La France, pays des droits de l’homme ou pays du féminisme ?

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La France, pays de La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789

Fun fact :

La France qui se vante d’être le pays des Droits de l’Homme… ne l’est pas. Cette périphrase sous-tend qu’il y aurait une valeur universelle dans ce qu’on image faire référence ici à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ou que la France aurait initié avec ce texte quelque chose avant les autres démocraties du monde (c’est faux).

Par contre, le mot “féminisme” naît en France au 19ᵉ siècle.

Il est adopté ensuite dans le monde anglo-saxon (en supprimant le “e” final) et sans doute ailleurs.

Or, nommer, les choses, ça permet aussi d’accompagner, promouvoir ou développer les idées qu’elles définissent à travers un terme nouveau. Ce n’est donc pas rien. Les « droits de l’homme » ? Ah ? Lesquels ? Le “féminisme” ? Oui-oui, it’s french (avec l’accent).

La curiosité avec les périphrases, c’est qu’elles peuvent se transformer avec le temps (façon téléphone arabe) avant, éventuellement, s’ancrer dans la mémoire collective en se figeant en une forme syntagmatique assez simple pour servir d’étendard ou d’expression. On peut ainsi imaginer que pour parler métaphoriquement de la France on ait parlé à un moment du « pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », et que par simplification, cela soit devenu « pays des droits de l’homme ».

Un peu comme quand le Pierre Adams dit publiquement en 1935 que « Paris est la plus belle ville du monde, dommage qu’il y ait des Parisiens » et que… les Parisiens se trouvent assez parisiens pour figer la périphrase qualifiant leur ville « la plus belle ville du monde » en une expression capable de satisfaire leur égo (périphrase qui n’est par ailleurs utilisée qu’en France).

De l’autre côté, l’apocopation du « e » de « féminisme » par les anglo-saxons ne dénature pas le sens du terme original…

Revenons à la périphrase « pays des droits de l’homme ». Chacun ses combats : se vanter d’être une “Lumière” éclairant le monde (la France n’est pas plus le « pays des Lumières » — des Lumière, à la rigueur, des frères Lumière) alors que… même-pas-vrai ; ou “invisibiliser” une invention bien réelle qui pourrait ou devrait nous rendre fiers (remplir le point médian si nécessaire). Le terme « féminisme ».

Alors, est-ce que le « pays des droits de l’homme » n’aurait pas à gagner à devenir le « pays du féminisme » ?

(Même si on chipoterait encore à se vanter de l’invention du terme dans un pays ayant offert si tardivement le vote aux femmes et où un ministre reçoit des faveurs sexuelles de ses administrées.)

Probable d’ailleurs que comme cela arrive souvent (comme pour « trou noir » par exemple), le terme ait d’abord eu une connotation péjorative avant d’être adopté avant d’être revendiqué pour définir un mouvement émancipateur des femmes.

Connotation péjorative qui est donc apparue dans un film de 1948 avec Errol Flynn qui est à l’origine de cet article : Les Aventures de Don Juan. En plus d’être donc employé péjorativement, on peut aussi noter qu’il s’agit dans le film d’un parfait anachronisme. On produit désormais des documentaires avec des Cléopâtre noires, pourquoi Hollywood n’aurait-elle pas eu le droit au milieu du 20ᵉ siècle de proposer un Don Juan féministe ?…

Ce Don Juan serait-il… féministe ! (Les Aventures de Don Juan, Vincent Sherman, Warner Bros. 1948)