Nanjing ! Nanjing !, Lu Chuan (2009)

Les Chuan

Note : 2.5 sur 5.

Nanjing ! Nanjing !

Titre international : City of Life and Death

Année : 2009

Réalisation : Lu Chuan

Avec : Ye Liu, Wei Fan, Hideo Nakaizumi, Lan Qin, Yuanyuan Gao

J’avoue ne pas avoir bien compris l’angle du film. L’introduction, censée présenter les enjeux finaux, chaotique, présente un certain nombre de personnages, mais la plupart mourront presque aussitôt. Le film se poursuit par un « catalogue à la pervers » des atrocités perpétrées par les Japonais : le récit se concentre alors sur le personnage d’un traducteur chinois détaché au près d’un diplomate nazi et de sa famille, et en parallèle, un autre personnage prend un peu plus d’épaisseur : le soldat japonais un peu mièvre et humain.

Le traducteur voit sa famille et sa sécurité se réduire à peau de chagrin, et après un geste fort courageux digne du Chinois de l’année, c’en est fini de ce côté du casting, et le film s’achève sur deux gestes de bravoure du soldat japonais, et un dernier final, radical, dont on ne sait trop s’il est censé être un geste courageux, de dépit ou d’espérance…

Bref, c’est pas très clair, et m’est avis qu’au scénario, on ait voulu retracer le parcours de personnages réels des massacres (à en voir le générique final qui nous dévoile les années de décès des protagonistes) en essayant de réduire tout ça en sauce compacte en espérant que ça prendra par le plus heureux des hasards.

Ben, le hasard fait pas bien les choses. Que les faits rapportés soient réels ou non, mélanger des torchons et des carottes à la casserole, ç’a peu de chances que ça prenne. C’est bien de raconter l’histoire du massacre, mais je connais peu d’exemple de films réussis autrement qu’en prenant un événement tragique en toile de fond d’une histoire, elle, bien fictive et par conséquent construite selon des codes éprouvés en dramaturgie. Les films réussis historiques (a fortiori de guerre) arrivant à échapper à la propagande, il ne doit pas en exister beaucoup. Un exemple tout récent, avec 1987, un film coréen sur la répression du pouvoir alors en place face aux étudiants, où on voit d’abord le meurtre d’un étudiant suite à la torture, les événements s’emballent, on peine un peu à savoir où on va, puis une amourette semble se mettre en place, je commence à douter sérieusement de l’intérêt du film, qui trouvera finalement le sens de sa trajectoire à la fin quand on comprend que le garçon dont était en train de s’éprendre la jeune fille sera un nouvel étudiant tué par les forces au pouvoir, et cela en pleine manifestation. La boucle est bouclée.

Ici, aucune boucle, je ne vois rien qui achève les pistes lancées plus tôt. L’angle grossier du film (ce que j’en comprends), c’est de choisir arbitrairement, et un peu comme dans un film choral et macabre, des victimes du massacre. Parmi tous ces personnages, un “Juste” japonais : on serait tenté d’y voir comme une tentative maladroite d’opposer un peu de nuances à un événement particulièrement meurtrier et sans équivoque possible. Mais il est assez étrange de chercher à vouloir passer par une nuance par le biais d’un personnage tout en se refusant à le faire à travers l’arme habituelle des cinéastes pour en apporter : la singularité (une petite histoire bien fictive enfermée dans la grande) ; et cela même alors que la nuance proposée paraît au contraire jurer avec le reste du tableau : tous les Japonais sont cruels dans le film, sauf ce petit être insignifiant ?! c’est de la nuance de lourdaud, ça. On notera jamais assez que la première distance nécessaire dans un film, c’est d’abord celle qu’on prend avec son sujet, surtout quand celui-ci est si fortement attaché à un événement historique dramatique. Être trop respectueux de l’histoire, ça peut paraître paradoxalement chercher trop à aller dans le sens du vent, manquer d’audace, donc d’angle. C’est un peu à juste titre qu’on vous suspectera de propagande. Un sujet, aussi tragique et rattaché à la réalité soit-il, doit faire l’objet d’une appropriation et d’une trahison. Tout film historique doit être un viol, sinon ce n’est plus de l’art, mais une vilaine illustration des livres d’histoire.

Quant au sens à donner à ce happy end tarabiscoté, j’avoue ne pas trop savoir quoi en penser…

Kapo !

Dernière chose assez agaçante dans le film, la constance dans la dignité des vaincus maltraités : au milieu des femmes qui pleurent, il se trouvera toujours une poignée de bons chinois humiliés mais droits qu’on ne manquera pas de montrer en gros plan. On imagine le même film dans un camp nazi, avec les mêmes outrances générales et avec une dernière note de couleur pseudo-subtile afin de sauver le comportement humain d’un conducteur de train, et on comprend mieux le malaise. C’est pas le « travelling de Kapo », mais y a bien des questions éthiques et d’approche générale face à des événements historiques et tragiques qui imposent du tact, de la distance et, oui, de la nuance. Tout ce qui manque malheureusement ici.

 


 

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