Notes de visionnage 2022 (2)

Juillet – Décembre 2022

août 2022

 
The Haunting of Hill House, série 2018

On comprend aisément ce qui a pu plaire à Mike Flanagan dans cette histoire… Le bonhomme semble obnubilé par Shining… Beaucoup d’éléments similaires ici, étonné de ne pas voir de référence à la hache… Début un peu poussif donc, puis le puzzle temporel qui se met en place dans le seconde moitié de la mini-série (ou devrait-on dire, « confetti temporel ») est très efficace. Y a comme une certaine fascination à voir les morceaux s’agencer un à un. Il faut aussi reconnaître au dernier épisode notamment une certaine qualité… littéraire (oui, oui) dans les dialogues, très probablement des emprunts directs au roman initial. Joli épisode 6 également dans lequel l’emploi de miettes de plans-séquences permet de s’échapper le temps d’un épisode du ronron pénible et habituel des mises en scène très léchés. Voir comme jamais les acteurs en pied, se perdre dans des détails du décor, profiter de la continuité et du souffle donnés seuls par les acteurs, ça fait du bien. Parfois. Sans compter que Flanagan n’en fait pas pour autant un exercice de style tape-à-l’œil. Vu la spécificité de l’épisode, c’était parfaitement justifié (dans un ou deux épisodes précédents, le recours un peu trop systématique aux raccords entre séquences tournait là au contraire à l’exercice de style un peu vain). Bon, sinon, les flics, ils n’ont pas eu l’idée de l’ouvrir cette satanée chambre rouge après le suicide de la mère ? La dame se jette du haut de l’escalier donnant accès à cette pièce, mais personne n’aura l’idée d’y jeter un coup d’œil ? (Mince, je viens de faire appel à la police et ç’a mis un grand coup de pied dans le joli tas reconstitué de confetti. Principe hitchcockien qui vaut donc à la fois pour les thrillers et les films d’horreur : ne jamais faire appel à la police.)

Un jour en septembre 1999

Rarement vu un film documentaire adopter autant d’effets de mise en scène habituellement restreints aux films de fiction ou aux pires documentaires de télévision américaine du dimanche de fin des années 90, et cela alors même qu’il s’agit d’un film produit par la BBC. Le manque de distance avec un sujet aussi difficile donne assez à vomir : musique accentuant à chaque seconde les différentes étapes de la tragédie de Munich, mise en parallèle d’une hypocrisie sans nom avec la logique des jeux et du village olympique qui continuent presque comme si de rien était (hé mec, t’es en train d’injecter des éléments de divertissement lourdingues et sans retenue concernant un drame réel et tu t’amuses du manque de compassion des témoins directs de la tragédie ?!), reconstitutions un peu zarb (Depardon est cité au générique, je suppose qu’il a fourni certaines images de contextualisation…), témoignage racoleur d’un des terroristes, choix des rushs envers les Allemands pas forcément à leur avantage (certains rient, et impossible bien sûr de savoir si c’est en cohérence avec l’ensemble de leur témoignage), extraits de télévision US (sans doute parce que les moments les plus racoleurs de tous les extraits disponibles), et images des victimes baignant dans des mares de sang. C’est quelle niveau d’indécence, sérieux. Et on n’oublie pas le glamour aussi puisqu’il s’agit plus d’un film de fiction qu’un documentaire informatif et froid sur un sujet qui en aurait pourtant bien eu besoin : la voix d’une star en arrière-plan et une ponctuation musicale rock… de Led Zeppelin. Mais WTF quoi.

 

juillet 2022

 
Lucia et le sexe, Julio Medem (2001)

commentaire :

Les Frissons de l’angoisse (1975) & Ténèbres (1982), Dario Argento

Vu les deux films à la suite dans une programmation assez bien vue par la Cinémathèque : on y retrouve la même actrice et les deux films étant des whodunits où on se questionne plus ou moins sur sa culpabilité, ils se répondent pas mal. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas vu un Argento, et j’ai été épouvanté par la médiocrité de sa mise en scène. Des lenteurs ridicules alors que parfois on ne sait même pas où veut nous mener la situation, des séquences stéréotypées qu’il est incapable de mettre en scène correctement (merci à la musique de meubler pendant les longs travellings à la grue), direction d’acteurs digne d’une série z (le pire étant peut-être les flics dans Ténèbres, j’ai bouffé quand le flic a sorti son flingue comme un enfant depuis l’appartement pour courir après un suspect situé… dans la rue). C’est parfois tellement ridicule qu’on se demande si on n’est pas dans une parodie (la poursuite avec le chien est assez gratinée par exemple).

En plus de ça, c’est sévèrement sexiste. Je viens bien croire que c’est l’époque qui veut ça ou qu’un thriller ce doit d’être sexiste pour bien mettre en lumière les fragilités des victimes…, mais ça devient un peu embarrassant quand toutes les femmes ou victimes ont le même profil (des grandes tiges aux seins pointus). Je suis pas trop adepte du mal gaze, mais là il faut bien reconnaître qu’on est dans l’épandage de fantasmes obscènes typiquement masculins. Y a un concours pour trouver la seule actrice du film qui porte un soutien-gorge ? On remarque aussi le sans-Peter-Neal double twist final censé estomaquer le spectateur quand on ne fait que plonger un peu plus dans le ridicule… (comme toujours, quand on s’ennuie, on trouve des jeux de mots stupides). Le seul élément des films qui sauvent tout le reste, c’est la musique.

Obi-Wan Kenobi, série Disney (2022)

Était-ce bien nécessaire… Des moyens disproportionnés pour une série (en comparaison du Mandovaurien par exemple), à la hauteur des ambitions de la série qui cherche un peu trop peut-être à s’insérer entre les interstices des épisodes des films de la saga : comment croire qu’autant de péripéties aient pu advenir entre des personnages attelés à se retrouver quelques années plus tard… Passe celles concernant Obi-Wan et les deux petiots, mais celles avec Dark Vador, les troupes de l’empire et une série de méchants à se farcir dont on sait parfaitement que les héros sortiront indemnes, c’est un peu fort de café. Justement parce que avant l’épisode quatre, il n’était pas censé s’être passé grand-chose dans la vie de ces personnages (sans compter que multiplier encore une fois les péripéties et s’en sortir à chaque fois en évitant de peu la mort ou passant pour mort, à la longue on finit par ne plus y croire).

Pourtant, le gros talon d’Achille de la série, est sans doute d’ailleurs avec une écriture, il faut bien avouer, totalement à côté de la plaque en multipliant les invraisemblances. C’était si compliqué que ça de faire une série où on ne quittait pas Tatouine et où Obi-Wan se contentait de lire la bonne aventure aux habitants ?… Seule éclaircie dans ce grand n’importe quoi : l’actrice qui joue Leïa. On peine même à croire qu’elle ait dix ans (ça compense un peu le reste de la distribution catastrophique, notamment avec la fille qui joue la grande inquisitrice). Ils feraient mieux de mettre moins d’argent dans les effets spéciaux à Disney et plus dans des petites histoires sans prétention qui serviraient surtout à développer le personnage de Ben. Les séries devraient être aussi l’occasion de faire ça, si c’est pour faire comme au cinéma, quel intérêt sinon d’empiéter sur l’univers déjà établi. Et ça, ça devrait être rangé du côté obscur de la Force.

The Boys, série Amazone (1999)

commentaire : 

L’assassin s’était trompé, Lewis Gilbert (1956)

Et si le propre du British noir, c’était ce qu’il y a de plus caractéristique dans l’esprit britannique… : l’humour ? Je le disais déjà à l’occasion du Troisième Hommeou à l’évocation d’un film comme Fallen Idol, les Britanniques sont tellement tordus et vicieux qu’ils ne peuvent traiter de sujets sordides sans y mêler un peu d’humour (du moins, quand c’est bien fait). Ce rôle ici n’est pas dévolu, on s’en doute, à Dick Bogarde (j’adore le bonhomme, mais ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler un acteur de fantaisie), mais principalement à Margaret Lockwood qui dispose ici d’un rôle en or (toutes les répliques qui font mouche sont pour elle). Les femmes d’ailleurs ont le beau rôle dans le film, puisque même si elles sont la proie de ce coureur de dot, ce sont elles qui paradoxalement mènent souvent les débats (le titre français n’est pas si mal trouvé, tant le personnage de Dick Bogarde, malgré son sens de la préparation, semble en permanence être dépassé par les événements, et en particulier dans ses face-à-face avec les femmes à forte tête qui l’accompagnent).

Pour en revenir à ce que je disais dans Opération Scotland Yard, sorte de variation ici du whodunit avec une révélation « inattendue » dans le dernier acte (la victime qui se révèle être un chasseur), le scénario prépare idéalement le spectateur pour qu’il s’imagine avoir compris avant tout le monde. Mais au contraire d’un whodunit où il est entendu qu’au moins un des suspects présentés sera le coupable, surligner, et suggérer l’identité d’une personne avant que celle-ci soit révélée, cela procède à un principe parfaitement contraire, celui du suspense… Le spectateur, quand il a compris, ou quand il se doute de l’identité du personnage, garde ça soigneusement en permanence dans un coin de sa tête et n’est pas diverti par diverses fausses pistes qui lui paraîtront fades quand il reverra le film dans une salle ou dans sa tête. L’astuce en plus du scénario ici étant que le personnage de Bogarde ne s’y est pas fait non plus prendre et l’attendait… au tournant.

Les Trafiquants du Dunbar, Basil Dearden (1951)

Plus réussi que le film précédent. On se rapproche déjà de l’atmosphère des films noirs parfaitement adaptés ici au style marin britannique (bateaux arrimés aux quais, ruelles pavées et humides, fog londonien, bars ou auberges mal famées, etc.). Beaucoup de petits récits en parallèle, aucune star, et aucun personnage principal, c’est la force du film. Un marin est habitué aux petits trafics en faisant passer des objets de contrebande sous le nez de la douane, et se retrouve malgré lui associé à de plus gros poissons que lui. Après y avoir mêlé son meilleur ami et découvert de quoi il s’agissait, il tente sur le tard de rattraper ses erreurs… La gageure éternelle quand on met en scène des petits malfrats, c’est de les rendre sympathique. Pari réussi ici, pourtant ce marin accumule pas mal d’actions moralement répréhensibles ; comme quoi, la personnalité joue beaucoup quand on en vient à juger quelqu’un, difficile de ne le juger qu’à travers ses actions. L’histoire d’amour naissante entre la petite blonde et le bon noir est aussi attachante : deux perles tout simplement, et même si les perles se font rarement remarquer pour leur originalité, on aime les contempler, c’est ainsi qu’on est capable de s’émerveiller devant la moins originale des actions, mais aussi la plus ancienne : la rencontre amoureuse. L’originalité est d’ailleurs, puisque pour une fois ce n’est pas la police menant l’enquête qui résout l’affaire et arrête les méchants (même si elle arrête les principaux), mais notre marin qui se rend de lui-même (ne me remercie pas pour le spoil).

Opération Scotland Yard, Basil Dearden (1959)

Présenté dans le cadre de la rétrospective british noir de la cinémathèque, il s’agit plutôt d’un classique whodunit sans caractère avec comme seule particularité peut-être celle de traiter le sujet du racisme à la fin des années cinquante en Angleterre. On n’y retrouve d’ailleurs la même astuce à peine crédible que dans Mirage de la vie ou dans La Faille (possible que j’ai la mémoire qui flanche). Bref, l’occasion de dire à quel point j’ai assez peu d’intérêt pour le genre. Les énigmes, c’est bien gentil, sauf à la fin. Quant au principe de devoir jouer les apprentis devins ou inspecteurs en levant le petit doigt pendant le film afin de désigner le coupable, je trouve ça particulièrement stupide comme petit jeu. Le spectateur est censé suivre le déroulement de l’enquête en même temps que le détective, parfois avec des séquences supplémentaires censées soi nous mètre sur de fausses listes, soit nous éclairer sur le véritable coupable… Je ne crois pas une seconde qu’on puisse rationnellement deviner la résolution de l’histoire avant le détective et avant la fin : tous ceux qui prétendent le contraire sont des imbéciles faisant confiance à leur instinct ou à leur déduction quand ils viennent juste de gagner une manche de bonneteau. Cela amuse donc peut-être certains à jouer les détectives pendant un film et à « trouver » le coupable, moi je n’y vois strictement aucun intérêt. Que ce soit chez Agatha Christie ou chez Conan Doyle, il me semble que l’intérêt est le plus souvent ailleurs. C’est un peu le cas ici, mais pas suffisamment (les répliques liées aux sujets antiracistes du film sont les bienvenues, mais disons que ça ne peut être qu’un angle accessoire rendant un film encore meilleur quand il est bon). Ce qu’avaient les films noirs en plus par rapport à cette veine des récits policiers britanniques, c’est que leurs détectives sont toujours un peu coupables à leur manière, de parfait antihéros.

Un Président, l’Europe et la guerre, France Télévisions (2022)

À la limite parfois de l’hagiographie, on imagine mal le président et son équipe accepter la présence ainsi de journalistes dans les coulisses du pouvoir sans exiger avoir le contrôle total sur ce qui apparaîtra au montage final. Ce qu’on fait alors passer pour une exigence de sécurité nationale ne serait alors en fait qu’une exigence de communication personnelle. Le tout c’est d’en être conscient. Et pour ce que l’on peut juger, et au-delà du profond irrespect que je peux avoir pour le personnage, il faut reconnaître qu’à l’international, au sens diplomatique j’entends (car pour ce qui est du soutien effectif militaire et logistique de l’Ukraine, j’ai comme un doute), il fait le job. Du moins il le fait, dans les limites très restreintes de ce qu’on a accepté de nous montrer, soit. Beaucoup de petites séquences pour nous montrer que c’est le président qui mène le jeu, je veux bien le croire, mais c’est essentiellement du cirque et de la communication. Pour le reste, je reconnais à ce traître professionnel certains choix pourtant discuté qui me semble être les bons : continuer à discuter avec poutine, cela me semble être essentiel, surtout si la France est le dernier en Occident à faire ce choix (ne serait-ce que psychologique, ce lien est indispensable pour que le psychopathe d’en face ne s’autorise pas encore plus d’excès) ; même chose pour la volonté affichée de Macron de ne pas « humilier » la Russie, il s’en est expliqué, et au pire on peut imaginer une faute de communication car sortie de son contexte et de sa logique, la phrase perd tout son sens, mais aussi parce que ce n’est pas vraiment le moment de parler de la fin de la guerre après à peine 100 jours de conflit… Son équipe diplomatique est loin d’être des branquignols, et sans doute que ça joue aussi sur beaucoup de décisions : la question n’est pas de savoir si la France a été prise par surprise par la guerre, mais en effet si elle a tout fait pour l’empêcher (et franchement, je veux bien mettre ça au crédit du président et de son équipe, même si c’est un échec), la question c’est la posture adoptée par la suite, et on se souvient notamment de la posture belliqueuse et immature de Bruno Lemaire heureusement vite recadré dans l’exécutif… La diplomatie c’est une chose, les actes c’en est une autre : j’ose espérer, mais je suis loin d’en avoir la certitude, que la France fait tout son possible, et dans ses limites, pour apporter son soutien militaire à l’Ukraine (cent par conséquent en faire la publicité).

Pique-Nique en pyjama, Stanley Donen (1957)

Quel dommage de voir Doris Day si mal entourée… Ça ne devrait pas être permis de disposer d’un tel bellâtre sans charme dans un rôle principal. Manque singulièrement de fantaisie, de malice et de simplicité ce bonhomme (des types qui se prennent au sérieux, dans une comédie musicale encore plus qu’ailleurs, le spectateur ne peut pas les piffrer). L’amourette est donc ce qui plombe le plus de film, mais l’univers proposé, je dois l’avouer, n’est pas beaucoup plus alléchant. On notera toutefois quelques numéros dansés (chorégraphiés par Bob Fosse) de haute qualité : celui notamment où les deux amoureux proposent une sorte de parodie des chants et danses folkloriques du Far-West. Le plus remarquable dans ces numéros étant étant ceux proposés par Carol Haney dans un style loufoque et acrobatique très années 30 : une précision remarquable, grande inventivité, incroyable précision dans ses gestes, et pour le coup une fantaisie bien présente avec des mimiques à la Pépé le putois de Tex Avery. Des excès toonesques parfait pour la scène de Broadway mais malheureusement pas du tout adaptés pour le cinéma (elle est impressionnante dans ses numéros dansés, et insupportable dans ses passages « comiques » : à moins de s’appeler James Carey, le jeu tex avery est loin d’être conseillé au cinéma…).