Les bêtises de la commande vocale Windows

Top 5 des bêtises effectuées par la reconnaissance vocale Windows quand on lui lance une commande :

  1. Demande l’action de cliquer avec la souris : Windows écrit dans un encart « cliquer ». Si on insiste, il écrit « cliquez ». Si on ajoute le mot « cliquer » dans le dictionnaire à ignorer, Windows écrit « Clique et » ou « … et ». Mais juste cliquer avec le pointeur, ça non, c’est trop difficile pour l’intelligence artificielle Windows.
  2. Mes voisins ferment la porte de chez eux : Windows ferme le programme ou la fenêtre ouverte. Logique implacable. Une porte qui claque signifie « fermer le programme ».
  3. Pour éteindre le PC, attention, en temps normal, il faut déjà cliquer trois fois (super ergonomie ça) : pour Windows, il faut donc dire « démarrer » (logique) afin d’ouvrir le menu Windows, puis « marche / arrêt » pour accéder au bouton « arrêter ». Sauf qu’à ce stade, neuf fois sur dix, si on lui demande « marche / arrêt » ou « marche » ou « arrêt », ben… il fait une recherche Bing pour « marché » « marche autour de chez soi » « marcheur et ».
  4. Pour effectuer un simple copier/coller, c’est parfois la misère : Windows ayant du mal à comprendre la différence sonore entre « copier » « coller », mais aussi « couper ». Pour copier ou couper, c’est relativement simple (Windows copie à tour de bras, des paragraphes entiers, des encarts, des images, etc.), mais quand il faut coller, il faudrait espérer que les réussites de la reconnaissance vocale Windows soient à 100 %, or, une fois qu’on a passé la première étape, on n’est qu’à la moitié du chemin, et… Windows comprend autour de 50 % de ce qu’on lui raconte. Pour copier ou coller, c’est donc souvent à pile ou face. Et le problème, c’est que quand il se met à copier là où le curseur se trouve et où on comptait coller, on pourrait se dire qu’il n’y a rien à copier donc il copie rien. Ben si : il copie (ou coupe, c’est encore plus fabuleux) toute la zone de texte en tant qu’encart html. Du coup, si on annule, le presse-papier contient ses bêtises et non le truc qu’on a coupé au préalable.
  5. Quand Windows fait des bêtises, on pourrait se dire que le programme a prévu une sorte de machine learning pour le nul (Windows) et qu’on peut lui apprendre de ses erreurs. C’est bien ce qui nous est vendu dans le programme. Sauf que ça, ça marche pour le mode édition, quand on cherche à écrire un texte à la voix. Parce que sinon, quand Windows se trompe dans l’exécution d’une commande, si vous dites « corriger », il ne comprend pas que vous cherchez à corriger la bêtiser qu’il fait, il pense que vous cherchez à corriger un truc, et là, il cherche une commande correspondante, et au mieux, si le curseur est placé dans un encart pour écrire, il écrira « corriger » ou « corrige et ». Et dans le pire des cas, il vous ouvre une fenêtre pour « corriger » le mot qu’il aurait compris (alors qu’il s’agit d’une commande), vous avez donc une dizaine de possibilités, et là, si vous cherchez à fermer la fenêtre qui ne sert à rien Windows corrige ce qu’il entend et vous propose alors une dizaine de possibilités autour de « fermer », et finira par vous demander d’épeler le mot. Aucune commande à ce stade ne peut fermer cette satanée fenêtre, sinon « annuler », qu’il comprendra avec un peu de chance comme annuler l’action. Et quand Windows fait donc une bêtise, la seule option possible, c’est donc la commande « annuler » qui s’impose. Aucun moyen de lui faire progresser au niveau des commandes.
  6. Dans un navigateur Internet, je me demande encore comment passer d’un onglet à l’autre. Windows doit sans doute faire payer le fait de ne pas utiliser son navigateur maison (ça ne peut être que ça). Et parfois, quand il comprend de travers, il propose l’ouverture de plusieurs actions en disant un numéro, ce qui apparaît en général (enfin si tout va bien) quand on dit « afficher les numéros » (quand il comprend pas, il capte « afficher le bureau » et il affiche le bureau), et parmi ces actions… ô miracle, on peut choisir d’ouvrir certains onglets. Je n’ai jamais compris quel mot épelé déclenchait cette action… Ce qu’on pourrait savoir si… >
  7. Si Windows proposait une page avec toutes les commandes disponibles pour son application. Oh, cette page existe, d’ailleurs Windows n’hésite pas à l’ouvrir sans qu’on lui demande et quand lui comprend je ne sais quoi… Le problème, c’est que cette page est quasiment vide.
  8. La magie du scroll. Sur pas mal de site, la mode est au défilement à l’infini. Je n’ai jamais compris cette fonctionnalité, les pages bougent dans tous les sens, les boutons jamais au même endroit, la RAM sature, il faut utiliser la roulette pour faire défiler trois lignes ou, pire, utiliser… une barre de défilement (avec le cliquer maintenu, les barres de défilement, c’est ce qu’il y a de plus toxique pour les usagers qui comme moi ont des troubles musculo-squelettiques). Bref, quand je suis sur Twitter, par exemple, pour faire défiler la page, je dis « espace », et en général, ça roule (sauf quand j’ai ailleurs un onglet avec un titre « espace », ce qui m’arrive quand j’ai un onglet Youtube sur la chaîne de Ciel et Espace – si, si, c’est absurde, mais Windows me fait alors changer d’onglet…). Le problème, c’est qu’avec des bruits de fond (et il y en a beaucoup chez moi, mais rien que les bruits du clavier, on voit que Windows essaie de traduire ça en commande, et quand vraiment il entend plein de trucs qu’il comprend pas, là, il se demande qu’il serait temps d’ouvrir le navigateur à la page des commandes vocales… celle qui est presque vide), Windows aime bien cumuler les « qu’avez-vous dit » avec parfois des « fin ». Et qu’est-ce qu’un navigateur fait quand on est sur une page à défilement infini et qu’on appuie sur Fin ?! Ben, d’abord on perd l’endroit où on était (et sur Twitter, c’est pas pratique, parce que c’est pas toi qui décides où tu vas, mais beaucoup l’algorithme), et surtout, on va tout en bas de la page en attendant que le reste se charge…
  9. Au niveau de la dictée vocale cette fois, c’est parfois bien compliqué aussi… Pour les chiffres en particulier. Parfois, « 4, 5, 3 », il va parfaitement les inscrire. Et parfois non. Le « 6 » se transforme en « c », un autre chiffre sera compris comme un déplacement de curseur ou simplement il écrira les chiffres en toutes lettres…
  10. Et puis, c’est pas une bêtise, mais ça fait partie des problèmes de cette application : elle est super énergivore et fait assez souvent planter le PC (c’est ironique que ce soit une application Windows qui fasse planter Windows, pas une autre). Ben oui, parce que c’est pas une application qu’on utilise seule, les autres applications consomment déjà de la mémoire vive.

Vraiment top.


Nouvelles vagues metoo (inceste et gays), pour quelle efficacité ?

Assez dubitatif face à cette nouvelle vague « metoo ». Et toujours pour les mêmes raisons.

Si les victimes trouvent, dans l’instant et sur les réseaux sociaux, une forme de réconfort qui leur avait manqué lors de leur(s) agression(s), et si pour certaines ça peut être l’occasion d’en parler à ses proches ou à un professionnel, voire, si c’est encore possible, de porter plainte, je vois aussi une ribambelle de risques potentiels liés à cette « libération de la parole ».

D’abord, certaines victimes pourraient se sentir un peu plus enfermées dans leur secret si, par exemple, elles avaient trouvé jusque-là la force d’en parler en privé et de ne pas rendre cela public : il y a dans ce « mouvement » une forme d’injonction quand on est victime à « se libérer » alors qu’on a pu tout autant se reconstruire sans avoir à passer par une telle libération. L’injonction à participer au mouvement et à dévoiler les abus dont on a été victime peut alors faire naître chez des victimes une nouvelle forme de (fausse) culpabilité. La culpabilité de ne pas vouloir ou ne pas être capable de participer au mouvement. C’est peut-être une situation rare, mais inciter des victimes à se dévoiler publiquement, ça peut être un type de pression social pas évident à gérer. Après, si cela a des vertus cathartiques pourquoi pas, mais si ça réveille des plaies et en crée de nouvelles, oui, ça me semble potentiellement dangereux.

Ensuite, comme avec toutes ces manifestations de soutien et d’échanges de témoignages, je lis souvent que ça sert à changer les mentalités, franchement, j’ai un gros doute là-dessus. Ça change peut-être l’approche des victimes, les incitant plus à porter plainte sur le moment, et même pour commencer, par se défendre avec plus de véhémence quand surgissent les premiers écarts ; et si c’est le cas, ce serait une bonne chose, surtout si elles (les victimes) sont mieux accueillies quand elles portent plaintes. Ce serait aussi penser qu’il y ait une porosité parfaite entre le monde virtuel et le monde réel. Ce dont je doute. Les comportements en ligne, et ça concerne aussi notre compréhension du monde, nos déclarations, c’est loin d’être le reflet de nos comportements dans la vie.

Mais ça ne change pas du tout le cœur du problème : les agresseurs. On a déjà vu des agresseurs se repentir ? Est-ce qu’on constate un réel changement dans le comportement de ces prédateurs problématiques depuis la première vague metoo ? J’en doute. Même quand ils sont pris sur le fait si on peut dire, ils ne reconnaissent jamais la gravité de leurs actes, justement parce que le pouvoir, leur autorité, sont basés sur cette reconnaissance et cet affichage de puissance. Reconnaître ses torts, c’est se rabaisser, et donc perdre tout ce sur quoi ils ont bâti leur être.

C’est qu’un exemple, mais on a vu DSK s’excuser publiquement de ce qu’il avait fait ? Vous profitez de la faiblesse d’une autre personne, eh bien vous entendez bien profiter de ce pouvoir même après l’avoir exercé sur l’autre. Dans une logique de dominant, il n’y a que les faibles qui s’excusent. Quelqu’un qui compte jouir de la faiblesse de l’autre n’entend pas se rabaisser à s’excuser ou même à reconnaître l’abus de pouvoir, l’agression, le viol. Prenez sur le fait un agresseur, dénoncez-le, ça n’a aucune conséquence sur sa logique de domination.

Il faut donc dénoncer leur(s) crime(s), oui. Mais pas sur les réseaux sociaux (encore moins dans un livre). On peut le faire si on espère y trouver temporairement une forme de réconfort. Mais si, comme je le vois souvent dire, on espère, par une suite de mouvements de dénonciation, changer les mentalités, j’ai peur que le résultat soit au final très décevant dans quelques années quand les victimes feront le compte de ce qui a été fait à la suite de ce mouvement et se demanderont si cela a été efficace. Efficace, pas seulement, sur un plan personnel, mais si socialement, politiquement, cela a permis de changer les choses, si les comportements ont évolué. Et là, j’aurais plutôt tendance à penser que seul le comportement de gens (des hommes) déjà convaincus et sensibles à la douleur des victimes changera, à l’égard des femmes, toutes les femmes. Sauf que s’ils étaient déjà convaincus, c’est qu’il est assez peu probable qu’ils aient jamais été ou cherché à être en position de profiter d’une situation de domination. Les agresseurs en question, et surtout les nouveaux agresseurs en puissance, eux ne se sentiront probablement pas concernés. C’est un peu ce qui arrive quand on se laisse gouverner par les émotions. La catharsis potentielle qui en résulte peut être bénéfique, mais la capacité des émotions à réduire les problèmes à la source est quasi nulle.

Enfin et surtout, à mon sens, ces manifestations cachent les actions réellement nécessaires qu’il faudrait mettre en place pour réduire les comportements problématiques, les agressions ou les crimes « sexués ». Si des victimes trouvent leur compte avec un tel mouvement, très bien, mais le but ultime, c’est de chercher à savoir comment réduire ces problèmes. L’émotion, la reconnaissance, si les victimes y ont bien sûr droit, ça ne résout pas la question essentielle, la seule qui devrait dominer quand on regarde ces drames sous un angle social et politique : comment changer les mœurs et réduire les agressions ? Le but, c’est pas qu’il y ait plus de victimes, c’est qu’il y en ait moins – après avoir vu l’intervention la semaine dernière de la présidente d’une association de victimes, ça semblait pas si évident.

Et là, c’est plus sur les réseaux sociaux qu’il faut agir. Il y a deux choses : le législatif et l’éducation.

Il y a encore un certain nombre de lois qui laissent assez pantois. En particulier sur la protection des mineurs.

Au niveau de l’école, au lieu de nous foutre des heures d’éducation civique de nouvelle génération parce qu’il y aurait paraît-il une crise identitaire dans le pays…, c’est bien une éducation sexuelle (voire sociale et comportementale) qui est absolument indispensable. Parce que ces problèmes concernent tout le monde. Il ne faut aucun tabou et confronter la parole des potentiels futurs agresseurs (ou aspirants mâles dominants) à celle des autres. C’est leur parole à eux qu’il faut éprouver le plus tôt possible pour que ce soit eux qui soient mis en face de leurs déviances futures potentielles, de leurs tentations à la manipulation et à la domination, pour qu’ils apprennent à les gérer avant qu’elles ne s’installent, et comprennent très tôt leurs conséquences néfastes et inacceptables sur et au sein du « groupe » (la petite société qu’est déjà la classe).

Le meilleur outil éducatif pour ça, c’est probablement le théâtre, à travers des jeux d’improvisation et de mise en situation : on joue des rôles, on agit, et puis on en discute. Le jeu, c’est une si-mulation qui permet d’explorer les situations potentiellement problématiques de la vie ; on se met à la place de l’autre, les rapports de force sont plus évidents ; et la parole après le « jeu » force une mise à distance et une réflexion indispensables. Il ne faut rien éluder, aucun sujet, parce que le premier allié des agresseurs, c’est l’ignorance. La leur, comme celle de leur victime.

Courtermisme et défaussement du politique sous épidémie de Covid-19

Je me permets de rebondir dans mon coin sur cet article de Christian Lehmann dans Libération, puisqu’il est moins question de sciences que de politique. Et malheureusement, je suis assez d’accord avec ce papier. Les « élites » gèrent l’épidémie comme ils gèrent le dérèglement climatique et l’ensemble des problèmes qu’ils sont censés chercher à résoudre à leur échelle : la prime va toujours au court terme, et persiste au sein de cette classe dirigeante une forme de pensée magique qu’une solution tombera toujours du ciel.

Le non-agir à la sauce française ; la peur qu’en arrangeant les choses on prenne le risque de tout aggraver.

Il y a ainsi, bien ancrée chez ces leaders, mais aussi dans l’ensemble du personnel sortant des grandes écoles de l’administration, une culture du défaussement. On laisse à d’autres le soin de trouver des solutions, prendre des décisions, tout en s’agitant pour faire croire le contraire (d’où l’importance non seulement de communiquer, mais aussi de se montrer sur le « terrain »). Si une situation s’améliore, on pourra se faire valoir d’une gestion parfaite (ce sera grâce à ce qu’on aura « fait » ; il y a une perception de l’action politique comme il y a un sentiment d’insécurité : le rapport de cause à effet est parfois tordu, et le but pour de tels professionnels de la communication, c’est de profiter des apparences), et si ça ne marche pas, ce sera parce que le contexte a changé ou que les gens n’ont pas compris la teneur de nos non-décisions.

Depuis trente ans que ces agitations gouvernent nos dirigeants, rien n’est à mettre à leur crédit. Ce qui n’est pas bien étonnant ; quand il y a des problèmes à résoudre, il ne faut pas s’étonner qu’à moyen et long terme, le problème persiste et finisse même par pourrir. Et quand arrive une crise exceptionnelle (d’autant plus problématique que tout est pensé dans un monde sans aléas exogènes et dans une logique des flux tendus), ils sont incapables de changer leur logique de défaussement, et sortir de leur obstination courtermiste.

Plus que trouver des solutions, comprendre une situation, prendre des décisions, ils espèrent encore que la crise se réglera d’elle-même et continuent de s’agiter pour donner le change. Leur idée fixe, dans un monde où le PIB est la seule valeur baromètre de la santé du pays, c’est la productivité et donc la reprise et le retour à la normale. Et ils espèrent que le port du masque devienne cette panacée tant espérée, tombée du ciel, capable de leur offrir ce retour à la normale ; ou que le nombre de tests (puisque c’est une solution « vue à la TV ») participe également à ce retour (qu’importe si les tests ne sont pas adressés aux bonnes personnes ou si les tests répondent à une logique de gestion de l’épidémie sur le moyen et long terme).

Et puis, ils voient les cas remonter, et comme en mars, pensée magique : ça va bien s’arrêter à un moment, quelqu’un va bien trouver une solution à temps…

Le plus cynique dans tout ça, c’est que même s’ils n’y comprennent pas grand-chose en crise sanitaire (on rappelle que c’est un politique — futur premier ministre — qui a été chargé du déconfinement, pas un épidémiologiste, parce que lui, il serait peut-être historien des épidémies, et il se rappelerait sans doute que déjà lors de la grippe espagnole, il y avait de nombreux exemples de déconfinements hâtifs suivis de nouvelles vagues d’infections), ils ont fini par comprendre que ne pas viser l’éradication d’un virus en contrôlant strictement les entrées sur le territoire et le traçage des positifs, ça voulait dire quelques dizaines de milliers de morts, mais ils ont compris que grâce à certaines mesures soufflées par des spécialistes, il y aurait sans doute un lissage des morts qui permettrait aux hôpitaux de gérer les malades. Ça, ils l’ont bien assimilé, et c’est ce qu’on est en train de vivre : l’épidémie repart depuis des mois, mais les contaminations et les hospitalisations ne montent pas en flèche d’un coup comme en mars. Sauf qu’en réalité, personne n’en sait rien ; personne ne sait jusqu’où ça peut aller ; la seule chose qu’on sait, c’est que sans éradication visée (« vivre avec le virus »), ça monte. Certes, moins fort que lors de la première vague, mais, irrémédiablement, ça monte. Ce qui implique quand même une montée des cas graves et surtout des morts, c’est pas abstrait.

Il y a donc quelques inconnus concernant les réalités épidémiques (de moins en moins), et il y a surtout une décision, là bien réelle, qui est de laisser mourir plusieurs dizaines de milliers de Français pour espérer que l’activité du pays n’en soit pas trop affectée. L’espoir toujours, celle exprimée par le Président il y a quelques mois dans un journal américain (en parlant de foi ou de destin, de mémoire). Et la même vision partagée avec tous les autres gouvernants de droite de la planète. L’idée que les crises sanitaires ne doivent pas infléchir les impératifs économiques. Pensée magique. Au lieu de se rendre compte que leurs croyances sont en train de voler en éclat à cause d’un événement pas si imprévisible que ça (dans une logique à long terme), on préfère se réfugier dans le déni et dans l’espoir qu’une solution arrivera par tomber du ciel. D’où la croyance que la science sera capable de proposer rapidement un vaccin efficace (on attend toujours un vaccin contre le rhume — provoqué par des coronavirus —, c’est dire si les espoirs aveugles placés en un vaccin peuvent paraître optimistes).

Et là, j’ai peur que ces derniers six mois, le Président ait été tenté en permanence d’écouter certaines personnes avec des influences contraires. D’un côté, le Ministre de la santé, l’ancien Premier ministre, qui, me semble-t-il, comprenaient les difficultés et les enjeux de cette crise sanitaire (et notamment, je le pense, la nécessité non pas de contrôler le virus avec l’optique de « vivre avec », mais de l’éradiquer parce que l’activité ne saurait reprendre durablement, la confiance revenir, y compris dans un secteur important en France qui est le tourisme et la culture, avec des mesures contraignantes et durables) ; et de l’autre, sa femme et nombre de personnalités de droite dont on sait aujourd’hui, avec les deux extrêmes, qu’elle est assez perméable à l’idée du « vivre avec le virus ». Avec le nouveau Premier ministre, il semblerait qu’on ait changé de braquet et décidé de naviguer sans freins… quoi qu’il en coûte.

Notes Sur l’épidémie de Covid-19

Neutralité du professeur

Intéressant ce nouvel hashtag pour dénoncer les profs sur Twitter. En dehors des anecdotes relevant de la justice, ces petites histoires illustrent bien le malaise qu’on peut vivre durant sa scolarité.

Quand je lis les réponses rappelant qu’il y a des profs sympas qui peuvent changer votre vie, ben, c’est un peu le problème selon moi. Les profs souffrent de cette volonté de devenir des phares dans la vie de leurs élèves, et ce faisant personnalisent à outrance le rapport aux élèves. Quand les profs se permettent des remarques, des conseils, ils sortent toujours de leur domaine de compétence ou de leur mission et se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Si ça peut venir d’une volonté de bien faire, en personnalisant ces rapports, ils en viennent naturellement à créer des affinités avec certains et en rejetteront d’autres même sans s’en apercevoir. On ne peut pas être le phare de centaines de bambins. Quelques-uns pourront être réceptifs à une attention soudaine, mais ça se fera le plus souvent au détriment des autres. Quand on veut faire ami-ami avec des gamins, quand on réduit la distance neutre que chaque professeur devrait adopter pour s’approcher de quelques-uns, on se détourne de tous les autres, et en réduisant cette distance, on ne se pose plus en professeur mais en être humain, donc, potentiellement, en connard ou en imbécile.

Si certains élèves peuvent apprécier de voir des adultes se mettre à leur hauteur, d’autres apprécient guère que des adultes profitent de leur statut d’adulte et de professeur pour réduire cette distance : même si cela part souvent d’une bonne intention encore une fois, un adulte qui donne son avis perso sur ce qui ne le regarde pas, perso, et j’imagine ne pas être le seul, ça me donnait surtout envie de faire le contraire de ce qu’on pouvait me dire. Parler à un enfant quand on est adulte, ça peut vite être invasif et être perçu, selon le ton ou ce qui est dit, comme illégitime. C’est souvent parce que des adultes se mêlent de ce qui ne les regarde pas que des élèves se sentent mal dans le milieu scolaire, se sentent parfois (mal) jugés, que de la jalousie et du ressentiment commencent à poindre chez certains, et que tant d’enfants se sentent blessés par des réflexions d’adultes grisés par la position qu’ils prennent en sortant de leur neutralité. Sortir de cette neutralité, c’est en réalité exercer sur l’enfant une forme de soumission et un rapport de domination contraint auquel l’enfant ne pourra plus se défendre que par la violence verbale voire physique et par un rejet de ceux qui ne restent pas à leur place et de l’institution toute entière.

Se sentir le droit, ou le devoir, de donner des avis sur tout, même ce que l’on croit être des conseils, c’est un rapport de domination qu’on impose à l’autre. L’éducation, ce n’est pas ça. Étant extrêmement rétif à toute forme de domination, pour me parler, il fallait le faire avec une certaine dose d’humilité, car mon niveau d’acceptabilité de ce système avait très vite atteint ses limites. Alors je n’ose même pas imaginer le rejet que peuvent éprouver certains élèves devant faire face à un type d’intrusion et d’écarts à cette neutralité bien supérieur à ce que j’avais pu rencontrer (racisme, sexisme, remarques physiques, etc.). Je n’ai jamais accepté que ceux qui me paraissaient rarement légitimes à m’en donner, me donnent des ordres, surtout quand j’estimais que ces « ordres » sortaient de cadre scolaire ; je n’ai par ailleurs jamais bien reçu les remarques et conseils venant d’adultes pour qui j’avais très rarement du respect en tant que personnes (pour une grande partie parce que j’estimais que le respect n’était pas dû à un statut d’adulte ou de professeur, mais se gagnait avant tout ; et curieusement, ceux qui me reprochaient mon insolence étaient souvent ceux qui tutoyaient leurs élèves et s’amusaient le plus à nous faire part de leurs commentaires incessants). Dès qu’un professeur sortait de ce cadre, que ce soit avec moi mais plus souvent avec d’autres, ça me donnait moi l’envie de devenir insolent (voire toute légitimité à l’être), ou à foutre le bordel en classe : quitte à sortir du cadre et du respect de chacun, autant que les élèves imitent leurs professeurs, je pensais. Alors, j’étais sans doute un emmerdeur, j’ai peut-être aussi une répugnance particulière à toute forme d’autorité, mais c’est aussi parce qu’on me permettait d’affirmer ma part personnelle en classe, avec des professeurs désireux de sortir du rapport informel professeur/classe que cela était possible. Quand un professeur se donne le droit de faire des remarques qu’elles soient justes ou non, de donner des avis sur ce qui ne le regarde pas, de venir prodiguer ce qu’il croit être des conseils, on permet aux élèves de s’affirmer tout autant en dehors de l’ensemble impersonnel de la classe, et c’est rarement le meilleur qui ressort alors des élèves. Une bonne partie du manque d’autorité de certains professeurs doit venir de là ; et probable que ce manque de neutralité de la part des professeurs soient encore plus évidents quand ils exercent dans des milieux sociaux différents du leur : en cherchant à aider, paradoxalement, ceux qu’ils savent ou pensent être en difficulté sociale, ils ne réussiront qu’à exacerber un peu plus le sentiment d’inégalité des élèves en reproduisant les inégalités dont ils peuvent être victimes dans la société au sein de la classe (certains pauvres par exemple n’ont pas envie qu’on leur rappelle à l’école qu’ils le sont). Aucun professeur n’avouera qu’il délaisse certains élèves au profit de certains autres, seulement chercher à personnaliser chaque cas, en aider certains, donner des avis ou livrer des commentaires pour d’autres, c’est de fait créer une inégalité dans la classe.

Un professeur n’est ni un ami, ni un clown, ni un parent de substitution, ni un conseiller, ni un guide, ni un psychologue, ni un juge. Sa neutralité doit être quasi absolue. On souhaite sortir de cette neutralité ? On prend le risque que son autorité soit remise en question. J’ai toujours perçu le professeur comme une sorte de coryphée dont le rôle serait de délivrer des informations au public : il est seul sur scène, il s’adresse à lui sans prendre tel ou tel spectateur à témoin (distance), et il ne porte aucun jugement sur le drame qui se joue sur scène (neutralité). Peut-être une vision vieillotte de l’enseignement, mais les professeurs devraient prendre conscience qu’ils ne sont pas là pour interférer dans la vie des élèves. Je sais que depuis longtemps déjà, on incite les professeurs à impliquer les élèves un à un et tour de rôle dans leurs cours, j’ai toujours vu ça comme des bons et des mauvais points qu’on lançait gratuitement aux élèves, une manière aussi de leur apprendre à devenir dociles et accepter d’être en permanence jugés, de répondre comme il faut, tout en apprenant sagement à ne jamais interrompre. Dans l’idéal, même quand les élèves répondent à côté, on positive et tout le monde apprend des erreurs de chacun, mais dans une grande majorité des cas, c’est vécu comme une punition, comme une humiliation, comme une mise à nu de nos failles ou plutôt de ce que ces adultes décident être des failles. Et très souvent, les professeurs sont maladroits (ou cons) et sortent encore plus de ce cadre et se laissent aller à des commentaires blessants ou inappropriés. Ce qui n’arriverait pas si on décidait d’une neutralité quasi totale.

On me rétorquera alors que les professeurs ne sont pas des robots, et je serai d’accord. Mais s’ils sont des êtres humains, raison de plus pour réduire le plus possible leur capacité à nuire en tant qu’être humain et en tant qu’adulte face à des personnes mineures.

SensCritique et la tentation autoritaire

SensCritique et la tentation autoritaire. Ou quand la cancel culture, initiée par la dénonciation gratuite d’idées d’un autre bord que le sien ou de membres supposément ou non extrémistes tourne au pugilat verbal, en vol de contenu et en suppression de compte.

L’extrémiste, c’est toujours l’autre.

Je m’arrête quelques lignes sur le billet à l’origine de ce joli shitstorm sur la plate-forme SensCritique et écrit par un baron du site : guyness. Mes principales remarques seront plus volontiers adressés aux plate-formes culturelles de ce genre, et donc en particulier ici à celle dont il est question, qui à mon sens posent de véritables problèmes en matière de respect du droit d’auteur (que l’on devient tous en créant du contenu chez elles) et de la maîtrise des données partagées pouvant être arbitrairement supprimées. (Il est vrai que ces plate-formes vivent en monnayant les données de leurs membres esclaves, il sera d’autant plus facile pour elles de supprimer des données si elles s’en sentent généralement propriétaires.)

Guyness records

Guyness publie son billet d’humeur sous forme de critique sur une œuvre, ce qui est une habitude dans le coin. Il écrit ce qu’il appelle un « texte d’avertissement » pour dénoncer à la fois la présence sur le site de membres qu’il relie à l’extrême-droite, mais aussi les membres, par ignorance ou copinage, les suivent et relayent ainsi leurs productions au plus grand nombre. Le texte d’avertissement n’est donc qu’une suite d’insinuation invérifiable pour qui comme moi ne fréquente plus le site, et c’est donc un manuel de bonne conduite adressé à toutes les personnes de bonne volonté cherchant à se racheter une nouvelle vertu, ou simplement aux curieux qui pourront toujours lui demander en message privé les noms des coupables et les preuves, fruits, il le laisse entendre, d’une grande enquête digne de Mediapart.

Inutile de dire que je me fous un peu de cette liste et de ce qu’elle contient, c’est plus la méthode qui interpelle. Elle est au mieux maladroite, au pire un peu dégueulasse quand on sait quel poids ont les barons sur ce réseau et donc les conséquences fâcheuses que cela pourrait occasionner aux fachos (et d’autres assimilés). Imaginons Piotr Pavlenski rameuter le tout Paris en prétendant disposer de vidéos d’un candidat à la mairie et prêt à en donner la preuve à qui lui demanderait gentiment en message privé… À se demander à quoi sert la formule magique affichée en haut de chaque rectangle de commentaires sur le site : « Ici on peut débattre de tout mais on le fait avec respect, sans insultes et autres comportements qui peuvent pourrir l’ambiance. Si vous ne jouez pas le jeu, vos commentaires peuvent être modérés, et même votre compte disparaître (une perte de mojo énorme, paraît-il). Si un comportement vous paraît déplacé, utilisez le feedback. »

Les barons du site ne doivent pas avoir à y passer par le feedback, une bonne humiliation sur la place publique fera l’affaire, et elle saura tout autant consolider leur place de barons de la cité. D’ailleurs, c’est de bonne guerre puisque les propriétaires du site, eux, se foutent bien aussi des règles de bonne conduite et du respect des lois. Et puis, c’est dans l’air du temps surtout ; dénoncer en privé ce qu’on juge déplacé, cela n’aurait que peu de répercussion en matière de réseau et de buzz, donc le but, c’est de parler de soi… en dénonçant les autres. Et attention, on ne dénonce pas les mamies qui donnent à manger aux pigeons, on vise gros : si ailleurs l’appel au cancel vise les pédocriminels ou les machos, ici ce sera les fachos (curieux retournement de l’histoire, à croire que c’est dans notre ADN de se trouver une certaine gloire à dénoncer les minorités en les faisant plus gros et plus influents qu’ils ne le sont en réalité). On appelle ça « diaboliser » paraît-il, à d’autres époques, c’était les sorcières qu’on chassait.

C’est donc un peu Jour de colère de Dreyer sur SensCritique ces derniers jours, et on y retrouve des procédés rhétoriques, ou des biais sélectifs et de confirmation, propres à la chasse aux sorcières. Pour convaincre son auditoire que ceux dont on ne veut pas dire le nom sont bien pourris, on dit : 1/ croyez-moi sur parole, sinon c’est pas grave mais je vous assure qu’ils existent 2/ si mes preuves ne sont pas top, eh bien on dira qu’ils jouent un double-jeu (celui du diable, parce que le diable est tellement habile qu’il arrive à nous convaincre, nous petites créatures naïves, que d’autres créatures avec l’apparence toute aussi naïves sont en fait des sorcières, et qu’elles adoptent justement cette apparence pour nous tromper ! = le manque de preuve devient la preuve de ce qu’on prétend… — On quitte un peu Dreyer, et on se retrouve plutôt ici dans Le Grand Inquisiteur. Guyness écrit même « Car en effet, presque tous les membres concernés refuseront d’avouer frontalement leur affiliation politique. » Je ris jaune, mais on en n’est pas encore à leur faire avouer leur lien avec le diable sous la torture ; ça prend même joliment la couleur d’un collabo dénonçant l’acteur Harry Baur parce qu’on ne peut pas avoir un nom pareil sans être juif ; d’ailleurs, même s’il n’avouera jamais en être le Harry, force est de constater qu’il joue si bien les juifs, c’est donc que…, etc.

Certains ne semblent pas avoir appris grand-chose des leçons tragiques de l’histoire.

Et puis un aveu assez révélateur, un éclair de lucidité peut-être, mais qui ne viendra pas pour autant semer le doute dans son étrange procédure de « révélations » : « le pire, sans doute, c’est que je ne suis pas persuadé que ces membres soient tous profondément ancrés dans cette forme de jusqu’au-boutisme politique ». Donc les preuves (qu’on ne voit pas), elles sont peut-être pas si évidentes que ça… Sont peut-être pas d’extrême droite, mais je ne les ai jamais vu en dire du mal, c’est donc que, etc.

Il y a un truc qui m’a toujours posé problème dans ce genre de dénonciation et d’attribution pour les autres à des cases ou des églises auxquelles ils ne se revendiquent pas (ou pas publiquement). J’ai déjà eu l’occasion de le dire, quand j’étais môme, un camarade m’avait soutenu que j’étais catholique parce que j’étais baptisé. Je lui répondais que non et que j’en avais rien à faire d’être baptisé et que j’étais athée que ça lui plaise ou non. Donc vous avez toujours quelqu’un qui décide pour vous qui vous êtes. Eh bien non, en matière d’idéologie, ce n’est pas ce que je dis ou ce que j’ai fait (ponctuellement ou non), qui détermine « qui je suis ». On est catholique si on se revendique comme tel, on est féministe (même en étant radical ou même un homme) si on se revendique comme tel ; on est dans l’appartenance idéologique, et le principe d’une idéologie, ben, c’est qu’on y adhère, ce n’est pas aux autres de le faire pour nous. J’en sais quelque chose, redéfinir ou non quelqu’un qui se définit lui-même comme quelque chose de plus flatteur, c’est jamais une politesse qu’on lui fait.

Pourquoi attribue-t-on des cases moins flatteuses dans lesquelles ranger les autres ? Eh bien parce qu’il y a des cases et des paroisses que chacun voudrait éviter comme la peste, c’est une marque d’indignation, une lettre à marquer au fer rouge, et plus généralement, une insulte : tu es ce que moi je décide de ce que tu es, tu n’es pas ce que tu prétends être. On sait très bien que quand on traite quelqu’un d’autre de fasciste, on en est pas à le suspecter d’adhérer à une mouvance idéologique ou même d’adhérer à des idées fascistes, non, dire à un autre qu’il est « fasciste », c’est une insulte pour le dénigrer aux yeux des autres. C’est lui renverser un baril de goudron sur la tête et le recouvrir de plumes afin que chacun dans la société vienne lui cracher au visage. Et ces insultes sont d’un genre particulier parce qu’elles sont autorisées par la morale : parce qu’entre nous, hein, c’est vraiment pas jojo d’être « fasciste », ou pas si grave de traiter un autre de ce qui dans notre société actuelle est sans doute ce qui est le comble de l’indignité, un peu comme il y a des racismes absolument à bannir (contre les Noirs ou les juifs), et d’autres bien acceptés voire encouragés (contre les Asiatiques). La morale à géométrie variable. L’intolérance vis-à-vis de ceux qu’on suspecte d’être affiliés à une idéologie d’intolérance. Absurde, mais efficace, populaire. Qui vous reprochera d’être dur avec les durs. Après la peste brune, voici la rage brune : quand on veut noyer son voisin, on dit qu’il a la rage ou qu’il est d’extrême-droite.

J’ai dans ma poche une liste de parias infréquentables : à qui voudra venir avec moi faire le ménage, j’en réserve l’exclusivité. Discrétion assurée.

Il y a donc bien ça qui pose problème à ce stade : ces pères la morale dénoncent des comportements fascistes, mais en réalité, ça tourne très vite à la dénonciation non plus de propos ou des comportements, mais d’appartenance supposée à tel ou tel groupe. J’ai dû rater un épisode ? La démocratie a pour de bon interdit le Front National, on craint à ce point les royalistes qu’on a eu l’idée de les envoyer au cachot ?… La peur brune comme il pouvait y avoir une peur juive. Les mêmes biais ayant mené aux idéologies que ces pères la morale dénoncent mènent aux mêmes stéréotypes et aux mêmes réflexes : d’abord la stigmatisation d’un groupe minoritaire (jugé « impur »), puis viens l’ostracisme (peut-être un jour arriverons-nous à l’extermination des nationalistes, des royalistes, puis tant qu’à faire les anarchistes, puis les anciens maoïstes et enfin peut-être les bernard-henri-lévistes). Le problème ne devient donc plus ce qu’aurait pu dire untel ou untel, mais son identité : on ne vise plus les propos fascistes, mais « le fasciste », voire, remarquez la nuance, « le fasciste qui s’ignore ». Chez tous les moralisateurs de gauche comme de droite rien de tel qu’un bon homme de paille pour discréditer avec des gants et le nez pincé ceux qu’ils exècrent.

Un peu plus loin, ça me fait rire, mais il dénonce un commentaire naïf d’un membre par ailleurs enseignant (ce qui semble le navrer en supposant ici qu’un professeur devrait être plus cultivé ou plus intelligent que la moyenne — ah, ah), qui semble être Aurea. Or ici, il fait un peu mine d’oublier que la personne en question envoie des formules types en guise de réponse à tous les membres du site depuis des années pour s’attirer leur sympathie. Et on ne peut pas suspecter à Aurea de faire dans la discrimination : elle lancerait des mercis énamourés au diable si celui-ci lui faisait coucou. C’est moins de la naïveté que de l’automatisme. Ç’a ses inconvénients, mais le problème dans tout ce que peut faire Aurea, ça n’a jamais été Aurea, mais les conséquences de ses innocentes paroles. La phrase citée est assez caractéristique du personnage : « Merci pour ce touchant et bel aperçu d’un auteur que je connais mal :-) » Le grand naïf ici (ou celui qui feint de l’être), ce serait plutôt lui, et il aurait mieux fait de trouver un exemple bien plus significatif pour dénoncer les membres s’accommodant de la présence invasive de ces « diables ». Qu’est-ce qui pose problème ? Que Aurea partage et participe à mettre en avant un contenu (et des gens) jugé extrémiste ou que ses (ces) usages, les outils du site, permettent une telle mise en avant à l’aveugle et à la chaîne ? Et si guyness pointe du doigt Aurea (sans la nommer) plutôt que l’usage qu’elle fait des outils du site, c’est bien parce que lui aussi use de ces outils de la même manière et en profite très largement. C’est un peu grossier de juger Aurea pour plus naïve qu’elle ne l’est : non, elle ne partage pas du contenu extrémiste (si tant est qu’il le soit) sans le lire, elle partage tous les contenus sans les lire. Donc faux problème.

Et est-ce que ce serait un problème si des activités qu’on ne veut pas voir sont relayées par ceux que l’on suit ? Ben, ceux que l’on suit suivent qui ils veulent, non ? Non, SensCritique, là, comme ça, on décrète qu’il ne peut pas y avoir de fascistes qui s’ignorent. Pourquoi pas les Noirs, pourquoi pas les gauchers, pourquoi par les shintoïstes ?… Donc je reprends, le problème c’est que nos contacts relayent des activités qu’on ne veut pas voir ou c’est que le site nous oblige à être notifié d’activités de membres qu’on a bloqué à travers l’interaction qu’ils peuvent avoir avec d’autres membres que l’on suit ? Donc pour moi, c’est SensCritique qui organise la merde, et cela je le redis encore et encore dans le plus grand mépris de nos données : quand on ne veut pas affaire à tel ou tel membre, c’est parfois pour s’en prémunir, c’est notamment très utile contre de potentiels ou anciens agresseurs, quand on veut que des activités soient vues par certains membres, seulement de nous-mêmes ou par tous, c’est un choix, et ce choix nous est interdit par le site. Parce que le site vit et monétise nos données et nos interactivités : pas question pour eux de respecter notre intimité ou notre confort. Donc le problème, ce n’est pas ceux qui relayent, le problème c’est qu’on ne peut configurer ce qu’on veut ou ne veut pas voir.

Et puis encore un aveu, je cite : « Si certains propos tenus sont parfois allés à l’encontre de nos lois (incitation à la haine, homophobie, notamment) et ont pu valoir à certains d’entre eux un bannissement du site, rien de ce que j’ai pu recueillir dans les sources que je vous propose n’est directement condamnable » Encore, il fait des insinuations, en est conscient, mais ce n’est pas grave, comme si on pouvait accuser quelqu’un d’être un extrémiste bien plus facilement que pour tout autre chose parce que la cause serait juste. Voilà donc ce qu’on pourrait bien nommer de… l’extrêmophobie… La peur de l’invasion extrémiste. Oui, moi non plus je n’aime pas trop les extrémistes, mais là ce qu’il fait c’est un appel au cancel (et un appel au cancel aveugle, mais je ne suis pas sûr qu’on puisse dire qu’il y ait des appels au cancel « juste) : ce qui veut dire autrement : « vous qui me suivez et qui suivez ces personnes que moi j’ai décidé d’étiqueter comme infréquentables, je ne décide pas seulement qu’ils sont infréquentables pour moi, j’exige de vous que vous ne les fréquentiez plus sinon ce sera le signe que vous les soutenez ». Vous vous rappelez du « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi » de Bush ? C’est la même logique binaire. Les gens sont soit tout blancs soit tout noirs, et si vous ne choisissez pas votre camp, vous êtes forcément du mauvais (ou au mieux, naïfs ou ignorants, ce qui autorise alors à venir vous « éduquer »). C’est un peu du chantage quand même…

« J’espère modestement que ce texte peut contribuer à cette connaissance ou développer les vigilances. » C’est beau. Moi, ce genre de pratique, ça me rappelle les comités de vigilances aux États-Unis qui rendent publique les adresses des pédophiles dans leur secteur. (Mais il doit y avoir des dénonciations de gauche qui sont acceptables, après tout, c’est pour la bonne cause. C’est vrai quoi, qui voudrait être envoûté par une sorcière.)

Pointer du doigt des propos, des comportements d’untel ou d’untel, quand ils nous emmerdent, perso je n’ai rien contre, je l’avais suffisamment fait à l’époque pour dénoncer les pratiques liées aux likes. Mais c’est à un autre niveau que de dénoncer des personnes, voire de faire passer des membres pour des sympathisants des mouvances extrémistes (forcément de droite). Ce qui m’étonne, c’est qu’en commentaires sous ce « texte », du peu que j’ai pu en lire (trop de messages), tout tourne autour du fait de suivre certains comptes et du fait qu’ils soient ou non de gros méchants infréquentables ; rien sur le fait que la modération, si ces contenus étaient aussi problématiques, n’ait pas réagi jusque-là ou que les outils du site posent problème. C’est pas important ça.

Bref, voilà pour le commentaire de ce « texte d’avertissement ». J’en viens maintenant à ce qui me pose réellement problème dans cette histoire : la suppression arbitraire des comptes et le vol de contenu personnel.

SensCritique, faut-il séparer le banni de son œuvre ? Faut-il exclure l’extrémiste de la société ? Faut-il appeler à l’invisibilité des cons ?

À l’époque où j’étais actif sur ce site « communautaire », j’avais pointé du doigt les dérives du site, et ce que j’ai pu lire ces derniers jours ne font que confirmer que rien n’a changé dans les pratiques à la limite de la légalité et de la morale sur ce site. Mais c’est loin d’être une exception : pour le vol de contenu, c’est propre à SensCritique, mais pour les suppressions de compte et la modération de « cour », c’est déjà beaucoup plus habituel.

Suite à ce « texte d’avertissement » l’équipe de SensCritique décide donc, et semble-t-il en urgence, de supprimer une dizaine de comptes (j’en connaissais qu’un seul).

Ce qui me gêne avec ce billet de guyness, je l’ai déjà dit plus haut, c’est que si des membres prétendument d’extrême-droite expriment des propos répréhensibles par la loi, sa démarche n’est pas d’en informer les propriétaires du site afin que leurs propos soient modérés, il s’en prend aux personnes qui les suivent et use de sa popularité pour appeler au lynchage ou au cancel de quelques comptes bien moins populaires que lui. Le souci pour lui, c’est donc que ces comptes deviennent ou soient de plus en plus populaires, pas que le site respecte la loi (ou ses propres règles) en effaçant leurs propos contrevenant à la loi s’ils existent. Sur ce genre de sites « communautaires », tout tourne bien plus autour de la popularité acquise et jugée illégitime de certains membres, pas des outils défectueux ou des comportements anodins permettant à ce genre de contenu d’apparaître et de circuler. Moins grave est de contrevenir à la loi en exprimant des propos haineux que de suivre de tels comptes stigmatisés ; on appelle donc en chœur à ses propres contacts de cesser de les suivre ou d’ouvrir les yeux sur ce qu’ils sont (pas ce qu’ils font). On retrouve ce principe d’appel au cancel sur les autres réseaux sociaux : puisqu’on n’a pas confiance (ou parce qu’on n’a pas envie de s’embarrasser avec) en la loi, on préfère dénoncer sur la place publique toutes sortes d’agissements invérifiables dont on aurait été victime en répondant en chœur à des hashtags ou en espérant en lancer de nouveaux populaires, faisant ainsi quasiment commerce de ses propres malheurs à des fins de publicité personnelle.

Les méthodes de « modération » sur ce site comme sur bien d’autres procède toujours de la même manière : l’autorité est presque toujours nominative, c’est-à-dire qu’elle est quasiment toujours représentée par un ou plusieurs gars pour leur propre compte, également membres de cette société virtuelle, très rarement sous une forme impersonnelle. C’est bien pourquoi il y a une grande différence entre ces sites, réseaux ou forums, par qui la modération passe presque toujours à travers son propriétaire ou d’autres membres actifs agissant en son nom. Et quand je dis des « gars », c’est parce que c’est quasiment toujours des gars qui assurent la prétendue modération. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer l’expérience qu’on a probablement tous avec de grosses entreprises dont on est client et avec lesquelles on passe si besoin par un service client au téléphone ou par Internet : la sous-traitance dans ce cas sera beaucoup plus souvent assurée par des femmes (à la fois parce que ce sont des métiers sous-payés, parce qu’on estime à tort ou à raison qu’elles sont plus faites que les hommes à « modérer » des clients énervés).

Je résume donc la modération telle qu’on peut la recontrer sur ces plate-formes, une modération toujours non neutre (nominative) et où on sent bien non pas la volonté de comprendre et d’apaiser, mais, tels des mâles dominants, d’imposer ses décisions à ceux qu’on estime être ses dominés. Passage systématique par les messages privés (plus facile pour impressionner un membre et le menacer dans le secret de l’intimité alors qu’il s’agit le plus souvent de conflits entre membres) : « On a eu des plaintes te concernant, on t’a déjà prévenu, si tu ne cesses pas ton comportement, nous serons contraints de supprimer ton compte. » À ça, on répond en général ceci : « Pouvez-vous me préciser les propos gênants, merci. » Ce à quoi on se voit répondre : « On t’a déjà prévenu mille fois et on a pas mal de plaintes te concernant, on ne veut pas débattre, tu sais pertinemment de quoi on parle. » On insiste : « Je vous demande une chose simple : vous me reprochez mes commentaires, quels sont les commentaires qui font l’objet de plaintes ? » « On t’a déjà dit que nous n’étions pas là pour discuter, on ne va pas te laisser couler notre entreprise. » (?!) Et puis : « Tu fous une mauvaise ambiance sur le site. On a été trop patients avec toi jusque-là, on te demande maintenant d’arrêter. » « Arrêter quoi ? Quels sont les propos visés ? » Dialogue de sourds entre celui qui ne comprend pas (à tort ou à raison) ce qu’on lui reproche et celui qui jouit presque du pouvoir qu’il cherche à exercer sur l’autre. Et je paraphrase à peine. On appelle ça alors de la « modération ». Le genre de modération dont on peut s’attendre venant d’un propriétaire qui se ramène chez vous pour vous réclamer un loyer impayé.

Donc c’est toujours un jeu de pouvoir, des conflits personnels dans lesquels une équipe censée faire la modération s’insère parfois sans connaître le passif des différents partis. Et qui dit jeu de pouvoir dit question du droit mis de côté. C’est bien pourquoi guyness n’a pas besoin de preuves : les insinuations suffisent quand on est dans un jeu de pouvoir.

Aucune règle réelle ne régit la suppression d’un compte ou même des méthodes de modération : ce qui prime, c’est le fait d’être dénoncé par un certain nombre de comptes (plus ou moins importants ou d’être accusé de faits pas très cools). Parce que proférer des propos fascistes, c’est une chose, ça dépend probablement de la nature de ces propos, mais on peut imaginer que nombre d’entre eux puissent faire l’objet de poursuites judiciaires. Or, jamais aucun de ces propos ne fait jamais l’objet de poursuites. Vous avez déjà entendu parler de poursuites judiciaires vous ? Moi non. Et peut-être pour cause. Non seulement, on pourrait craindre que de propos fascistes, il n’en soit en fait rien, mais le but, contrairement à ce qui est prétendu n’est pas « d’assainir » moralement une communauté, peut-être de « l’informer », mais d’évincer, invisibiliser, voire supprimer, des comptes concurrents pour certains et qui donnent une mauvaise image du site pour d’autres. On a donc d’un côté de prétendus propos fascistes, et de l’autre, un totalitarisme communautaire avec les serviteurs de la morale œuvrant pour le compte du bien de tous (sic) et le pouvoir tout puissant des maîtres du lieu. Tu te fais éjecter ou « modérer », non pas à cause des propos tenus, mais parce que beaucoup de membres se plaignent de toi. Zont pas dû voir beaucoup de films sur le lynchage ces types-là.

Les preuves, les faits, tout ça ne sert donc à rien, et ça sert d’autant plus à rien qu’il est assez probablement difficile de déterminer ce qui est du domaine du propos fasciste, voire raciste, sexiste dans d’autres cas, ou même encore tout simplement d’insultes. C’est pas aussi facile que ça en a l’air, et je pense même que c’est un métier de le définir, de le caractériser ; et cela, ça se passe, au mieux, dans un tribunal. Or, ça, ça prend du temps, et personne ne veut en passer par là. Donc qu’est-ce qu’il arrive ? Il arrive que d’un côté les dénonciations et appels aux bans ou au cancel peuvent se multiplier, et de l’autre, les plate-formes cherchent à se dédouaner en rasant large : pour ne pas être accusées de laisser se propager des messages répréhensibles (souvent plus « impopulaires »), on préfère sévir quitte à empiéter sur le droit. Ce qui était « les propos extrêmes et les insultes sont interdits » devient « il est interdit d’être extrémiste ». Or, à ma connaissance, il n’est pas interdit d’être soit d’extrême-droite soit royaliste soit juste con. C’est juste assez mal vu. Et ce « assez mal vu », ce n’est pas du « droit ». Alors, comme ce n’est pas le « droit », pour trouver un semblant de légalité à notre autoritarisme ou à notre appel au cancel, on appelle alors ça « la bonne ambiance » (voir citation plus haut). Imaginons : (ce n’est pas un exemple réel) un membre insultant non pas seulement de « fasciste » mais de noms d’oiseaux bien plus fleuris un autre membre aux idées disons plutôt suspectes, et ce sera ce dernier qui sera sanctionné par la modération, pas le premier. Le premier, c’est le sauveur de la morale, et s’il a insulté le membre qu’il suspecte d’être extrême, c’était pour révéler la véritable nature de la bête brune qui allait bientôt sortir ses griffes. Ah oui, ça en fout une bonne d’ambiance à suspecter chacun d’être de tel ou tel camp… Et on aura tout gagner, parce qu’à son retour, le membre « banni » deviendra cette fois et à son tour agressif, ce à quoi le peuple répondra : « tu vois, tu es agressif et tu insultes, c’est la preuve qu’on a eu raison de te bannir ».

L’État (cette grande communauté constituée de gens honnêtes et droits) a d’ailleurs demandé à ces plate-formes de supprimer beaucoup plus facilement ces propos qu’elles ne le font actuellement. Ça coûte cher la justice, donc on la sous-traite à des entreprises. Et pour justifier une telle « surmodération », on a trouvé un nouveau mot pour qualifier ces propos, pour les supprimer et bâillonner leurs auteurs : ils sont « nauséabonds ». Ils ne sont plus illégaux, ils ne sont pas insultants, ils sont… nauséabonds. L’odeur, c’est presque aussi parlant que la fumée dans l’expression « il n’y a pas de fumée sans feu ».

L’insinuation comme règle de conduite, l’accusation comme verdict. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on a inventé le cancel et le bannissement : c’est parce que le droit, ça réclame du savoir, de la précaution, du temps et de l’argent. Tout ce qu’on n’a pas dans une société virtualisée.

On peut venir à se demander si les dénonciations auraient été faites par des randoms du site si elles auraient été prises en compte, ou même si elles ont été signalées à la modération avant de les signaler, pardon, avant de suggérer que certains membres pouvaient avoir des propos dangereux. Et le problème, c’est qu’on ne respecte aucune règle : c’est la loi des plus puissants, des plus populaires ou de la masse qui fait qu’on est ou non visé par des plaintes et que la « modération » s’en mêle. Ou quand l’autorité, représentée ici par la « modération », se range du côté du plus grand nombre, des lyncheurs et de la justice populaire plutôt que du côté du droit (ou d’un semblant de droit). SensCritique et le sens du vent…

Voilà comment les propriétaires du site répondent à un shitstorm organisé par un compte populaire par des bans autoritaires au lieu de mettre en place un système et des outils réellement efficients pour limiter certains propos, intervenir pour dire si oui ou non certains propos sont passés sous leurs radars. Et puis quid des poursuites : évincer quelqu’un pour des propos légalement répréhensibles, c’est pas, moralement, plus répréhensible de se garder de dénoncer aux autorités juste en supprimant son contenu ?

Plus grave encore, la disproportion de la sanction : à des suspicions de propos condamnables, voire à des suspicions d’appartenance à de vilains groupes, et en tout cas face à une communauté qui réclame votre tête, on répond purement et simplement par la suppression du compte, tout le compte.

Je ne sais pas si les personnes visées ont proféré les propos qui leur sont reprochés, en revanche il me semble qu’avant de passer par la suppression d’un compte, on pourrait passer par bien d’autres moyens, bien moins radicaux, pour restreindre leur capacité supposée à nuire : suspension temporaire du compte, suspension de la possibilité d’écrire des commentaires sous l’activité de membres qui ne nous suivent pas, puis interdiction temporaire ou non d’écrire toute sorte de commentaire, puis interdiction d’écrire des critiques, et enfin tout un panel de restrictions jusqu’à ce qu’un membre ne puisse plus faire que le minium sur le site : noter, liker, ranger, ajouter des contacts. C’est si compliqué que ça à mettre en œuvre ? Probablement pas, parce que la volonté de ces sites, ce n’est pas… l’inclusion, c’est au contraire la stigmatisation des éléments jugés perturbateurs ou indésirables par d’autres (représentant le plus souvent la masse). Au risque que ces membres reviennent… Et un membre qui revient, c’est souvent plus pénible et nuisible pour la communauté qui l’a rejeté que d’avoir simplement restreint sa capacité à nuire à travers des outils sur SON compte historique. Tu bannis un membre ? Tu supprimes tous les outils à ta disposition pour restreindre sa capacité à nuire.

Mais c’est tellement plus important de lui montrer qui est le chef, de lui montrer qu’il n’est rien, un paria, un renégat, un banni, un… nauséabond.

Le problème des types qu’on engloutit sous le goudron et les plumes, c’est qu’ils en foutent partout et qu’il faut nettoyer après avoir tout salopé.

La modération, ce n’est pas seulement écrire des messages privés à des gens pour les mettre en garde qu’on a des plaintes contre eux et les menacer de supprimer leur compte (et donc voler leur contenu même extrémiste) sils continuent à être aussi impopulaires (je plaisante à peine), ou de faire jouer encore sur lui son autoritarisme viril, c’est aussi venir publiquement faire la police sur les fils de discussion pour montrer qu’on est présent et concerné par la nature des débats, rappeler que certains propos pourraient tomber sous le coup de la loi (encore une fois, c’est parfois très très compliqué de déterminer si des propos sont réellement injurieux, réellement racistes, antisémites, etc.), venir calmer le jeu lors des conflits… Parce que oui c’est important. Beaucoup d’insultes naissent du dénigrement réel ou ressenti par certains à travers des commentaires, et beaucoup de discussions s’enveniment précisément à cause d’une absence totale de modération. Et je note qu’après quelques centaines de messages sous la publication de guyness, par exemple, que toujours aucune modération n’est venue interférer entre les nombreux partis venus discuter voire s’insulter.

C’est si nécessaire que ça de radier de la place publique certains membres en évitant de mettre des outils pour les empêcher soi-disant de nuire ou d’exprimer des idées… nauséabondes ? C’est si nécessaire de les humilier et de leur voler leur contenu ou se l’approprier ?

Parce que je rappelle également les conséquences induites, à la limite de la légalité, d’une suppression de compte : la suppression de tout votre contenu. On parle de quelques propos posant problème, et la sanction, c’est la suppression de toutes les activités, des commentaires, des écrits, des données, des contacts et des messages personnels. C’est pas faute d’avoir relevé ce problème quand j’avais été expulsé du site : quand on prétend que le contenu est remis au membre suspendu, c’est faux : on vous remet en format .txt quasi illisible l’ensemble de vos critiques, tout le reste des activités, les listes et commentaires, les messages personnels, tout cela est soit supprimé soit volé (certains commentaires notamment restent sur le site sans qu’on en soit désigné comme auteur avec notamment l’impossibilité qui nous est fait de les supprimer — un comble quand on sait ce qui prétendument a causé la suppression du compte).

Je rappelle à toutes fins utiles, parce que ce n’est toujours pas le cas, que les plate-formes de ce type sont tenues de permettre à leurs utilisateurs d’exporter leur contenu : c’est possible sur IMDb, sur Instagram, sur Twitter, me semble-t-il sur Facebook, mais sur SensCritique, sans doute parce que c’est français et pas une méchante entreprise américaine, on s’en bat les couilles.

Alors non, les crapules, ce ne sont pas de vulgaires utilisateurs avec des idées qui sentent le ranci et auxquelles plus personne n’adhère ; les crapules, ce sont celles qui ont le pouvoir et en abusent.

Une suppression de compte (et tout ce que cela implique), c’est quel niveau de violence dans une société virtualisée ? On va me faire croire que c’est la seule alternative ? Et la seule peut-être que mérite une bande de salauds ?… OK, mais, hum, est-ce que c’est efficace ? Parce que je vous parie que toutes les personnes qu’on stigmatise en faisant d’eux de méchants extrémistes, des ogres avançant masqués, de terribles sorcières, eh bien elles reviennent toujours, et ce n’est souvent pas pour faire profil bas. Elles reviennent plus radicalisées, toujours plus extrêmes, peut-être un peu plus masqués, et se foutent sans doute un peu plus des conséquences de leurs propos vu qu’on leur a déjà tout supprimé et qu’on les a déjà rangés dans la boîte des indésirables. On aura peut-être pas réussi à en faire de véritables sorcières, en revanche, on aura réussi à en faire des gens qui n’ont plus rien à perdre. C’est tout ce qu’on gagne à stigmatiser et ostraciser des personnes d’une communauté. Et pourquoi les en blâmer ? On vous stigmatise, on supprime votre contenu, on vous pille, vous expulse de la cité, tout cela est décidé par le roi avec l’agrément d’une partie de la population ou dans l’indifférence générale, et il faudrait en plus que si on revient masqué que ce soit pour planter des roses dans les allées ? Une autorité, donc une modération capable de vous couper la tête, si elle ne respecte ni ses membres ni les contenus qu’ils produisent, elle n’est pas, respectable et digne de « faire autorité ».

Et inutile d’aller sonder les petits comptes pour y déceler le moindre commentaire suspect pour trouver des extrémistes, car les extrémistes, ils sont là. Les coupeurs de tête.

La cancel culture (version soft de l’assassinat virtuel), c’était plutôt jusque-là des pratiques laissées aux partis politiques de droite, et sur les réseaux sociaux, ce genre de pratique d’exclusion, d’invisibilisation, devient désormais le fait des brigades d’épurement venues de la gauche. L’intolérance, c’est toujours celle de l’autre.

Bref, bien au-delà du problème des propos à modérer, ce qui me pose, moi, problème, c’est le pouvoir illégitime et non encadré de ces instances sur Internet qui hébergent du contenu sans le créer. Il y a un droit et une justice qui n’existent nulle par ailleurs. Un monde virtuel au temps du far west. La loi du plus fort. Parce que OK, les propos extrêmes, c’est pas bien, les injures, c’est pas bien… mais ces propos sont toujours le prétexte à régler des conflits personnels, et c’est toujours les plus puissants ou les plus manipulateurs qui en profitent. Certains pourront toujours en abuser sans voir venir de sanction, tandis qu’on les guettera chez d’autres. On dénonce les dérives extrêmes de certains membres quand c’est encore tout Internet qui est extrême. Une zone de non-droit, une cour d’un régime (certes virtualisé mais) autoritaire.

Oui, même les cons, mêmes les personnes avec qui on n’est pas d’accord, même ceux exprimant des idées extrêmes, doivent pouvoir garder un compte et continuer à être auteur et propriétaire de leur contenu. Un repris de justice, quand il a purgé sa peine, il redevient un citoyen comme tout le monde, on ne lui retire pas ses droits civiques, ses droits de s’exprimer, de se soigner ou d’être actif s’il respecte les lois de la société dans laquelle il vit toujours et si on encadre correctement sa « liberté surveillée ». On peut tout autant être pote avec un repris de justice qu’avec un autre type infréquentable… si par ailleurs on lui reconnaît d’autres qualités. Oui, on peut être pote ou intéressé par des types qui peuvent être par ailleurs des connards ; oui, on peut acheter son pain chez son boulanger même si c’est un ancien pédophile. Non, nous ne sommes pas monolithiques. Un bannissement, c’est une pratique antique et barbare qui te dit « gars, va faire ta vie ailleurs, on garde ta maison, ta femme, ton chien et tous tes biens, mais toi, va voir ailleurs ». Naïvement, j’ai toujours pensé que la seule réponse possible à un groupe qui nous dit « tu n’es plus le bienvenu parmi nous, dégage », c’était la haine et la violence. Donc on s’abstient de toute radicalité, on laisse le droit aux supposés extrémistes de s’exprimer s’il respecte la loi, on les tolère, on les modère, bref, on vit avec, parce qu’ils font partie de la société, on les en fera pas partir et ils ne s’évaporeront pas par enchantement. Bannir des comportements, des usages, c’est autre chose que bannir des individus. Oui, il y a sans doute des comportements et propos inadmissibles, mais cela n’a rien d’honorable de chercher à nuire à leurs auteurs. C’est très largement contre-productif, et le signe qu’on s’autorise à faire ce qu’on reproche justement à d’autres.

Les paroles peuvent blesser ou nuire, certes, mais il y a un degré dans la violence, entre des propos injustifiés, injustifiables et légalement répréhensibles, et la violence induite par la suppression d’un compte et le vol du contenu affilié. À l’injustice, répondra toujours une nouvelle violence, et une radicalité toujours plus forte. Les actes sont plus dangereux que les paroles ou les affinités.

 

 

Fort de Brégançon, poste avancé contre les invasions de Covid

On était soi-disant en guerre contre le coronavirus. C’était en tout cas ce qu’avait prétendu Macron avant de déserter sur le fort de Brégançon. Si on prend au pied de la lettre ce qui avait été annoncé, voilà ce qu’aurait dû être fait depuis, disons, avril-mai, époque de ces déclarations solennelles au plus fort de l’épidémie en France (mais pas dans le monde), et voilà ce que ça aurait pu donner une gestion de la crise en mode « lutte totale contre le coronavirus » (et en fonction de diverses préconisations lues ici ou là en France ou à l’étranger) :

Phase 1 : dépistage, circonscription et éradication en France

_ Confinement des zones touchées par le virus. La circulation n’étant pas homogène, il est inutile de confiner des populations où le virus n’est pas présent. En revanche, interdiction pour les personnes de se déplacer en dehors d’une zone définie pouvant être la ville pour les zones denses. Il vaut mieux circonscrire que confiner à l’aveugle.

_Seuls les divers personnels de maintenance, ainsi que les métiers de la restauration (recyclés pour certains dans la livraison à domicile), des transports et de la santé sont autorisés à sortir de ces zones de circonscription. Dans la mesure du possible, les travailleurs sont accueillis dans des hôtels séparés de leur famille.

_ Fermeture des frontières internationales. Le seul vecteur de propagation du virus sur de grandes distances, c’est l’homme ; il faut donc réduire drastiquement les brassages de population. Mise à l’isolement pour quatorze jours pour les résidents de retour de l’étranger avec prise en charge obligatoire dans des hôtels dédiés.

_ Toute l’économie, toutes les capacités de production, sont orientées vers l’objectif de tester mieux, contenir en vue d’éradiquer le virus, et de subvenir aux besoins de premières nécessités de la population.

_ L’industrie est réquisitionnée, voire nationalisée, et tournée vers ces objectifs. Cela signifie que des secteurs d’activité entiers peuvent être réorientés pour satisfaire à l’objectif de lutte contre le virus. Au lieu d’aider une économie du « monde d’avant », on réoriente l’économie vers une demande urgente et principale : la lutte contre le virus.

_ Création de brigades « Quoiquillencout » chargées du dépistage de la population et du traçage. Pas de saupoudrage et d’effets d’annonce : on ne déclare pas la guerre en réduisant les effectifs parce que ça pèse lourd sur le budget de la dette. Si nécessaire, passage par la mobilisation.

_Mise en place d’une application obligatoire développée dans le but de recueillir quotidiennement la température des zones où la population est la plus touchée en fonction soit des données fiscales, soit de l’assurance maladie afin de toucher toute la population (l’Assurance maladie pourrait gérer cette application, même s’il manque un CDC ou un NHS à la française avec un pouvoir plus large en matière de prévention et de santé publique).

_Les résidents étrangers sont invités à télécharger l’application et de renseigner les mêmes informations sur leur santé générale. Possibilité de gérer des sorties hebdomadaires via l’application suivant des tranches horaires réservées en fonction du nombre de membres dans le foyer et de la densité de personnes à l’extérieur. (Taïwan a très bien fait ça en indiquant à la population les densités de population dans les lieux publics en temps réel.)

_Pour les personnes testées positives et/ou malades, l’application procède à un suivi redoublé et fourni des outils supplémentaires au malade : accès privilégié à un référent médical et un autre administratif, l’un pour le suivi médical, l’autre pour le traçage des cas contacts et l’aide administrative (si besoin, un troisième référent peut être ajouté : une assistante sociale ou psychologique).

_Traçage généralisé des concentrations de virus dans les eaux usées dans les zones denses où circule le virus. Mise en place de toute une brigade chargée d’effectuer ces prélèvements dans les métropoles. Pas de saupoudrage. Hors Covid, ces brigades seront toujours utiles en période épidémique pour repérer les foyers émergents.

_ Pour les zones confinées : distribution mutualisée de nourriture à partir des restaurants et des industriels du secteur de l’alimentation : la brigade de livreurs dépose d’abord dans chaque boîte aux lettres un planning de passage et un moyen de commande privilégié par le destinataire suivant quelques plate-formes spécialisées prédéfinies ou un restaurateur/magasin spécifique ; la brigade revient ensuite tous les jours relever dans les boîtes aux lettres ou devant la porte les commandes des habitants. Possibilité de former un panier fraîcheur composé à l’échelle communal à partir d’accords passés avec les producteurs et industriels locaux.

_ Pas d’attestation de sortie autre que celle pour le personnel autorisé à sortir (confinement strict, les seuls lieux autorisés sont les espaces publics ouverts) : les magasins d’alimentation générale sont appelés à continuer à travailler sans accueil du public et cela pour les produits de première nécessité : la livraison se fait par le biais des brigades de livreurs (objectif d’1 livreur pour 20 habitants).

_ Distribution de munitions : masques livrés par La Poste avec instructions d’usage. Au sein d’un même foyer, possibilité d’un maintien des gestes barrière si cas suspect ou en contact dans les jours qui précèdent avec un cas avéré. Les cas personnes malades, testées ou non positives, les cas asymptomatiques, sont séparés du reste du foyer avec mise à disposition de chambre d’hôtel.

_ Ces hôtels réquisitionnés doivent être au plus près d’un établissement hospitalier et les personnes isolées peuvent recevoir la visite de personnel médical (souvent hébergés dans les mêmes hôtels afin d’être séparés également de leur famille pour éviter de possibles contaminations).

Phase 2 : déconfinement ciblé et reprise des activités circonscrites à une même zone.

_ Seuls les départements ou villes ne disposant plus de nouveaux cas de contaminés et de nouvelles entrées à l’hôpital peuvent rouvrir (absence de transmission communautaire avérée), mais seulement dans les limites du département ou de la ville (ville pour les zones denses et fortement touchées ; département pour les zones rurales). La règle reste la limitation des déplacements interrégionaux pour limiter la propagation du virus. La circonscription du territoire reste la norme, ainsi que l’interdiction d’entrée du territoire depuis l’étranger.

_ Les voyages internationaux ainsi sont toujours restreints pour limiter les possibilités de nouveaux cas par importation. Les arrivées aux aéroports sont systématiquement suivies d’un dépistage et d’une quatorzaine avec obligation de télécharger l’application de suivi.

_ Les habitants souhaitant se rendre pour raisons personnelles dans une autre zone devront passer à leur arrivée une quatorzaine et notifier leur changement de résidence sur l’application dédiée.

_ Dans les zones déconfinées, possibilité de se rendre à son lieu de travail si télétravail impossible et si celui-ci est différent de son département/ville de résidence (autorisation de l’employeur). Mais les deux zones traversées doivent être toutes deux en phase de déconfinement ; les zones avec circulation du virus effective restent circonscrites.

_ L’industrie des zones ouvertes doit en priorité s’orienter vers la production de matériel, de biens ou de denrées tournés vers l’approvisionnement des zones fermées (« en guerre »).

_ Le fort de Brégançon devient un lieu de stockage des masques.

Phase 3 : coopération et éradication dans le monde du virus

_ Dès que dans une zone géographique non circonscrite la transmission communautaire du virus est avérée, interdiction des liaisons de passagers, quatorzaines systématiques pour les voyageurs de retour de ces zones. La même règle pour les destinations à l’étranger comme pour celle dans le territoire français : la logique sanitaire doit s’affranchir des traités. Un virus ne connaît pas de frontières.

_ Dès que l’épidémie est contenue partout dans l’hexagone, poursuite de la même politique d’éradication du virus avec les zones européennes puis internationales. Pas d’ouverture des frontières sans contrôle et sans restrictions sanitaires.

_ Aucun principe de réciprocité : l’ouverture ou la fermeture des frontières ne se décide pas en fonction de critères diplomatiques ou économiques, mais en fonction de la situation sanitaire.

_ Pour ce qui est des pays disposants de moyens de dépistage évolués, possibilité d’ouverture des frontières si le pays (ou une zone concernée si le pays circonscrit de la même manière des zones en fonction du niveau épidémique) répond aux mêmes critères établis pour les différentes zones au sein du territoire français (s’il n’y a plus de transmission communautaire avéré).

_ Pour les pays moins sûrs, tant sur le plan sanitaire que sur la mise à disposition des données sanitaires, les zones concernées doivent être considérées comme étant des zones épidémiques actives et soumises à des restrictions strictes d’entrées su le territoire (à minima, quatorzaine obligatoire).

_ Coopération possible avec les pays faisant appel à la force sanitaire mise en place pour lutter sur le territoire le temps où l’épidémie était très active et en coordination avec l’OMS. Une coopération qui devient même une nécessité si l’objectif est l’éradication du virus.

Et voilà ce qu’on a fait sous Macron chef de guerre, preuve que, cynisme absolu du politique, Macron se sert d’une crise épidémique non pas en chef d’État responsable occupé à gérer au mieux une crise, mais comme d’un tremplin personnel, un événement comme un autre, sur quoi reposera jusqu’à l’infini ce qu’il a toujours fait, de la communication :

Phase 1 : communication, communication et communication

_ Après avoir nié le risque sanitaire notamment en demandant à la population de continuer à sortir en soutien à l’économie, le chef d’État décrète un confinement généralisé sur tout le territoire, même dans les zones peu touchées : il faut frapper fort les esprits. Mais pas trop, donc on déclare une première période, et personne chez les spécialistes ne croit qu’elle sera suffisante.

_ Les masques sont inutiles parce qu’on n’en dispose pas assez. Soit, alors faisons en sorte, au moins, que ce soient les soignants qui disposent de ce matériel précieux.

_ Déclaration en grande pompe de la fabrication de milliers de respirateurs par l’industrie française (des respirateurs qui se révéleront inutilisables).

_ Des milliards d’euros seront prêtés à de grandes entreprises touchées par la crise, principalement dans le secteur de l’aéronautique et de l’automobile.

_ On appelle ces fainéants d’artistes à se réinventer.

_ Les soignants auront leurs primes… demain. Allez bosser en attendant.

_ La France des obscurantistes est fan du gourou de Marseille, alors le chef des armées rend visite à ce Raspoutine du XXIᵉ siècle pour peaufiner sa popularité et brouiller le message sanitaire (il n’y a pas de remède à la Covid, mais on va tout de même dire bonjour à son grand découvreur).

Phase 2 : l’épidémie est finie

_ Grâce au confinement, la présence du virus a presque disparu. Au lieu de viser une éradication complète, il est plus sage de rouvrir la baraque le plus vite possible pour que ça recommence comme avant (le fameux monde d’après), et donc laisser le virus circuler à nouveau (mais cette fois, promis, on se lavera les mains).

_ Ouverture au compte goutte de toutes les frontières terrestres et aériennes selon un principe de réciprocité. Pour les voyageurs venant de pays à risque, il leur est demandé de faire un test PCR dans leur pays d’origine, sinon, seule une « information sur les conditions dans lesquelles une quatorzaine doit être effectuée » leur sera délivrée à leur arrivée. Ils doivent par ailleurs présenter une déclaration sur l’honneur « qu’ils ne présentent pas de symptôme d’infection à la Covid-19 et qu’ils n’ont pas connaissance d’avoir été en contact avec un cas confirmé de Covid-19 dans les quatorze jours précédant le vol » (le fameux auto-test).

_ Le masque devient obligatoire pour faire ses courses, mais pas au travail et pas au cinéma (quand on regarde un film, le virus regarde aussi le film et n’en profite pas pour se faire la belle chez le voisin).

_ Il faut que tout le monde puisse aller en vacances pour soutenir le secteur du tourisme (et le virus, qui après plusieurs semaines de confinement, ne serait pas une petite résurgence de brassage de populations).

_ Aux États-Unis, ils ont rouvert trop tôt : les Américains sont des imbéciles. La France rouvre trop tôt : les Français sont invulnérables quand ils déposent les dates de leurs vacances.

_ Après plusieurs semaines de répit, des signes inquiétants voient le jour et la communauté scientifique tire la sonnette d’alarme. La cote de popularité du Président est au plus haut, son nouveau Premier ministre s’agite comme un fou en explosant son bilan carbone, donc où est le problème. La guerre est finie (faute d’avoir combattu).

_ Deux mois après avoir déclaré la guerre au virus, le Président prend trois semaines de vacances sur son fort dans le Var. En temps de guerre, chacun son île…

Qui a commencé à dire « le Covid » et pourquoi c’est fautif ?

Il n’est pas inutile de rappeler pourquoi il y a une guéguerre et comprendre (apparemment) d’où c’est parti. Parce que quand on comprend comment tout a commencé, plus facile de remettre en question l’argument avancé par certains de « l’usage ».

Au tout début de l’épidémie, au mois de janvier, on a parlé un peu partout dans les médias, donc dans la population, du « coronavirus » ou du « nouveau coronavirus ». Puis le 11 février, l’OMS donne un nom au virus ET à la maladie :

La Covid-19 pour la maladie et le SARS-CoV-2 pour le virus.

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-for-public/q-a-coronaviruses

Cette information est reprise, semble-t-il par l’AFP, qui, parce que les journalistes ne sont pas connus pour être des experts en sciences (et la pression de l’actualité faisant que les correcteurs ne sont alors peut-être pas consultés quand on a besoin de sortir une info rapidement…) est la première à faire la méprise. Une méprise qui sera reproduite partout.

Je parle bien de méprise. La méprise entre le virus et la maladie provoquée par le virus.

L’OMS était pourtant claire dans son communiqué (et déjà en français). Seulement, pour l’AFP, et pour tous ceux qui suivront et qui ne prendront pas la peine de retourner à la source de l’AFP se contentant de la recopier, si le communiqué de l’OMS est clair, eh ben il pose problème aux vulgaires vulgarisateurs d’informations que sont les agences de presse : Covid-19, la maladie, c’est plus simple à retenir que SARS-CoV-2, le virus. Dilemme, depuis janvier, l’usage (là, oui), il est de parler du virus, celui auquel on se réfère en parlant de « coronavirus » ou alors plus justement de « nouveau coronavirus ». Et puisqu’on parlait jusque-là du virus pourquoi changer ? Méprise volontaire ou non de l’AFP et de ceux qui ont suivi, le fait est qu’on a préféré utiliser le terme de la maladie pour l’employer à la place de celui du virus. Ce n’est donc pas une question d’usage, mais une méprise des médias qui ont interverti les termes pour aller au plus simple. Ces termes ne sont pas tombés du ciel par l’usage populaire, il s’agit de termes définis par des organismes scientifiques selon des règles qui sont propres à la science. Il n’y a pas un usage populaire et un autre scientifique : l’usage, ici, doit suivre ce qui est prescrit par ceux qui ont défini les termes. De la même manière qu’il serait fautif de parler aujourd’hui de Pluton comme d’une planète alors que cette désignation lui a été retirée par ceux chargés de nommer les planètes, il est fautif de parler du Covid.

« Le coronavirus » est ainsi devenu « le Covid-19 » en pensant se référer au virus, alors que « Covid-19 » a toujours été la maladie.

Et quand l’Académie française rappelle qu’il faut dire la Covid et non le Covid, elle ne fait que rappeler ce qui avait été décidé quelques semaines plus tôt à l’OMS. L’Académie ne décrète rien du tout. Et l’OMS va encore moins consulter des linguistes ou des académiciens pour savoir quoi dire : c’est elle, l’OMS, qui décide, et elle décide en fonction d’une logique on ne peut plus simple : une maladie, c’est féminin. La tuberculose, la grippe, la variole, etc. Le Sida, par exemple, n’est pas désigné comme une maladie, mais comme un syndrome, et est donc… masculin. Ce n’est pas une question d’usage, mais de grammaire basique, et donc de mauvais usage. Et même s’il était question d’usage, l’usage c’est d’utiliser « la » pour un nom féminin.

Pour finir de s’en convaincre, il suffit de trouver un synonyme à « Covid-19 », si vous dites « le Coronavirus », c’est bien que vous parlez du virus pour ce qui est en fait désignée comme une maladie.

Dès le 11 février, Le Monde reprend la dépêche AFP et reproduit la méprise en parlant de Covid-19 pour le virus :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/02/11/coronavirus-le-president-chinois-demande-des-mesures-plus-fortes-alors-que-le-bilan-depasse-les-1-000-morts_6029127_3244.html

Joli moment de confusion : « Le virus s’appellera désormais officiellement « Covid-19 », a annoncé mardi le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Cette dénomination remplace celle de 2019-nCoV, décidée à titre provisoire après l’apparition de la maladie. »


septembre 2020

Ironiquement, quand un compte certifié Twitter les mentionne pour s’expliquer de leur usage du masculin, les correcteurs du Monde répondent :

Je réponds à mon tour en citant la phrase de février où ils font une méprise entre le nom de la maladie et celui du virus. Aucune réponse, mais une tripotée de clics sur mon profil. 68 abonnés certifiés, « danseur sur table », j’ai pas le bon profil pour espérer une réponse.