Les Anges de Boston, Troy Duffy (1999)

Pull Friction

Note : 2 sur 5.

Les Anges de Boston

Titre original : The Boondock Saints

Année : 1999

Réalisation : Troy Duffy

Avec : Willem Dafoe, Sean Patrick Flanery, Norman Reedus

Bon sang, ce que c’est stupide et laid. Nouvel ersatz tentant de reproduire (volontairement ou non) la touche de Tarantino ou de John Woo de la fin du vingtième siècle…

Il faut voir le bon côté des choses : confronter le style bas de plafond à son modèle, ça permet d’apprécier ce qui fait le sel et la singularité de ces deux amoureux du geste et des mots (même si j’ai vu que récemment Johnny To par exemple pouvait à sa manière verser aussi dans la violence décalée avec plus de réussite que bien des amateurs).

Pour faire simple, Tarantino et John Woo sont des poètes, des chorégraphes, des sentimentaux, des amoureux des jolies lignes de dialogues et des acteurs. Je ne vois rien de tout ça ici. Seule reste la violence qui semble gratuite, et qui le sera d’autant plus que les assassins n’ont aucune raison justifiable de sombrer dans cette violence. Ils sont aussi à mille lieues de porter sur leurs épaules le poids de tous leurs péchés. Parce que oui, contrairement à ce qu’on raconte des assassins de Tarantino et de John Woo, ils ne tuent pas par plaisir ou par intérêt, mais parce qu’ils ont un objectif souvent obsessionnel, parfois résultant d’un drame originel, et un objectif qui apparaîtra d’autant plus légitime aux spectateurs (souvent à tort, pourtant, même si on pourra au moins leur donner le bénéfice du doute) qu’il s’agit d’une vengeance hautement personnelle, sentimentale, et parce qu’on comprend qu’une fois cet objectif atteint, rien pour eux ne sera plus comme avant. Des truands romantiques en somme… Qui n’ont plus rien à perdre, et sont prêts à un dernier coup d’éclat pour se libérer du poids de leur conscience, venger ou aider un ami, une femme, réparer un traumatisme dont ils pourraient se sentir coupables, etc.

Rien avoir avec ces deux Irlandais à côté de leurs pompes chez qui les objectifs n’apparaissent pas aussi déterminants et qui semblent prendre tout à légère, y compris les conséquences de leurs actions.

Dirty Dancing

On retrouve en revanche le même côté ludique et esthétique de la violence, mais sans comprendre que chez les deux cinéastes phares des années 90, cette violence n’est qu’un vernis, voire une conséquence psychologique des traumatismes passés. Pas une finalité. Encore une fois parce que ce sont des romantiques, des sentimentaux. Leurs assassins sont en général blasés de ce qu’ils font ou ont déjà subis, et le déchaînement de violence qu’ils subissent ou déclenchent, on sent bien souvent qu’il s’agit pour eux de leurs dernières forces, de leurs dernières balles tirées, avant leur fin certaine. Et eux-mêmes en sont conscients, c’est parfois ce qui les rend aussi impassibles ou indifférents à la douleur (ou même à toute autre chose, sinon, ils ne seraient pas aussi obsessionnels dans leur parcours vers la résolution de leur objectif final). Parce qu’ils sont toujours acculés.

Rien de ça ici puisque les frères Irish décident après une vision nocturne de buter tous les méchants de la ville : crédibilité et adhésion à leur “quête”, zéro. L’origine de la quête ne sert ici que de prétexte à un déferlement de violence gratuite, procès qu’on a souvent fait à Tarantino et à John Woo en ignorant que dans leurs meilleurs films, si cette violence est chorégraphiée et désabusée, c’est bien parce qu’elle contient déjà en elle les tonalités tragiques du dénouement : si vous savez que vous allez mourir en accomplissant votre vengeance, il y a plus de chances que vous ne soyez plus tout à fait réceptif de la même façon aux objets et plaisirs du quotidien, et que vous accueilliez la mort elle-même avec indifférence. La légèreté chez Tarantino et Woo, c’est la nonchalance de celui qui se sait condamné et tient à partir en beauté.

Pour le reste, les séquences d’actions sont péniblement filmées, les acteurs ne font pas rêver, jouent sans retenue et excès comme dans un épisode de Benny Hill (aucun n’apparaîtra dans des grosses productions futures, un signe que le charisme gesticulateur ne paie pas, et on se console à peine avec la présence de Willem Dafoe). Chez Tarantino et chez John Woo, on ne gesticule pas, on danse.

 


 

Les Anges de Boston (The Boondock Saints), Troy Duffy 1999 | Franchise Pictures, Brood Syndicate, Fried Films


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