Lilja 4-ever, Lukas Moodysson (2002)

L’arche russe

Note : 4 sur 5.

Lilya 4-ever

Titre original : Lilja 4-ever

Année : 2002

Réalisation : Lukas Moodysson

Avec : Oksana Akinshina, Artyom Bogucharskiy, Pavel Ponomaryov

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Difficile de ne pas penser à Ayka de Sergey Dvortsevoy vu l’année dernière (même s’ils ne sont pas du tout de la même époque et que celui-ci le précède de plusieurs années). On passe d’une jeune fille (Ayka) traînant dans le froid, cherchant du travail, vivant dans un squat, enceinte, trompée et rejetée de tous, à une adolescente (Lilya), abandonnée par sa mère, convoitée par les chiens (pardon, les hommes), obligée bien malgré elle, et par la force des choses, à se prostituer (les services sociaux la laisse à son misérable sort). Et elle finira abusée par un rabatteur chargé de lui promettre la lune avant de la remettre à un proxénète dans un nouveau pays…

La même cruauté, la même violence (surtout psychologique et physique dans l’un, psychologique et sexuelle dans l’autre), et surtout la même précarité extrême pour des filles courageuses mais vulnérables (que peut-il y avoir de plus vulnérables que des jeunes filles isolées dans un pays sans protection sociale ni État de droit ?). Les deux films ont cette qualité de ne pas tomber dans des excès, sans doute grâce à la manière de les filmer et de ne jamais les quitter : un peu comme elles, on a la tête dans le sac, et on n’a pas les moyens de juger des violences stéréotypées dont elles peuvent être victimes puisqu’on les subit sans jamais avoir le regard de qui que ce soit d’autre. Aucun problème de distanciation quand on prend le parti de coller au plus près d’un unique personnage en le suivant dans ce qui s’apparente à un parcours de combattant sans fin.

Autre référence, la cruauté sadique du Marquis avec sa Justine, voire un autre film tirant son titre de son personnage principal féminin présent à tous les plans : Rosetta. Je vais finir par croire que j’aime voir les femmes souffrir…

Et bien sûr, on remercie la Russie de Poutine sans laquelle ces films sur la misère extrême des plus démunies ne seraient pas crédibles…

 


 

Lilja 4-ever, Lukas Moodysson 2002 | Memfis Film, Det Danske Filminstitut, Film i Väst