Masque chirurgical et plume de chaleur

Les capitales

Science, technologie, espace, climat

Pour mémoire : réponse à ce témoignage d’une personne devant porter le masque pour préserver sa santé, confrontée aux regards et à l’intolérance des autres :

Les conséquences de l’individualisme à l’occidentale. On a vu avec la pandémie (et plus encore aujourd’hui que plus personne n’en a rien à faire) en quoi la mentalité occidentale est problématique. En Asie, on pense d’abord aux autres : mettre un masque, c’est respecter l’autre.

Parler d’ailleurs des différences entre cet esprit occidental et asiatique, c’est souvent aussi se heurter à un racisme anti-asiatique, qui sera d’autant plus accepté que les Asiatiques, c’est lointain, on n’en a pas chez nous, et de toute façon leur mode de vie est différent. Ben oui, on prend soin des autres, et on n’aime pas trop les gens qui sortent de la norme. C’est vrai, mais que ce soit l’héritage d’une culture d’une sorte de piété filiale ou de conservatisme social, le résultat c’est qu’en cas de crise, ils se serrent les coudes.

Nous, on s’arrache les rouleaux de PQ et les masques quand il n’en a pas, et on l’arrache à son voisin quand il y en a trop et qu’on y voit un signe d’asservissement au pouvoir.

Et le problème des crises, c’est qu’en plus de ne rien apprendre de celles dont on sort à peine, c’est qu’elles se multiplient si on n’apprend pas à les déjouer. C’est exactement ce qu’on fait avec le réchauffement climatique.

C’est toujours à l’autre de faire le premier pas, parce que dans une vision individualiste du monde où le bien commun est accessoire, voire un défaut, ce ne sont pas aux collectivités d’émettre de nouvelles normes d’usages pour régler un problème, c’est au particulier. Même discours qu’avec la pandémie : c’est de la responsabilité de chacun. Avec l’idée que les riches de toute façon échapperont encore le temps de leur existence aux conséquences du réchauffement climatique, et que les pauvres n’ont qu’à prendre des douches moins souvent.

Nos enfants et petits-enfants, ce sont les fragiles de demain, ce sont eux qui devront subir les conséquences du réchauffement climatique, d’une société grippée, alors pourquoi s’emmerder à se restreindre à « porter un masque » aujourd’hui. Pour nous, tout va bien.

Même à la météo, on l’a dit : « le temps se gâte ». Ah ? Il va encore faire grand soleil avec pas une goutte de pluie ?… Ah, non, au contraire : le temps se gâte = il tourne à l’orage. L’inverse existe : le temps s’améliore = il fait beau (sic).

Le culte du bien-être personnel toujours. Et temporaire. On est littéralement dans le « l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». On sait que l’atterrissage, c’est surtout les générations suivantes qui vont se le prendre dans le pif. On sait qu’on a les moyens de réduire les dégâts à l’atterrissage, mais comme ce serait précipiter en quelque sorte notre chute en devant adopter des usages plus respectueux pour nos prochains (voisins ou prochains occupants sur la planète) et que ça limiterait nos libertés, on s’en tape.

Donc on en est là. On n’a pas réussi à s’en sortir ensemble face à une pandémie. Il n’y a aucune raison de penser qu’on fera mieux avec le réchauffement climatique.

Et ce n’est pas la faute des politiques : les politiques disent ce qu’on veut entendre. Ce n’est pas une question politique, mais une question culturelle, de mode de vie et de pensée. Le fait par exemple que la politique du zéro covid n’ait jamais été débattue est représentatif d’un manque de volonté de changer de mode de pensée. On ne prend pas soin des plus fragiles et on se fout du sort de la planète (et donc du devenir des générations futures) parce que c’est ce qu’on souhaite. C’est notre société qui est intrinsèquement égoïste. On la veut ainsi.

Coup de chaleur

Ça commence vers 7h. D’habitude, quand il fait chaud, je suis debout avant le lever du soleil pour rafraîchir un peu la chambre. Alors qu’il faisait 40° la veille, j’avais 26 à l’intérieur.

En aérant trop tard, j’ai tout de suite vu passer la température monter à 30°. Elle n’augmentera pas de la journée, pourtant il semblerait que j’ai commencé à souffrir de la chaleur sans m’en rendre compte avant le gros coup qui viendra plus tard.

À 17h, je me dis qu’il fait pas trop chaud pour remuer ma vieille carcasse de sédentaire. Je bois un bon verre d’eau et, au lieu d’aller marcher sous 40°, je me dis que je ferai un peu d’exercices de gym. Je mets le souffleur d’air devant moi, et je commence à m’agiter. Je prévois de boire. Mais au bout de quelques minutes, j’ai sans doute forcé un peu trop (je sautillais avec un poids spécial crevette de cinq kilos), et brusquement, ma vision se brouille, je me sens lourd, juste le temps de comprendre que je vais m’évanouir parce que j’ai déjà eu cette sensation avec des grippes notamment. Et donc, je tombe dans les pommes.

Aucune idée de combien de temps je suis resté inconscient, mais je me réveille allongé dans le machin qui sert à étendre le linge à deux doigts du coin de la margelle de la douche (si j’ai amorti ma chute et me suis couché, ça va, si je suis tombé comme un sac, la tête aurait pu se fracasser contre ce bord de douche, et ç’aurait fait une belle mort : quoi de mieux que de clamser inconscient ; ç’aurait été moins drôle pour les voisins qui auraient commencé à sentir l’odeur six mois après).

Aucune force pour me relever, j’ai la tête qui tourne, et je pisse la sueur comme il m’est arrivé rarement de le faire (je pense qu’il y a que les crises d’angoisse qui m’ont fait autant suer, sans doute pour les mêmes raisons, l’hyperventilation, sauf là, je respire sans doute pas à fond pour rien). Je suis conscient, je panique pas, je laisse couler la sueur, je cherche pas à bouger parce que ça m’accapare des forces que je n’ai pas, et je comprends que j’ai encore fait une connerie avec mes limites donc je fais profil bas (je fais des sprints parfois dans le bois, comme ça, pour rien, parce que j’aime bien la sensation presque de voler quelques instants, je sais que c’est dangereux et que j’ai l’air con, mais je le fais quand même).

J’ai même pas la force de me traiter de couillon, dans ces moments, on écoute son corps, et on attend.

Au bout de quelques minutes, j’arrive à m’asseoir contre le mur. Je sue encore un max, mais ma respiration semble être moins profonde. Le pouls, lui, n’a pas arrêté de monter les escaliers. Je peux toujours pas me lever, ça servirait à quoi d’ailleurs.

Après quelques instants où je perds manifestement la notion du temps, je rampe vers un fauteuil, et je vois l’heure : si on imagine que j’ai gigoté vingt minutes ma graisse, je suis resté couché plus d’une heure parce qu’il était 18h45 passé.

Après m’être reposé quelques secondes, je grimpe sur le fauteuil, je lève les jambes sur une chaise de bar parce que je me dis qu’il vaut mieux que le sang aille vers le cerveau, et je me repose. Je suis dans les vapes, je m’endors peut-être, me réveille quelques fois. Et puis je crains d’être en hypoglycémie, donc je me dis qu’il serait peut-être pas idiot d’aller bouffer un sucre (c’était idiot, mais je ne le savais pas encore). Il doit être un truc comme 20h, j’arrive à marcher, j’ai pas faim, pas mal à la tête, juste aucune force.

Je retourne m’asseoir. Je mets bien dix minutes à avaler le morceau de sucre. Je me rendors sur le fauteuil (ou tombe dans les vapes, mais je suis pas sûr de faire la différence, contrairement à ma chute, je ne me “sens” pas perdre conscience).

21h et des poussières, ça semble aller mieux. Avec toute la sueur que j’ai perdue, je me dis qu’il serait sage de boire un peu. J’ai toujours pas mal à la tête, et j’ai aucun problème musculaire (ce qui m’étonne parce que j’ai des troubles musculo-squelettiques, et il faut pas grand-chose pour que mes muscles s’enflamment). Je vais boire, aucune soif. Je commence à avoir des nausées, des vertiges. Je connais ça encore bien, ça ressemble à une migraine… sans mal de tête.

Je vais dans la salle de bains : première série de vomis. Je me vide pas mal, et en voyant tout mon déjeuner passer à peine digéré, je commence à comprendre que le coup de chaud n’est pas venu d’un coup : à une époque, manger par fortes chaleurs, ça me provoquait des migraines. Et quand j’ai des migraines… je ne digère pas.

Vomir a comme conséquence de me sentir mieux (avec effet immédiat comme pour les migraines). Je comprends encore pourquoi je n’ai ni faim, ni soif : avec la chaleur, je digère au ralenti, donc à 17h, c’était comme si j’avais tout juste commencé mon repas. Le sucre servait à rien.

Je pense que c’est fini, je prends une douche, et retourne me reposer.

Quelque temps après, j’essaie de boire à nouveau et rebelote : nausée, vertiges, nouvelle série de vomis. Toujours un plaisir de voir un déjeuner vieux d’une dizaine d’heures à peine digéré. Mais c’est bien, l’occasion une fois encore de me rendre compte que je ne mâche pas assez et me demander pourquoi le vomi trouve un moyen de passer par les narines. Je suis mal fichu ou c’est pareil pour tout le monde ?

La prochaine fois, je prends des photos et je fais un catalogue de morceaux.

Dernière chose. Quand je me balade à 35° dans un air ultra-sec, j’ai aucune sensation de soif (ça, c’est pas nouveau), mais surtout il semblerait qu’il fasse tellement chaud et sec que je ne sue pas : en réalité, je sue, mais la sueur sèche de suite. Conséquence, je dois perdre plus d’eau que je l’imagine, et le manque de sueur n’aide pas à m’alerter sur les premiers signes de coup de chaleur. À savoir pour la suite. Parce que ça ne va pas aller en s’améliorant.

La fin de La Méthode scientifique avec Nicolas Martin

Peut-être avec Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert la meilleure émission à la radio ces dernières années. Sinon de tous les temps et de l’univers visible (enfin audible).

Une émission et un présentateur amenés à devenir, malheureusement un peu trop tôt, cultes.

Au-delà d’allier deux qualités a priori incompatibles, se mettre au niveau de tous les auditeurs (sur une radio réputée élitiste) et une exigence de qualité, et par conséquent une compréhension de tous les mille et un sujets abordés (il suffit d’écouter la précision des interventions, lire les retours parfois élogieux des invités, suivre les remarques des tables rondes du vendredi, pour s’en convaincre) ; eh bien au-delà de ça, la Méthode scientifique, c’était surtout une méthode, un style Nicolas Martin.

En réécoutant la première rediffusée en hommage à Yves Coppens, on entend déjà ce qui fera le propre de la “méthode” Martin : une volonté de créer une connivence avec les invités et son équipe sans que ça tombe non plus dans le divertissement. Rendre attractif, plaisant, la science, et donc la science à la radio. Sans pour autant inviter des rigolos pour assurer le spectacle. Parce que c’est ça aussi la “méthode” Martin : mettre les spécialistes sur un piédestal, les aider à porter leur voix, leurs travaux. Une méthode aussi tournée vers la recontextualisation d’une découverte ou d’une branche de la science. Parce que la “méthode”, c’est aussi ça, l’exploration, la découverte, l’éclairage. C’est sans doute aussi ce qui a fait son succès, avec cette capacité à attirer le pékin n’y comprenant rien en science et qui a l’impression, par petites notes, de comprendre parfois l’essentiel au milieu de longues minutes imbitables mais rendues captivantes (ah, les maths), mais aussi de véritables scientifiques qui, je n’en doute pas, écoutaient dans leur coin la Méthode scientifique parce qu’elle parvenait à rendre leur discipline claire et captivante sans compromis et raccourcis, et parce qu’ils pouvaient de leur côté élargir leur spectre de connaissances dans des disciplines très éloignées de la leur.

Parmi les propositions, le ton ou les angles retrouvés dans cette première émission, tout ne marchait pas, mais il semblerait que l’équipe soit parvenue à améliorer la formule tout en restant fidèle à l’idée de départ. Faire populaire, vivant, tout en étant exigeant. Au cinéma, quand ça arrive, on parle de chef-d’œuvre. Mais que ce soit à la radio ou au cinéma, pour un chef-d’œuvre, il faut une personnalité qui incarne le “produit”. Sans doute que la Méthode était faite à l’image de Nicolas Martin. Qui savait, là encore, à la fois s’exposer à l’antenne ou sur les réseaux sociaux pour qu’on s’attache à lui, sans pour autant trop se dévoiler ou s’exposer, car cette personnalisation, elle était toujours au service du sujet et de la science. Une blague idiote, une référence générationnelle culturelle, et ça repart.

Parce qu’enfin, c’était surtout ça aussi la “méthode” Martin : rien de mieux que la culture populaire (mais exigeante, toujours) pour donner envie d’entendre parler de science. À l’image de ce générique qui pourrait résumer à lui seul l’enthousiasme frétillant de l’auditeur quand l’heure est venue et que les premières notes sont lancées… Telle une série : toujours identique avec un schéma récurrent et pourtant toujours aussi surprenante.

La voix de Nicolas Martin, c’était un peu The Big Bang Theory à elle toute seule. Pas d’académisme pète-cul et voix basse pour endormir les capacités de révolte de son auditoire, mais un grand garçon toujours éveillé, adolescent donc bondissant et curieux de tout. L’élève presque qui en plein cours lève la main et pose une colle à son professeur obligé plus tard de partir chercher une réponse à la question posée. Le rôle du faux ingénu qui avec sa petite voix enthousiaste de fan devant son Stan Lee de la science du jour pose une question plus pertinente qui n’y paraît (même parfois dans son innocence ou ses approximations : l’honnêteté toujours de se reprendre au lieu de laisser penser que personne ne relèvera une erreur à part les spécialistes).

Merci pour ces années intenses donc, en espérant que Natacha Triou trouve son style. Sa “méthode”. Avec ses audaces et, je l’espère, une fantaisie propre. La même ossature peut-être, mais un ton qui lui corresponde. Sans reprise de la… martingale si douce à nos oreilles.

Les chefs-d’œuvre ne sont sans doute pas faits pour durer. Au contraire de la science, ils ne goûtent guère la reproductibilité. Ils sont rares et inimitables, c’est aussi à ça qu’on les reconnaît. Les chefs-d’œuvre jaillissent aussi parfois au bon endroit au bon moment. Comme des petits miracles appelés à disparaître. Ce moment s’achève presque : « ce sera dans quelques secondes musicales ».

Guitry, grand admirateur de France Culture à l’heure du thé, disait : « Après La Méthode scientifique, le silence qui lui succède, c’est encore La Méthode scientifique. »

On verra ça.


Zététique, quand l’excuse du classisme mène au clanisme

Les capitales

Réseaux sociaux

Nouvelle entrée à faire figurer au rayon de mes explorations résosocialesques. Tout commence par une enfilade relayée par deux vulgarisateurs sceptico-scientifiques que je suis : ‘Hygiène mentale’ et Tana Louis. Je ne connais pas l’auteure du fil, ça tombe bien, j’aime bien découvrir de nouveaux contenus, et les commenter si nécessaire. L’auteure du fil est donc une Youtubeuse qui partage son expérience, et plus précisément sa réception, au sein de ce qu’elle appelle la communauté « zet ». Beaucoup de considérations personnelles et une vision polarisée de la société qui ne serait partagée qu’entre deux catégories : les privilégiés et les soumis. Étant entendu que naturellement les premiers s’appliqueraient à dénigrer et rabaisser les seconds.

Je n’ai rien contre les témoignages pointant du doigt les problèmes de classisme dans de nombreuses sociétés, notamment savantes (pas plus tard que la semaine dernière, j’ai pu voir, et ai commenté, un exemple de dénigrement de ce type sur les réseaux sociaux), en revanche, ça me paraît fort problématique quant à l’intérieur de ces témoignages on en vient autant à caricaturer des rapports de force et des situations loin d’être simples et aussi manichéens… Car de la dénonciation légitime du classisme au clanisme, il n’y a qu’un pas.

L’autre aspect qui me pose problème dans cette démarche, c’est le profil personnel de la personne qui se met ainsi en avant, pour ne pas dire « en scène ». Je l’ai découvert plus tard, mais cette Youtubeuse s’était déjà fait remarquer par le passé en accusant un autre Youtubeur de l’avoir violée. Je ne rentre pas dans les détails sordides, les histoires personnelles ne me regardent pas (j’avais été étonné de voir l’ampleur du truc à l’époque et m’en étais vite écarté) ; je ne suis pas juge, mais spectateurs. Sur la forme, en revanche, on peut remarquer que cette personne (tout autant que celui qu’elle dénonce) fait commerce, à travers sa chaîne et son compte Twitter, de sa vie privée. On pourrait se demander, à ce stade, en quoi tout cela a-t-il un rapport avec la communauté « zet », car c’est ni plus ni moins que de la téléréalité. Autrement dit la mise en spectacle d’affrontements purement personnels auxquels on demande au public de prendre parti (on remarquera que le génie de l’Internet 2.0 ayant pondu le phénomène metoo est probablement l’héritier du même génie populaire mais télévisuel qu’étaient les émissions de téléréalité).

Car pour se convaincre qu’on est loin de la zététique, un petit coup d’œil sur la première page de la chaîne indique que l’objet des vidéos est en réalité un sujet que le nom de la chaîne met d’ailleurs très bien en exergue : ‘Concrètement moi’ (moi je, moi, moi, moi). Et ce qui saute rapidement aux yeux, c’est le visage de l’auteure de ces vidéos présent sur toutes les capsules. On ne peut pas être plus clair. Ce qui n’est pas mal en soi d’ailleurs, cela donne juste une indication sur la nature du contenu.

Si la forme laisse assez peu à désirer, regardons le contenu. Malheureusement, il fallait s’y attendre, toutes les vidéos sont dans le même ton que l’enfilade sur Twitter : des plaintes et du ressenti. Autant dire, qu’on est un peu à l’opposé de ce qu’on pourrait attendre d’une chaîne sur la zététique. Car ce n’est pas sur la zététique, mais sur « mon histoire avec la zététique » et « mon histoire avec les zététiciens ». Tout comme son premier fait d’armes avait été une série sur son « histoire de viol avec un autre Youtubeur ». Rien de mal en soi toujours, on est sur YouTube, il faut souvent incarner un personnage pour fidéliser un public et lui faire découvrir des sujets de la manière la plus ludique possible. Rien de mal donc sauf que c’est très mal fait, que cela a un intérêt très limité parce que le contenu est en réalité très pauvre (un spectateur comme moi n’y apprend strictement rien, et pour cause la personne en question n’est pas une spécialiste, mais, on pourrait dire, une fan). Et la personne en question particulièrement antipathique : se plaindre sans cesse, se perdre en permanence dans des ressentis personnels, des références à telles ou telles personnes, aucun travail de mise en forme (un paradoxe pour un contenu qui s’attache autant à la mise en forme), bref pourquoi devrais-je m’infliger un tel supplice…

Je me l’inflige parce qu’en réalité cette exposition est symptomatique d’une époque et d’une société qu’on trouve sur les réseaux sociaux ou le contenu n’a en réalité aucun intérêt et où tout passe par la personnification, le culte de soi et l’indignation permanente qui doit se trouver chaque jour une victime à soutenir et un bourreau (à défaut, un groupe social) à dénoncer. Et ce qui a suivi ne fait que renforcer ma conviction qu’au-delà de problèmes sociétaux bien réels, on adopte des comportements non pas (ou pas seulement) fortement influencés par notre classe sociale, mais par le groupe auquel on se définit ou cherche à appartenir. Du classisme au clanisme.

Voici la réponse que j’avais postée :

 

De tout ce que j’ai vu depuis quinze ans que je butine ce que tu appelles des “mets” sans en être, c’est qu’il n’y a pas de communauté. Ça va des forums plus ou moins de sciences aux contenus vidéos en passant par les associations. Il n’y a donc pas de communauté, mais des communautés se rapprochant plus ou moins à ce qu’on pourrait définir comme des mets.

C’est vrai que les profils que tu décris sont largement surreprésentés. Toutefois, je remarque aussi systématiquement le même type de profils chez les femmes : soit des femmes qui surjouent la scientiste obtuse* et qui adoptent les comportements que tu décris (et pour être franc, de mon côté, je ne vois pas de domination des hommes, pourtant majoritaires, dans ces comportements), soit des femmes qui se plaignent de fournir des contenus mal perçus par une soi-disant commue. Et à chaque fois, ce qui m’a mené à tomber sur ce type de contenu, c’est venu du partage d’un ou plusieurs « gros poissons » connus pour leur empathie envers les créateurs de l’ombre.

Parce que je vais être franc : en même pas deux minutes sur ta chaîne, ce qui saute aux yeux c’est que pour quelqu’un de curieux comme moi, ton contenu propose aucune plus-value ou intérêt particulier.

Il faudrait peut-être que les personnes comme toi cessent de se plaindre qu’ils sont mal reçus par la commu ou invisibilisé parce que tes paires, manifestement, te mettent en avant. Si ton contenu par ailleurs n’est pas vu, c’est tout simplement parce qu’il n’est pas de qualité.

Je veux bien croire qu’il y ait des biais parmi les personnes qui regardent ce genre de vidéos, ou que, c’est un fait, la plupart des créateurs et visionneurs soient des hommes. En revanche, je suis sûr d’une chose : si un contenu est bon, quel que soit l’âge, la couleur, le sexe la formation ou même les divers petits défauts que chacun peut avoir et qui pourraient sembler être un frein au départ, eh bien ce contenu trouvera sa place sur YouTube ou ailleurs.

C’est la loi du nombre sans doute plus que celle des discriminations. Avant de trouver du contenu proposé par des femmes qui soit en même quantité que celui des hommes (je ne parle pas de qualité parce que du contenu de qualité proposé par des femmes eh bien il y en a et à ce moment-là, désolé, mais je me fous du sexe, de l’âge ou de la couleur de la personne), il faut commencer à voir plus de femmes s’intéresser à ces domaines. A faire comme tout le monde : avant de proposer des contenus, en être consommateur.

Arrête de chercher à t’insérer dans une commu qui n’existe pas. Propose du contenu de qualité. Ce qu’on, désolé de le dire, ne trouve pas particulièrement sur ta chaîne où la première chose qui saute aux yeux c’est ton visage en gros plan sur toutes les vidéos. Ton sujet, ton centre d’intérêt, c’est pas la “zet”, c’est toi. (Faire une vidéo et une enfilade pour te plaindre de ta réception auprès d’une commu qui n’existe pas mais à laquelle tu tiens tant appartenir n’en est qu’un exemple parmi d’autres.)

 

* Et à y repenser, je rapprocherai son profil plutôt à celui d’un Esteban à qui j’avais consacré déjà cet article : L’histoire du canard à trois pattes qui voulut se faire plus gros que le bœuf. Un profil de personnes avides de reconnaissance, obnubilées par l’opinion des autres sur leur personne, narcissiques maladifs (attention whores), rappelant à envie que les échanges les épuisent émotionnellement mais incapables de s’en défaire, et paradoxalement soumises aux postures d’autorité remarquant leur présence (tous deux sensibles au discours de deux Youtubers connus leur adressant la parole) (alors même que le cœur de leur discours est de pointer du doigt l’injustice des « sachants » à leur égard, ou des stars du milieu résosocialesque dans lequel cherchent à peser). On obéit peut-être un peu tous à un certain niveau sur les réseaux sociaux à ce profil, vu que tout y est fait pour favoriser un culte des échanges et du « moi », mais certains y sont manifestement beaucoup plus sensibles. Et on a foncièrement tort à mon avis d’encourager leur dépendance toxique à ce miroir aux alouettes que sont les réseaux sociaux.


Ce qui m’est donc reproché ici, c’est mon manque d’empathie. Je le reconnais : ce n’est pas nouveau, quand je commente un contenu, je mets de côté les sentiments (du moins j’essaye). Les miens comme ceux de celui ou celle qui pourrait être amené à lire ces commentaires. Je revendique, je commente, j’analyse, le plus froidement possible. Pourquoi ? Parce que je chercherais à adopter un comportement faussement « sceptique » ? Non, c’est parce que j’ai fait mes classes au théâtre, et que j’ai compris très vite que pour avancer il fallait être capable de recevoir la critique aussi dure soit-elle à recevoir. Les compléments, surtout quand ils sont hypocrites, ne vous amènent jamais à apporter un regard différent sur ce que vous faites. Il n’est pas question d’être dur ou froid pour le plaisir ou par manque d’empathie, mais d’essayer de se rapporter à des éléments factuels, voire personnels mais reliés à une perception du spectateur, pour être utile à la personne qu’on critique. Je ne suis d’ailleurs moi-même pas tout à fait exempt d’émotions, car je n’ai aucun souci à exprimer, en tant que spectateur ou créateur de contenu, mon agacement face à l’existence d’un tel contenu. J’ai le même type de réactions quand je commente sous le partage d’une vidéo où Thomas Pesquet partage une vidéo avec deux Youtubeurs décérébrés, mais c’est tout à fait mon droit d’exprimer, en tant que spectateur, ma désapprobation.

Est-ce du dénigrement ? Sans doute. Mais si je prends souvent cette liberté, c’est que j’estime aussi que c’est un luxe d’être commenté. Certains voudraient qu’il n’y ait que des commentaires positifs, pourtant, ce type de personnes n’existe et ne vit qu’à travers les polémiques auxquelles ils sont toujours à l’origine. ‘Concrètement moi’ augmente sa popularité sur les réseaux en faisant une vidéo et une enfilade sur sa mauvaise intégration dans le milieu masculin et bourgeois de la zététique, c’est mon droit le plus naturel d’y poster une contradiction et d’estimer que la prétendue mauvaise intégration dont elle a été victime est plus le résultat de la qualité de son contenu que de la classe sociale à laquelle elle appartient. Admettons que son sexe, niveau culturel ou bagage scientifique aient pesé dans sa réception compte tenu des clichés propres à cette société, si son contenu est pauvre, mal fichu ou hors de propos, cela ne rendra jamais son contenu utile à la communauté à laquelle elle veut appartenir. Car dans une société, en réalité, c’est inexact de penser que l’on se vaut tous : l’expertise ici me semble être un facteur important dans l’autorité qu’un de ces membres peut acquérir auprès « des siens ». Mettre en avant les contenus par exemple de la chaîne ‘Scilabus’ parce qu’elle pourrait éventuellement souffrir d’une moins bonne visibilité que d’autres vulgarisateurs (éventuellement, parce que ça ne me semble pas être le cas), cela pourrait être justifié parce que son travail est de qualité. Promouvoir des contenus faibles de personnes qui par ailleurs pourraient tout à fait souffrir des clichés liés à leur classe, sinon accentuer ces clichés, je n’en vois pas l’intérêt…

J’en viens aux réactions, car elles sont pour le moins là encore symptomatiques de ces comportements de groupe qui visent à exclure des éléments perçus comme nuisibles afin de cimenter ou renforcer une entente nouvelle de groupe. On remarque ça d’ailleurs dans toutes les « communautés » sur les réseaux sociaux : plus on vient à s’exprimer et découvrir des affinités ou des contradictions, plus un groupe auparavant perçu comme uni tendra à se scinder.

On avait donc ici un groupe (ou au moins perçu comme tel, car à mon avis, il n’existe aucune communauté de ce type) de zététiciens qu’on oppose entre eux : c’est selon les époques ou les circonstances, parfois on pose les zététiciens tenant de la science dure aux zététiciens tenant des sciences sociales, ici on a donc une opposition entre un groupe de zététiciens dominants ou oppresseurs appartenant à un même groupe social et un autre groupe de zététiciens qui serait brimé par les membres du premier groupe.

Il est ainsi amusant de faire remarquer la systématisation du rabaissement, dénigrement, moquerie ou insultes par un même groupe (qui se connaissent tous, se suivent, font autorité parmi une certaine « société » et qui sont par ailleurs « adeptes » de la bienveillance prônée par leur maître à tous : ‘Hygiène mentale’) par ce même groupe se plaignant de tels comportements de la part d’un autre groupe censé les opprimer.

Et j’en ai fait l’expérience après mon commentaire. J’aurais un profil évoquant explicitement l’appartenance à ce « groupe » de dominants, va encore, mais j’ai un pseudo — comme deux prénoms — auquel je tiens, qui est épicène, ma photo de profil représente une actrice qui danse, rien n’indique que je suis donc un homme ou que j’appartiens à un quelconque groupe de zététique dans mon profil, et j’avais donc même précisé suivre tout ça de loin depuis des années sans en être. Mais le simple fait de ne pas aller dans le sens de celle qui revendique son statut de victime et en fait commerce, est pour eux la marque que j’appartiens bien au groupe désigné comme oppresseur. Ce qui est surtout la preuve d’une instrumentalisation de la place de victime à des fins personnelles.

Le statut de victime, une posture ici, vous assure une adhésion rapide du peuple. Une adhésion dont on espère tirer profit. C’est aussi un signe révélateur qu’ils n’auront jamais à remettre en question ni la mise en scène grossière de la victimisation de l’une d’entre eux ni mon appartenance au groupe dominant car ça ne collerait pas tout à fait avec le narratif qui consiste à prétendre que le monde des zet est séparé en ces deux catégories et qu’aucun autre juste milieu n’est possible ou mise en doute de la parole de la personne qui se plaint, comme le fait d’accepter que des clichés puissent circuler mais ne pas être convaincu que celle se présentant comme en étant victime le soit vraiment. Non, impossible. Dans la dénonciation du classisme chez les zets comme dans le mouvement metoo, on ne discute jamais la parole de la victime ; refuser de prendre parti et par conséquent douter devient en soi suspect et ouvre à la possibilité de toute mise en accusation comme réponse. Si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous. Un principe fondateur des totems de l’idéologie (expliqué dans cet article).

On a donc ainsi cette première réaction de Gaël Violet, un bonhomme qui a plus de mille abonnés (c’est moi le dominé dans ce secteur) et qui se présente comme rédacteur d’un blog de zététique :

 

Jusque-là, ça va, je fais une différence entre définir les propos de quelqu’un de « conneries » et dire que c’est un « con ». Mais puisque je trouve ça ironique venant de personnes prônant la bienveillance, je réponds (toujours succinctement comme je sais le faire dans une série de tweet — pour moi-même) :

 

Accessoirement, voilà pourquoi je préfère palabrer dans mon coin sans souci d’être lu (et quand je le suis d’être moqué). Je trouve très touchant cette nécessité qu’ont certains d’appartenir ou de se créer des communautés fictives et ainsi de se trouver le besoin de se serrer les coudes en ayant ainsi aucun souci à adopter des comportements qu’ils réprouvent chez les autres. Je le redis : je n’aime pas les communautés parce qu’elles nous enferment dans ce type de comportements [sectaires].

Les réactions sexistes décrites dans l’enfilade en question appartiennent à un même type de comportements et d’usages qui sont propres aux communautés, toutes les communautés. C’est ce que j’explique perso à travers ce que j’appelle les « totems de l’idéologie ». On s’invente des ennemis qu’on aime croire qu’ils appartiennent à une même idéologie, et pour lutter contre ce réflexe de protection, on se retrouve auprès d’une même “communauté” et de mêmes totems autour d’une idée, d’une identité, que l’on croit commune, ou de symboles : des idéologies.

Ici, ceux appartenant à la commu des “zets”, ou qui s’y identifient, voient en mon commentaire une attaque [d’un de ces oppresseurs]. N’ayant aucune visibilité et étant difficilement identifiable à une communauté opposée (je « danse sur les tables », une communauté assez restreinte), ceux amenés à lire ce commentaire l’ignoreront, mais d’autres se feront un devoir d’illustrer ce qui est décrit dans l’enfilade d’origine décrivant ces dérives sexistes, mais appliqué cette fois à un individu jugé par ailleurs tout aussi inférieur (dans leur esprit) et dont on se pensera ainsi avoir toute légitimité à rabaisser pour se sentir unis et plus forts (contre).

Un coup d’épée dans l’eau, mais ça fait toujours du bien une petite pique envers un plus faible que soi.

Pourquoi mon enfilade précédente était-elle justifiée ? Parce que je ne suis personne justement. Je n’appartiens à aucune « commu zet », je juge du contenu comme peut le faire n’importe quel visionneur qui habituellement regarde sans rien dire (ou pas, mais moi je prends soin d’expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord ou pas intéressé au lieu d’insulter ou de dénigrer en une phrase).

Qu’est-ce qui me donne [encore] la légitimité de répondre ? D’une part, je n’appartiens pas au type de personnes visées (ce n’est pas un simple dénigrement sexiste qui est décrit mais un rapport d’inférieur à dominé) : je suis un nobody qui donne son avis à une personne qui a cent fois plus de visibilité que lui et qui se plaint d’être une nobody dans la « commu des zets ». Je ne lui fais donc pas sentir sous mon commentaire tout le poids de ma supériorité supposée afin d’écraser un peu plus son complexe d’infériorité, je lui dis qu’en tant que public de ce genre de contenu de se concentrer sur [une] production [zet] plutôt que sur la perception qu’auraient ses paires (qui ironiquement la mettent en avant) de son travail. Tu veux être perçu comme un producteur de contenu zet ? Produis du contenu zet de qualité au lieu de créer un contenu sur la perception de ton contenu…

D’autre part, il se trouve que je suis également créateur de contenu. Non pas zet, mais d’autre chose. Je n’ai par ailleurs aucune visibilité et donc autorité dans le milieu, ou la commu, auquel je devrais appartenir. Et il ne me viendrait jamais à l’idée de me plaindre de la réception ou de la non-réception de mon contenu. Je ne cherche pas à appartenir à une commu, je pense même avoir fait comprendre que je m’en gardais bien, parce qu’en tant que créateur de contenu, j’estime primordial de m’attacher à ce contenu et non à la réception de ce contenu. On appelle ça la passion. Être créateur de contenu, c’est être passionné par ce qu’on fait, pas chercher à jouir d’une situation ou d’une autorité qu’on viendrait alors regretter ne pas avoir [si c’était le cas], tout en se plaçant dans une position de victime [dans le but de s’attirer les faveurs cette commu].

Quand on se fout du regard des autres et qu’on produit quelque chose, on est focalisé sur ce qu’on fait, et si les lauriers doivent venir ils viendront. Ce qui est déplacé, ce n’est pas quand on est un nobody d’exprimer son désintérêt, mais de quémander de l’attention quand on estime ne pas en avoir suffisamment alors qu’on ne produit rien par ailleurs. Un créateur, ça crée, et ça ferme sa gueule. (Si je l’ouvre, c’est que mon rapport à l’autre, ou au monde, c’est un peu le sujet, ou l’angle, de mes productions.)

Raconter n’importe quoi, faire beaucoup de commentaires, danser sur les tables dans une bulle à neige, c’est donc mon fonds de commerce. On ne saurait me faire [ainsi] meilleur compliment. Et quand la neige aura cessé de tomber, je me figerai dans le silence. Fin.

Ah, et j’ajoute qu’évidemment, ma réponse est masquée sous son tweet. Les totems de l’idéologie, c’est aussi invisibiliser sur les réseaux sociaux les commentaires n’allant pas dans le sens du vent. [suppression d’une phrase idiote] [oui, je pourrais tout autant tout supprimer, mais j’aime archiver]

 

En revanche, se démener pour prétendre qu’on est victime d’une certaine classe sociale dans un milieu, ça expose pas mal : en quelques jours, elle gagne des centaines d’abonnés. Y a pas à dire, l’indignation, l’affichage, ça rapporte mieux que la qualité d’un contenu.

Et là, on retrouve en effet le dédain fièrement affiché par ces mâles privilégiés quand ils s’expriment à des personnes qu’ils estiment être de moindre valeur qu’eux (un dédain dont j’avais déjà fait l’expérience avec un neurologue du Net qui s’était de manière assez peu habile aventuré dans un commentaire cinéma : ici)

Le bonhomme me pourrit ailleurs en répondant à une autre personne, je lui fais alors comprendre que je garde archivées ce qui devient des insultes.

Quand on me dit ne pas vouloir recevoir de réponses, en général je n’insiste pas. En revanche, continuez à m’insulter publiquement et vous ne ferez que vous délégitimiser. Pour archivage, monsieur zet :

(Tout cela parce que j’ai livré un avis négatif envers une de ses copines. Tu le sens le clanisme pour défendre un des siens quitte à aller contre les principes qu’on défend et contre les comportements rabaisseurs dont on se dit être victimes ? Le clanisme tue la cohérence des pourfendeurs du rationalisme — comme tous les clanismes, on ne s’attaque ni aux totems ni à leurs zélateurs.)

Et comme, monsieur zet n’aime pas qu’on lui mette le nez dans son caca, il m’insulte de plus belle.

Fascinant ce spécimen venant à la rescousse d’une femme en danger en insultant une autre personne. Ça me rappelle un acteur fameux. On ajoute donc ceci puisque le garçon semble y tenir :

Et puis, il y a ça :

À quoi je réponds amusé :

Ah, ah, c’est nouveau ça. Je suis un oppresseur qui opprime une personne avec plus de trois mille abonnés. Vous prenez tellement au sérieux votre science de la victimisation que vous en venez à traiter les nobody d’oppresseur.


Entre-temps, Madame ‘Concrètement moi’ lit mon long commentaire et fait ce qu’elle fait de mieux : se plaindre d’être mal traitée. (J’aurais peut-être dû expliquer qu’elle n’est pas la seule créatrice de contenu à qui je donne un avis… Car non, donner un avis contraire ou négatif, ce n’est pas « rabaisser ». Period.)

Tout cet étalage de faux sentiments, s’en est troublant. Ces imposteurs disent qu’ils souffrent, puis passent à un autre commentaire sur Twitter comme si de rien était. Étrange conception de la souffrance : les commentaires Twitter me font souffrir donc je continue de lire des commentaires sur Twitter, et puis je souffre, mais tout de suite après je ponds un autre thread pour me plaindre à travers lequel aucune souffrance ne transparaît. Fascinant.

On appelle ça du chantage affectif. Ou de l’imposture, au choix.

Voilà ce qu’elle pond ensuite pour se plaindre auprès de sa communauté (on est en plein dans la logique metoo cela dit — ah, et j’insiste pour que ce soir clair : on peut, et on doit, questionner ce mouvement de dénonciations publiques, tout en étant contre les violences ou discriminations sexuelles ou sexistes ; se plaindre ne fait pas de vous automatiquement une victime, c’est la base du droit et de l’impartialité.)

Ce n’est pas à moi qu’elle répond afin d’alimenter un nouveau thread de plaintes et de fausses souffrances, mais ç’aurait pu.

Non, tu souffres alors qu’on n’est pas d’accord avec toi, ce n’est pas notre problème, on n’est pas là pour gérer tes souffrances personnelles surtout quand tu montres aucun indice de cette prétendue souffrance. Quelqu’un qui souffre ne passe pas son temps sur un réseau social. Un réseau social est un lieu d’échanges, si certains commentaires ne nous conviennent pas ou nous font souffrir, on n’y répond pas. Se servir de ces commentaires négatifs pour alimenter une nouvelle salve de complaintes et de likes, c’est ça l’indécence. Pas y répondre négativement. Parce qu’il faudrait peut-être apprendre que quand quelqu’un s’expose ainsi, ça n’a qu’un but : vous soutirer indûment des émotions et de l’attention.

J’y plante donc mon dernier commentaire :

Arrêtez de vous faire abuser. Cette femme va très bien, elle cherche piteusement votre attention en usant de chantage affectif. Elle voit que plus vous soutenez son chantage, plus elle gagne en visibilité. Pas très zet tout ça. Exemple de l’absurdité de sa démarche. Lunaire :

Et là, une autre zet du clan à 1400 abonnés, Dominique Vicassiau (autre contact d’Hygiène mentale, gourou de la zet bienveillante — envers soi, pas envers les autres), répond (et récole les likes pour son infinie bienveillance et rationalité sans doute, à moins que ce soit du clanisme) à un commentaire qui me répondait :

J’aurai droit au même meme. La zet bienveillante, c’est donc ça, dire à des petits de fermer leur gueule. Comment dire… c’était bien la peine de nous pondre toute une vidéo et tout un fil pour nous expliquer en quoi la zététique était remplie de dominants malveillants envers les petits pour nous en donner exactement l’illustration. Qui est pris qui croyait prendre. Plouf.

Les Assurancetourix de l’Éducation nationale

Les capitales

Éducation

Billet écrit à la suite de l’écoute d’une émission de La Méthode scientifique intitulée Enseignement des sciences : comment trouver la bonne formule :

Je vais encore être désagréable avec les profs. Je retrouve typiquement chez ces deux intervenantes spécialistes de l’éducation la prosodie ronflante des profs qui pour moi est en partie responsable du défaut d’attention de certains élèves et donc de leur décrochage inéluctable.

J’ai toujours été un mauvais élève, et cela dans toutes les disciplines, je me sens donc un peu légitime pour pointer du doigt certaines des causes expliquant qu’il y aura bien souvent toujours une partie de la classe hermétique au discours du professeur.

Il se trouve qu’en parallèle de l’école, dès mes dix ans, je prenais des cours de théâtre. Or, une des choses étranges qui m’a toujours frappé durant mon douloureux passage dans la scolarité, c’est que ce que j’apprenais au théâtre n’était pas appliqué par les professeurs.

On me dira que diriger une classe ce n’est pas la même chose que jouer en public. Peut-être, mais les principes de transmission et d’expression sont les mêmes. Or je crois avoir compris qu’on s’appliquait à l’Éducation nationale à faire exactement comme si un cours n’était pas une représentation.

Derniers Jours, Angelo Morbelli (Villa Reale di Milano)

D’un côté on a des professeurs qui vont partir dans ce qu’on appelle au théâtre des tunnels (de longs monologues sans relief qui perdent le spectateur), de l’autre, des professeurs qui rameront à chercher un contact avec chacun des élèves et à les faire participer un à un ou à tour de rôle.

Ces deux modes de relation expliquent en partie pourquoi les professeurs ont toujours réclamé qu’on baisse le nombre d’élèves par classe. Quand on fait des « tunnels », on est incapable d’adapter sa prosodie au volume de la salle et au nombre d’élèves. Quand on cherche un contact direct avec les élèves pour les impliquer dans le cours, on arrive à le faire en général qu’avec quelques élèves, du premier rang, les autres sont exclus. On explique parfaitement ça au théâtre : interagir avec une partie de la salle, c’est exclure l’autre.

Ça s’explique assez facilement d’ailleurs : on peut accepter une certaine forme de connivence entre un « groupe » contre un autre si on est inclus dans ce groupe. Si on coupe la classe en morceaux, en cherchant volontairement ou non à instaurer une forme de connivence avec certains élèves, cette connivence sera automatiquement fondée sur le rejet de ceux qui deviennent spectateurs de cette connivence. Elle se fait donc avec une classe en tant qu’entité unique, ou elle ne se fait pas.

Ainsi, durant ma courte carrière d’élève endormi au dernier rang, je n’ai jamais vu un professeur adopter correctement les codes que j’apprenais au même moment dans mes cours de théâtre. Jamais. Or, désolé d’insister, faire un cours c’est savoir parler en public.

Je veux bien croire que la pédagogie soit une science, et que tous ces spécialistes de l’éducation aient des méthodes fort élaborées pour savoir ce qui est censé marcher pour améliorer l’écoute et les performances des élèves ; moi, j’y vois de mauvais acteurs. Parce qu’un acteur, avant de savoir composer son personnage, doit savoir se faire comprendre.

C’est aussi le rôle d’un professeur. Et rares sont les professeurs capables de se faire entendre par une classe entière.

On ne s’adresse pas, jamais, à des élèves en particulier (sinon brièvement et en gardant toujours contact avec les yeux avec le reste de la salle). Au théâtre, on dit qu’on « projette » (c’est une image) sa voix jusqu’au dernier rang (la quasi-totalité des professeurs ont la tête baissée et s’adresse aux deux premiers rangs excluant ainsi les élèves du fond). Quand on parle à quelqu’un à cinquante mètres, on ne fait pas autrement. Pas besoin de crier, mais le débit, le timbre, le souffle, la projection de la voix s’adaptent à la position de son (ou de ses, dans une classe) interlocuteur. La tête et les yeux « balayent » la salle sans jamais s’arrêter (ou rarement) sur un spectateur / élève.

Si toutefois on a besoin d’interpeller un élève en particulier, on le regarde, mais le corps et surtout la voix continue de porter jusqu’au dernier rang. Car il faut toujours entretenir cette connivence avec le reste de la salle. Interpeller un élève, ce n’est pas l’interpeller individuellement, c’est le prendre comme support à sa « démonstration » ; l’élève en question est un intermédiaire avec les autres élèves. On individualise un élève (comme un spectateur), et c’est la confiance, l’écoute, du reste de la classe qu’on perd. Et avec des élèves, je dirais qu’il faut que ça reste très furtif.

Quand on décide de s’adresser ainsi à un élève en particulier, par ailleurs, on évite de changer tout à coup de voix quand on s’adresse à un élève du fond… D’une part, parce que c’est le signe que le professeur jusque-là ne s’adressait qu’aux premiers rangs, et surtout, ça donne l’impression qu’il se rend compte tout à coup qu’il y a des élèves situés au fond. Paradoxalement, en cherchant à les inclure… on ne fait que les exclure un peu plus.

Et j’insiste : la priorité, c’est de parler pour les élèves au fond de la classe. Quand vous parlez dans une salle pour les personnes assises au dernier rang, vous parlez également pour celles assises au premier. Quand vous parlez en revanche dans une salle aux personnes du premier rang, vous excluez tous les autres (ce n’est pas techniquement impossible de parler au premier rang, mais je le répète, il faut alors garder en permanence le lien avec le reste de la salle).

Je sais que le fond de la classe a toujours valeur, à la fois pour certains élèves et pour des professeurs qui pensent ne pas être dupes, de refuge pour les mauvais élèves. Si un professeur avait conscience que s’adresser à une classe entière, c’était s’adresser pour ceux du fond (en y adoptant donc les techniques de voix et de regards décrites plus haut), aucun élève ne s’y sentirait soit tranquille soit à l’écart.

Le débit, le rythme, l’accentuation, bref tout ce qui constitue la prosodie chez un orateur, doit être adapté à la salle. D’une manière générale, je dirais qu’il vaut mieux en faire plus que pas assez. Sur scène, quand on « s’adresse » au public, indirectement ou non à travers des monologues, et qu’on déclame son texte, les mauvais acteurs ont tendance à réciter (en tout cas, à ne pas maîtriser les diverses techniques qui permettent de faire illusion et de s’assurer l’écoute du public). Un professeur n’est pas confronté à cette situation (quoi que, à force de ressortir les mêmes schémas de cours et qu’ils tombent dans le ronron monotone des acteurs qui « s’installent », on y est presque), en revanche, quand il est mauvais (ils le sont pratiquement tous), il adopte à peu de chose près la prosodie d’un acteur qui récite :

– débit monocorde

– rythme constat qui coule comme un flot ininterrompu (impression que c’est le flot qui contrôle l’orateur, pas le contraire)

– pas d’accentuation (tout est au même niveau et ça donne l’impression de faire des arabesques mélodiques pour faire joli ou semblant de structurer sa pensée)

– pas de pauses

– impression de surplace (quand on parle, on est poussé par une intention : toutes nos phrases sont construites pour s’orienter vers une fin de phrase où est censée se trouver une intonation mettant un point final à la couleur que l’on a choisi de donner à notre pensée)

– regard flou et fixe (voire un regard qui rebondit d’un point fixe à un autre : parce qu’il n’est peut-être pas inutile de dire qu’une personne qu’on écoute, c’est une personne qui se laisse regarder d’une part – regarder fixement, c’est souvent un refuge, là, pour le mauvais orateur –, mais aussi une personne qui grâce à la vivacité d’un regard toujours en mouvement, « balayant », laisse pénétrer sa « pensée » ou son « imagination » ; en réalité, le spectateur n’a évidemment pas accès à sa pensée, mais son visage est un peu comme un livre ouvert, ses yeux sont expressifs et le spectateur non seulement comprend mieux ce qui vient d’être dit mais arrive mieux à prévoir la suite – car souvent, puisque la pensée est censée précéder la parole, l’œil indique souvent la nature de ce qui va suivre – c’est pas de la magie, c’est ainsi que l’être humain fonctionne),

– gesticulations (oui, on parle aussi avec son corps, et en l’occurrence ici souvent le piège, c’est d’avoir le corps qui commente mollement le flot de parole)

Il y a d’autres problèmes que je retrouve exactement dans la parole de ces deux spécialistes de l’éducation et qui m’ont toujours interpellé : c’est la confusion, l’abstraction, la profusion de détails ou de détours inutiles dans le discours du professeur.

J’adore Proust, mais écouter les cours « magistraux » de certains professeurs, c’est un peu parfois être embarqué dans des tunnels alambiqués et creux. On pourrait dire que c’est la beauté de l’esprit français, et je serais sans doute le premier coupable en la matière, puisque déjà, dans les copies, on me reprochait ma « confusion ». Seulement, ça me faisait rire, parce que je trouvais justement terriblement confus le propre discours de ces professeurs. Quand on ne maîtrise pas les règles relationnelles avec une salle décrite plus haut, on essaie au moins d’être concret, précis et succinct dans son discours. Ce défaut qu’on reproche souvent, à raison, aux politiques ou aux hauts fonctionnaires (à tous ceux qui, paradoxalement, semblent prendre des cours de communication), je le trouvais déjà chez mes professeurs, et je le retrouve dans la manière typique de ces deux spécialistes à la radio.

On passe souvent pour évaluer les élèves, d’après ce que j’ai compris, dans d’autres pays, par des QCM. Et c’est très critiqué ici. C’est pourtant pour moi le signe que leur méthode d’apprentissage se base sur davantage de concret, sur des faits : tu connais ces éléments de connaissance, tu le démontres dans un QCM, point. Au moins jusqu’à un certain point, afin de définir des bases, ça me semble nécessaire de passer par ce travail. On va à l’essentiel.

En France, au contraire, on aime commenter, agrémenter une information de « pédagogie », autrement dit, on cherche à la rendre ludique, à expliquer le contexte ou que sais-je encore… Peut-être qu’avec de bons professeurs ça marcherait. Avec des mauvais, c’est un enfer. L’impression d’être Malcom McDowell dans Orange mécanique à qui on oblige de regarder Mister Bean raconter une blague en alexandrins. Un supplice.

Et à chaque discipline, j’ai eu cette impression.

En terminale par exemple, j’étais tout excité à l’idée de découvrir les cours de philosophie. Je me disais : « cool, on va apprendre des concepts nouveaux, on va en savoir plus sur l’histoire de la pensée ». Résultat ? Les dix premières heures ont été consacrées à l’étude d’un texte imbitable de Kant. Qui était Kant, ce qu’il pensait (en général), dans quel contexte (précis, pas vaguement pour « illustrer » ou égayer son cours), c’était pas important. Et je retrouvais exactement le type de cours de lettres qui déjà m’ennuyaient à mourir.

Preuve qu’un cours, ce n’est pas s’adresser à chacun de ses vingt élèves en animant sa classe comme dans Le Cercle des poètes disparus, les meilleurs cours auxquels j’ai pu assister, c’était des cours, pour le coup, magistraux, dans une grande salle.

Vous regardez des conférences d’Étienne Klein ou des cours de Jean-Jacques Hublin au Collège de France, micro ou pas, à leur manière de s’exprimer, je n’ai aucun doute sur le fait qu’ils aient conscience que parler à un public, c’est s’adresser à une entité, pas à des individus qu’il faut prendre un à un par la main. Qu’il y ait vingt ou trois cents personnes, c’est la même chose. (Et je parle uniquement de la relation dans la salle, je ne demande pas à des profs de corriger cent copies par classe.)

De manière générale, c’est assez cocasse de remarquer que ceux qui sont amenés à s’interroger sur nos méthodes de transmission du savoir, sont précisément toujours ceux qui sont les moins armés pour transmettre ces savoirs.

La formation à la française…

Je peux écouter des heures Étienne Klein sans comprendre le dixième de ce qu’il raconte, j’en tirerai toujours quelque chose, ne serait-ce que… du plaisir. Sans plaisir, on ne retient rien. Sans plaisir, pas de soif d’apprendre.

Et j’ai rien appris à l’école. Rien.


Jour de fête à l’hospice, Angelo Morbelli (Musée d’Orsay)

Culture de la rébellion et de l’insubordination dans une société non sexuée et égalitaire

Cinéma en pâté d’articles   

SUJETS, AVIS & DÉBATS   

Les capitales   

Violences de la société   

Pour répondre aux commentaires à la suite d’une réponse que j’avais écrite suite à ce tweet,

et qui disait : « Les femmes devraient surtout en tirer la leçon que ces hommes honnêtes dont vous parlez ne sont pas forcément ceux que l’on croit, et que la première chose à faire, c’est un coup de pied où ça fait mal et un dépôt de plainte. Dénoncer dans des médias poubelles : zéro efficacité. »

… voici donc quelques réponses en vrac pour préciser ma pensée : bien sûr qu’une agression, c’est traumatisant, mais ce que je dis c’est que toute alternative à la voie légale engendre plus de dommages encore. Les personnes faisant le choix d’une dénonciation publique sur le tard, plutôt qu’une plainte directe se déclarant des années après, se révèlent-elles satisfaites de la voie choisie ? Je crois assez peu au pouvoir de réparation de la justice, mais je suis quasi certain que ce pouvoir est bien plus réel par cette voie que par celle de la dénonciation publique. Chacun parle en fonction de son expérience, sans doute, ou de la mode du moment ; la mienne se nourrit des films que je vois, car oui, il n’y a peut-être rien de mieux que les leçons que les films nous apprennent pour pouvoir se faire une idée sur ce genre de sujet. Et le cinéma a souvent exploré ce sujet de la justice. Je renvoie à ce fil où j’énumère un certain nombre d’exemples de films illustrant cette idée :

Je reproduis mon texte ici (ça renverra vers certains commentaires des films en question) :

C’est dommage qu’on apprenne si peu des films qu’on regarde. Le cinéma est plein de films traitant de la question de la culpabilité (avérée, suspectée), de la difficulté de juger les monstres, de la puissance de la rumeur et de ses ravages sur les innocents, de notre facilité à lyncher ou à s’ériger comme juges. Et c’est souvent le cinéma de Hollywood qui a mis en scène ces problématiques humanistes et sociétales, donc on a assez peu d’excuses, ces films ne sont pas rares ou inaccessibles. Ces films ont été produits dans des sociétés probablement beaucoup plus polarisées que les nôtres, plus violentes, pourtant aujourd’hui où sont les films traitant de ces sujets, qui sont les individus qui n’ont pas peur d’aller contre le courant avilissant de la bien-pensance ? Étrange paradoxe ou lâcheté intellectuelle.

Le plus souvent, ce cinéma a mis en scène des innocents accusés à tort (L’Etrange Incident, Call 777, Fury, Je suis un criminel), parfois il s’est génialement situé dans un entre-deux à la fois pour nous démontrer que les choses sont rarement telles qu’elles apparaissent ou aussi manichéennes qu’on le voudrait par facilité de lecture du monde : dans La Rumeur, des accusations futiles prennent des proportions gigantesques, et si les accusations se révèlent presque exactes, ou partiellement exactes, les conséquences sont terribles, pour tout le monde. Dans Le Faux Etudiant, un garçon est coupable de s’immiscer frauduleusement dans une université, et parce qu’une fois démasqué, il devient suspect aux yeux de tous, il finit par être accusé de bien autre chose dans un contexte de révoltes étudiantes, et la société qu’il admirait finit par s’accommoder lâchement des agressions dont il est victime.

Une séparation est une expérience où chaque séquence contredit la précédente et vient faire vaciller nos certitudes et notre capacité à juger : on est témoins de tout, croit-on, mais on ne peut plus déceler qui ment. Le film nous démontre qu’on peut mentir tout en étant innocent. Le même procédé est utilisé dans Mystic River : placé en position qu’il croit être d’omniscience, donc de juge tout-puissant, le spectateur croit savoir qui est coupable. Avant de constater un peu penaud que tout n’est qu’illusion, manipulation et faux-semblants… Dans Le Bûcher des vanités, un type méprisable est accusé à tort d’être responsable de la mort d’un jeune Noir, la presse lui tombe goulûment dessus, et finit par mentir pour se sortir d’affaire. Qui est coupable ? Qui est victime ? Tout le monde.

Pour autant le cinéma ne s’est pas privé d’y montrer des monstres (et d’y insister ainsi souvent que les premiers monstres, ce sont ceux qui jugent et mettent eux-mêmes en scène leur indignation ou leurs accusations pour ne jamais être suspectés d’être du mauvais côté du manche), parce que le cinéma a bien montré que ce qui devrait nous distinguer des monstres (ou des coupables avant tout parce qu’il nous montre aussi bien que les monstres n’existent qu’au cinéma), c’est notre humanité. Et l’humanité a créé un truc dans son principe qui est assez cool : la justice, qui en principe doit être équitable. Tous les exemples démontrent qu’elle l’est rarement, qu’il est même impossible qu’elle le soit réellement, mais d’autres films, et je n’en citerai qu’un, démontre que la solution la moins mauvaise, c’est encore de lui faire confiance et de la suivre. Dans Le Fils du pendu, un homme se rend vite coupable d’un meurtre : aucun doute possible, on en est témoin. Tout le film consiste ensuite à mettre à l’épreuve notre capacité à entrer en empathie avec un meurtrier et son parcours qui le mènera à se rendre.

Je renvoie ensuite vers deux paragraphes de mon commentaire du Fils du pendu à partir de « Seuls le cinéma et la littérature » traitant en détail de ce sujet et auquel je ne changerai pas une ligne aujourd’hui.

Si les victimes ont toute légitimité pour dénoncer leur agresseur, et si tout doit être facilité pour ne rien entraver leurs plaintes, cela ne peut se faire qu’en suivant des processus mis en place par la société pour confondre et punir leur agresseur. Tous les films cités plus haut font la démonstration qu’à chaque fois qu’on passe par une autre voie, on ne fait que compliquer les choses. On pourrait même affirmer que sans ces écarts, il n’y a pas de cinéma possible. Comme disait Hitchcock, si le héros allait à la police, il n’y aurait pas de film. Alors si, pour certains, le cinéma, c’est la vie. La vie, ce n’est pas le cinéma. En tout cas, ça ne devrait pas l’être. Les monstres, on les laisse sur l’écran. Et on laisse la justice se faire.

Fin de l’aparté.


Connaître ces films, et l’expérience qu’ils apportent, ferait peut-être changer l’idée qu’ont certains sur les vertus présumées de la voie médiatique prônée, et rappellerait encore à ceux-là les principes qui ont forgé nos sociétés.

Par ailleurs, je ne reproche rien aux victimes, du moins directement : je ne m’adresse pas à elles, car il serait en effet indécent de prétendre leur dire ce qu’il faut faire, ou en tout cas, ce qu’elles auraient dû faire. En revanche, s’il y a une culture du viol (et on ne serait pas tout à fait d’accord pour définir ce que c’est, certains semblant faire une distinction nette entre séduction et viol, alors que pour moi, cette culture ne peut être comprise que dans un cadre plus général de culture ou d’usage et d’acceptation des rapports de subordination et d’autorité : tant qu’on accepte que dans une société, il y ait un devoir de respect automatique, presque d’allégeance, à un supérieur, à un patron, à une autorité quelconque, sans que le dépositaire de cette autorité n’ait jamais à la gagner auprès des autres, on crée un environnement propice aux agressions), il faut alors accepter de créer ensemble une culture de la riposte. (Ainsi qu’une culture de la plainte, d’abord directe, ostensible et là oui, si possible, publique, mais immédiate : une main aux fesses ? Plaintes verbales immédiates et affichage public du tripoteur. Et la riposte, ça passe par une gifle immédiate ou un coup de pied aux couilles. Bien sûr, cela n’est possible que quand il y a des témoins. C’est bien pourquoi il faut éviter, quand il y a le plus souvent un rapport de subordination, qu’une femme se retrouve seule avec un supérieur. Point. Dans le cadre d’un travail, c’est inopportun et c’est potentiellement stressant pour une femme. Le simple fait d’insister pour être seul avec une subordonnée devrait mettre la puce à l’oreille à la hiérarchie. Et dans le droit du travail, il devrait être possible de faire valoir une sorte de droit de retrait si on est une femme et qu’on refuse de se retrouver seule avec un homme potentiellement « séducteur ».)

Pourquoi une culture de la riposte (immédiate) ? Parce que dénoncer individuellement des agresseurs longtemps après les faits quand ils ne sont souvent plus en mesure de les commettre (c’est le cas de beaucoup de dénonciations publiques), non seulement on ne change pas leur comportement, mais on ne change pas non plus celui de ceux qui continuent à profiter de leur autorité ou du pouvoir de subordination qu’ils possèdent sur d’autres pour agresser des femmes quand ils sont seuls avec elles. Par définition, si un homme de pouvoir profite de son pouvoir au moment où il sait qu’il ne risque pas grand-chose, il continuera de chercher à jouer de son autorité et de sa situation pour gagner les faveurs des femmes consentantes ou de futures victimes. C’est moins une question de culture du viol qu’une question de culture de subordination. Le viol ou l’agression sexuelle, ce sont des conséquences ; ces hommes cherchent à s’attirer les faveurs des femmes, point ; et ils se servent de leur statut pour arriver à ces fins ; ils ne veulent pas agresser, mais ils seront parfois prêts à l’être s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils désirent. S’il est important de traiter la conséquence (l’agression et le viol), il est tout aussi important de traiter le mal à sa racine : et sa racine, ce n’est pas une culture supposée du viol (aucun homme ne cherche à agresser des femmes a priori), mais bien une culture de la subordination (parce que beaucoup d’hommes chercheront à profiter de cette situation pour acquérir des faveurs sexuelles ; s’il y a agression, c’est certes grave, mais le fait d’accepter des faveurs sexuelles parce que la personne qui les réclame est un supérieur ou joue de son statut, de son autorité, ce n’en est pas moins un problème ; ce n’est pas tout ou rien : un rapport de subordination est toujours l’origine de dérives que les hommes s’empresseront d’interpréter comme de la séduction, alors qu’il faudrait instaurer l’idée qu’il ne peut y avoir de rapport sain entre deux individus à partir du moment où il y a un rapport de subordination).

Avant qu’il y ait des rapports toxiques entre hommes et femmes, il y a des rapports toxiques entre collègues, employeurs et employés. Quand on cherche l’équité, l’égalité, le respect de l’existence de l’autre pour lui-même et non pour sa seule fonction souvent subalterne, on n’accepte pas qu’un homme de pouvoir joue de sa situation par rapport à d’autres pour leur imposer quoi que ce soit qui puisse être de nature à affecter leur dignité. Un homme qui a appris qu’il n’a pas tous les droits envers des collègues, des employés, aura probablement moins de chance de se penser à l’abri quand il confond séduction, ses désirs avec la réalité, et qu’il fait valoir ses petites pulsions d’homme frustré ou de séducteur compulsif au détriment de la dignité et de l’intégrité d’une femme.

Pour répondre ensuite à « on ne peut pas savoir à l’avance qui se révélera être un violeur ». Ce commentaire répond directement à ma phrase quand j’évoque l’hypocrisie des « hommes honnêtes » et supposés comme tel. Je confirme ce que je disais : un violeur, un agresseur, un goujat, c’est souvent un homme qui présente bien, qui sait adopter tous les codes sociaux le mettant en valeur, justement parce que ça fait partie de l’attirail de séduction qu’il met en place pour s’attirer les faveurs des autres, et en particulier des femmes quand elles lui plaisent ou quand il estime qu’elles doivent lui rendre de petits services… Les femmes aiment à penser que les séducteurs sont de charmants garçons qui très honnêtement s’intéressent à elles quand en fait ils savent subtilement leur laisser penser qu’elles sont uniques et formidables, et cela dans le seul but d’attirer leurs faveurs. Pour être clair, un séducteur, un charmeur, est un escroc, il en adopte exactement les mêmes tours. Bien souvent aussi, un homme qui se présente un peu trop comme défenseur des femmes, et donc un féministe, toujours du côté « des femmes » ou « des victimes », sans discernement ou subtilité, est un tartuffe. Donc oui, un séducteur qui ne connaît pas les limites, un potentiel agresseur et violeur, à tout du gendre idéal, de l’homme honnête, parce qu’il a tout intérêt à s’en donner l’apparence. Exactement comme un escroc n’a aucun intérêt à passer pour un être désagréable. C’est ce qu’on entend toujours de la bouche des victimes, que ce soit d’un escroc ou d’un agresseur ou même d’un simple queutard (un homme qui cherche à multiplier les conquêtes en gagnant leur consentement avant de les laisser tomber) : « Il était si gentil ! ». Avant d’être agressif et insistant, un homme prétendra toujours n’être qu’un séducteur.

Et pour être franc, je pense même qu’une posture de séduction est presque toujours une posture de subordination et donc un premier pas vers une potentielle séduction. Mais il est certes difficile pour une femme de déceler chez un homme ce qui relève d’un intérêt réel qu’une manipulation visant à ne gagner d’elle que des faveurs sexuelles…

Est-ce que dénoncer publiquement dans les médias aide à ce que d’autres victimes se manifestent ? Probablement, oui. En espérant que cela débouche parallèlement sur des plaintes. Et là j’ai un doute. On me signale que porter à la connaissance des médias ce genre d’affaires permet de faire sortir de nouveaux cas, d’accord, mais dans ce cas, on ne traite à chaque fois qu’une infime partie des agressions qui ont lieu : ces cas sont des faits divers concernant des personnalités publiques, s’il fallait à chaque fois choisir la voie des médias pour que d’autres victimes se manifestent, et cela à chaque fois ne concernant qu’un seul agresseur, on ne s’en sortirait pas, tout simplement parce qu’on ne s’attaque qu’à une infime partie du problème. La vaste majorité des agressions ne sont pas l’œuvre de personnalités publiques : si le seul recours des victimes est médiatique, qu’offre-t-on à toutes ces victimes n’impliquant pas des personnalités publiques et par conséquent n’intéressant pas les médias ? Le but, c’est de couper des têtes connues ou c’est de changer les mentalités, repérer les situations ou les personnes qui posent problème afin de s’attaquer aux racines du mal, et au final, diminuer les agressions et les viols ? Chacun ses priorités. Personnellement, je ne m’intéresse pas aux faits divers. Même symbolique. On n’agit par ou contre une minorité, même une minorité de privilégiés. On agit à la base des problèmes afin de les régler, au lieu d’agir après, symboliquement, contre une infime partie des agresseurs.

Est-ce que cela participe par ailleurs à changer ce que certains qualifient de culture du viol, autrement dit est-ce que ça participe à modifier ses rapports de subordination à l’origine de ce type d’agressions ? Je ne crois pas. Choisir la voie médiatique, c’est quasiment faire le constat que la voie judiciaire est impossible et sous-entendre ainsi que les hommes, que les puissants, sont protégés par l’institution : cela ne fait, à mon sens, que consolider des archétypes de genre présentant les hommes comme puissants et les femmes comme victimes. Changer une culture du viol par une culture de l’agresseur et de la victime, je n’y vois pas une grande différence. En revanche, face à la justice, plus aucun rapport de subordination, qu’il soit professionnel ou médiatique, ne tient : elle est censée juger équitablement. Ainsi, il ne faut pas chercher à changer les comportements en instaurant une culture de la dénonciation et de l’opprobre public, mais à améliorer tous les mécanismes de prise en charge des victimes, de recueils de plaintes, d’enquêtes, de principes de prescription, etc., et aussi s’appliquer à créer au travail et dans notre intimité de nouveaux rapports non plus basés sur la subordination ou l’autorité, mais sur une équité totale, si possible non bilatérale, franche et transparente.


Je tiens également à répondre sur la différence avec 2018 quand Hulot avait été mis une première fois en cause. En 2018, une plainte avait été déposée, la plaignante, me semble-t-il, était restée anonyme. Le nom de cette plaignante est rendu public dans Envoyé spécial, est-ce que cela a été fait avec son accord ? Probablement pas, diffuser des choses au détriment des personnes étant la grande spécialité de cette TV poubelle. Protège-t-on ainsi les victimes quand on révèle leur identité malgré elles ou le fait-on par simple souci du buzz ? Et par ailleurs, oui, ces politiques ne s’honorent pas en commentant les accusations, voire défendre, l’un des leurs quand une plainte est déposée… Mais bon, peut-on encore croire qu’un politique puisse être intègre…


Je répondais également à un autre intervenant sur un autre fil évoquant le fameux « tout le monde savait et n’a rien fait » :

Les beautés de la démagogie. Eh bien, vous auriez fait quoi vous ? “Savoir”, ce n’est pas être témoin d’une agression. C’est bien pourquoi les agresseurs attentent ou s’arrangent pour être seul avec une femme. Ils ne peuvent d’ailleurs savoir que la personne en question est un séducteur ou un queutard. Cet agresseur séduit dix filles, sur dix, vous en avez quelques-unes qui auront été consentantes, et parmi elles certaines n’auront aucun problème pour le faire savoir. Et sur ces dix, quand il y en a des agressées, on l’a vu dans ces témoignages, elles se taisent. Donc, ils savent quoi ? Ils savent que ce qui se sait : la personne est vue comme un séducteur ou un queutard, point. J’ai une assez basse opinion des séducteurs, mais séduire, ce n’est pas encore agresser. Et même si vous entendez parler d’agressions, OK, vous savez. Du moins, vous croyez savoir parce que vous en avez entendu parler. Et après ? Vous voulez prévenir qui en dehors de potentielles futures victimes ? « Bonjour, Monsieur le juge, j’ai entendu dire que… » Y a une capacité à se présenter comme de parfaits chevaliers blancs sur ces réseaux qui est assez fascinante. Et je ne rappellerais jamais assez que les agresseurs ont tout intérêt à « bien présenter ». Chevaliers blancs et blancs chevaliers. Les agresseurs se cachent derrière les chevaliers blancs, les hypocrites béni-oui-oui trompeusement toujours du côté des victimes. On n’est jamais trompé et agressé que par des hommes qui se donnent l’allure de gendre idéal. Vous auriez fait quoi ? Rien. À part prévenir les femmes, voire dire au concerné ce qu’on pense de lui, il n’y a rien à faire. Mais ce n’est souvent pas ce qui est suggéré quand certaines personnes s’indignent. Les mêmes personnes d’ailleurs qui sont sans doute toujours les mêmes à se cacher, à ne rien faire, quand vient à parler en face des problèmes. On les connaît ces gens toujours prompts à dire ce qu’il aurait fallu faire, mais qu’on a jamais vu lever le petit doigt pour dire quoi que ce soit, avant, au risque de se mettre en danger. Certains savent bien humer le sens du vent.

Les exploits de N1 vus par sa mère professeure en psychologie cognitive

Les capitales

Violences de la société

On continue de faire le tour des comportements pseudo-féministes sur les réseaux, c’est devenu ma passion.

Pour mémoire donc, puisque l’exemple reste significatif et l’auteure, comme c’est étonnant, m’a bloqué.

Après un neurologue cinéphile, mes interventions semblent cette fois agacer une femme qui se présente comme professeure associée en psychologie cognitive. Ça tombe bien, on va parler (et user beaucoup) de biais cognitifs.

Ça commence toujours avec un tweet initial auquel je réagis, le voici :

Je passe sur cette mode particulièrement détestable à la fois de nommer ses enfants N1, N2 et d’exposer ainsi leur intimité sur les réseaux (ces gens se doutent-ils au moins du mal qu’ils font à leurs enfants en exposant ainsi leur moindre geste à des milliers de followers ?)… Parce qu’on pourrait se demander la finalité d’une telle exposition. Certains sont tellement soucieux de leur popularité en ligne, d’être constamment soutenus par leur communauté de followers et de leur donner à manger, que ça ne leur pose aucun problème de révéler ainsi leur intimité, et plus encore celle de leur progéniture. Pauvres gosses. Et c’est professeure en psychologie cognitive…

Bref, c’est surtout la dernière ligne qui me fait tiquer, et faute de contexte, je mets les pieds dans le plat : « En l’occurrence ici, c’est ton aîné qui a des stéréotypes masculins toxiques. Laisser penser que le problème vient toujours de l’extérieur alors qu’on est tous victimes des stéréotypes, c’est déjà prendre le problème à l’envers. »

Oui, l’exposition sans filtre à son intimité sur le Net permet une certaine familiarité.

Mon intervention ne me paraît pas souffrir de la moindre confusion, pourtant M1 (appelons-la ainsi) ne comprend pas où je veux en venir (ou fait semblant, ce qui est plus vraisemblable) :

Je suis plutôt étonné de cette réponse (celle du deuxième tweet), et assez agacé par la dernière phrase du premier (traiter de random du haut de ses milliers de followers un random sur un réseau, ce n’est pas très habile avec moi, comme avec pas grand monde je suppose, parce que c’est tout de suite faire valoir son autorité sur l’autre et lui opposer donc l’idée que sa parole a forcément moins de valeur parce qu’il n’est pas suivi d’une horde de followers personnels). Je rétorque d’abord sur son ingénuité feinte la faisant passer à côté du sens de mon intervention : « Dire qu’on est tous victimes de stéréotypes, et traduire ça par « eu élèves pas bien tes gamins ». Bel épouvantail. »

Je cherche encore le moment où je lui aurais soutenu qu’elle était à l’origine de ces stéréotypes. Un épouvantail, c’est une jolie manière de tordre la réalité à sa convenance (la réalité à laquelle tu me confrontes ne me convient pas, je dis donc que tu m’en proposes une autre) et donc de montrer en quoi l’autre a tort en lui faisant dire ce qu’il n’a pas dit. Hé, on est spécialiste de psychologie cognitive ou on ne l’est pas.

Je relève par ailleurs que sur un réseau public, le principe, c’est un peu que les randoms ne sont pas seulement soumis à l’approbation à travers les likes, mais aussi aux commentaires (on peut d’ailleurs leur interdire depuis peu cette possibilité, ce qui est tout aussi acceptable, seulement les gros comptes ne le font pas pour ne pas laisser penser aux petits comptes qu’ils les méprisent ou qu’ils laissent ouvertes toutes les discussions — ce qui n’est évidemment pas le cas ; moi, je ferme ici les commentaires, au moins, c’est clair, je ne fais pas du “réseau” et ne vise pas de partage ou la popularité).

Puis, je lui réponds plus précisément sur son épouvantail : « Mais où voyez-vous que je prétends que votre fils perpétue un modèle vu chez ses parents ? Apprenez à lire. Les stéréotypes, avant de se retrouver dans la société, c’est nous qui les construisons. Enfant, on commence à avoir de l’esprit critique pour s’en apercevoir. Discuter avec lui va donc évidemment dans le bon sens, sauf bien sûr, si c’est pour lui ancrer dans [la tête] que ces stéréotypes sont avant tout issus de son environnement (en l’occurrence ici culturel). On n’est pas obligé d’être influencé par un élément extérieur pour être victime de certains biais attribuant tel ou tel comportement à tel ou tel sexe ou à lui attribuer une valeur négative ou positive. Commencer à reconnaître ces biais dans ses propres raisonnements, c’est devenir plus critique vis-à-vis des stéréotypes de genre et pas d’ignorer donc qu’avant d’apparaître dans nos sociétés, ces stéréotypes apparaissent d’eux-mêmes dans nos têtes. Ça fait partie de l’esprit critique qu’on peut commencer à développer à cet âge. (Et la culture nippone n’est certes pas connue pour partager des valeurs égalitaires.) »

Mais c’est bien d’échanger, je découvre que pour certains, les stéréotypes sexuels sont uniquement dus aux sociétés dans lesquelles on vit. Ça n’explique pas pourquoi toutes les sociétés ont toujours été à dominance masculine, mais c’est une idée à la fois élégante, réconfortante et pratiques : identifier la cause des stéréotypes sexuels aux sociétés, cela permet de désigner des coupables tout trouvés, les hommes, soumis donc non pas, comme tout le monde (donc aussi les femmes) à des stéréotypes, mais à des sociétés, par essence, construites sur la domination masculine. Cela justifie du même coup l’idée de “patriarcat” ou d’autres concepts pseudo-féministes comme « la culture du viol ». Dans cette conception manichéenne du féminisme (ou de la psychologie), il ne peut donc y avoir que des êtres soumis (les femmes) et des coupables (les hommes).

La société est ce qu’on en fait ; notre cerveau, on aura beau l’éduquer, il sera toujours soumis à certaines contraintes et certains biais. Mais la lutte contre les inégalités se passe sur ces deux terrains. Pas un seul. Chercher à soigner les stéréotypes de genre à travers ses seuls symptômes sociétaux en ignorant leurs origines psychologiques, ça revient à écoper une barque qui coule à la petite cuillère.

M1 est fatiguée, alors elle sort l’artillerie lourde des réseaux sociaux pour discréditer un contradicteur : le meme. Ici, ce sera une fausse couverture sur des recherches imaginée de mémoire par Florian Gouthière :

 

J’en ai rencontré des mauvais professeurs, je crois même pouvoir dire que j’en ai rarement trouvé capables de proposer autre chose que du mépris à l’égard de personnes qu’ils estiment être de moindre valeur qu’eux, mais celle-là, avec les outils et la rhétorique employés, a le don de m’agacer (aussi).

Pas de meme chez moi, je me contente d’un peu de sarcasme : « T’as raison, si toutes les sociétés humaines ont toujours été à dominance patriarcale[], ça ne peut être qu’à la suite d’un complot des hommes face aux femmes… La société a bon dos. Et en attendant, en niant les chemins cognitifs responsables de ces clichés, on les perpétue. »

Ma logique est la suivante : si toutes les sociétés se sont toujours développées sur ce modèle patriarcal, et cela même avant qu’on puisse parler de société, voire de culture (les primates fonctionnent tous selon un modèle avec mâle dominant), c’est donc que les inégalités précèdent les sociétés, et qu’elles se sont perpétuées dans les sociétés parce que les sociétés n’ont jamais eu vocation (sauf récemment à l’échelle de l’histoire humaine) à la démocratie ou à l’égalité. En développant ses capacités d’empathie, les hommes, dans leurs sociétés humaines (même archaïques, on peut l’imaginer, les petits groupes familiaux ne faisant pas encore société étant plus susceptibles d’être en capacité de créer spontanément des premières formes d’égalité ou de justice “sociale”, sans qu’on puisse malheureusement un jour le prouver — l’organisation des groupes sociaux ne laisse pas de traces archéologiques), se sont questionnés sur ces questions d’égalité. Pas d’idée de progrès social sans égalité. Globalement, on doit ça aux avancées des lumières de ces trois derniers siècles. Pour les égalités de genre, il faudra attendre cependant le siècle dernier. Si la question des égalités de genre est uniquement culturelle, pourquoi n’a-t-elle été soulevée dans l’histoire des sociétés que le siècle dernier ? Le fait que l’histoire des luttes pour les égalités de genre et celle de la psychologie (donc des travers qui constituent nos fonctionnements personnels) soient contemporaines, c’est une coïncidence, ou peut-on imaginer que la prise de conscience de certains biais et mécanismes sous-jacents soit à l’origine de modèles sociétaux inégalitaires ? Ferions-nous le choix de l’égalité pour le seul goût, abstrait, du progrès social avec l’idée un peu utopique que nous y arriverons parce que c’est le sens de l’histoire, ou faisons-nous le choix de l’égalité en sachant (ce qui implique une lutte permanente contre soi-même — aussi) que des mécanismes psychologiques archaïques commandent des processus à l’origine de notre vision du monde nocive pour les sociétés à la fois libres et égalitaires que nous voulons mettre en place pour le bien de tous ? Maintenant, si historiquement, je raconte des âneries, je peux l’entendre, mais pas à travers des memes. On me réclame des sources sans m’en avoir opposé aucune, c’est assez ironique. Le « t’inquiète mec crois-moi » versus « je suis professeure, ta gueule ».

Je complète ensuite par ce qui n’est déjà plus qu’un soliloque (c’est une habitude, j’ai fini par être plus familier de mon cul à force de lui parler qu’aux êtres humains) : « Ce qui voudrait par ailleurs dire qu’à chaque fois qu’un individu fait le choix de se ranger du côté des luttes contre les inégalités sexuelles, il est automatiquement préservé de la moindre pensée sexiste… C’est bien, au moins ça explique beaucoup de choses. Comme je l’ai entendu ce matin à la radio, pour certains, le féminisme est « une mode ». On se range donc du côté des féminismes, non par conviction qu’on puisse personnellement être coupables ou victimes de sexisme, mais parce qu’il s’agit d’une mode, parce que se ranger du côté de cette mode, c’est cool. Pas étonnant de voir ensuite des dérives avec des individus jugeant que le féminisme est un vêtement qui les fait bien voir et qu’ils seraient prêts à changer à la moindre occasion. »

Parce que oui, mener une lutte avec comme porte-étendard un certain nombre d’idées à la con accompagnés de tartuffes ou de fashion ideologic victims, ça fait pas avancer la cause en question.

Ensuite, M1 me bloque, trouve du soutien au milieu de quelques likes et à travers l’intervention d’une idiote pour qui le simple fait de m’avoir déjà bloqué sur le réseau semble expliquer beaucoup de choses (ces gens sont scientifiques, mais vu ce qu’il s’est passé ces deux dernières années dans ce pays, j’avoue que je ne suis plus beaucoup surpris). Après quoi, M1 expliquera à sa copine qu’elle n’avait plus la force de me répondre. Parce que tu vois… c’est de la pseudo-science.

Peut-être qu’avec moi comme avec son fils, elle feint d’ignorer qu’il n’y a pas d’intimité sur un réseau social. (Son fils est malheureusement plus à plaindre que moi. Tout ce qu’il dit ou fait est susceptible d’être retranscrit par sa propre mère sur la place publique. Suffisant, c’est à craindre, pour être susceptible de l’envoyer un jour chez le psy.)

Aimer, est-ce être intense dans l’amour porté à l’autre, souffrir à l’occasion parce qu’il n’y a pas d’histoires d’amour sans déchirements romantiques ou est-ce être aux côtés de l’être aimé, lui montrer une affection infaillible, à tous les petits et grands moments de la vie ?

Les capitales

Relations personnelles

Qu’est-ce qu’aimer ?

ou trancept sur l’incapacité des êtres à se retrouver, s’aimer comme il faut, partager les mêmes conceptions de l’amour…

(un trancept, c’est un concept qui tente de voir au-delà de ce pour quoi il a été inventé)

(ce n’est pas loin d’un transat : il n’est utile que quand on s’assied dessus)

— Ma grande déception, c’est de ne pas avoir été aimé(e).

— Moi je t’ai aimé(e).

— Peut-être. Mais nous n’avons pas la même idée de ce qu’est l’amour. Pour certains, l’amour doit être intense, se faire attendre, appeler ; il se fait dans la souffrance, dans l’absence. Pour d’autres, comme moi, l’amour, c’est une présence, un réconfort de chaque instant ; c’est une personne avec qui partager sa joie, c’est être là quand on a besoin ou quand cette personne a besoin de toi, c’est une présence que l’on sait tout proche, là, quand on a aussi besoin d’être seul(e).

— Mais non, tu te trompes. Je pense pareil que toi. Si tu as besoin, je suis, là tu peux m’appeler.

— Quand tu as soif, tu ne prends pas ton téléphone pour commander un verre d’eau. L’amour, c’est aussi simple qu’un verre d’eau.

— Ce n’est pas de l’amour que tu décris là, c’est de la servilité, c’est de l’amour bourgeois… « L’amour, c’est aussi simple qu’un verre d’eau »… De l’aphorisme à l’aporie, il n’y a qu’une goutte.

— Eh bien, tu vois, on ne pense pas pareil. C’est pour ça que ça ne marche pas entre nous. On ne crée pas durablement une relation à distance. L’intensité des débuts peut le laisser penser, mais à la longue, la distance fracasse le lien qui nous unit, et entre l’intensité et l’attachement… bourgeois, c’est l’attachement bourgeois qui l’emporte. L’amour durable ne peut être fait que d’intensité — et ne doit pas l’être. L’intensité porte en elle les promesses d’un amour éternel, mais l’amour éternel ne peut être que dans la sécurité et le confort, la connaissance aussi, de l’autre. Oui, l’amour durable est bourgeois. L’intensité, c’est bon pour les Petit Poucet de l’amour : ils picorent les petits cailloux de l’amour, et n’ont aucune idée d’où cela les mène.

— Nous ne serons pas d’accord. Il ne tient qu’à l’un et à l’autre d’entretenir cet amour, faire qu’il soit intense et durable. La vie, et par conséquent la vie amoureuse, c’est en effet un long chemin tortueux et l’on s’accroche aux cailloux que l’on dépose à l’intention d’un(e) autre qui saura les ramasser et nous retrouver. Si certain(e)s se perdent en route, un ou une autre saura les retrouver et vivre avec nous le temps qu’il faut l’intensité d’un chemin parcouru à deux. Refuser de jeter les cailloux d’un bonheur présent ou futur, c’est s’asseoir à la table de l’ogre de l’ennui avant qu’il nous dévore ou qu’on en soit esclave.

— J’ai l’impression qu’il est temps que l’on prenne chacun nos cailloux et que l’on se sépare pour de bon cette fois.

— Oh, ça fait longtemps que j’avais déjà pris un autre chemin, tu ne pensais tout de même pas que tu étais la/e seul(e) à picorer de mes cailloux !


Home alone or Omelette extraterrestre

Home alone or Omelette extraterrestre

Les capitales

Science, technologie, espace, climat

« Tenter, sans force et sans armure d’atteindre l’inaccessible étoile »

… Telle est ma quête

Suivre l’étoile

Peu m’importent mes chances

Peu m’importe le temps

Ou ma désespérance…

(J. Brel, La Quête)

Imaginez qu’un système planétaire soit une omelette. L’œuf serait un disque protoplanétaire placé sur une poêle où s’opérerait pendant des millions d’années des combinaisons chimiques capables de vous faire une bonne omelette cuite à point avec toujours les mêmes ingrédients chimiques présents dans cet œuf protoplanétaire. Or, on ne fait pas d’omelette sans casser d’œuf, et on devrait même dire, sans laisser un peu d’œuf sur le bord de la table qui aura ainsi échappé au feu de la poêle. Ne reste alors de cette omelette après des milliards d’années, que quelques morceaux situés au bon endroit de la poêle pour ne pas en faire du cramé. Imaginez maintenant que d’infimes résidus de cette omelette restée bonne, doués (ou presque) d’intelligence, viennent à se demander si d’autres morceaux d’omelette existent dans une cuisine lointaine, bien lointaine, et cela en faisant confiance à notre flair de grands anosmiques. Eh bien, serait-on prêt à imaginer cette savante omelette plus capable de découvrir des exomelettes dans des systèmes impossibles à atteindre ou n’aurait-elle pas plus de chances de trouver quelques réponses à ses questions d’omelette sapiens sur l’existence et la composition d’un œuf protoplanétaire en allant fouiller sur le rebord de la table, à côté de la poêle, là où seraient susceptibles de se trouver d’anciennes traces d’éclaboussures d’œuf protoplanétaire ?

Bref, chercher de la vie dans un système même voisin et avec lequel on ne pourra jamais interagir (donc confirmer d’éventuelles observations), ce serait un peu comme tenter aujourd’hui d’engager une conversation avec le chien de Socrate ou avec les punaises de lit de votre arrière-arrière-petit-fils. L’exobiologie, elle doit se faire, à mon sens (mais je n’y connais rien), sur les rebords de table de notre système solaire, là où des éclaboussures d’œuf sont susceptibles d’avoir été préservées, “omeless”, sous une forme ou une autre.

Après, j’ai bien conscience de ne rien y comprendre, à me demander pourquoi on aurait des chances d’y trouver quelque chose à regarder ailleurs que dans notre assiette, mais pour me convaincre il faudra bien plus venir des confins du cosmos que d’une simple autre planète (voisine de la nôtre).

Et je ne suis pas loin de penser que ce nouvel intérêt pour la recherche de vie, historiquement cantonnée au système solaire, en dehors de notre système ne tient qu’aux possibilités depuis deux décennies à pouvoir faire le compte ou presque des systèmes alentour disposant de planètes, à découvrir des planètes dont on se plaît à penser qu’elles pourraient être habitables sans réellement pouvoir le confirmer de manière certaine. Autrement dit, on en vient à lancer de nouveaux projets censés repousser une nouvelle fois les limites de l’observation, espérant bientôt aller jusqu’à découvrir des marqueurs d’une présence de vie lointaine. Or, je veux bien qu’au moins sur un plan statistique, faire le compte bientôt ou un jour, non plus seulement cette fois des planètes potentiellement habitables mais potentiellement habitées, que cela fasse avancer la connaissance, mais on en arrivera alors inévitablement un jour à un point où ces potentialités se heurteront à une réalité physique, celle qu’on ne pourra jamais s’affranchir des distances colossales qui nous séparent de ces mondes et donc en apprendre un peu plus, ou seulement confirmer toutes ces probabilités d’existences inconnues, lointaines et exotiques. Nous le faisons parce que c’est possible, pourrait-on dire pour paraphraser presque un célèbre discours américain, seulement viendra un jour où les limites de l’observation seront atteintes, et en résultera alors une grande frustration. Alors faisons le temps que nos outils et que leurs limites nous permettent de faire le plein de connaissances à ce niveau, mais il faut être aussi conscients des limites de ce pan de l’exobiologie. Parce que pour le reste, la science dans ce domaine me paraît bien plus prometteuse en scrutant d’abord les mondes déjà visités de notre système afin d’en apprendre plus sur l’origine du vivant, son développement potentiel ailleurs que sur Terre, et sa nature comparée à celle connue chez nous si on en trouve des traces. Ensuite, comme je l’indiquais avec mon petit récit omeletique, c’est l’environnement extérieur de notre système qui potentiellement deviendra un jour une source d’enseignements sur notre origine, sur la nature de composés et assemblages chimiques encore inconnus faisant le trait d’union entre l’inerte et le vivant, ou sur l’origine de tentatives passées avortées (ou non, avec un peu d’espoir) ailleurs dans notre système. Et cela, face à certaines hypothèses soulevées au fil des explorations, il y a grand espoir, même sur un temps long, de pouvoir les affiner de plus en plus et même espérer faire de réelles découvertes. C’est toute la différence entre une science de l’observation lointaine et une autre où on pourra un jour avoir accès à ce qu’on cherche.

Être trouvés ou trouver de la vie ailleurs ?

Voilà pour ce qui est de la question de la vie extraterrestre selon notre point de vue d’explorateurs et d’exterminateurs (je rappelle que, malheureusement, l’avantage évolutif de notre ancêtre, et cela, avant même Homo sapiens : c’est avec Homo erectus que les « hommes » sont sortis d’Afrique et ont exterminé la faune prédatrice locale concurrente), et qui dans notre esprit conquérant nous laisse au moins penser qu’on finirait gagnant d’une telle rencontre (celui qui « trouve » l’autre pense de fait être plus évolué que le « trouvé » ; l’histoire nous a montré qu’il y a toujours un gagnant et un perdant).

Qu’en est-il si c’est nous qui sommes trouvés ? Eh bien, on l’aura compris, si certains s’en émerveillent parce qu’ils imagineraient cette rencontre forcément comme bénéfique, je la pense, de mon côté, franchement non souhaitable.

D’abord, il faudrait se demander pourquoi nous espérerions rencontrer une telle « vie ». Rappelons, parce que nous avons tendance à l’oublier vu que nous occupons notre temps à lui marcher dessus, qu’une vie autre que la vie humaine existe sur terre. Et vous savez quoi ? On a beau être responsable de son extinction massive, on en est encore à un stade où une bonne partie de cette vie, bien réelle et à portée de main, reste inexplorée ! Elle est pas belle… la vie ?!

Sur Terre, les espèces qui cohabitent dans un même environnement sont soit en concurrence sur ce territoire, soit restent indifférentes les unes des autres (ce qui signifie en réalité qu’elles ne sont pas en concurrence pour les mêmes ressources, voire qu’elles procèdent à un niveau plus ou moins élevé à une forme de mutualisme ou de commensalisme). Ainsi, et dans le meilleur des cas, on pourrait imaginer qu’une vie extraterrestre intelligente (forcément intelligente si elle en vient à nous « découvrir ») soit indifférente à notre existence et ne cherche pas ainsi à interagir. Dans la version pessimiste, elle nous considérerait comme concurrente.

Veut-on vraiment savoir qu’elle serait la nature de notre interaction avec une telle vie extraterrestre si elle venait à pointer le bout de son nez à la vitre de notre monde fragile ? Perso, dans ces conditions, je préfère encore qu’on soit les seuls êtres intelligents dans les parages. Une forme de vie non intelligente, ma foi, elle pourrait tout autant exister ou non, on serait incapables de la découvrir (dans l’hypothèse bien sûr qu’on en trouve aucune trace dans notre système), ça nous ferait donc une belle jambe. Mieux vaut rester en haut de la chaîne alimentaire…

Que fait-il donc que notre espèce éprouve tant d’intérêt à se trouver ainsi une telle altérité… loin de ses bases ? C’est sans doute une caractéristique de notre espèce, et l’une des causes de notre réussite évolutive dans l’histoire. Notre curiosité nous a probablement poussés à nous intéresser aux usages, aux techniques, aux modes de vie, d’abord de nos proies pour les chasser efficacement, ou de nos prédateurs pour échapper à leurs attaques, puis aux autres groupes d’humains afin de s’approprier leurs savoirs, leurs techniques, leurs cultures. On est des charognards dans l’âme : l’altérité, c’est d’abord une concurrence potentielle, une source énergétique, même indirecte (apprendre des techniques nouvelles d’un autre groupe, c’est améliorer ses capacités à tirer de l’énergie de son environnement). Ce peut être cette même curiosité qui nous fait imaginer, voire espérer, l’existence d’une telle vie. La crainte ou l’espérer, avant de l’étudier, de l’exploiter et de l’exterminer dans l’indifférence alors que nous regardons déjà ailleurs… Maintenant que nous sommes la dernière espèce humaine sur terre, et que la mondialisation, donc l’uniformisation de la culture, est en marche, nous regardons donc ailleurs. Toujours en quête de nouveaux territoires… et de nouvelles proies. Il ne faudrait pas l’oublier, certes, au fil du temps, la curiosité s’est doublée d’empathie (aussi parce que cette empathie nous donnait un avantage sur d’autres), mais elle reste avant tout une arme visant à assurer la maîtrise de notre environnement et notre domination au sein d’autres espèces concurrentes ou devenues bientôt plus, du fait de la sélection opérée sur elles, que commensales de la nôtre. Les larmes de crocodile, c’est nous qui les avons versées en peignant sur les parois de nos grottes les espèces vénérées que nous allions exterminer.

Au mieux, rencontrer une civilisation extraterrestre pourrait s’assimiler à une rencontre avec une fourmilière qui aurait tout autant d’intérêt ou de capacité à communiquer avec nous. Au pire, elle nous écrabouillerait. Nous cherchons la culture, la technologie, de l’autre pour se confronter à lui, souvent pour en tirer profit, c’est notre âme de charognards toujours. À nos risques et périls.

Il n’est pas inutile de le rappeler. La vie, l’intelligence, l’altérité existent sur Terre, et nous sommes en train de l’exterminer tandis que nous regardons ailleurs afin de trouver ce que nous avons à nos pieds.


Les bêtises de la commande vocale Windows

Top 5 des bêtises effectuées par la reconnaissance vocale Windows quand on lui lance une commande :

  1. Demande l’action de cliquer avec la souris : Windows écrit dans un encart « cliquer ». Si on insiste, il écrit « cliquez ». Si on ajoute le mot « cliquer » dans le dictionnaire à ignorer, Windows écrit « Clique et » ou « … et ». Mais juste cliquer avec le pointeur, ça non, c’est trop difficile pour l’intelligence artificielle Windows.
  2. Mes voisins ferment la porte de chez eux : Windows ferme le programme ou la fenêtre ouverte. Logique implacable. Une porte qui claque signifie « fermer le programme ».
  3. Pour éteindre le PC, attention, en temps normal, il faut déjà cliquer trois fois (super ergonomie ça) : pour Windows, il faut donc dire « démarrer » (logique) afin d’ouvrir le menu Windows, puis « marche / arrêt » pour accéder au bouton « arrêter ». Sauf qu’à ce stade, neuf fois sur dix, si on lui demande « marche / arrêt » ou « marche » ou « arrêt », ben… il fait une recherche Bing pour « marché » « marche autour de chez soi » « marcheur et ».
  4. Pour effectuer un simple copier/coller, c’est parfois la misère : Windows ayant du mal à comprendre la différence sonore entre « copier » « coller », mais aussi « couper ». Pour copier ou couper, c’est relativement simple (Windows copie à tour de bras, des paragraphes entiers, des encarts, des images, etc.), mais quand il faut coller, il faudrait espérer que les réussites de la reconnaissance vocale Windows soient à 100 %, or, une fois qu’on a passé la première étape, on n’est qu’à la moitié du chemin, et… Windows comprend autour de 50 % de ce qu’on lui raconte. Pour copier ou coller, c’est donc souvent à pile ou face. Et le problème, c’est que quand il se met à copier là où le curseur se trouve et où on comptait coller, on pourrait se dire qu’il n’y a rien à copier donc il copie rien. Ben si : il copie (ou coupe, c’est encore plus fabuleux) toute la zone de texte en tant qu’encart html. Du coup, si on annule, le presse-papier contient ses bêtises et non le truc qu’on a coupé au préalable.
  5. Quand Windows fait des bêtises, on pourrait se dire que le programme a prévu une sorte de machine learning pour le nul (Windows) et qu’on peut lui apprendre de ses erreurs. C’est bien ce qui nous est vendu dans le programme. Sauf que ça, ça marche pour le mode édition, quand on cherche à écrire un texte à la voix. Parce que sinon, quand Windows se trompe dans l’exécution d’une commande, si vous dites « corriger », il ne comprend pas que vous cherchez à corriger la bêtiser qu’il fait, il pense que vous cherchez à corriger un truc, et là, il cherche une commande correspondante, et au mieux, si le curseur est placé dans un encart pour écrire, il écrira « corriger » ou « corrige et ». Et dans le pire des cas, il vous ouvre une fenêtre pour « corriger » le mot qu’il aurait compris (alors qu’il s’agit d’une commande), vous avez donc une dizaine de possibilités, et là, si vous cherchez à fermer la fenêtre qui ne sert à rien Windows corrige ce qu’il entend et vous propose alors une dizaine de possibilités autour de « fermer », et finira par vous demander d’épeler le mot. Aucune commande à ce stade ne peut fermer cette satanée fenêtre, sinon « annuler », qu’il comprendra avec un peu de chance comme annuler l’action. Et quand Windows fait donc une bêtise, la seule option possible, c’est donc la commande « annuler » qui s’impose. Aucun moyen de lui faire progresser au niveau des commandes.
  6. Dans un navigateur Internet, je me demande encore comment passer d’un onglet à l’autre. Windows doit sans doute faire payer le fait de ne pas utiliser son navigateur maison (ça ne peut être que ça). Et parfois, quand il comprend de travers, il propose l’ouverture de plusieurs actions en disant un numéro, ce qui apparaît en général (enfin si tout va bien) quand on dit « afficher les numéros » (quand il comprend pas, il capte « afficher le bureau » et il affiche le bureau), et parmi ces actions… ô miracle, on peut choisir d’ouvrir certains onglets. Je n’ai jamais compris quel mot épelé déclenchait cette action… Ce qu’on pourrait savoir si… >
  7. Si Windows proposait une page avec toutes les commandes disponibles pour son application. Oh, cette page existe, d’ailleurs Windows n’hésite pas à l’ouvrir sans qu’on lui demande et quand lui comprend je ne sais quoi… Le problème, c’est que cette page est quasiment vide.
  8. La magie du scroll. Sur pas mal de site, la mode est au défilement à l’infini. Je n’ai jamais compris cette fonctionnalité, les pages bougent dans tous les sens, les boutons jamais au même endroit, la RAM sature, il faut utiliser la roulette pour faire défiler trois lignes ou, pire, utiliser… une barre de défilement (avec le cliquer maintenu, les barres de défilement, c’est ce qu’il y a de plus toxique pour les usagers qui comme moi ont des troubles musculo-squelettiques). Bref, quand je suis sur Twitter, par exemple, pour faire défiler la page, je dis « espace », et en général, ça roule (sauf quand j’ai ailleurs un onglet avec un titre « espace », ce qui m’arrive quand j’ai un onglet Youtube sur la chaîne de Ciel et Espace – si, si, c’est absurde, mais Windows me fait alors changer d’onglet…). Le problème, c’est qu’avec des bruits de fond (et il y en a beaucoup chez moi, mais rien que les bruits du clavier, on voit que Windows essaie de traduire ça en commande, et quand vraiment il entend plein de trucs qu’il comprend pas, là, il se demande qu’il serait temps d’ouvrir le navigateur à la page des commandes vocales… celle qui est presque vide), Windows aime bien cumuler les « qu’avez-vous dit » avec parfois des « fin ». Et qu’est-ce qu’un navigateur fait quand on est sur une page à défilement infini et qu’on appuie sur Fin ?! Ben, d’abord on perd l’endroit où on était (et sur Twitter, c’est pas pratique, parce que c’est pas toi qui décides où tu vas, mais beaucoup l’algorithme), et surtout, on va tout en bas de la page en attendant que le reste se charge…
  9. Au niveau de la dictée vocale cette fois, c’est parfois bien compliqué aussi… Pour les chiffres en particulier. Parfois, « 4, 5, 3 », il va parfaitement les inscrire. Et parfois non. Le « 6 » se transforme en « c », un autre chiffre sera compris comme un déplacement de curseur ou simplement il écrira les chiffres en toutes lettres…
  10. Et puis, c’est pas une bêtise, mais ça fait partie des problèmes de cette application : elle est super énergivore et fait assez souvent planter le PC (c’est ironique que ce soit une application Windows qui fasse planter Windows, pas une autre). Ben oui, parce que c’est pas une application qu’on utilise seule, les autres applications consomment déjà de la mémoire vive.

Vraiment top.