Notes de visionnage 2020

septembre – décembre 2020

Les Animaux fantastiques, David Yates (2016)

Toujours aussi conciliant avec l’univers de J.K Rowling, même si à force d’en être resté éloigné des années, je suis comme touché par un sortilège d’oubliette. Et toujours aussi fasciné par la capacité de l’auteure à user des mêmes artifices pour construire ses histoires à partir des personnages et de leur histoire personnelle. Ça remonte à la surface dans le récit, ça se télescope avec les révélations qui émergent ici ou là, ça rentre en opposition, ça joue aussi pas mal du twist ou du contre-pied sans en abuser, et surtout ça imagine un certain nombre de personnages dont les premiers traits de caractères apparaissent très rapidement, et qui pour certains démontrent une certaine obstination chez elle à enfoncer certaines évidences ou thématiques qui lui sont chères. C’est d’ailleurs probablement ce qui explique mon indulgence ; je dois partager un certain nombre de ces obstinations, sauf si bien sûr Rowling a le talent de me faire croire que ce qu’elle y met correspond à mes attentes. À cet égard, c’est sans doute l’esprit de prof qui s’exprime ici chez elle, mais je lui trouve un certaine bienveillance vis-à-vis des cancres, des élèves en difficulté, tourmentés ou incompris : je ne pense pas me tromper en disant que la grande majorité de ses « méchants » sont des ces élèves que le « système » n’est pas parvenu à récupérer à temps. Beaucoup sont des terroristes d’ailleurs, des personnages marqués par une grande intolérance à l’autre (justement souvent parce qu’ils ont souvent souffert au départ de l’intolérance des autres), et ce sujet trouve réellement un écho à ce qui se passe aujourd’hui dans nos sociétés où des « élèves » de la nation, méprisés, rejetés, par la société pour leur différence, retourne cette difficulté contre les autres et en font une force jusqu’à devenir une menace (terroriste parfois) pour cette société.

Le film n’est pas sans défaut par ailleurs. L’acteur qui joue Norbert est trop « parfait », trop beau, pour jouer un tel personnage à côté de ses pompes, du coup, il surjoue le mec bizarre et lunaire. Guère convaincant. En revanche, l’acteur qui joue le moldu, ainsi que son personnage (sorte de pendant de Ron), est peut-être le véritable héros de cette histoire. L’effet boule de neige présent dans nombre d’histoires se situant dans un monde imaginaire est poussé à la limite (du ridicule) à la fin quand toute la ville est touchée par un sortilège géant d’oubliette, ignorant la possibilité que les nouvelles extravagantes de la ville aient été transmises dans le reste du monde (l’univers n’est pourtant pas une boule de neige).

El bruto, Luis Buñuel (1953)

La période mexicaine de Buñuel est décidément ma préférée, et de loin. On flirte avec le film noir, et toujours la misère sociale, l’opposition de classes, l’assemblage épars de diverses solitudes qui n’ont plus que la cruauté pour s’exprimer, etc.

Black Panther, Ryan Coogler (2018)

Pas fameux. La première heure est insupportable, il faut attendre que le roi soit destitué pour avoir un peu d’action, mais c’est un tout autre film qui commence en plein milieu. Les personnages sont sans intérêt, les acteurs pas beaucoup plus, la mise en scène est crade et on voit rien mais c’est une habitude dans le genre. Il n’y a guère que l’univers et le design qui vaut le coup d’œil : le côté hybride tradition high-tech ne pouvait que me séduire.

(Et y a rien de plus barbant que devoir supporter à la fin des films de ce genre, une scène bonus essentielle après le générique, plus une autre sans doute un teasing pour je ne sais quel personnage Marvel… Bientôt on aura le générique à la moitié du film.)