Qui a commencé à dire « le Covid » et pourquoi c’est fautif ?

Il n’est pas inutile de rappeler pourquoi il y a une guéguerre et comprendre (apparemment) d’où c’est parti. Parce que quand on comprend comment tout a commencé, plus facile de remettre en question l’argument avancé par certains de « l’usage ».

Au tout début de l’épidémie, au mois de janvier, on a parlé un peu partout dans les médias, donc dans la population, du « coronavirus » ou du « nouveau coronavirus ». Puis le 11 février, l’OMS donne un nom au virus ET à la maladie :

La Covid-19 pour la maladie et le SARS-CoV-2 pour le virus.

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public/q-a-coronaviruses*

La page a été supprimée depuis, une autre a été crée par la suite (dans sa documentation, l’OMS parle toujours de « la COVID-19 » :

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/technical-guidance/naming-the-coronavirus-disease-(covid-2019)-and-the-virus-that-causes-it

Cette information est reprise, semble-t-il par l’AFP, qui, parce que les journalistes ne sont pas connus pour être des experts en sciences (et la pression de l’actualité faisant que les correcteurs ne sont alors peut-être pas consultés quand on a besoin de sortir une info rapidement…) est la première à faire la méprise. Une méprise qui sera reproduite partout.

Je parle bien de méprise. La méprise entre le virus et la maladie provoquée par le virus.

L’OMS était pourtant claire dans son communiqué (et déjà en français). Seulement, pour l’AFP, et pour tous ceux qui suivront et qui ne prendront pas la peine de retourner à la source de l’AFP se contentant de la recopier, si le communiqué de l’OMS est clair, eh ben il pose problème aux vulgaires vulgarisateurs d’informations que sont les agences de presse : Covid-19, la maladie, c’est plus simple à retenir que SARS-CoV-2, le virus. Dilemme, depuis janvier, l’usage (là, oui), il est de parler du virus, celui auquel on se réfère en parlant de « coronavirus » ou alors plus justement de « nouveau coronavirus ». Et puisqu’on parlait jusque-là du virus pourquoi changer ? Méprise volontaire ou non de l’AFP et de ceux qui ont suivi, le fait est qu’on a préféré utiliser le terme de la maladie pour l’employer à la place de celui du virus. Ce n’est donc pas une question d’usage, mais une méprise des médias qui ont interverti les termes pour aller au plus simple. Ces termes ne sont pas tombés du ciel par l’usage populaire, il s’agit de termes définis par des organismes scientifiques selon des règles qui sont propres à la science (c’est le Comité international sur la taxonomie des virus). Il n’y a pas un usage populaire et un autre scientifique : l’usage, ici, doit suivre ce qui est prescrit par ceux qui ont défini les termes. De la même manière qu’il serait fautif de parler aujourd’hui de Pluton comme d’une planète alors que cette désignation lui a été retirée par ceux chargés de nommer les planètes, il est fautif de parler du Covid.

« Le coronavirus » est ainsi devenu « le Covid-19 » en pensant se référer au virus, alors que « Covid-19 » a toujours été la maladie.

Et quand l’Académie française rappelle qu’il faut dire la Covid et non le Covid, elle ne fait que rappeler ce qui avait été décidé quelques semaines plus tôt à l’OMS. L’Académie ne décrète rien du tout. Et l’OMS va encore moins consulter des linguistes ou des académiciens pour savoir quoi dire : c’est elle, l’OMS, qui décide, et elle décide en fonction d’une logique on ne peut plus simple : une maladie, c’est féminin. La tuberculose, la grippe, la variole, etc. Le Sida, par exemple, n’est pas désigné comme une maladie, mais comme un syndrome, et est donc… masculin. Ce n’est pas une question d’usage, mais de grammaire basique, et donc de mauvais usage. Et même s’il était question d’usage, l’usage c’est d’utiliser « la » pour un nom féminin.

Pour finir de s’en convaincre, il suffit de trouver un synonyme à « Covid-19 », si vous dites « le Coronavirus », c’est bien que vous parlez du virus pour ce qui est en fait désignée comme une maladie.

Dès le 11 février, Le Monde reprend la dépêche AFP et reproduit la méprise en parlant de Covid-19 pour le virus :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/02/11/coronavirus-le-president-chinois-demande-des-mesures-plus-fortes-alors-que-le-bilan-depasse-les-1-000-morts_6029127_3244.html

Joli moment de confusion : « Le virus s’appellera désormais officiellement « Covid-19 », a annoncé mardi le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Cette dénomination remplace celle de 2019-nCoV, décidée à titre provisoire après l’apparition de la maladie. »


septembre 2020

Ironiquement, quand un compte certifié Twitter les mentionne pour s’expliquer de leur usage du masculin, les correcteurs du Monde répondent :

Je réponds à mon tour en citant la phrase de février où ils font une méprise entre le nom de la maladie et celui du virus. Aucune réponse, mais une tripotée de clics sur mon profil. 68 abonnés certifiés, « danseur sur table », j’ai pas le bon profil pour espérer une réponse.


Mise à jour fin novembre 2021 

Je reviens sur ce que je disais plus haut sur un point : différents usages peuvent cohabiter au sein d’une même langue s’ils appartiennent à un registre, donc un contexte et par conséquent un usage propre. Surtout après deux ans d’usages, et de cohabitation d’usages (en reprenant pour le reste les arguments de l’année dernière).

Ainsi, je réponds à la chaîne YouTube Linguisticae ceci : 

C’est intéressant, mais pour se positionner, il faut savoir de quoi on parle. Est-ce que quand vous parlez de le ou la Covid vous parler du virus ou de la maladie ? Presque toujours, dans l’usage courant, on parle du virus. Donc je veux bien que les linguistes parlent du Covid parce que dans le langage populaire, il s’agit du virus. En revanche, dans la communauté scientifique, on parle plus de la maladie Covid. Qu’on soit donc dans une communauté ou une autre, on ne parle pas de la même chose. Pour parler du virus, on parle de Covid, chez les scientifiques, pour parler du virus, on parle du Sars-cov2.

Définir, ça aide, faire un peu d’étymologie, ça éclaire souvent pas mal aussi : le terme la Covid précède celui de le Covid (même s’ils sont « nés » le même jour). Pourquoi ? Parce que qu’est-ce que c’est « Covid » ? C’est un terme définit par des scientifiques pour remplacer les termes populaires existants (souvent des syntagmes péjoratifs ou imprécis, ici c’était « le virus chinois », le « coronavirus »). C’est donc un terme définit par la communauté scientifique au sein de l’OMS. C’est ainsi que ça se passe, c’est un collège d’experts qui se charge comme dans nombre de sciences de définir les choses. Par exemple, si vous voulez dire que Pluton est une planète, OK, la majorité comprendra et sera d’accord, mais en l’occurrence, ce n’est ni l’usage ni le nombre qui décide, mais une communauté d’experts. Pour une maladie ou un virus, c’est la même chose (même si on peut accepter différents niveau de langage, un populaire et un autre scientifique plus précis ou correct), et à l’OMS, on avait donc décidé que ce serait « la Covid » (et j’insiste, avant qu’il y ait débat sur « le » ou « la », ce sont les experts de l’OMS qui ont parlé de « la Covid »).

Or, c’est une dépêche de l’AFP, reprise immédiatement par tous les journaux et médias, qui a mal lu le communiqué de l’OMS et qui a confondu les deux termes définis que sont « la Covid » et « le Sars-cov2 ». On parlait alors rarement de « la maladie à coronavirus » dans les médias ou ailleurs, on ne parlait presque toujours que du « nouveau coronavirus » ou « coronavirus » ; et pour faire simple, ou par méprise, l’AFP a alors écrit à tort que l’OMS avait fait le choix « du Covid » pour définir le « nouveau coronavirus » (Sars-cov2″ étant probablement plus compliqué).

Maintenant, ce n’est pas la première fois qu’un usage populaire apparaisse à partir d’une erreur. Le plus souvent, c’est le téléphone arabe, il faut attendre des siècles pour que l’usage change. Ici, c’était immédiat. On peut donc dire les deux, mais cela relèverait surtout à la fois de quoi on parle (du virus ou de la maladie) et dans quel contexte et avec qui.