Le Lac de la femme, Yoshishige Yoshida (1966)

Okada et fugue en ré mineur

Le Lac de la femme

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Onna no mizûmi

Aka : Le Lac des femmes

Année : 1966

Réalisation : Yoshishige Yoshida

Avec : Mariko Okada, Shigeru Tsuyuguchi, Tamotsu Hayakawa

Moins pesant et long que Eros + Ennui. Des images toujours aussi belles et une une histoire plus simple, des dialogues moins bavards. Ça tourne encore autour du cul et de la liberté sexuelle, il y a des longueurs à la Antonioni (dont on ne peut s’empêcher de penser, notamment quand ils sont sur la plage à traîner). Déjà dans Eros il y avait une sorte de référence Godard-Tarkovski qui sentait le renfermé.

L’histoire est parfaitement prévisible (ce n’est pas un reproche), parce que dès qu’il est question dans l’exposition que l’amant prenne en photo la femme, nue, on comprend que ça va être tout le problème du film… Elle se fait voler les négatifs et là commence un chantage un peu particulier. Celui qui la fait chanter ne veut pas d’argent…

Rapport malsain entre « l’homme » et sa « proie ». L’amant dit qu’elle a un visage magnifique et elle ne semble pas comprendre. Pourtant, dans une des scènes, les plus fortes du film, elle manque de se faire avoir « à cause de sa beauté ». Une femme aussi belle ne peut être que la proie des hommes. Elle attise leur appétit sexuel, leur lâcheté, leur animalité. Quand elle rencontre un homme à la gare, elle lui demande si c’est lui qu’elle a eu au téléphone et qui la fait chanter… L’homme répond que c’est lui sans en dire plus, et elle ne cherche pas à en être certaine, alors qu’il lui propose de rentrer avec elle. Au dernier moment, une annonce dans la gare lui est adressée, et elle comprend qu’elle ne suit pas le bon homme… L’incommunicabilité à la sauce nippone.

Les personnages se disent trois phrases par scène, et on n’en sait jamais plus. Ils n’arrivent pas à communiquer, ils ne savent finalement pas ce qu’ils veulent, et la sexualité apparaît comme une dernière chance de communiquer. Plus intéressant que Eros où ça papotait à l’infini pour savoir si c’était bien de coucher avec untel ou untel… Masturbation préliminaire, déjaculation et précaution. Chacun se tripote et jouit dans son coin. Yoshida inventait l’incoïtniquabilité.

Pour un tel rôle, il faut une actrice crédible. Et Mariko Okada l’est assurément. Entraperçue chez Ozu ou Naruse sans qu’elle crève réellement l’écran. Dans Fin d’automne, je m’étais questionné en la comparant à Yôko Tsukasa sur ce qu’était la beauté japonaise. Il y a un mystère derrière tout ça… Elle ne m’avait pas paru bien jolie… C’est qu’elle y tenait un rôle d’idiote. Tout le contraire ici. Avec six ans de plus, avec le masque de l’incommunicabilité en plus, elle apporte à son personnage dignité et autorité alors qu’elle est manipulée jusqu’à l’accessoiriste qui s’amuse à changer pratiquement la couleur de sa robe entre chaque séquence. Noire, blanche, noire blanche, comme une fugue stroboscopique. Une femme finalement, plus on la regarde, et plus on la trouve belle… Surtout quand elle oublie d’être idiote. Il faut la voir gracieuse et d’une féminité toute occidentale avec cette robe et ce foulard sur la tête à la Audrey Hepburn. Il n’y a pas un brun de tradition dans ce film, alors que Eros naviguait entre deux périodes opposées. Et fort heureusement, ce n’est pas encore la géométrie écrasante de Purgatoire eroïca.

Il y a ici une alchimie qui apparaît moins évidente dans les autres films. Dans la collection Yoshida, je serais en tout cas avec ce Lac de la femme à mon plus haut orgasmanémique.

Et comme à son habitude Yoshida propose un concert d’images géométriques étourdissant, les lignes de fuite structurant le plus souvent la composition des plans, quand ce n’est pas une ligne d’horizon imaginaire (voire en contrechamp, une ligne de plongée suivant alors mécaniquement la direction d’un fil à plomb…), le tout pour ne jamais mettre les sujets du film au centre de l’objectif et les enfermer au contraire comme des objets dans un cadre trop grand pour eux. L’impression d’harmonie en tout cas est réelle :

Le Lac de la femme, Yoshishige Yoshida 1966 Onna no mizûmi | Gendai Eigasha


 

 

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Illusions perdues, Xavier Giannoli (2021)

Illusions perdues

Note : 3.5 sur 5.

Illusions perdues

Année : 2021

Réalisation : Xavier Giannoli

Avec : Benjamin Voisin, Gérard Depardieu, Jeanne Balibar, Xavier Dolan, Vincent Lacoste, André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing, Jean-François Stévenin

Une réplique résume assez bien le film, celle où Lucien fait la critique du roman de Nathan qu’il n’a pas lu en prétendant qu’il manque de mystère et que si certaines choses doivent être dites dans un roman, il faut également que d’autres soient tues. Cela s’appliquerait tout autant au cinéma, et en particulier à ce film, parce qu’en plus du défi, déjà difficile de l’adaptation, Xavier Giannoli se devait d’en relever un autre pour ne pas décevoir : ainsi, si son film dispose par ailleurs de beaucoup de qualités, liées en partie à la production et à l’adaptation, on peut lui reprocher d’être bien trop démonstratif dans son exécution en particulier dans sa direction d’acteurs.

Commençons par les réussites du film. Réputée pour être impossible, l’adaptation, en se concentrant manifestement sur le second volet du roman et sa partie parisienne, en supprimant une bonne part des personnages (la sœur de Lucien n’apparaît que comme destinataire de ses lettres, le Cénacle a totalement disparu) ou en en réunissant d’autres (le personnage de Nathan semble être la réunion de deux personnages) arrive à être convaincante et à trouver sa propre unité. Le cinéaste semble avoir aussi forcé la correspondance entre la situation politique et journalistique de l’époque de la Restauration avec la nôtre. Je ne pourrais dire jusqu’à quel point le trait est forcé, et si cela était vraiment nécessaire, en tout cas la correspondance est parlante : la critique cinglante du journalisme faite par Balzac (et qui lui était semble-t-il reprochée) est encore d’actualité (même si la question des fausses nouvelles aurait plus rapport aujourd’hui avec le développement des réseaux sociaux, mais est-ce que la multiplication des canards de l’époque rendue possible par de nouvelles techniques d’imprimerie n’était-ce pas déjà d’une certaine manière une forme de réseau social avec leur manque de contrôle ?…).

Les trouvailles scénaristiques du cinéaste pour adapter le roman d’ailleurs (si tant est que je puisse les identifier), en particulier celle impliquant la nature du personnage joué par Xavier Dolan sont parfaitement trouvées (même si pour le coup, on est totalement dans le démonstratif, la trouvaille permettant d’articuler le récit comme un véritable film ancré dans son époque — avec tous ses petits trucs, ses modes, pour le meilleur et pour le pire — au lieu de se contenter de n’en proposer qu’une adaptation, sans doute plus fidèle). Bref, adapter, comme traduire, c’est trahir, et ça, Xavier Giannoli semble avoir réussi ce difficile défi.

La reconstitution, ensuite, est parfaite. Le travail sur le décor, sur les accessoires, les figurants, tout ce qui est en rapport dans un film à la production et à la scénographie (comme on dit au théâtre ou dans certains pays), tout ce qui est en rapport cette fois avec le découpage technique, le montage, la lumière, etc., tout ça est remarquable et donne au film une densité rare dans le cinéma français.

Une fois qu’on en est là, on a fait une grosse part du travail, et on peut être sûr que le public aura au moins matière à voir et qu’il en aura pour son argent. Reste alors l’essentiel une fois qu’on a répondu à tout ce cahier des charges des grosses productions historiques : la petite note de talent et de savoir-faire qui fait qu’un film se distinguera des autres. Ce qui peut faire basculer un film, c’est presque toujours sa mise en scène. Et cela semble être au-dessus des capacités de Xavier Giannoli. Les mêmes défauts se retrouvent d’ailleurs toujours dans ce genre de productions : quand il est question de rythme, de montée d’intensité, de pesanteur poétique ou lyrique, de frénésie ou de folie, d’urgence… ou de direction d’acteurs, car tout cela doit passer au final par les acteurs, il n’y a guère plus personne pour être capable d’assurer cela.

Comme disait l’autre, une bonne part de la direction d’acteurs consiste en la réussite de la distribution. Pour ce qui est des seconds rôles, rien à dire, c’est du haut niveau : Gérard Depardieu, Jeanne Balibar, Xavier Dolan, Vincent Lacoste, André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing, Jean-François Stévenin… Ce n’est pas du lourd que sur le papier, chacun semble être idéal dans leur rôle respectif, et même si la direction d’acteur semble être parfois perfectible à leur niveau (des petites fausses notes de justesse que le réalisateur laisse passer), ils assurent, grâce à leur seul talent, le gros du travail de mise en situation et d’ambiance. Les dialogues auraient eu besoin d’être parfois mieux ciselés (quelques « n’est-ce pas » ou des prénoms en fin de phrase inutiles et affreusement mal rendus par exemple), mais sans eux, sans leur justesse globale, parfois sans leur folie, sans leurs audaces, sans leur style (souvent caractéristique, bien personnel, à la limite de l’incongruité et de l’anachronisme pour certains, mais c’est un atout même dans un film historique), on s’ennuierait bien vite.

Là où ça pêche bien plus, c’est que pour faire face à une telle distribution, il faut un acteur pour jouer le premier rôle capable d’endosser le costume et d’assurer la comparaison. Benjamin Voisin ne concourt malheureusement pas dans la même catégorie que ses collègues. Quand je disais que le film était démonstratif, sans mystère, ces défauts majeurs appliqués au film pourraient autant être, ou surtout, imputable, à son acteur principal. Sa composition est rarement convaincante. Rien n’est joué dans la nuance, tout est restitué au premier degré, fait pour être vu et apprécié, saisi, par le spectateur (et par conséquent, rien ne lui est laissé, au spectateur, à sa seule interprétation) ; tout est ainsi forcé, explicité, surjoué, surnoté… L’acteur n’est pas mauvais, mais il n’a pas la force de caractère, le style, l’audace, la précision, la spontanéité, la maîtrise aussi, de l’ensemble de ses partenaires. C’est d’ailleurs un des plus grands écueils auquel doit faire face un acteur dans sa composition : réussir à manier contrôle de soi (sans lequel il n’y a pas de précision, pas d’autorité, pas de maintien ou de tenue) et spontanéité ou justesse… Quand on cherche l’un, on perd souvent de l’autre ; et quand on est en recherche de l’un (de la maîtrise, donc), c’est par définition qu’on n’en dispose pas naturellement… (ce qui interdit forcément à la fois l’aisance, la spontanéité et l’audace). Même avec leurs défauts (leur âge plus avancé surtout), j’aurais préféré voir ce qu’aurait donné Xavier Dolan ou Vincent Lacoste dans le rôle de Lucien. Et malheureusement, si tous ces acteurs magnifiques aident Benjamin Voisin, le plus souvent, à garder le rythme ou à créer une situation lors de leurs face-à-face, quand il est seul ou, pire, accompagné d’une actrice, pour le coup, là, sans talent, tenant le rôle de Coralie, plus rien ne va : il ne peut plus seulement être en réaction (ce qu’un acteur moyen peut encore se contenter de faire face à de meilleurs acteurs que lui), il doit être moteur de l’action, donner le ton, attiser la tension, susciter le mystère, l’intérêt, proposer des nuances complexes et contradictoires, le tout subtilement, sans forcer… Et le problème aussi surtout, c’est probablement qu’il n’est pas beaucoup aidé par le cinéaste : la nuance, le sous-texte, c’est ce qu’un acteur joue en permanence et à tous les niveaux (c’est précisément ce qui n’est pas être « joué au premier degré »), or un mauvais directeur d’acteurs demandera à un acteur moyen d’ajouter de la nuance dans les pauses ou à l’ultime seconde du dernier plan d’une séquence… (Je vois d’ici la scène : « Tiens, là, quand Cécile de France quitte la pièce et te laisse face caméra, au lieu de jouer l’émotion, joue la défiance ! Ça mettra un peu de nuance et ajoutera de la complexité au personnage ! ») Ben, non. Quand on parle de sous-texte, c’est du texte qui s’ajoute au texte des dialogues, « sous », ou « par-dessus », pendant, et cela, à travers le regard, la posture, l’attitude, l’intonation, l’action (souvent anodine dans ce registre), ce n’est pas du « après texte ». La nuance, c’est une couleur générale qui se trouve à chaque seconde, par composition comme dans une pièce musicale, pas par petites notes (de bas de page ou de fin de séquence) successives et épisodiques. Et souvent cette nuance, elle est apportée par l’acteur à travers ses audaces, ses propositions, ses ratés aussi parfois (l’avantage du cinéma par rapport au théâtre où on ne dispose pas d’une autre prise) ; mais rien de cela n’est possible évidemment à la fois si l’acteur n’a pas le talent suffisant pour proposer, ou oser, certaines de ces audaces, et à la fois si le directeur d’acteurs ne lui en laisse pas l’occasion, ne le met pas dans les conditions pour favoriser ces prises de liberté, ou ne tend pas lui-même vers des dispositifs permettant à un acteur de trouver l’aisance nécessaire à l’émergence de ces propositions. Sans cela, aucune spontanéité ou justesse n’est d’ailleurs possible.

On pourrait penser que la performance d’un acteur principal n’est qu’un détail dans un film, je pense au contraire que c’est à lui de donner le ton, que c’est à lui d’assurer l’efficacité d’un des principes fondateurs du spectacle qui est celui de croire en ce qu’on voit : quand on voit un acteur qui se cherche, quand on voit un acteur qui joue plutôt qu’un personnage dans une situation, c’est que ce pari-là est perdu. Un détail résume cette cassure et ce lien interrompu entre le spectateur et le récit : quand la situation réclame qu’un acteur se lance dans de grands éclats de rire et qu’on ne voit qu’une chose, un acteur qui se force à rire, le charme est irrémédiablement rompu, on ne peut y croire. Ce n’est pas qu’un détail.

Ces gros défauts de mise en scène apparaissent le plus souvent donc quand Lucien apparaît seul à l’écran ou est accompagné de Coralie, et c’est d’autant plus difficile à jouer pour Benjamin Voisin, qui ne profite pas alors de l’élan apporté par les autres acteurs, que Xavier Giannoli le met en scène à ce moment-là dans des montages-séquences (il n’est pas forcément seul dans l’espace, mais seul à l’écran ou le centre de l’attention). Comment voulez-vous jouer une situation quand vous n’apparaissez à l’écran que dans un plan de quelques secondes ? Ce sont des tableaux successifs que propose ici le cinéaste, et m’est avis que la meilleure chose à dire un acteur à ce moment-là est d’en faire le moins possible. Ce n’est semble-t-il pas ce qu’a choisi de dire Xavier Giannoli à son acteur. Et même quand le cinéaste choisit de ralentir volontairement le rythme, comme quand lors d’un plan faisant peut-être référence à Stanley Kubrick, c’est bien lui, le cinéaste, qui ne trouve pas le ton juste (son travelling arrière est intéressant, mais il s’intègre assez mal à la séquence — voire à la musique — qui précède, et le rythme qu’il instaure à la scène est bancal : un baiser sur le front, un personnage qui passe hors cadre pour ne laisser que le personnage principal à l’écran… on voit l’idée, mais ça ne marche tout simplement pas, le genre de séquence que Kubrick aurait reproduit cent fois pour trouver le bon rythme, le geste juste). Ce n’est donc pas qu’une question de distribution, il manque ce petit quelque chose à Xavier Giannoli pour arriver ici à élever son film.

Mais ne gâtons pas notre plaisir, on ne peut pas demander à tous les films d’être de grands films, et une adaptation réussie, c’est assez rare pour être apprécié à sa juste, juste, valeur. En attendant, j’irai revoir Les Frères Karamazov de Richard Brooks pour me rappeler à quoi peut ressembler une adaptation tenant du chef-d’œuvre (et avant que son génial et improbable interprète, William Shatner… ne s’envole chatouiller les nouvelles frontières de l’infini).

 


 
Illusions perdues, Xavier Giannoli 2021 | Curiosa Films, Gaumont, France 3 Cinéma

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Pointes de plaisir

La femme qui fait du vélo dont la poitrine se soulève d’un coup en passant sur une bosse procure à un homme le même plaisir innocent et puéril que le sourire inopiné d’une belle inconnue.

Souriez à gorge déployée, mesdames, et que les bosses sur les chemins se déploient comme les pointes du cylindre d’une boîte à musique. « Ouille, aïe, oh, oui… Ouille, aïe, oh, oh… Ah, ah, yayaille… Ya, ya, yayouille. »

C’était la définition du bonheur selon Petit Poucet.




Le Veuf, Dino Risi (1959)

Una vita di… avidità

Note : 4 sur 5.

Le Veuf

Titre original :  Il vedovo

Année : 1959

Réalisation : Dino Risi

Avec : Alberto Sordi, Franca Valeri, Livio Lorenzon

Le film est d’une drôlerie folle pendant les trois quarts du film grâce au talent ineffable d’Alfredo Sordi, à la fois parfait pour jouer la prétention maladroite et bouffonne, la vénalité obsessionnelle doublée (malheureusement pour son personnage) d’incompétence, la bêtise accablée, la forfanterie matamoresque… bref, pour faire du Alfredo Sordi.

Le point culminant du film et qui aurait dû être son dernier acte, c’est quand la chance se retourne d’un coup pour le personnage de Sordi quand on lui annonce la plus mauvaise nouvelle qui soit dans sa situation… Le film se prolonge alors, peut encore convaincre jusqu’à la retraite monastique de Sordi, et doit trouver un dernier rebondissement, une chute finale, et celle-ci, malheureusement, même si elle fait presque littéralement tomber le film dans la franche satire, patine en réalité en peinant à retrouver le rythme, et n’est pas à la hauteur comique surtout de ce qui précède. Le récit abandonne, par exemple, tout d’un coup le personnage de la maîtresse (ainsi que toute sa famille) après avoir justement essayé de la refourguer auprès du riche industriel, et donne ainsi l’étrange impression de regarder un autre film construit sur les chutes du film idéal n’ayant pu se faire ici.

Je crois avoir rarement autant ri, cela dit, avant cette chute ratée, en voyant les bêtises de ce faux-cul d’Alfred Sordi jusqu’à ce que son personnage accède d’une manière inespérée à ces rêves de veuvage précoce et se croit propulsé d’un coup roi du pétrole.

Peut-être également que Franca Valeri n’était peut-être pas l’actrice idéale pour jouer ce rôle d’héritière sans illusions, sans amour, et moins stupide que son mari. Excellente actrice de second rôle, elle me paraît surtout plus efficace en idiote et victime, notamment dans un film auxquelles elle avait participé au scénario : Le Signe de Vénus, tourné par le même Dino Risi quatre ans plus tôt et où elle était parfaite aux côtés de Sophia Loren. Difficile toutefois de trouver une actrice avec suffisamment de classe aristocratique et de second degré pour faire face a ce pitre de Sordi (la même année, Silvana Mangano prouvait qu’elle pouvait être crédible dans une comédie, La Grande Guerre ; et c’est sans doute Lea Massari qui aura été son meilleur pendant féminin dans Une vie difficile). Rendons toutefois hommage à Franca Valeri qui vient de nous quitter (en août de l’année dernière), une semaine après avoir fêté ses cent ans.

Par toutes ses qualités et ses défauts, ou par les thèmes développés (Alfredo Sordi en homme cupide rejeté par la haute société), Le Veuf rappelle Il boom, de De Sica, tourné quatre ans après. C’est une constante dans la comédie italienne, ce n’est pas le tout de disposer de quelques-uns des meilleurs acteurs de comédie de l’histoire du cinéma, pour faire de grands films, il faut leur trouver des acteurs, plus vraisemblablement des actrices, capables de leur faire face. Les meilleures séquences du film, les plus amusantes, sont celles où Alberto Sordi fait seul le show, cela fait d’excellentes comédies, mais ne fait pas culminer le film à la hauteur des grands chefs-d’œuvre de la comédie italienne qui, sans doute presque toujours arrivent à proposer une dimension supplémentaire à la comédie. Que ce soit une dimension dramatique ou satirique.


Le Veuf, Dino Risi 1959 Il vedovo | Cino del Duca, Paneuropa

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Le Chemin de l’espérance, Dino Risi (1952)

L’omnibus des désillusions

Note : 2.5 sur 5.

Le Chemin de l’espérance

Année : 1952

Titre original :  Il viale della speranza

Réalisation : Dino Risi

Avec : Cosetta Greco, Marcello Mastroianni, Liliana Bonfatti, Piera Simoni

Dino Risi pour son second film a probablement plus l’œil tourné vers les comédies américaines des années trente qu’une volonté déjà (ou la possibilité) de réaliser des satires à l’italienne. Si l’ode au cinéma qu’on devine dans le titre ne ment pas sur les désillusions produites à la chaîne dans l’usine à rêves qu’est Cinecittà, aucun humour acerbe, aucune satire, juste le portrait plein de tendresse pour ces acteurs et techniciens qui n’accéderont jamais à la lumière ou à la reconnaissance.

On sent peut-être la volonté donc chez Risi de calquer les films de coulisses américains sur Broadway (les films de troupes d’acteurs comme Pension d’artistes), mais ça ne prend pas, ou ça prend mal avec un premier acte qui fait plutôt penser au spectateur que le film tournera principalement autour de deux personnages, un cameraman et une jeune actrice. À moins que ce soit un biais d’apparition affectant les spectateurs du vingt et unième siècle. En 1952, Marcello Mastroianni n’est pas encore la star qu’il sera plus tard, si bien que notre regard de spectateur, à son apparition, pense tenir son personnage principal quand il en est en fait rien… L’affiche du film pourtant ne trompe pas, elle. Malgré cela, le premier acte de présentation semble hésiter entre films de coulisses et films de couple : Marcello disparaît alors un long moment, le récit se recentre sur les actrices, puis il revient, et au final on ne sait plus trop à quel film on vient d’assister.

En dehors de la direction d’acteurs, du goût de Risi pour les petites phrases amusantes en arrière-plan pour ponctuer une scène, l’acidité future du cinéaste n’y est pas encore décelable. Pas non plus de personnages caricaturaux sur le devant de la scène (ils sont présents, mais plutôt dans les seconds rôles) : Marcello est jeune et beau, plein de classe comme dans les futurs Fellini (avec moins d’assurance, mais avec ce petit quelque chose de nonchalance aristocratique qui hypnotise ; un vrai jeune premier), les hommes mûrs sont respectables ou presque (les mauvais caractères, encore une fois, sont laissés aux seconds rôles), et les demoiselles sont délicieuses et, fait rare dans le cinéma de Dino Risi, occupent les premiers rôles. À se demander si on est encore dans une comédie… Il faudrait plutôt parler de chronique douce-amère et désenchantée, d’une photographie d’une époque aux studios Cinecittà, ou d’une ode bienveillante dédiée à ces petites gens du cinéma. La véritable comédie à l’italienne, acide et bouffonne, viendra plus tard pour Dino.


 
Le Chemin de l’espérance, Dino Risi 1952 Il viale della speranza | Mambretti Film

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Fantôme d’amour, Dino Risi (1981)

L’acteur et ses fantômes

Note : 2 sur 5.

Fantôme d’amour

Année : 1981

Titre original :  Fantasma d’amore

Réalisation : Dino Risi

Avec : Romy Schneider, Marcello Mastroianni

Le souci avec les films jouant sur le mystère, c’est que si on a compris la nature de ce mystère dès la première séquence, et si le récit joue, lui, sur le secret non dévoilé au premier degré, spectateur et réalisateur risquent très vite de ne plus être sur la même longueur d’onde. C’est ce qui se passe avec Fantôme d’amour, si la première apparition du personnage de Romy Schneider peut encore laisser ouvertes toutes les possibilités sur la nature de son personnage, la suite laisse place à assez peu de doute… Le récit ne s’embarrasse pas de fausses pistes, et ne fait que marteler séquence après séquence, indice après indice, la même évidence. Si dans les films d’horreur, les portes claquent, le pire qui puisse arriver dans un film sur le « mystère », c’est d’enfoncer des portes ouvertes.

Avec un scénario aussi tristement prévisible, il n’y a, pour mettre un peu de piquant à ce qu’il faut bien nommer un thriller psychologique, que la mise en scène pour forcer à travers quelques effets le mystère, le doute, la peur, l’émotion, etc. Or, ça n’aura échappé à personne, Dino Risi est plutôt un cinéaste de comédie, avec un style plutôt sec, épuré, son talent étant surtout celui d’un grand directeur d’acteurs. Ce n’est donc pas sur lui qu’il faut compter pour épicer cette histoire de fantôme. Les séquences oniriques avec filtre cotonneux et grands sourires forcés sont par exemple aujourd’hui tristement risibles.

Si le film est un désastre complet, c’est bien chez les acteurs qu’on peut y trouver quelques frêles éléments de satisfaction : si Romy Schneider ne me convainc guère, j’avoue rester estomaqué devant la performance de Marcello Mastroianni… Dans un rôle pourtant assez largement mutique, là où par exemple un Alain Delon serait resté impassible et beau, Marcello, tout en laissant penser qu’il en donne le moins possible, parvient à nous montrer ce qu’il pense ou ressent comme dans un livre ouvert. C’est dans les gestes ou les réactions les plus simples qu’il démontre à chaque seconde son génie d’acteurs : un téléphone qui sonne et qu’il s’apprête à décrocher avant d’y renoncer, une sonnette de porte vers laquelle il tend le bras avant de se rendre compte qu’elle a disparu, tout ça c’est peu de choses, mais c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire pour un acteur.

Il faut dans cet exercice de la spontanéité sans qu’elle paraisse feinte, beaucoup de simplicité, un visage souvent impassible mais où tout un monde intérieur se dévoile à travers l’expression du regard : le regard qui se baisse pour réfléchir en réaction à ce qu’il vient d’apprendre, qui remonte aussitôt, un peu perdu, tandis que la voix tente encore de feindre une expression incrédule, et si la voix ne suffit pas y ajouter un sourire, et c’est toujours le regard qui, par le discours en contrepoint qu’il offre par rapport au reste du corps ou de la voix, révèle la nature des sentiments et de la pensée du personnage.

Arrivé à ce niveau de précision et de pseudo authenticité pour un acteur, c’est assez rare, Marcello y est un grand habitué (il offrira en 1987 avec Les Yeux noirs le même type de performance), et de ce que j’en sais, cette qualité, on ne les trouve que chez les acteurs qui acceptent de se laisser regarder, chez ceux disposant d’assez de générosité pour offrir leur imagination toute nue au public, et enfin parmi les acteurs suffisamment expérimentés pour ne pas avoir à forcer leur performance, rongés par le doute ou l’angoisse de mal faire.

En d’autres occasions, Mastroianni sait aussi ajouter à sa palette d’acteurs un peu de fantaisie, ici, il n’y est évidemment pas question. On se contentera de sa simplicité, de son authenticité, de son humilité, car tout ça c’est déjà, et suffisamment, même dans un nanar, un privilège à voir quand on est spectateur. Quel acteur de génie… Tout le reste n’est qu’écran de fumée. Même Romy ne fait pas le poids.

Marcello Mastroianni et Dino Risi n’auront collaboré que quatre fois au cours de leur carrière, et malheureusement, jamais pour un grand film.


 
Fantôme d’amour, Dino Risi 1981 Fantasma d’amore | Dean Film, AMLF, Bayerischer Rundfunk, Cam Production

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Paperolles de lecture

À la recherche du temps perdu

Note : 4.5 sur 5.

À la recherche du temps perdu

Année : 1913-1927

Scénario : Marcel Proust

Un amour de Swann

Intelligence vertigineuse d’un mythomane hypermnésique livrant au lecteur toute nue la complexité des raisonnements et réflexions si détestables chez d’autres : le commentaire, l’explication… L’intelligence et la méticulosité sont si prégnantes chez Proust qu’on lui laisse passer ses défauts : son manque de clarté, son intérêt pour ce qui paraît à notre époque si futile, l’irréalisme de certaines situations ou leur faible valeur dramatique (l’épisode où Swann retourne chez Odette en craignant l’y trouver avec un autre homme et voir Proust en faire des tonnes quand vient à Swann le moment de décider ou non de taper au volet de sa belle, le tout pour se rendre compte qu’il s’est trompé de fenêtre… c’est tout de même assez révélateur du style de Proust). À l’image du Miroir de Tarko (ou le contraire), il y a quelque chose dans ce récit qui tient à la fois de l’inceste, de l’impossible et de l’amusement à arriver à se projeter ainsi aussi facilement (ou facticement) dans la vie intime, les pensées même, du père de son premier amour. Le gros du premier volume est ainsi uniquement dédié à l’amour de ce père fantasmé avec une cocotte, et il repart ensuite en reprenant tout son récit à la première personne comme si de rien n’était. Vertigineux toujours, et pour le moins embarrassant, au point qu’on puisse comprendre que s’il y a une bonne part d’expérience personnelle là-dedans, que Proust ait préféré évoquer et inventer un monde parallèle allant même jusqu’à créer des lieux où des personnages historiques qui n’existent pas… Je crains un peu pour la suite, depuis vingt ans, je tourne autour de Proust, mais j’avais bien compris instinctivement que, comme Proust avec sa mère à l’heure du coucher, je ne voudrais jamais quitter Combray. Cette première partie m’avait tellement fascinée il y a vingt ans que je m’étais endormi à la première entrée en scène de Swann…

À l’ombre des jeunes filles en fleurs

J’ai du mal à comprendre comment on peut être aussi précautionneux dans la description de la psychologie des sentiments et en savoir si peu sur les personnages rencontrés. C’était déjà le cas avec Swann, mais avec Gilberte, c’est encore pire : on ne sait rien d’elle, et même sur le jeune narrateur, on sait finalement rien à part ces allées et venues incessantes sur la nature de son amour et de sa relation avec Gilberte ; c’est aussi à travers les actions et les décisions qu’on se définit, pas simplement à travers l’étude (réflexions, interrogations, commentaires et comparaisons) qui se veut faussement minutieuse à force de répétitions des sentiments. On ne retrouve en fait rien des artifices géniaux narratifs du premier tome de la Recherche, pire, à certains moments le récit tourne à la description mondaine fatigante. Dans ce premier tome, le décor, l’espace, les objets, donnaient au récit une couleur qui enrichissait le thème de la mémoire : or, c’est beaucoup moins le cas ici, c’est tristement moins visuel, moins sensoriel.

Balbec rehausse l’intérêt de la première partie, on sent peut-être ce lien qu’en fera Visconti avec Mort à Venise (images d’illustration). Celle qui décrit le mieux le style, et donc le caractère de ce petit chou de Proust, c’est encore sa grande mère : « Mais quand même elle se contenterait d’un grattement on reconnaîtrait tout de suite sa petite souris, surtout quand elle est aussi unique et à plaindre que la mienne. Je l’entendais déjà depuis un moment qui hésitait, qui se remuait dans le lit, qui faisait tous ses manèges.… »

Du côté de Guermantes

Le triomphe de la mondanité. Proust me perd. Rare moment réellement intéressant et dramatique de ce pavé de bonne famille : la mort de la grand-mère. Si le petit Marcel, devenu grand et con, continue le récit de son ascension dans les salons à la mode, je vais avoir du mal à le suivre jusqu’au Temps retrouvé.

Sodome et Gomorrhe.

Et on y retourne. Comme d’habitude, des mondanités pas très intéressantes, des interrogations, elles, qui le sont déjà plus, sur l’homosexualité (même si Proust se cache derrière son petit doigt et préfère minauder en lui racontant ses pensées intimes), un retour bienvenu mais trop court sur les souvenirs tendres du temps passé à glander à Balbec auprès de sa grand-mère. Parce que c’est ce qu’il y a de plus beau chez Proust… le recours trop rare à mon goût du souvenir nostalgique des êtres qui lui sont chers. Dès que Proust replonge dans un récit chronologique et flou de sa vie pleine de vide (il prend soin de ne jamais rappeler son âge comme s’il s’effaçait le plus possible derrière ses sensations et les sujets mondains de sa “vie”), c’est mortellement ennuyeux ; tout Proust en fait se trouve condensé dans ces passages où il hume le déploiement de ses sens et où il se remémore, et se revoit même en train de se replonger ainsi dans ses impressions passées ou ses souvenirs. Dommage ma petite souris que tu te perdes tant dans les mondanités.

La Prisonnière

C’est devenu une telle habitude, de m’assoupir pendant les longs passages chez les Verdurin, que j’en suis à un point où pour m’endormir, je récite le nom des personnages les plus chiants de la Recherche. Les passages avec Albertine, seuls, sont pourtant de véritables petits chefs-d’œuvre.

… Madame et Monsieur Verdurin, la duchesse de Guermantes, tout les Guermantes, Morel, Cottard, Madame de “Camembert”, Norpois, Saniette, Ski, le Prince von, le premier président, le lift et le chasseur, la princesse de Parme, Albertine (prisonnière), maman… et Marcel !

Proust utilise peu la troisième personne du singulier ou du pluriel. Ici, brièvement, il l’utilise avec le couple Verdurin, mais il l’utilise aussi dans un passage avec Charlus, un peu comme il l’avait fait avec Swann dans le premier roman. Le signe peut-être que Charlus et Swann sont deux identités fantasmées de Proust ou un mélange de souvenirs personnels et de vie fantasmée (beaucoup fantasmée pour Swann, car il y aurait un modèle indiscutable, peut-être dans ce cas le modèle que Proust aurait voulu être).

Proust champion des plantings. Celui de l’épisode de la fille Vinteuil pour suggérer l’homosexualité d’Albertine donne le tournis. Mais globalement, tous les leitmotivs sont des refrains rythmant le récit sur des milliers de pages et qui donnent cette saveur si particulière à la Recherche. J’avoue parfois m’assoupir, et la réapparition de ces thèmes récurrents, ça fait un peu l’effet de notre nom prononcé alors qu’on commence à sombrer… « Hum ? Non, non, je dors pas, je réfléchis. »

Albertine disparue

Donc Albertine meurt et tout ce qui intéresse Marcel pendant 300 pages, c’est de savoir si elle était homosexuelle. Albertine meurt et yolo, je vais enfin pouvoir mener l’enquête. Je t’adore Marcel, pendant que tu t’interroges, au moins, on échappe à toutes les mondanités pour ce coup-ci.

Le Temps retrouvé

Étonnante plongée dans la Première Guerre mondiale. Proust qui, d’habitude, concentre tout son récit sur les commentaires du narrateur avec peu d’évocations contextuelles, ici place précisément ce récit au milieu de la Guerre mondiale avec de réelles mises en situation. Notamment lors de ces séquences avec le baron de Charlus et sa maison de passes ; d’un coup, on se retrouve projeté dans Voyage au bout de la nuit, voire dans Salo et les 120 jours de Sodome, et c’est amusant de voir, et de comparer, à quel point Céline fera presque le voyage inverse de Proust en revenant sur son enfance dans Mort à crédit avec un style toujours, chez lui, basé sur les situations, au contraire de Proust, mais avec une même préciosité dans le style, dans la langue, et qui apparaît ici chez Proust par intermittences avec la même préciosité argotique. (Il arrive que certains extrêmes trouvent un terrain d’entente…)

Waouh ce début du chapitre 3 ! Une sorte de réminiscence ou une redite du début de la Recherche et du chapitre de Combray et de la madeleine, cette fois avec des souvenirs de la place Saint-Marc rappelés dans l’esprit du narrateur par le biais de pavés inégaux. Impressionnant. Si Marcel avait pu soustraire tout mondanité, voire tous les personnages antipathiques de son récit, ne garder que ces réminiscences introspectives, en fait s’il avait pu rester dans sa chambre, ne jamais sortir de chez lui, ne voir personne et imaginer des voyages, des personnages, qui chacun le ramènerait à une portion d’un passé lui-même fantasmé, là oui, ça aurait été encore plus magique. Mais je suis dur, il y a assez dans toute la Recherche d’introspections alambiquées et poétiques (oui, tu es bien un poète, Marcel) pour suffire à mon bonheur.

On dit de certaines personnes qu’elles s’écoutent parler, et ce n’est en général pas un compliment, mais chez Proust, on peut dire qu’il se regarde écrire, et ma foi, c’est assez fascinant : les toutes dernières pages de la Recherche sont en cela assez fantastiques, jouissives. Le narrateur, qui s’est toujours rêvé auteur, double de Proust, qui se dit qu’il serait temps de devenir cet écrivain qu’il a toujours rêvé d’être et qu’il a peur de ne plus être capable de devenir à l’orée de la mort, même accidentelle. Toujours dans une sorte de mise en abîme introspective, il (le narrateur) se sait avoir accumulé d’innombrables idées au cours de sa vie (parfois mondaine), se voit comme une mine dont lui seul serait capable d’exploiter les ressources, et qu’il serait dommage par conséquent de ne pas les exploiter… Touchant et beau. Après mille écarts mondains, la petite souris retourne dans son nid. Le temps retrouvé.


Les conseils santé-écolo de Doctie Sumo

Eh, oui, c’est le retour des conseils santé de Doctie Sumo ! 5 ans sans vidéo, je sais que je vous ai manqués ! Ainsi, pendant mon absence les abonnés se sont multipliés, vous êtes désormais 125 000 abonnés à me suivre. Merci à vous !

Pour cette nouvelle vidéo événement, j’honore un nouveau sponsor. Si vous voulez aller directement à la vidéo et suivre le sujet du jour, je vous conseille d’utiliser la timecode située en bas de l’écran.

Ce sponsor, c’est La Saveur des goûts amers, un site écrit et réalisé par Limguela (prononcé « l’un-gué-là », il y tient paraît-il — Cyril Hanouilla aurait prononcé « lime gueule là », quelle gaffe !). Vous trouverez le lien du site tout en haut à gauche. Je vous laisse le découvrir. Pour faire court, Limguela a un blog où il fait comme votre serviteur, donner son avis, mais avec moins de succès malgré un court passage à la télévision ! Abonnez-vous à son site, et allez voir de quoi il parle… Vous me direz ce que vous en pensez en commentaires ! Moi, je n’ai pas été déçu ! Pas de code promo, son site est gratuit !

Venons-en au sujet du jour pour ce retour 🕯 auprès de vous, ma communauté chérie.

Le sujet, dekoikonparle :

Aujourd’hui, nous allons parler de sobriété cosmétique et ménagère ! La planète est en danger, je vous l’avais révélé en exclusivité lors de ma troisième vidéo ayant inspiré le GIEC ! (Ma plus grosse vue sur YouTube à ce jour et que j’ai rapidement démonétisée comme promis — #nostalgie).

Pour la sauver, la planète, tout le monde n’a pas la chance d’être une grosse entreprise polluante disposant d’un grand levier sur son impact environnemental : pour nous, ou pour vous, simples abonnés, de petits gestes suffisent. Malheureusement, on ne sait pas toujours bien quels sont précisément ces gestes. Dans le taoïsme, on parle de « non-agir », eh bien, dans la philosophie de Doctie Sumo, on parle de « sobriété consumériste ». C’était, si vous vous en souvenez, l’objet de l’épisode 24 de ma chaîne, mais nous allons parler ici plus spécifiquement de « sobriété cosmétique ». Eh, oui ! La meilleure astuce de grand-mère, c’est encore celle qu’on s’abstient de suivre ! Ne pas porter atteinte à la planète ne passe pas forcément par plus de « naturel », mais par plus de sobriété. Le mieux, ici, passe par le moins. Cela vaut aussi pour votre santé. La meilleure astuce que je pourrais vous donner, c’est encore de ne rien faire. Appelons ça le non-agir consumériste, ou la sobriété des soins.

Vous me connaissez, je ne livre jamais de conseils sans les étayer d’une savante expertise. Cette expertise m’a demandé 5 ans de travail acharné. C’est pourquoi je n’ai produit aucune vidéo depuis tout ce temps ! Hé, oui ! Pour vous dire, à l’époque, il n’y avait pas de petites cloches sur YouTube. Alors, j’espère que vous ne m’avez pas oublié, et que vous trouverez cette vidéo sans peine au milieu de vos innombrables abonnements ! Et puisque vous êtes là, profitez-en pour passer sur mon nouveau compte Ulule et pour me remercier de cette sobriété vidéatesque ! Abonnez-vous ! likez la vidéo… et donc… activez la petite cloche ! (J’ai l’impression d’être un débutant… Vous m’avez manqué !)

Plus que de véritables conseils, je tiens plus précisément ici avec cette nouvelle vidéo à partager avec vous le fruit de ces 5 ans d’expérience. Une expérience, vous l’avez compris, consistant à réduire au minimum ma consommation de biens cosmétiques et ménagers. Les effets sur la santé de cette expérience y seront également brièvement exposés et demanderont à être confirmés par vos propres expériences. Je compte sur vous ! En effet, je vous demanderai de suivre ces mêmes conseils pour les cinq années qui suivent ! N’hésitez pas à les partager en commentaires et à en proposer d’autres en faisant adopter à la communauté vos propres protocoles ! Mais ne soyez pas trop longs ! Les commentaires, c’est bon pour l’algorithme YouTube, mais pas tellement pour la sobriété de nos serveurs !

Sobriété donc, venons-en au fait !

Premier produit : le savon.

La société de consommation du 20ᵉ siècle nous a fait prendre l’habitude d’utiliser communément ce que l’on appelle du gel douche. Question sobriété, on est mal. Le gel douche contient principalement un produit, inoffensif mais inutile, dans une bouteille, puisque vous pouvez vous en procurer encore facilement de nos jours, j’ai nommé : l’eau ! Une bouteille de gel douche contenant entre 200 ml et 700 ml sera consommée entre une semaine et un mois pour une utilisation quotidienne ! En comparaison, un savon tout ce qu’il y a de plus classique, utilisé quotidiennement, aura une durée de vie entre 5 et 9 mois pour un savon à usage corporel ; pour un savon pour le visage, sa durée attendue, toujours pour une utilisation quotidienne, peut monter jusqu’à 15 mois !

En 5 ans d’expérience et études, je n’ai donc eu besoin de renouveler mon stock de savons par lot de 2 ou 3 que trois fois (en comparaison, un utilisateur de gel douche habituel aurait acheté et consommé l’équivalent d’une baignoire entière de gel). Sobriété garantie.

Deuxième produit : le dentifrice.

D’aucuns me diraient que les dentifrices « naturels » peuvent être une alternative crédible aux dentifrices industriels. Je vous le rappelle, le propos de cette expérience et de cette vidéo n’est pas de faire un appel à la nature, mais bien de faire la preuve de l’efficacité de la sobriété tant sur notre santé que sur l’environnement. Rappelons ainsi que les dentifrices industriels contiennent du fluor, et que celui-ci est essentiel à la bonne santé de nos dents. Nous ne saurions ainsi nous passer de dentifrice industriel. La sobriété est ailleurs.

Mes parents Sumo m’ont appris tout jeune à me laver les dents 2 fois par jour, matin et soir. C’est, je pense, la norme pour beaucoup, elle est cependant insuffisante. Après cinq ans d’études, j’en suis ainsi venu à la conclusion qu’il vaut mieux multiplier les brossages dans la journée avec peu de pâte à dentifrice. Pour faire moins, il faut faire parfois plus. Plus de brossages réguliers après chaque repas, c’est la garantie de ne pas passer par le dentiste ou par des opérations lourdes. Et cela, avec, en plus, moins de pâte à dentifrice ! Madame Sumo, elle, avant de me quitter pour un karatéka dispendieux en gel douche, avait pour habitude d’imiter les publicités pour les pâtes à dentifrice en versant de grandes coulées majestueuses de pâte sur la brosse. Il ne lui fallait ainsi pas plus de 30 secondes pour cracher la mousse dans le lavabo, et elle n’a jamais éprouvé le besoin de verser moins de pâte sur sa brosse… Les dentistes disent qu’une « noix » de pâte suffit, je dirai même qu’une larme suffit, surtout si vous multipliez vos brossages dans la journée ! Eh oui, rappelons que le dentifrice ne lave pas la bouche et qu’en dehors du fluor, il ne contient aucun élément indispensable à l’hygiène dentaire. La pâte a de légères propriétés abrasives, c’est vrai, mais l’efficacité du brossage tient essentiellement dans l’action mécanique de la brosse sur les dents et les gencives. Voilà qui devrait vous assurer une hygiène dentaire parfaite à moindre impact sur l’environnement !

Sur 5 ans, Madame Sumo a utilisé en moyenne 7 tubes de dentifrice par an avec deux brossages quotidiens. Plus de trois fois ma consommation ! Expérimentez à votre tour et dites-moi en commentaires ce que vous en concluez !

Alors n’oubliez pas, dès que vous sortez, prenez votre dentifrice ! Juste une larme ! Libérez la pâte à dentifrice de vos salles de bain, dégainez vos brosses, et sortez-les en toute occasion ! « Ce soir, je sors ma plus belle brosse pour aller danser oé-oé ! »

Troisième produit : le shampooing.

Admettons que la quantité de shampooing nécessaire à un lavage soit proportionnelle à la longueur et à l’épaisseur de nos cheveux, eh bien malgré cela, que vous soyez des quasi chauves ou des Vénus de Botticelli, je vous encourage à essayer de réduire votre consommation. C’est possible. Et nécessaire. À la fois pour l’environnement et pour la santé de vos cheveux. Madame Sumo, avant que son karatéka lui prodigue de savants massages capillaires à l’huile de ricin et explose sa consommation de détergent parfumé, avait une consommation peu raisonnable de shampooing. Et Madame Sumo ne devait pas être une exception. Elle disposait en général de 4 détergents à cheveux différents : souvent 2 shampooings différents selon l’humeur et selon l’odeur que Madame voulait se donner ce jour-là, et 2 après-shampooings. Tout cela ne dit rien sur la quantité réellement appliquée sur les cheveux, c’est vrai. Madame ayant les cheveux épais et modérément long, elle procédait à une utilisation de 2 à 3 fois par semaine. Voilà qui est relativement modéré, me direz-vous. Mais m’étant parfois incrusté dans la douche avec elle à des fins scientifiques pour affiner mes recherches, je me suis souvent fait la réflexion que la quantité utilisée par Madame était à l’image de celle déjà employée pour la pâte à dentifrice : beaucoup trop ! Faites-en l’expérience, c’est toujours possible de diminuer sa consommation ou réduire sa fréquence de lavage !

Mais laissons Madame à son karatéka et à ses après-shampooings, et revenons à nos essais. Cheveux secs et cassants (comme on dit dans l’industrie cosmétique), tonsure de moine pas encore achevée, mes besoins sont certes minimes, et je crois encore pouvoir réduire, surtout au niveau de la fréquence (quotidienne jusqu’à encore récemment — la science capillaire est toujours en marche). En 5 ans d’étude, je n’en suis toujours qu’à mon second flacon de shampooing. Trois gouttes suffisent. J’ai eu les cheveux longs, et il ne me semble pas voir finalement beaucoup de différence quant à la quantité nécessaire. Pour en être toutefois sûr, je compte poursuivre mon étude en me les laissant pousser ces prochains mois (Monsieur Sumo finira par réellement ressembler à un Sumo !).

Quatrième produit : le lait hydratant

Pendant ces longues années de recherche, j’ai eu la chance de disposer à mes côtés d’une femme qui pouvait me servir de groupe contrôle à elle seule. Vous l’avez compris, Madame Sumo était une grande consommatrice de produits cosmétiques, et le lait hydratant est pour ainsi dire le produit avec lequel elle était le plus généreux. À 40 ans passés, la femme moderne considère, aidée en cela par ce que nous appellerons patriarcat, qu’elle doit continuer de soigner son image, une image jeune ou rajeunie par toute une gamme de produits cosmétiques. Effet réel du lait hydratant largement badigeonné sur la peau de Madame Sumo ou privilège dû à ses gènes asiatiques, il faut avouer que mon groupe contrôle ne me permet pas ici de juger de la pertinence d’une telle surconsommation de produits par rapport à son intérêt esthétique… Au mieux, puis-je mettre en garde mes abonnés d’un risque sur la santé de ces produits : certains seraient cancérigènes, d’autres provoqueraient des irritations. Le vieillissement de certains composés chimiques serait notamment possiblement nocif, ce qui me fait dire, qu’il vaut mieux consommer des tubes de petite taille. Mieux encore : se priver de soleil, de cigarettes ou d’alcool, qui sont les premières causes du vieillissement de la peau ! Le meilleur produit cosmétique, c’est celui qu’on se retient d’appliquer sur soi !

C’est une information qui m’est parvenue malheureusement trop tard pour que je puisse la mettre à exécution durant mes cinq ans d’expérience, c’est pourquoi, pour éviter que mon lait tourne, j’ai inventé sur le tard une technique que j’ai appelée la technique du contournement, que vous pouvez apprécier dans cette vidéo :

 

Lait tournant

(Attention, la lecture sur Twitter n’a pas de son, ce serait idiot de s’en passer. Il suffit de la télécharger.)

Mon lait hydratant n’a semble-t-il jamais tourné, et les portions utilisées avec cette grande bouteille de lait, ont pu se faire parcimonieusement à un endroit précis de mon anatomie : à la jonction entre le fessier et les cuisses (nous autres sumos de canapé souffrons souvent de vergetures au séant).

Cinquième produit : le liquide vaisselle

Une seule goutte suffit. Inutile d’en dire plus, si vous n’êtes pas encore convaincus, essayez, le résultat est immédiat…

En cinq ans d’expérience, j’en suis toujours à ma première bouteille de liquide vaisselle (750 ml). (Mon groupe contrôle n’est jamais intervenu dans l’exercice, aucun biais statistique n’est donc à craindre à ce niveau.)

Sixième produit : les éponges pour la vaisselle

L’expérience est sans appel : les éponges végétales sans face à récurer durent cinq fois plus longtemps que les éponges avec face abrasive. Pour récurer vos casseroles, utilisez une brosse à poils ou en inox (ou utilisez un chiffon en laine d’acier séparément).

Une éponge végétale peut ainsi avoir une durée de vie de plusieurs mois, tandis qu’une autre avec une face abrasive partira en morceaux rapidement.

C’est tout pour cette fois, j’espère vous retrouver très vite sur ma chaîne ! N’oubliez pas la petite cloche, et à bientôt sur Doctie Sumo !