
Courrier diplomatique
Titre original : Diplomatic Courier
Année : 1952
Réalisation : Henry Hathaway
Avec : Tyrone Power, Patricia Neal, Stephen McNally, Hildegard Knef, Karl Malden
Scénario à ranger du côté des récits d’espionnage extravagants, voire abracadabrantesques. On est juste après L’Attaque de la malle-poste où déjà Hathaway cassait les codes d’un genre, le western.
À choisir, je miserais plutôt sur des scénaristes ayant abusé des psychotropes. On pourrait être dans Hitchcock ou dans un film d’espionnage et d’action contemporain : courrier diplomatique américain qui doit retrouver une ancienne connaissance, Tyrone Power se voit contraint, bien malgré lui, de jouer les espions. Les artifices habituels du roman de gare ne manquent pas d’être utilisés : meurtre dans un train, femme fatale, blonde lumineuse en quête de rédemption émancipatrice qui expie sa soviétitude en passant à l’Ouest, militaires pas très finauds une fois mêlés à des affaires d’espionnage, et bien sûr, monsieur tout le monde qui se découvre une âme de patriote et des aptitudes insoupçonnées en boxe et en acrobaties diverses.
Au milieu de cette panoplie facile et ridicule, on rit aussi volontiers : la prime au comique, parfait imitateur de Bette Davis, qui reproduit au téléphone la voix d’un responsable militaire. Le MacGuffin usuel, retrouvé sur le tard après un concours de circonstances digne des vieux serials d’espionnage, vaut également le détour. Finalement, on y prend beaucoup de plaisir, parce que ça voyage beaucoup. En train notamment. Quoi de mieux que le bon vieux transport ferroviaire d’antan pour un thriller ? Les péripéties (souvent idiotes, sans tomber non plus dans la pure série B) s’enchaînent comme il faut.
On y retrouve aussi une brochette d’acteurs phénoménaux avec, par exemple, en hommes de main des rouges Charles Bronson et Albert Salmi à ce qu’il semble (génial dans Les Frères Karamazov, non crédité ici, j’ai donc peut-être eu une vision), puis, avec des petits rôles dialogués, Lee Marvin et surtout Karl Malden (un an après sa performance dans Un tramway nommé désir et dans un rôle ici d’abruti qu’il arrive comme d’habitude à rendre sympathique).
À côté de Tyrone Power, il faut surtout profiter du génie, du charme et de l’ironie de Patricia Neal, parfaite en femme fatale spécialiste des insinuations et du double jeu. Seul Tyrone Power ne la voit pas venir grosse comme une maison. Son personnage est peut-être mal ficelé, mais elle se régale (et nous avec) dans un rôle qui se colle aux guêtres de Power comme une chatte aux chevilles de son maître. Elle a déjà tourné dans Le Rebelle et sort du Jour où la Terre s’arrêta… En dehors des premiers acteurs cités qui n’apparaissent que brièvement à l’écran, la distribution réunit des stars, ce qui laisse suggérer une grosse production. À considérer les défauts du film, toujours à flirter avec la série B, il pourrait décevoir, mais mon amour pour les acteurs de l’ancienne génération me perdra. Voir Patricia Neal et Karl Malden au générique, c’est déjà plus de la moitié du plaisir espéré pour un cinéphile.
Courrier diplomatique, Henry Hathaway (1952) Diplomatic Courier | Twentieth Century Fox
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