne. Cela aurait été plus acceptable si le personnage qui raconte son histoire montrait réellement une volonté de sortir de son ghetto, s’il montrait au fil de son récit des regrets, de la compassion envers ses victimes, au lieu de ça, il ne vaut guère mieux que la plupart des autres guignols écervelés et machistes qui l’accompagne. Il se fait passer pour une victime, alors que les réelles victimes dont il est coupable au fil de son récit sont salement traitées.

Bras / Main de diamant, Leonid Gaidai (1969)

Le cinéma soviétique dans ce qu’il a de plus capital(iste) à nous offrir : une version domestique de La Panthère rose. (Il semblerait qu’après les mafias indiennes et turques, la mafia russe s’installe sur IMDb. La note y est indécente, même si on sait que l’humour s’exporter mal en général, ils poussent le bouchon un peu loin là. Le bon Gaidai avait déjà réalisé le tout autant insipide Ivan Vassilievitch change de profession.)

Boyz n the Hood, John Singleton (1991)

Le film a peut-être une valeur documentaire importante, et le mérite ainsi de montrer la réalité des banlieues noires de Los Angeles à la fin du siècle dernier, mais difficile de voir un tel film sans se dire qu’une bonne partie des problèmes que se créent tout seuls ces populations, en plus du manque d’éducation et de moyens pour ce faire, est issue d’une culture de la masculinité exacerbée, toxique et morbide. Siffler les filles dans la rue sans porter intérêt à la peur qu’on puisse leur faire subir dans un milieu où le viol ne doit pas être le dernier crime perpétré, les traiter invariables de « putes » tout en espérant finir dans leurs bras avant d’aller voir ailleurs, avoir une logique de clan ou de meute quitte à défendre son territoire face à un autre clan, défendre (sic) les siens quand ils sont humiliés par des « étrangers » qui ne manqueront pas de se venger avec un fusil, c’est pour beaucoup les signes d’une masculinité mal placée. Voir la mère du personnage censé être le « bien élevé » du lot dire à son ex-mari que c’est à lui de montrer à leur fils comment doit agir un homme, le père a beau être honnête, c’est avec ces logiques qu’on perpétue une culture fortement sexuée toxique pour ceux qui la perpétuent, la promeuvent ou en sont directement victimes : les hommes qui ne seraient pas assez « virils », les femmes pas suffisamment à leur place (elles ne le sont de toute façon jamais, qu’elles soient considérées comme des putes ou comme des mères, il n’y a pas d’alternative, et c’est l’autre, le mâle, qui de toute façon définit quand ça lui chante laquelle elles doivent être ; et on le voit donc ici, même quand elles arrivent à s’émanciper de ce milieu, comme le personnage que joue Angela Bassett, elles sont incapables de sortir de cette logique sexuée qui est en partie à l’origine de leurs problèmes).

Heureusement que la distribution est exceptionnelle : ça fait plaisir de voir un Laurence Fishburne jeune et toujours aussi charismatique, et surtout Cuba Gooding Jr et Ice Cube crèvent l’écran par leur talent.

Tokyo Godfathers, Satoshi Kon (2003)

C’est un festival de coïncidences, mais la farce est adorable. Après La Ballade de Bruno, An Elephant Sitting Still, je suis abonné aux amitiés entre parias.

An Elephant Sitting Still, Bo Hu (2018)

Brillant. Le film résume presque à lui seul une certaine mouvance du cinéma de ces dernières décennies. Dans la forme, distanciation et immersion dans la durée : on est entre Bela Tarte et Gus van Sant, voire Haneke. Dans le fond, encore un peu de Haneke par la violence, souvent hors champ ou ponctuelle, inattendue, quand elle est physique mais brutale, qui jaillit surtout après une souffrance contenue, résultat d’injustices, façon coup de boule de Zidane. Et puis, il y a la violence morale aussi, psychologique, constante, avec ces gens qui s’aboient dessus en permanence, qui vomissent leur mépris sur leurs voisins ou les membres de leur famille. La même noirceur que chez Haneke, une même désespérance (« vous pouvez partir mais vous ne trouverez rien de différents ailleurs » dira finalement le vieux à ses compagnons fatigués et harcelés comme lui par les emmerdes relationnels). Enfin, dans la construction, on retrouve le même génie d’Asghar Farhadi qui s’attache à construire des histoires à travers des leitmotivs et des détails significatifs parfois imperceptibles, et à travers des croisements permanents de tranches de vie qui s’opposent, se supportent, se mêlent, se contredisent parfois même souvent dans ce qu’on croit en comprendre. On pense aussi à la distance crue et lancinante de Jia Zhangke, en particulier pour ce qui est de la violence et de l’incommunicabilité, à A Touch of Sin. Ce portait du monde, ce constat absolument déprimant de ce qu’est aujourd’hui nos sociétés, avec des élites et des institutions défaillantes, faisant régner la loi du plus fort et de l’individualisme sur des populations désorientées et livrées à elles-mêmes, est à la fois ce que j’ai pu voir de plus juste et de plus désespérant au cinéma ces dernières années… 

Au pays noir, Ferdinand Zecca & Lucien Nonguet (1905)

Je n’avais jamais vu l’art du cyclo poussé vers de telles limites. On doit avoir un plan tourné à l’extérieur (celui où les mineurs regardent un peu hébétés la caméra) tout le reste est donc filmé en studio avec des arrière-plans peints façon cyclo de théâtre. C’est une habitude à l’époque en France est peut-être encore sur la côte est des États-Unis, avant que le cinéma scandinave et hollywoodien imposent le tournage à l’extérieur. Pourtant, les trompe-l’œil sont tellement parfois bien élaborés que même si on peut reconnaître aujourd’hui pour notre œil quelque étrangetés, il faut reconnaître qu’on est presque là à l’origine des incrustations numériques, des mate painting et de fonds verts. Entre-temps, le cinéma a je pense utilisé d’autres types de incrustation, particulièrement pour des plans d’ensemble reconstitués mêlant prises de vue réelles et effet spécial. Pas de tel procédé ici, l’art du cyclo et des pièces en trompe-l’œil sur différents niveaux.

Le Vaisseau dans le ciel, Holger-Madsen (1918)

commentaire :

Exilé, Johnnie To (2006)

Un brin de John Woo, un autre des Trois Mousquetaires. Rien compris au début du film de qui est qui, puis une fois qu’on entre dans la danse chorégraphiée des échanges de tirs, et surtout que les masques tombent, tout devient un peu plus clair… Le sens de la camaraderie cher à John Woo donc (voire Tarantino), des balles qui échappent aux corps jusqu’à l’absurde dans un joli ballet macabre, des personnages qui ne prennent jamais la mort au sérieux et qui ne portent jamais aussi bien cet épithète de « cool ». La violence est parfaitement gratuite, et par conséquent jamais prise au sérieux. Car seule compte cette chorégraphie des corps évitant et encaissant les balles… A Better Tomorrow 4 presque. Le petit côté mélodramatique, et souvent nécessaire afin de servir de contrepoint voire « d’empathisation » des « héros », étant assuré par la femme d’un de ces mousquetaires-gangsters et de son bébé (son côté badass en revanche est probablement moins wooesque, les femmes y étant plus volontiers, certes victimes, mais surtout spectatrices inactives, impuissantes et pleureuses face aux gesticulations des mâles de leur entourage). C’est un cinéma certes très sexué, mais étant un ballet jouant sur les archétypes et utilisant le sens de la camaraderie et de l’honneur envers les siens plus qu’envers un clan, on pourrait presque dire qu’il s’agit là plus d’opéra que de réalisme. La patte sentimentale encore de John Woo qui change toute la donne. Comme Tarantino, Johnnie To semble parfaitement s’en inspirer.

Get Out, Jordan Peele (2017)

Il faut savoir se satisfaire d’un bon film d’horreur quand il est bon. Us avait été un tel supplice… Le déclenchement des hostilités vient peut-être un peu tard (elles ne venaient pas bêtement bien trop tôt au contraire dans Us ?), si bien qu’elles sont vite expédiées, mais ce qui précède, peut-être plus du domaine du thriller psychologique que de l’horreur, est pas mal terrifiant. Ce que cache la famille, les motivations ainsi que les outils pour arriver à leurs fins, font peut-être tomber le film le temps des révélations venues dans la série B, mais hé, c’est un film d’horreur, hein. Aucune histoire de Stephen King quelle qu’elle soit une fois révélée ne tient la route, alors pour un premier film, on ne fera pas trop le difficile… Ce qui marche d’ailleurs, c’est peut-être les moyens limités du film qui, c’est un classique dans la réussite des films de genre, l’oblige à ne pas en faire trop. Les hostilités auraient donc commencé plus tôt, et le film aurait été peut-être moins à mon goût… Il faut donc prendre le film comme il est : un excellent premier film, et un rare film d’horreur, tendance thriller psychologique, qui tienne la route. Par ailleurs, la mise en scène de Jordan Peele est tout à fait efficace : les mouvements de caméra, notamment lors de la scène de la télévision (c’est pour beaucoup une question de rythme, et ici en particulier, de lenteur), la direction d’acteurs (jouer des zombies, c’est pas évident), tout ça démontre que le garçon sait y faire et saura probablement par la suite nous proposer autre chose de bien meilleure qualité que ce qu’il a montré avec Us. Les germes d’un nouveau Night Shyamalan peut-être, avec l’espoir de mon côté qu’il saura proposer autre chose de bien plus efficace à mes goûts que le réalisateur de Sixième Sens.

Moonlight, Barry Jenkins (2016)

Assez inoffensif. La mise en scène est élégante, la photographie jolie, l’interprétation parfaite… mais l’histoire est presque aussi parlante que son personnage principal. On ne peut que louer les intentions, quoi… inclusives, du film, mais réaliser un film qui se révèle être exclusivement illustratif, sans réelle opposition ni évolution autour d’un thème principal, ça limite les possibilités de s’enthousiasmer pour lui. On ne fait jamais qu’effleurer les choses, les évoquer, sans jamais rentrer dans le vif du sujet. Après 45 minutes de film, j’étais encore en train de me demander quand l’introduction serait finie. Il n’est pas interdit de proposer un film entièrement illustratif, qui serait une sorte de chronique, le problème dans ce cas, c’est qu’il faut montrer autre chose : une densité dans la description sociale ou psychologique, ou au contraire jouer à fond la carte de l’introspection et du mouvement poétique. Or, Barry Jenkins filme comme un thriller ou comme une histoire d’amour (on sait depuis Hitchcock que c’est la même chose), or le film s’arrête sans doute là où le film aurait pu commencer à devenir une histoire d’amour. L’élégance de la mise en scène laisse entendre que le film aurait pu insister un peu plus vers cette possibilité poétique ou introspective (l’élégance du montage, à travers ces rares propositions d’images « hors continuité temporelle » peut être un facteur de distanciation efficace dans un récit, pas simplement une sophistication vaine ou à peine développée comme ici), mais le fait de rester dans cet entre-deux, sans réelle prise de risque, rend surtout le film bien inoffensif. En réalité, on a probablement là matière pour un moyen métrage. On pourrait presque même penser qu’en faire si peu, en montrer si peu sur les relations, serait une manière de ne pas assumer son sujet… Un paradoxe. On pourrait presque même imaginer que le film aurait pu être réalisé dans les années soixante soixante-dix tant il reste inutilement précautionneux et allusif. En cela le film me rappelle pas mal Lovingde Jeff Nichols, avec cette impression de voir un cinéaste penser être subversif en traitant d’un sujet qui au vingt et unième siècle n’a aucune raison d’être (dans la société américaine peut-être, mais au cinéma certainement pas). C’est un peu le drame des films réalistes américains de ces vingt ou trente dernières années à la sauce Sundance : on pense faire étalage d’une réalité sale et brutale quand on ne fait en fait qu’illustrer une nouvelle forme de politiquement correct. Rien ne dépasse, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Même les dealers enlèvent leurs fausses dents en or pour manger une petite salade cubaine et raccompagnent leur date sans oublier de mettre le clignotant avant de tourner à droite. C’est mignon, c’est inoffensif, et donc parfait pour les Oscars.

The Penalty, Wallace Worsley (1920)

Tous les éléments du bon vieux crime film, charnière entre deux époques du muet (celle des années 10 aux costumes encore souvent d’inspiration Belle Époque, et celle des années 20, où l’émancipation de la femme se fera beaucoup à travers sa représentation, notamment vestimentaire, au cinéma). Les recettes sont celles des romans de gare de l’époque, le mélo y est partout. Et les excès du mélo, c’est un peu les excès high-tech ou de superhéros d’aujourd’hui. D’ailleurs, on oserait plus ces tours de passe passe narratifs et ces archétypes grossiers que dans des romans pour la jeunesse. Et c’est en partie cela qui me plaît. Si on ne semble pas encore être entré dans les années 20, c’est que le film rappelle pour une partie les serials notamment français des années de guerre comme Fantomas.

Les ficelles sont grosses, on tire pas mal sur la corde, mais ça marche. On aurait un tout autre acteur que Lon Chaney pour interpréter ce Satan, et on n’y croirait moins. Mais deux éléments du film m’ont encore plus impressionnés : toute la structure du montage narratif et la structure adaptée à l’environnement mental et physique d’un gangster estropié comme Blizzard. D’abord, pour ce qui est de la réalisation, l’usage très à la mode du montage alterné a rarement été aussi bien employé : pour créer dans l’esprit du spectateur la sensation d’urgence, on continue aujourd’hui dans les films d’action à gros budget adopté ce même principe qui est de passer alternativement d’un espace et d’une séquence à l’autre très rapidement afin d’insinuer la simultanéité des événements, voire symboliquement ou non, leur confrontation. Cela ne marche évidemment que si cette urgence créée artificiellement et justifiée par la tension de la situation combinant les deux séquences ainsi alternées. Dans un crime film de ce type et avec un méchant aussi machiavélique, un tel montage alterné est plus que justifié. Par ailleurs, au contraire des films de Feuillade où le plan moyen est encore dominant, on voit ici qu’on a parfaitement digéré les échelles de plan qui s’imposent encore aujourd’hui. Des plans moyens introductifs, puis on passe rapidement à des échanges en champ contrechamp et plan américain ou plan rapproché (le plan américain étant ici plutôt une coupe à la taille plutôt qu’à mi-cuisse, et cela n’a probablement rien à voir avec le handicap du personnage principal…).

Ensuite, pour ce qui est des décors faits à la mesure du personnage, à la manière plus tard de Underworld ou de fantaisies comme Batman, ou de bien d’autres films de gangsters, le décor caché est presque un personnage en soi. Le repère de Blizzard est d’abord un immeuble où il peut contrôler dans chacune des pièces ses employés, puis on entre dans son antre par une porte avec une poignée (une plus basse adaptée à sa taille). Sa pièce de vie et richement décorée et on découvre au fur et à mesure du film les quelques astuces d’adaptation ajoutées pour ce chef estropié : une petite échelle murale lui permettant de grimper vers un sas, ou soupirail, à travers lequel il peut communiquer avec ses employés, mais surtout la traditionnelle pièce cachée derrière un mur ou ici une cheminée et accessible via un mécanisme secret. La cheminée de donne d’ailleurs pas seulement accès à une pièce cachée mais à tout un sous-sol devant servir ultérieurement au gangster à la fois pour suivre son ambition de réhabilitation (corporelle, mentale, ou simplement de vengeance), mais aussi pour mettre la main un jour sur la ville. Cette dernière ambition d’ailleurs et l’occasion d’un procédé narratif là encore très populaire dans les films d’action d’aujourd’hui (de mémoire, il me semble que Christopher Nolan l’utilise dans Tenet, et j’ai dû voir ça aussi dans le dernier Spider-Man) : l’illustration d’un plan énoncé et censée s’exécuter plus tard, toujours en montage alterné, mais censé ici l’illustration seule de son évocation par le personnage qui l’a mis en place. (Le procédé avait été déjà employé, mais cette fois pour évoquer non plus des actions à venir, mais le passé, dans Homunculus, je l’avais décris ici.)

Même la fin adopte un procédé narratif très en vogue aujourd’hui : le twist… Les gangsters goûtent guère les réhabilitations faciles et surprenantes.

J’ai rencontré le diable, Kim Jee-woon (2010)

Ce n’est toujours pas ce film qui me réconciliera avec les outrances des films coréens… Le cinéma n’a pas à être moral, soit, il faut en revanche que le spectateur, en tout cas c’est mon cas, puisse se raccrocher un personnage. Ce n’est d’ailleurs pas forcement une question d’identification parce que je suppose qu’on peut imaginer, dans un tel film, une opposition sadique, criminelle, entre deux monstres. En particulier dans le thriller ou dans l’horreur (ce que le film n’est pas tout à fait au-delà des aspects gores du film), une partie du plaisir du spectateur tient dans son dégoût du monstre décrit, on dit dans ce cas qu’on aime détester le méchant… Le problème ici, ce n’est pas le traitement du méchant, sadique comme il faut, mais bien celui du mari victime, membre des renseignements, et qui décide de se faire justice lui-même. À ce stade, tout va bien ou presque, on sent d’ailleurs dans le scénario cette volonté de mettre en relief l’absurdité de la situation et même de l’aspect illusoire, voire macabre parce qu’elle engendre une multitude de victimes supplémentaires, de cette vengeance. Non, le problème tient surtout dans la volonté du metteur en scène ou de l’acteur de sauver ce nouveau monstre né de l’occasion de sa vengeance, en d’autres termes de le rendre humain. Le cinéma toujours n’a rien de moral, en revanche, quand on essaye de faire d’un monstre un saint, une sorte d’homme idéal, image presque de réussite à la coréenne, et que cette réussite passe par la vengeance, en tant que spectateur on peut se poser des questions… Que la situation tragique du film permette un monstre nouveau de se dévoiler, c’est parfaitement admissible, mais qu’on fasse de ce monstre un homme parfait, sensible, droit, là oui ça pose problème, parce qu’il y a un manque d’adéquation entre les actions du personnage et la manière dont on le présente. C’est même criant à la toute fin du film qui voit ce personnage du mari, après avoir agi froidement et par préméditation comme un véritable monstre, fondre en larmes… Qu’est-ce que c’est sinon une volonté du réalisateur de proposer une réhabilitation ou une justification des actes criminels du personnage. Le pire dans tout ça, c’est que les répliques les plus sensées du film sortent de la bouche du principal criminel… Au-delà de ça, jolie mise en scène, et bonne interprétation, là, du serial killer : la mise à distance nécessaire dans ce genre de films avec un monstre est bien là, alors qu’avec le mari, on est à fond dans le premier degré problématique.

Brick, Rian Johnson (2005)

Etrange mélange. Sorte de college néo-noir réalisé entre Sergio Leone et Guy Ritchie. C’est brillant, peut-être parfois un peu trop, à la limite du vraisemblable. Mais ce que c’est laid, les années 90 ont pas mal débordé dans la tête du petit Rian. Toujours pas convaincu par Joseph Gordon-Levitt, on va voir Mysterious Skin pour voir si ça passe mieux…

Looper, Rian Johnson (2012)

Les bons films de science-fiction sont si rares, on ne va pas coûter son plaisir… La variation sur les voyages temporels permet aux trois bonnes idées de scénario. Le personnage du Rainmaker et un de ces bons méchants de science-fiction qui donne toute la saveur au film. La fin est assez décevante, mais difficile de retomber sur ses pattes après une boucle temporelle… Pas convaincu en revanche par les acteurs et par une partie du design (l’écueil éternel de la science-fiction).

Tenet, Christopher Nolan (2020)

Eh bien, voilà… De quoi me réconcilier avec Nono. Absolument rien compris, mais je me suis très vite fait à l’idée de ne rien chercher à comprendre. Et au final, on retrouve un peu de Memento, de la vieille sf en retour arrière à la Méliès, un scénario incompréhensible à la Le Grand Sommeil, et un peu de Edge of Tomorrow. Sans parler de la musique, pas totalement insupportable pour une fois.

France, Bruno Dumont / Titane, Julia Ducournau (2021)

Je me marre… La politique des auteurs et ses limites. J’ai toujours été conciliant avec Bruno Dumont parce qu’il propose des choses et n’a pas peur du ridicule. Et parfois, il a fait mouche. On voit ce qu’il semble vouloir faire avec France, le scénario n’est pas si mauvais, les acteurs non plus même si je trouve Léa Seydoux plutôt antipathique de manière générale (et si ici elle est assez touchante), mais la réalisation est une vraie catastrophe. La HD avec lumière crue, ces plans très étranges en voiture, ces reproductions de reportages totalement ratées, et sa direction d’acteurs plus que aléatoires quand le réalisateur a affaire à des acteurs professionnels, c’est franchement horrible à voir.

Dans un même temps, le film de Julia Ducournau souffre de défauts opposés : mise en scène à la hauteur, direction d’acteurs plutôt bonne, mais le scénario… Les dialogues, ça peut aller, mais la construction de l’histoire, la motivation des personnages, la cohérence, ben… c’est franchement horrible à voir. Les intentions sont bonnes, si je suis en général assez conciliant avec Bruno Dumont, je le serai tout autant envers un cinéma français qui tenterait de retrouver une forme de grand guignol depuis longtemps oubliée. Ce n’est pas de la science-fiction, mais on est entre l’horreur, le thriller, le grotesque, et dans la forme, c’est un peu comme si David Cronenberg rencontrait Gaspard Noé. Dommage que ce soit tellement si mal écrit… Qu’est-ce qui reste de la proposition de départ qui laisse entendre qu’on se rapprocherait d’une forme de Crash à la française ? L’amour des voitures, il devient quoi au fil de récit ?… De manière très étrange aussi, le film propose deux introductions, une pour expliquer la plaque de titane qu’a le personnage dans la tête (et qui n’a strictement aucune utilité dramatique, c’est purement cosmétique), et un autre qui va déclencher la folle suite de crimes perpétrés par le personnage principal… Perso, ce genre d’exposition, j’appelle ça des harmatia, de sortes d’événements traumatiques sur lesquels les événements qui suivent trouvent leur raison d’être. Quand il y en a deux, j’avoue que ça fait une impression bizarre… et cette impression, c’est surtout celle que le scénario n’est absolument pas maîtrisé. De la série B à la française, du grand guignol bien gore, je cris de joie, mais on pourrait au moins s’appliquer à écrire une histoire qui tienne la route, ou au moins on pourrait produire six films dans la foulée par an tellement le travail d’écriture est bâclé. Présenter ça comme du grand cinéma, voire du cinéma d’auteur, faut pas pousser (bébé dans le bain d’orties).

On va dire que c’est le charme des films d’auteur à la française. Des films qui se remarquent davantage à travers leurs défauts. Mais je ne sais pas jusqu’à quel point on peut être conciliant avec ce type de cinéma-là… Au moins, Titane m’aura procuré quelques bonnes tranches de rigolade (oui, le grand guignol, on a droit de rire sadiquement, c’est de la catharsis, Messieurs). Après, qu’une palme d’or soit décernée à une tentative de série B grand-guignolesque, comment dire… On ne fait vraiment rien de mieux que ça de nos jours ?

A taxi driver, Jang Hun (2017)

Le mélange des genres, l’absence de subtilité habituelle ou le goût si particulier des Coréens pour tout ce qui a trait aux faits divers, en général, cela produit des effets sur moi assez surprenants : soit ça passe, soit ça casse. Si j’ai une quasi aversion systématique pour les films liés à des faits divers sordides (et encore, j’adore Memories of Murder), toutes ces caractéristiques du cinéma coréen peuvent être beaucoup plus digestes dans un film comme celui-ci où le rapport au réel, s’il peut certes être lié à une histoire personnelle, les surtout beaucoup plus sous son angle historique. Le mélange des genres justement permet sans doute aussi de sortir du ton sur ton et du manque de subtilité dont se rendent coupables beaucoup trop de films coréens… Un autre élément peut-être, c’est que même si on ne manque pas de tomber dans la sensiblerie et l’exposition sans phare de la violence quand elle se présente, durant ces événements, le récit ne perd jamais de vue l’élément moteur du film qui est que le journaliste allemand doit pouvoir remettre ces images et son récit à sa rédaction : que ce soit dans La Déchirure ou dans Hotel Rwanda (même si j’ai un doute), c’est souvent un moteur efficace qui évite de s’appesantir sur autre chose. Parce qu’il ne faut pas s’y tromper, parfois, un contexte historique lourd sert de prétexte à montrer tout autre chose (et parfois très bien, comme dans Un Américain bien tranquille). Ici, tous les éléments du film s’accordent pour illustrer cette nécessité de faire ressortir des images, et les événements qui en sont à l’origine, de Corée : l’amitié entre les deux personnages principaux ne va pas de soi, arrive un peu sur le tard, et plus qu’une réelle amitié, il s’agit plutôt d’un lien fort qui est la conséquence d’avoir vécu ensemble des événements particulièrement brutaux ; les instants de bravoure sont tout entiers tournés vers cette quête journalistique de la vérité… À moins que tout cela soit lié à la seule mise en scène et par conséquent à sa capacité à trouver à chaque fois la juste distance avec son sujet (à moins que ce soit l’interprétation des acteurs). Bref, le film marche pour moi parfaitement. D’ailleurs, il est assez probable que la réalité des faits présentés comme réels soit pour une bonne part beaucoup moins avouable largement inventée, mais allez savoir pourquoi, la bonne distance autre chose, cela fonctionne. Pour ce qui est de l’humour, je suis peut-être plus sensible qu’aucun autre pour avoir éprouvé certaines des situations dans le film opposant Coréens et étrangers : le repas salvateur traditionnel coréen présenté comme étant « un peu » épicé se révélant être très épicé, même si le kimchi serait lui plutôt acide ; hommage aussi à la manière bien personnelle qu’à Song Kang-ho d’engloutir son riz dans des feuilles de kim qui me rappelle bien des tracasseries : l’acteur ne se gêne pas pour les manger à pleine main alors que l’usage serait plutôt de rouler le riz dans le kim avec ses baguettes, exercice pour le moins technique…

Julie (en 12 chapitres), Joachim Trier (2021)

Un film de Woody Allen sont l’humour de Woody Allen et la vie actuelle de 656 000 000 de personnes. Le montage est bon, la réalisation est bonne, les acteurs sont très bons, mais… c’est quoi le sujet du film ?