Notes de visionnage 2022 (2)

Juillet – Décembre 2022

 

 

Décembre 20222

Asako I & II, Ryusuke Hamaguchi (2018)

La passion des Français pour ce cinéma japonais plus proche du soap opera que du cinéma d’auteur m’étonnera toujours autant… Presque plus de notes sur SC que sur IMDb et dix fois plus que sur iCM, c’est dire si c’est un intérêt exclusif (quoique, à force de se faire mousser par la critique française, Hamaguchi semble avoir percé à l’international, on verra ça…).

On fait rarement de bons films avec des personnages exécrables. Ici, la jeune fille est une caricature de fille timide kawai adulée par tous les hommes n’appréciant jamais autant les femmes que quand elles sont fragiles et réservées ; le premier jules est un connard beau gosse sur qui on peut pas compter mais qui représente justement le modèle d’homme idéal pour les jeunes filles mièvres parce qu’il est insolent et irrespectueux ; le second a le physique de beau gosse du premier (et pour cause, une ficelle suremployée dans les mélos qui ne serait être crédible dans un film sérieux) mais représente l’autre face plus lumineuse des stéréotypes masculins nippons : le gendre idéal.

Le film ne manque pas par ailleurs de surfer sur nombre de clichés japonais pour éveiller l’intérêt des lecteurs de mangas habitués aux mêmes stéréotypes. Lecteurs nippophiles qui sont sans doute les mêmes qui apprécient ce genre de niaiserie. Les films français s’exporteraient sans doute mieux si les « auteurs » français prenaient soin un peu plus de mettre à l’honneur vins et champagnes ou sacs Vuiton dans leurs films…

Novembre 2022

Un merveilleux dimanche, Akira Kurosawa (1947)

Magnifique mélodrame populaire façon Frank Capra ou Tadashi Imai. De nombreuses longueurs profitables au récit : c’est tout un art de savoir être concis et quand il le faut jouer sur la pesanteur ou la répétition.

Mon voisin de salle, bien viril, s’agitait comme un rat de Schrödinger (à la fois vivant et mort), s’attendant sans doute à voir un film de samouraï. Jolie émotion à la fin quand l’actrice se tourne vers la caméra et appelle les spectateurs à applaudir les couples dans le besoin et que quelques mains timides mais bruyantes réveillent la salle.

Le Plus Dignement, Akira Kurosawa (1944)

Il y a film de propagande et il y a film de propagande. C’est assez amusant de voir comment certains cinéastes arrivent à détourner certains impératifs des films de commande pour en faire des films à valeur universelle. Inévitablement, certains détours narratifs poussent le bouchon de la dévotion patriotique un peu loin, mais si on arrive à mettre de côté ces aspects du film, on peut prendre plaisir à suivre ces histoires d’ouvrières dévouées. Propagande ou pas, le spectateur appréciera toujours de voir des personnages volontaires cherchant à dépasser leurs limites. C’est peut-être quand certaines de ces limites sont justement dépassées qu’on lève les sourcils, mais Kurosawa a très bien compris combien ce caractère décidé pouvait être cinématographique. À côté de cela, le discours antiaméricain est quasi absent, pas plus qu’on y trouve des personnages va t’en guerre ou haineux.

Tout cela ne serait pas possible sans des acteurs remarquables : Kurosawa leur donne l’espace et le temps nécessaire pour exprimer toutes les nuances et les subtilités de leur jeu, et il sait, lui, jouer d’ellipses et de concision pour faire avancer le récit quand il faut. J’aurais toujours du mal à ne pas apprécier un film laissant autant de place à de si remarquables acteurs…

Notes sur la rétrospective Hey Lamarr à la Cinémathèque : 

Rétrospective Hedy Lamarr archi-comble à la Cinémathèque pour chacun de ses films. Moyenne d’âge 70 ans. Toute la génération de Patrick Brion qui a manqué les diffusions à l’ORTF en 1958 est présente dans la salle.

Ce n’est pas qu’une moyenne. En tout et pour tout, sur une poignée de films, je n’ai vu qu’une dizaine de moins de trente ans dont des jeunettes venues spécifiquement, probablement, voir une comédie musicale.

Pas sûr que le nom d’Hedy Lamarr évoque quelque chose pour les nouvelles générations, ni même que le type de films proposés intéresse la jeunesse. Films noirs, d’espionnage, romances, ces films du Hollywood classics largement prisés par la génération des Cahiers du cinéma trouvent peu d’intérêt chez les plus jeunes.

Elles semblent se contenter déjà des « arbres-écrans » de cette époque comme Hitchcock, tandis qu’un autre « arbre-écran » du cinéma, mais cette fois japonais, Akira Kurosawa, devrait dans la rétrospective d’à côté rameuter sans doute plus de jeunes.

La Danseuse des Folies Ziegfeld, Robert Z. Leonard (1941)

Énième variation sur les déboires des artistes du music-hall estampillés Ziegfeld. La trame est toujours identique : on réunit une poignée de stars autour de personnages cherchant la gloire, on les met en conflit avec leur entourage, les offres du succès, etc. L’intérêt est souvent ailleurs : l’exécution et la qualité des numéros, le plaisir de suivre un rehearsal qui joue les montagnes russes et la diversité, une bonne musique, et surtout des dialogues qui font mouche. On n’y retrouve également quelques stars de la MGM : Judy Garland, Hedy Lamarr et Lana Turner, auxquelles vient s’ajouter James Stewart (qui n’est pas un produit du cru, mais qui sort d’Indiscrétions, comédie tout aussi typique de la MGM).

À l’image de Stage Door, le film comporte certains accents finaux dramatiques grâce aux écarts du personnage de Lana Turner pour qui cela semble être le premier grand rôle, et écarts qui annoncent un peu ceux toujours plus fantaisistes des années 60. Surtout, cette noirceur attachée à son personnage, c’est un peu la saveur noire de femme fatale qu’on lui connaîtra par la suite, mais au lieu d’être par la suite fatale aux hommes qui tombent sous son charme, c’est d’abord pour elle qu’elle est fatale. Pourtant tout est déjà là : Lana Turner commence le film en ingénue, tout à fait délicieuse, puis, comme c’est un peu la règle à l’âge du code Hays, l’alcool sert de catalyseur pour pervertir un peu plus les filles de mauvaise vie, et c’est là qu’on aperçoit les prémices des personnages de femmes froides qu’elle interprétera par la suite (dès Johnny, roi des gangsters, sorti la même année).

Des trois, c’est sans doute celle qui tire peut-être le plus la couverture à elle : Judy Garland est désormais une jeune adulte, le talent inouï de la star au chant fait plaisir à voir, mais son personnage reste comme toujours assez lisse. Quant à Hedy Lamarr, il suffit qu’elle parle avec les yeux, et son numéro n’a pas besoin de s’agrémenter d’autre chose, mais son personnage n’est pas aussi exploité que celui de Lana Turner.

Le Démon de la chair, Edgar G. Ulmer (1946)

Film pénible. Le personnage est tellement antipathique que c’en devient un supplice. Une sorte de mélange entre les personnages de Bette Davis, le personnage de Scarlett sans le charme et l’insouciance et celui de Jennifer Jones dans La Furie du désir. Voir une femme volontaire, ambitieuse, c’est bien, sauf qu’on n’est pas à l’époque de Baby Face, et que le code tire tellement sur la corde pour accabler le personnage qu’il en devient un psychopathe. Les femmes fatales s’en tirent toujours mieux quand on en fait des sphinx fantomatiques, c’est pourquoi les films noirs les utilisent si bien. Dès lors qu’on en fait des personnages principaux, ça ne marche plus.

Le récit souffre également d’une construction étrange. Les enjeux (manifestement l’ambition dévorante du personnage féminin) sont mal exposés parce que le personnage d’Hedy Lamarr ne se confie en réalité jamais à aucun des hommes qu’elle séduit : ce n’est pas au moment des dénouements ou des révélations ponctuelles ou des conflits qu’on doit lâcher ces informations. Et les hommes, ou proies de cette psychopathe se succèdent les uns après les autres ce qui n’aide pas au récit de trouver une cohérence. C’est original, une sorte d’amorce de Dix Petits Nègres avec moitié moins d’amants. L’impression surtout de voir un long essentiellement misogyne en fait, avec en filigrane le message suivant : « demoiselles, voilà le type de femme que vous ne devez surtout pas devenir. » Ce n’est pas le tout de donner des premiers rôles à des femmes, encore faut-il y présenter une image positive de la femme. Ici, on serait plutôt dans le cliché du personnage féminin calculateur, matérialiste, et forcément réservé à des femmes issues de milieu populaire et élevées par des pères alcooliques… On pourrait comparer le personnage à celui de La Femme de Seisaku. On reproche à l’une sa grande beauté et on la suspecte des intentions portés par le personnage de l’autre film… On comprend facilement dans le film japonais le sens tragique d’être accusée par une population jalouse, et dans l’autre, la facilité de pointer du doigt un type de femme que personne n’accuse (les saints sont aveugles, les hommes toujours victimes) quand tout les accable. La différence entre la tragédie et le mélodrame (frôlant le grand-guignol, même si on fait au moins l’économie du mauvais goût — quoique, la fin inéluctable du personnage malfaisant n’est pas loin d’être ridicule).

Les Conspirateurs, Jean Negulesco (1944)

Adapté d’un roman d’espionnage, le scénario tient la route. Et avec lui toute la production, Negulesco compris. Manque peut-être l’audace, le style, la folie ou la fantaisie qui auraient permis aux films de se démarquer des autres. Une fin plus réussie aussi (le climax à suspense est très bon, mais on y ajoute une séquence de fuite où on abat traditionnellement le méchant comme dans tout bon film du code qui se respecte, parfaitement inutile ou mal menée, car on se rapproche alors plus du film noir lugubre, une tonalité que le film ne connaissait pas alors — on était plutôt sur des tonalités propres au thriller d’espionnage) et des dialogues plus percutants.

À ce niveau, le choix des acteurs joue beaucoup. Hedy Lamarr, en petite française sortie de Dachau au bras d’un nazi, est parfaite, mais ce serait en oublier presque qu’elle ne tient qu’un rôle d’appoint : à se demander si Hitchcock n’avait pas compris que pour faire un bon film d’espionnage, il fallait que ce soit avant tout une sorte de comédie du remariage permanente, et ainsi s’assurer qu’homme et femme aient un rôle égal. Hedy Lamarr se contente d’être une sorte de femme fatale un peu molle, un prix que le héros convoite…

Parce que si à côté d’elle, les seconds rôles sont fabuleux (Peter Lorre, Joseph Calleia, Sydney Greenstreet et tous les autres) l’acteur principal, Paul Henreid, est plutôt quelconque : bon acteur, de la présence, de la tenue, mais cette audace, ce style, cette folie, ou cette fantaisie dont je parlais plus tôt, c’est à l’acteur principal de l’apporter, surtout quand les dialogues sont fades. Errol Flynn aurait par exemple apporté beaucoup à ce personnage un peu trop lisse.

On remarquera surtout, c’est ma tendance actuelle, les superbes tenues portées par Hedy Lamarr. À chaque apparition, un nouveau chapeau, une nouvelle robe : pas de grande excentricité, mais toujours beaucoup de créativité dans les formes, et des textures drôle manque classes…

Bacurau, Juliano Dornelles et Kleber Mendonça Filho (2017)

Western futuriste avec des accents dystopiques qui s’affirment petit à petit au fil du récit. Pas sûr d’avoir compris le sens de l’allégorie : une petite ville perdue au cœur du Brésil, habitée par une communauté débrouillarde et nourrie à l’acide, vendue à une bande de touristes américains par le maire corrompu de la ville afin d’y venir faire un carnage… Ambiance Westworld, les politiques brésiliens qui vendent le saint Brésil au mal américain.

C’est plutôt bien construit, on apprend tout ça au fil de l’eau, mais c’est assez stupide. D’autant plus que si le message c’est que le Brésil est colonisée par l’Amérique, le film en montre un bon exemple est en lui-même une sorte de sous produits obéissants à tous les codes des films de genre… américains. Ç’aurait sans doute été plus efficace en ne donnant pas de nationalité aux touristes… Pourquoi les films stupides ont-ils toujours besoin de s’encombrer d’un message ? Tu aimes les films de genre, fais un film de genre. Vite vu, vite oublié.

Octobre 2022

La circoncision, Arte (2022)

Arte toujours fâchée avec la science en faisant passer la question de la circoncision pour une question d’opinion.

On prétend que la pratique pose plus de problèmes que de bénéfices (à en croire le doc, il n’y en aurait aucun). Et on ne sait rien finalement de ce qu’en dit la science aujourd’hui. Tout acte médical pose potentiellement un risque. Alors je veux bien qu’en prophylaxie ou que pour des raisons religieuses, c’est peut-être superflu et le risque de se créer plus de problèmes, mais c’est quand l’acte est pratiqué pour raison médicale que le doc pose problème, car il prétend que là encore, ça ne sert à rien… Aucune source, aucune donnée. Et un peu comme quand on tire sur BigPharma, on tire gratuitement sur l’OMS qui selon le doc promeut la pratique dans le monde. Ben, désolé, Arte, mais entre un doc orienté qui affirme sans preuve, et l’OMS, j’ai plus confiance à cette dernière pour adopter des mesures qui vont dans le sens de la science et des patients.

Accessoirement, si un gland exposé est moins protégé et donc moins sensible, ça signifie aussi du plaisir plus longtemps. La moyenne d’un acte sexuel en France, c’est cinq minutes. Avec vos prépuces, les mecs, vous êtes des champions. Vous arrivez à faire quoi en cinq minutes ? Et on arrivera pas à me faire croire qu’un machin caché dans une poche à microbe sorti tous les quatre printemps, c’est propre. Opinion contre opinion. Faute de mieux. C’est mieux l’ignorance, merci Arte.

Trás-os-Montes, Margarida Cordeiro & António Reis (1976)

Mélange étrange mais assez réussi entre Tarkovski et Ermanno Olmi. Un récit complètement éclaté, voire pas de récit du tout (ou déconstruit, comme chez Ruiz, comment quand les gosses voyagent à travers le temps et l’espace), on serait plutôt dans une carte postale, poétique, historique et ethnologique d’un village rural du nord-est du Portugal déserté par ses travailleurs. Beaucoup d’images frappantes, comme chez Tarkovski, un usage à deux mains de la partition visuelle et de la partition sonore qui ne s’accordent pas toujours, l’un précédent l’autre pour nous mettre en appétit, l’autre racontant une autre histoire toute différente de l’autre piste. Et comme chez, ce temps pesant autour des petits riens ou au contraire autour des événements sociaux du village. C’est peut-être ce dernier aspect qui personnellement m’ennuie plus que le reste, mais c’est globalement assez hypnotique.

Le Daim, Quentin Dupieux (2019)

commentaire :

Des vaccins et des hommes, Anne Georget (2022)

Un documentaire qui est un bel exemple d’un des discours complotistes les plus répandus : « Je ne fais que poser des questions, je lance le débat ». Et pour ce faire, le documentaire colle une suite d’interrogations scientifiques peut-être légitimes prises individuellement, portées pas forcément par des antivax, mais qui, collées l’une à la suite des autres, forment un propos très clair visant à instiller le doute dans la tête du spectateur sur la nécessité de la vaccination générale.

On ne saura jamais des différentes questions immunologiques qui restent éventuellement ouvertes dans la communauté scientifique, rien des consensus, notamment sur la question de la balance bénéfice / risques, et donc sur l’état de la connaissance dans le domaine.

« On ne fait que poser des questions. » Typique.

En journalisme scientifique, on fait état de la connaissance et des enjeux. On ne polarise pas artificiellement un « débat » en instillant le doute chez des béotiens.

Télérama qui dit du bien de Des vaccins et des hommes.

Les intellectuels de gauche qui continuent le confusionnisme et n’en finissent pas de s’éloigner de la rationalité et de l’intérêt commun.

Chaque jour ce monde devient un peu plus exaspérant.

Et la complosphère qui se régale.

Hé, Arte, et les autres créateurs de continu « qui se posent de question », si la communauté scientifique roule des yeux et que les antivax sont satisfaits de votre doc, c’est signe que c’est de la merde. La mésinformation tue, bordel.

(Reprise de notes twitter.)

septembre 2022

Marguerite, (2015)

Décidément, il semblerait que Giannoli soit ce que se fait de mieux dans le pays… selon mes critères, forcément, bien personnels. À l’origine semble faire partie de mes films français préférés alors même que j’en ai aucun souvenir (on ne se refait pas), et Illusions perdues se défendait pas mal. On va réhabiliter la politique des auteurs si ça continue. Comme bien souvent avec moi, ça passe par le sujet, la mise en forme et les acteurs. Sujet en or, on aurait pu se garder l’usage du panneau explicatif du début, ç’aurait été tout aussi bien. Et un sujet qui permet de travailler l’aspect visuel sans en faire trop comme dans Illusions perdues. Mise en scène parfaite, peut-être un rythme qui manque d’allant. Quoique. Quant aux acteurs, en dehors peut-être de la jeunette avec son phrasé un peu saccadé qui sent bon l’acteur qui veut forcer la spontanéité (alors que comme chez les chanteurs, la décontraction, c’est la clé de tout), distribution homogène et remarquable. On ne peut évidemment pas imaginer quelqu’un d’autre pour le rôle que Catherine Frot. En France, quand on donne des rôles qui leur correspondent à d’excellents acteurs, comme par hasard, ça fait de bons films.

Solo, Jean-Pierre Mocky (1970)

Le goût toujours prononcé des Français pour l’amateurisme et les belles gueules. Parce que c’est fou à quel point c’est mauvais. On n’est même pas dans le nanar, il n’y a rien qui va. Scénario complètement pété, mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est la mise en scène complètement à l’ouest de Mocky. A se demander même parfois s’il y avait une scripte girl : n’avoir aucun sens de la direction d’acteurs ou du montage, c’est une chose, mais les incohérences, ça fait tomber le film bien dans la série Z. Seul point positif, c’est la gueule de Mocky. Beau comme un dieu, l’élégance des cons et qui plaît tant aux filles. La vulgarité et le sexisme passent assez mal à notre époque. On sent poindre les libertés des années 70, dont la liberté des futurs gros cons pour qui un personnage masculin se conjugue forcément avec un flingue, et un autre féminin, à des seins à l’air. Il serait peut-être temps de proposer d’autres types d’histoires et montrer d’autres types de relations… Même les films noirs ont les femmes fatales pour contrebalancer le machiste des hommes…

Tout est pardonné, Mia Hanse-Love (2007)

Les dommages collatéraux des bourgeois quand on leur ouvre en grand les portes du cinéma. Des actrices au minois photogénique sont castées dans la rue, on leur fait croire qu’elles ont du talent, la critique parisienne se masturbe sur le film parce qu’ils dînent une fois ou deux chez des amis, des amants, des dealers qui apparaissent au générique, et des gamines de quinze ans décident ainsi du jour au lendemain de devenir actrices. Avec les conséquences prévisibles similaires à un trisomique à qui on promet les podiums de mode. Voilà comment on paupérise des acteurs. Les premières années, encore, ça ne va pas si mal, on continue d’être invitées dans les cocktails en ville, mais on se rend compte aussi beaucoup plus qu’on est une proie pour les prédateurs sexuels du milieu qui font jamais un film, et puis, plus ça va, plus on vous oublie. Vous vieillissez, alors vous tentez le théâtre, on vous rit au nez parce que votre voix ne porte pas à plus d’un mètre. Vous revenez au cinéma, vous faites jouer votre carnet d’adresses, mais voilà, personne n’ose vous dire que si vous aviez décoché un premier rôle, c’est grâce à votre visage poupon et vos grands yeux de dessin animé. On ne vous le dit pas tant qu’on espère tirer encore avantage de vous. Vous tâtez un peu de courts, de téléfilms, essentiellement parce que d’autres fils à papa ont été très impressionnés par vos beaux yeux quand vous étiez à peine pubère, et parce que les filsdeux, ça préfère faire tourner les relations plutôt que le talent. Ben, parce que le talent, on n’en a jamais vu la couleur, on ne sait pas à quoi ça ressemble. Alors on s’invente de jolies histoires de casting, à la Béatrice Dalle. Parce qu’on ne sait pas quoi inventer d’autres. Les belles histoires en marge. L’imprévu pas du tout prévisible. Guidé par ceux qui osent (la chance sourit aux audacieux, mais « c’est aussi à ça qu’on les reconnaît »). Et voilà comment tout ce petit monde sans talent se retrouve à faire des films, à trente ou quarante ans totalement paupérisés dans un milieu de filsdeux auprès de lesquels on vient guetter les miettes pour retrouver du travail. Honore toujours la main qui te nourrit. Le mérite, le talent, qu’on nous dit. Non, la bourgeoisie parisienne. Filsdeux et critiques, main dans la main pour produire un cinéma de la nouvelle qualité française, un cinéma de cour et de courtisans où plus personne ne sait ce qu’est un film, un acteur. Et en plus des spectateurs obligés de se taper des films scolaires aussi inoffensifs qu’un verre d’eau, où chaque prise semble être un exercice de cours de théâtre en entreprise, c’est surtout bien triste pour ces actrices qui n’ont pas une once de talent et qui malgré cela ont dédié leur vie à la comédie…

Ah, et pour être plus précis, pour donner une idée de comment se monte une distribution dans un film de la bourgeoisie parisienne, le mieux s’est encore d’écouter ce qu’ils en disent eux-mêmes. J’ai vu le film dans le cadre d’une rétro de la réalisatrice à la Cinémathèque française. Le directeur est là, mais sur la passerelle, il ne ferait pas ça pour un cinéaste de bien meilleur standing, et il laisse le soin à un autre de présenter la réalisatrice et les acteurs présents. Chacun nous dit à tour de rôle comment il a été choisi pour faire le film. La même constance. L’actrice principale a été repérée dans la rue. L’acteur qui joue le père est le fils de l’acteur réalisateur Gérard Blain (ah, tiens, un filsde), et la réalisatrice l’a rencontré lors d’une projection d’un film du père au Champo (cinéma d’art et d’essai parisien), le « fils de » étant par ailleurs ami avec le petit ami de la réalisatrice (envoi du scénario un mois plus tard ; casté ? des essais ? pourquoi faire ?). La petite qui joue le rôle du personnage principal à six ans…, ben c’est la sœur de la première. Du propre aveu de la réalisatrice, elles ont un caractère opposé, et ça se voit forcément à l’écran. La cohérence ? Pour quoi faire ? L’histoire est trop belle. Une actrice qui a un petit rôle, et qui peut-être s’en tire le mieux avec le peu qu’elle a à faire dans le film : castée d’abord à partir de photos envoyées alors qu’elle suit des cours à un conservatoire d’arrondissement (pour les curieux, c’est comme un club théâtre), donc c’est bien, elle ne sort pas de nulle part. Petit indice de l’actrice : elle a eu le père de la réalisatrice comme prof de philo. Encore une belle histoire, une histoire de relations. Les provinciaux, c’est même pas la peine de tenter votre chance à Paris. Ou tâchez de bien soigner votre carnet d’adresses dès votre arrivée, le talent ne vous servira à rien. (Remarquez que ça marche aussi bien pour les acteurs, les réalisateurs ou… les critiques. La réalisatrice ayant paraît-il travaillé aux Cahiers du cinéma lors de sa relation avec Olivier Assayas. Assayas étant par ailleurs, membre du bureau à la Cinémathèque. Pas le bras long, pas de rétrospective pour fêter vos vingt ans de carrière. C’est bête, les Fillon auraient dû faire du cinéma plutôt que de la politique.)

L’Aveu, Douglas Sirk (1944)

commentaire : 

Everything Everywhere All at Once, les Daniels (2022)

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La Neuvième Symphonie, Douglas Sirk (1936)

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Chronique d’une liaison passagère, Emmanuel Mouret (2022)

commentaire :

Okaeri, Makoto Shinozaki (1995)

Drame minimaliste, d’abord sur l’incommunicabilité, la solitude, puis le film prennent un tour plus mélodramatique tout en se départant jamais de sa lenteur étrange. On sent que quelque chose ne tourne pas rond, ça entretient le mystère, puis la femme (il n’y a que deux personnages principaux, et le reste de la distribution est très limité dont une apparition de Tomio Aoki, l’un des gosses de la Shochiku qui connut le début du parlant avec Ozu et Naruse et plus tard quelques grands films des années 50) commence à avoir un discours incohérent et paranoïaque. On ne tombe alors pas vraiment dans une sorte de Love Story pour schizophrène, sobriété oblige, mais le film n’en est pas moins éprouvant émotionnellement parlant. Le film garde son mystère avec lui. Je ne suis pas sûr que la schizophrénie soit fidèlement rendu, mais la voir à travers le prisme de l’incommunicabilité et de la sobriété sèche, presque froide, clinique (à la Haneke, mais les deux personnages principaux ici restent malgré tout émouvant, car leur incommunicabilité n’est pas un désintérêt de l’autre, pas une forme de monstruosité), est une bonne idée, sans doute plus respectueuse que n’importe quelle autre forme de film qui aurait multiplié les éclats et les péripéties pour illustrer les différentes étapes de la maladie et de son traitement.

août 2022

 
Les femmes naissent deux fois, Yûzô Kawashima (1961)

commentaire :

Making a Murderer, série Netflix 2015

commentaire : 

Dix-Sept Moments de printemps, Tatyana Lioznova, Yulian Semyonov (1973)

Série soviétique d’espionnage d’une redoutable efficacité. Mais le plus épatant pour moi, c’est sans aucun doute la ribambelle d’acteurs épatants qui parsèment la série, de l’acteur principal époustouflant d’autorité, de simplicité, d’humanité et de mélancolie, jusqu’aux rôles parfois très secondaires, en passant par tous les seconds rôles récurrents. Tous montrent une précision et une justesse dans le jeu redoutables, mais pas si étonnant pour une distribution russe. Avoir côtoyé une dizaine d’heures ces acteurs m’a incité à créer un exercice de théâtre… (Je vais me recycler dans des cours de comédie en ligne, sans élèves, et incompréhensibles.)

Nul doute que la série ait inspiré quelques vocations…

The Haunting of Hill House, série 2018

On comprend aisément ce qui a pu plaire à Mike Flanagan dans cette histoire… Le bonhomme semble obnubilé par Shining… Beaucoup d’éléments similaires ici, étonné de ne pas voir de référence à la hache… Début un peu poussif donc, puis le puzzle temporel qui se met en place dans la seconde moitié de la mini-série (ou devrait-on dire, « confetti temporel ») est efficace. Il y a comme une certaine fascination à voir les morceaux s’agencer un à un. Il faut aussi reconnaître au dernier épisode notamment une certaine qualité… littéraire (oui, oui) dans les dialogues, très probablement des emprunts directs au roman initial. Joli épisode 6 également dans lequel l’emploi de miettes de plans-séquences permet de s’échapper le temps d’un épisode du ronron pénible et habituel des mises en scène léchées. Voir comme jamais les acteurs en pied, se perdre dans des détails du décor, profiter de la continuité et du souffle donnés seuls par les acteurs, ça fait du bien. Parfois. Sans compter que Flanagan n’en fait pas pour autant un exercice de style tape-à-l’œil. Vu la spécificité de l’épisode, c’était parfaitement justifié (dans un ou deux épisodes précédents, le recours un peu trop systématique aux raccords entre séquences tournait là au contraire à l’exercice de style un peu vain). Bon, sinon, les flics, ils n’ont pas eu l’idée de l’ouvrir cette satanée chambre rouge après le suicide de la mère ? La dame se jette du haut de l’escalier donnant accès à cette pièce, mais personne n’aura l’idée d’y jeter un coup d’œil ? (Mince, je viens de faire appel à la police et ç’a mis un grand coup de pied dans le joli tas reconstitué de confetti. Principe hitchcockien qui vaut donc à la fois pour les thrillers et les films d’horreur : ne jamais faire appel à la police.)

Un jour en septembre 1999

Rarement vu un film documentaire adopter autant d’effets de mise en scène habituellement restreints aux films de fiction ou aux pires documentaires de télévision américaine du dimanche de fin des années 90, et cela alors même qu’il s’agit d’un film produit par la BBC. Le manque de distance avec un sujet aussi difficile donne assez à vomir : musique accentuant à chaque seconde les différentes étapes de la tragédie de Munich, mise en parallèle d’une hypocrisie sans nom avec la logique des jeux et du village olympique qui continuent presque comme si de rien était (hé mec, tu es en train d’injecter des éléments de divertissement lourdingues et sans retenue concernant un drame réel et tu t’amuses du manque de compassion des témoins directs de la tragédie ?), reconstitutions un peu zarbes (Depardon est cité au générique, je suppose qu’il a fourni certaines images de contextualisation…), témoignage racoleur d’un des terroristes, choix des rushs envers les Allemands pas forcément à leur avantage (certains rient, et impossible bien sûr de savoir si c’est en cohérence avec l’ensemble de leur témoignage), extraits de télévision US (sans doute parce que les moments les plus racoleurs de tous les extraits disponibles), et images des victimes baignant dans des mares de sang. C’est quel niveau d’indécence, sérieux. Et on n’oublie pas le glamour aussi puisqu’il s’agit plus d’un film de fiction qu’un documentaire informatif et froid sur un sujet qui en aurait pourtant bien eu besoin : la voix d’une star en arrière-plan et une ponctuation musicale rock… de Led Zeppelin. Mais WTF quoi.

 

juillet 2022

 
Lucia et le sexe, Julio Medem (2001)

commentaire :

Les Frissons de l’angoisse (1975) & Ténèbres (1982), Dario Argento

Vu les deux films à la suite dans une programmation assez bien vue par la Cinémathèque : on y retrouve la même actrice et les deux films étant des whodunits où on se questionne plus ou moins sur sa culpabilité, ils se répondent pas mal. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas vu un Argento, et j’ai été épouvanté par la médiocrité de sa mise en scène. Des lenteurs ridicules alors que parfois on ne sait même pas où veut nous mener la situation, des séquences stéréotypées qu’il est incapable de mettre en scène correctement (merci à la musique de meubler pendant les longs travellings à la grue), direction d’acteurs digne d’une série z (le pire étant peut-être les flics dans Ténèbres, j’ai bouffé quand le flic a sorti son flingue comme un enfant depuis l’appartement pour courir après un suspect situé… dans la rue). C’est parfois tellement ridicule qu’on se demande si on n’est pas dans une parodie (la poursuite avec le chien est assez gratinée par exemple).

En plus de ça, c’est sévèrement sexiste. Je viens bien croire que c’est l’époque qui veut ça ou qu’un thriller ce doit d’être sexiste pour bien mettre en lumière les fragilités des victimes…, mais ça devient un peu embarrassant quand toutes les femmes ou victimes ont le même profil (des grandes tiges aux seins pointus). Je ne suis pas trop adepte du male gaze, mais là il faut bien reconnaître qu’on est dans l’épandage de fantasmes obscènes typiquement masculins. Il y a un concours pour trouver la seule actrice du film qui porte un soutien-gorge ? On remarque aussi le sans-Peter-Neal double twist final censé estomaquer le spectateur quand on ne fait que plonger un peu plus dans le ridicule… (comme toujours, quand on s’ennuie, on trouve des jeux de mots stupides). Le seul élément des films qui sauvent tout le reste, c’est la musique.

Obi-Wan Kenobi, série Disney (2022)

Était-ce bien nécessaire… Des moyens disproportionnés pour une série (en comparaison du Mandovaurien par exemple), à la hauteur des ambitions de la série qui cherche un peu trop peut-être à s’insérer entre les interstices des épisodes des films de la saga : comment croire qu’autant de péripéties aient pu advenir entre des personnages attelés à se retrouver quelques années plus tard… Passe celles concernant Obi-Wan et les deux petiots, mais celles avec Dark Vador, les troupes de l’empire et une série de méchants à se farcir dont on sait parfaitement que les héros sortiront indemnes, c’est un peu fort de café. Justement parce qu’avant l’épisode quatre, il n’était pas censé s’être passé grand-chose dans la vie de ces personnages (sans compter que multiplier encore une fois les péripéties et s’en sortir à chaque fois en évitant de peu la mort ou passant pour mort, à la longue on finit par ne plus y croire).

Pourtant, le gros talon d’Achille de la série, est sans doute d’ailleurs avec une écriture, il faut bien avouer, totalement à côté de la plaque en multipliant les invraisemblances. C’était si compliqué que ça de faire une série où on ne quittait pas Tatouine et où Obi-Wan se contentait de lire la bonne aventure aux habitants ?… Seule éclaircie dans ce grand n’importe quoi : l’actrice qui joue Leïa. On peine même à croire qu’elle ait dix ans (ça compense un peu le reste de la distribution catastrophique, notamment avec la fille qui joue la grande inquisitrice). Ils feraient mieux de mettre moins d’argent dans les effets spéciaux à Disney et plus dans des petites histoires sans prétention qui serviraient surtout à développer le personnage de Ben. Les séries devraient être aussi l’occasion de faire ça, si c’est pour faire comme au cinéma, quel intérêt sinon d’empiéter sur l’univers déjà établi. Et ça, ça devrait être rangé du côté obscur de la Force.

The Boys, série Amazone (1999)

commentaire : 

L’assassin s’était trompé, Lewis Gilbert (1956)

Et si le propre du British noir, c’était ce qu’il y a de plus caractéristique dans l’esprit britannique… : l’humour ? Je le disais déjà à l’occasion du Troisième Hommeou à l’évocation d’un film comme Fallen Idol, les Britanniques sont tellement tordus et vicieux qu’ils ne peuvent traiter de sujets sordides sans y mêler un peu d’humour (du moins, quand c’est bien fait). Ce rôle ici n’est pas dévolu, on s’en doute, à Dick Bogarde (j’adore le bonhomme, mais ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler un acteur de fantaisie), mais principalement à Margaret Lockwood qui dispose ici d’un rôle en or (toutes les répliques qui font mouche sont pour elle). Les femmes d’ailleurs ont le beau rôle dans le film, puisque même si elles sont la proie de ce coureur de dot, ce sont elles qui paradoxalement mènent souvent les débats (le titre français n’est pas si mal trouvé, tant le personnage de Dick Bogarde, malgré son sens de la préparation, semble en permanence être dépassé par les événements, et en particulier dans ses face-à-face avec les femmes à forte tête qui l’accompagnent).

Pour en revenir à ce que je disais dans Opération Scotland Yard, sorte de variation ici du whodunit avec une révélation « inattendue » dans le dernier acte (la victime qui se révèle être un chasseur), le scénario prépare idéalement le spectateur pour qu’il s’imagine avoir compris avant tout le monde. Mais au contraire d’un whodunit où il est entendu qu’au moins un des suspects présentés sera le coupable, surligner, et suggérer l’identité d’une personne avant que celle-ci soit révélée, cela procède à un principe parfaitement contraire, celui du suspense… Le spectateur, quand il a compris, ou quand il se doute de l’identité du personnage, garde ça soigneusement en permanence dans un coin de sa tête et n’est pas diverti par diverses fausses pistes qui lui paraîtront fades quand il reverra le film dans une salle ou dans sa tête. L’astuce en plus du scénario ici étant que le personnage de Bogarde ne s’y est pas fait non plus prendre et l’attendait… au tournant.

Les Trafiquants du Dunbar, Basil Dearden (1951)

Plus réussi que le film précédent. On se rapproche déjà de l’atmosphère des films noirs parfaitement adaptés ici au style marin britannique (bateaux arrimés aux quais, ruelles pavées et humides, fog londonien, bars ou auberges mal famées, etc.). Beaucoup de petits récits en parallèle, aucune star, et aucun personnage principal, c’est la force du film. Un marin est habitué aux petits trafics en faisant passer des objets de contrebande sous le nez de la douane, et se retrouve malgré lui associé à de plus gros poissons que lui. Après y avoir mêlé son meilleur ami et découvert de quoi il s’agissait, il tente sur le tard de rattraper ses erreurs… La gageure éternelle quand on met en scène des petits malfrats, c’est de les rendre sympathiques. Pari réussi ici, pourtant ce marin accumule pas mal d’actions moralement répréhensibles ; comme quoi, la personnalité joue beaucoup quand on en vient à juger quelqu’un, difficile de ne le juger qu’à travers ses actions. L’histoire d’amour naissante entre la petite blonde et le bon noir est aussi attachante : deux perles tout simplement, et même si les perles se font rarement remarquer pour leur originalité, on aime les contempler, c’est ainsi qu’on est capable de s’émerveiller devant la moins originale des actions, mais aussi la plus ancienne : la rencontre amoureuse. L’originalité est d’ailleurs, puisque pour une fois ce n’est pas la police menant l’enquête qui résout l’affaire et arrête les méchants (même si elle arrête les principaux), mais notre marin qui se rend de lui-même (ne me remercie pas pour le spoil).

Opération Scotland Yard, Basil Dearden (1959)

Présenté dans le cadre de la rétrospective british noir de la cinémathèque, il s’agit plutôt d’un classique whodunit sans caractère avec comme seule particularité peut-être celle de traiter le sujet du racisme à la fin des années cinquante en Angleterre. On n’y retrouve d’ailleurs la même astuce à peine crédible que dans Mirage de la vie ou dans La Faille (possible que j’ai la mémoire qui flanche). Bref, l’occasion de dire à quel point j’ai assez peu d’intérêt pour le genre. Les énigmes, c’est bien gentil, sauf à la fin. Quant au principe de devoir jouer les apprentis devins ou inspecteurs en levant le petit doigt pendant le film afin de désigner le coupable, je trouve ça particulièrement stupide comme petit jeu. Le spectateur est censé suivre le déroulement de l’enquête en même temps que le détective, parfois avec des séquences supplémentaires censées soit nous mètre sur de fausses listes, soit nous éclairer sur le véritable coupable… Je ne crois pas une seconde qu’on puisse rationnellement deviner la résolution de l’histoire avant le détective et avant la fin : tous ceux qui prétendent le contraire sont des imbéciles faisant confiance à leur instinct ou à leur déduction quand ils viennent juste de gagner une manche de bonneteau. Cela amuse donc peut-être certains à jouer les détectives pendant un film et à « trouver » le coupable, moi je n’y vois strictement aucun intérêt. Que ce soit chez Agatha Christie ou chez Conan Doyle, il me semble que l’intérêt est le plus souvent ailleurs. C’est un peu le cas ici, mais pas suffisamment (les répliques liées aux sujets antiracistes du film sont les bienvenues, mais disons que ça ne peut être qu’un angle accessoire rendant un film encore meilleur quand il est bon). Ce qu’avaient les films noirs en plus par rapport à cette veine des récits policiers britanniques, c’est que leurs détectives sont toujours un peu coupables à leur manière, de parfait antihéros.

Un Président, l’Europe et la guerre, France Télévisions (2022)

À la limite parfois de l’hagiographie, on imagine mal le président et son équipe accepter la présence ainsi de journalistes dans les coulisses du pouvoir sans exiger le contrôle total sur ce qui apparaîtra au montage final. Ce qu’on fait alors passer pour une exigence de sécurité nationale ne serait alors en fait qu’une exigence de communication personnelle. Le tout c’est d’en être conscient. Et pour ce que l’on peut juger, et au-delà du profond irrespect que je peux avoir pour le personnage, il faut reconnaître qu’à l’international, au sens diplomatique j’entends (car pour ce qui est du soutien effectif militaire et logistique de l’Ukraine, j’ai comme un doute), il fait le job. Du moins il le fait, dans les limites très restreintes de ce qu’on a accepté de nous montrer, soit. Beaucoup de petites séquences pour nous montrer que c’est le président qui mène le jeu, je veux bien le croire, mais c’est essentiellement du cirque et de la communication. Pour le reste, je reconnais à ce traître professionnel certains choix pourtant discutés qui me semblent être les bons : continuer à discuter avec poutine, cela me semble être essentiel, surtout si la France est le dernier en Occident à faire ce choix (ne serait-ce que psychologique, ce lien est indispensable pour que le psychopathe d’en face ne s’autorise pas encore plus d’excès) ; même chose pour la volonté affichée de Macron de ne pas « humilier » la Russie, il s’en est expliqué, et au pire on peut imaginer une faute de communication car sortie de son contexte et de sa logique, la phrase perd tout son sens, mais aussi parce que ce n’est pas vraiment le moment de parler de la fin de la guerre après à peine 100 jours de conflit… Son équipe diplomatique est loin d’être des branquignols, et sans doute que ça joue aussi sur beaucoup de décisions : la question n’est pas de savoir si la France a été prise par surprise par la guerre, mais en effet si elle a tout fait pour l’empêcher (et franchement, je veux bien mettre ça au crédit du président et de son équipe, même si c’est un échec), la question c’est la posture adoptée par la suite, et on se souvient notamment de la posture belliqueuse et immature de Bruno Lemaire heureusement vite recadré dans l’exécutif… La diplomatie c’est une chose, les actes c’en est une autre : j’ose espérer, mais je suis loin d’en avoir la certitude, que la France fait tout son possible, et dans ses limites, pour apporter son soutien militaire à l’Ukraine (cent par conséquent en faire la publicité).

 

Pique-Nique en pyjama, Stanley Donen (1957)

Quel dommage de voir Doris Day si mal entourée… Ça ne devrait pas être permis de disposer d’un tel bellâtre sans charme dans un rôle principal. Manque singulièrement de fantaisie, de malice et de simplicité ce bonhomme (des types qui se prennent au sérieux, dans une comédie musicale encore plus qu’ailleurs, le spectateur ne peut pas les piffrer). L’amourette est donc ce qui plombe le plus le film, mais l’univers proposé, je dois l’avouer, n’est pas beaucoup plus alléchant. On notera toutefois quelques numéros dansés (chorégraphiés par Bob Fosse) de haute qualité : celui notamment où les deux amoureux proposent une sorte de parodie des chants et danses folkloriques du Far-West. Le plus remarquable dans ces numéros étant ceux proposés par Carol Haney dans un style loufoque et acrobatique très « années 30 » : une précision remarquable, grande inventivité, incroyable précision dans ses gestes, et pour le coup une fantaisie bien présente avec des mimiques à la Pépé le putois de Tex Avery. Des excès toonesques parfait pour la scène de Broadway mais malheureusement pas du tout adaptés pour le cinéma (elle est impressionnante dans ses numéros dansés, et insupportable dans ses passages « comiques » : à moins de s’appeler James Carey, le jeu tex avery est loin d’être conseillé au cinéma…).