Notes de visionnage 2023

Janvier – Juin 2023

 

janvier 2023

 
Le Jardin des désirs, Ali Khamraev (1987)

commentaire : 

La Nuit des espions, Robert Hossein (1959)

Jolie allégorie de l’incommunicabilité entre amoureux. L’un se fait une idée de ce que l’autre pourrait être, s’il a l’intention de le tromper ; l’autre pense la même chose. L’un se fait passer pour quelqu’un qu’il n’est pas mais qu’il pourrait être ; l’autre joue un jeu similaire et craint de l’autre la même chose sans pouvoir lui dire…

Le film est peut-être un peu répétitif lors de deux ou trois échanges, mais l’idée de départ (et ce n’est pas toujours le cas avec les bonnes idées de départ) tient la route jusqu’à la fin. Les deux acteurs sont parfaits et arrivent parfaitement à nous faire croire à un coup de foudre lors des premiers échanges de regards. La mise en place dans un espace aussi restreint de Robert Hossein, en parfait homme de théâtre, est là encore d’excellente qualité. À la réalisation, Hossein se débrouille pas mal avec une bonne inventivité, un bon choix des angles de caméra ainsi que quelques mouvements de caméra assez élégants. Manque peut-être dans ces jeux de caméra une plus grande audace et une plus grande prise de risques dans le lyrisme amoureux après que les deux espions ont fait l’amour (Hossein propose une mise en place des acteurs tête-bêche assez mal exploitée visuellement). Un 8 pour les acteurs et le sujet surtout.

Un film qui rappelle par certains aspects Le Silence de la mer, de Jean-Pierre Melville.

Nocturne (chanson triste), Marcel Silver (1927)

Magnifique petit film Albatros. C’est parfois quand on va au plus simple qu’on produit les meilleurs films… Le bonheur voudrait frapper à la porte, mais il se fait tard et préfère aller se coucher ; la mort en profite pour frapper à sa place. La cruauté des occasions manquées.

Une histoire sans dialogues qui est le paradis pour un montage alterné efficace. De jolis mouvements de caméra. Et une actrice tout en retenue puissamment tragique… Vive le réalisme. Elle a des boucles noires aussi d’une grande beauté… Dans sa simplicité et sa pesanteur tragique, on dirait presque du Kirsanoff.

L’histoire du film est assez amusante. « Il fait un temps de merde, pour occuper l’équipe qui attend de tourner la grosse production, on va tourner un chef-d’œuvre ».

Le film est ici.

Minding the Gap, Bing Liu (2018)

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Le Sel de Svanétie, Mikhail Kalatozov (1930)

Des images fabuleuses. Comme d’habitude dans les documentaires de l’époque du muet, on prend des libertés avec la rigueur objective qui deviendra plus tard la règle : si le film décrit bien quelques dizaines de minutes la vie quotidienne et difficile des montagnes, il prend par la suite un tournant résolument dramatique, pour ne pas dire tragique et lyrique, l’occasion de faire intervenir à la fin le parfait sovietus ex machina quand l’effort bolchevique met fin à l’enclavement de la région. On est aussi entre Terre sans pain et The Epic of Everest. « L’âge de pierre tourne en rond » en Svanétie…

Mais le plus remarque reste encore les images. Les Soviétiques utilisaient des objectifs qui offraient d’étranges effets de lumière, de flou et de profondeur de champ. J’avais déjà noté cette étrangeté dans La Nouvelle Babylone ou dans certains films japonais muets (voire dans Le Dernier des hommes). En fait, certains plans semblent avoir été tourné avec une petite focale, et alors que la profondeur devrait être grande, par certains défauts d’objectif, de sensibilité ou de luminosité, des parties du champ n’apparaissent pas aussi nettes qu’elles le devraient dans un plan à grande profondeur de champ. Et qu’est-ce qu’il se passe quand dans un plan d’ensemble (mais pas que) censé être en petite focale certaines parties sont floues ? Eh bien ça donne un effet miniature, aussi connue de nos jours comme l’effet « tilt-shift ».

Quelques exemples :

Revoyure de La Guerre des espions, Masahiro Shinoda (1965)

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Cap et Poignard, Fritz Lang (1946)

Encore un film d’espionnage baroque. Gary Cooper joue un scientifique (fonction rare au cinéma) à qui on demande de jouer les espions en Europe afin de débusquer les activités suspectes des nazis que l’on suspecte de mener parallèlement à ce qui se passe en Amérique avec le projet Manhattan un projet identique pour arriver à produire une bombe nucléaire. Le film pendant un moment paraît assez bien documenté (j’y ai reconnu les quelques rares bribes de connaissances que j’ai du sujet, notamment sur la nécessité de détenir certaines mines spécifiques en Europe, seules capables de délivrer des produits indispensables à la construction de la bombe), et puis tout prend un tournant romantique avec le personnage de Lilli Palmer. Le générique du film prétend que c’est son premier rôle (« introducting… »), ce n’est pas tout à fait exact. Ce qui l’est en revanche, c’est qu’elle tient tête à Gary Cooper. Elle y parle en plus italien, à se demander combien de langue elle a pu parler… Quelle actrice fabuleuse ! (Elle enchaînera avec Sang et Or.) Cooper, lui, s’essaie à l’allemand, mais on peut imaginer qu’il a bien été coaché dans l’affaire… Loin d’être du grand cinéma, un peu baroque donc en oubliant le sujet principal du film, mais assez appréciable.

Le Secret du ninja (Shinobi no mono/Ninja, a Band of Assassins), Satsuo Yamamoto (1962). 

Réalisation, atmosphère, musique, photo, décors intérieurs comme extérieurs… : la grande classe du début des années 60 au Japon.

Quelques mouvements de caméra que l’on qualifiera « d’encerclements » parfaitement merveilleux (car subtils et toujours utiles à préciser une atmosphère). Des stars à toutes les sauces (on peut croiser l’actrice de La Femme des sables et l’acteur de Baby Cart, entre autres). Un complot diabolique et machiavélique bien réel digne des meilleurs romans-feuilletons. Des trappes en veux-tu en voilà : au plafond, sous le plancher, dans un mur. Des passages et des cabinets secrets, des intrusions nocturnes, des échappées sur les toits, les façades, les poutres et les arbres. Des assassinats camouflés en accident. Des prostitués qui semblent sortir du couvent. Des intrus cachés dans la nuit. Des combats expéditifs (avec une musique tragique, et non héroïque, parce que, oui, tuer des opposants, même très méchants, ce n’est jamais anodin). Des mèches explosives, du poison qui suinte sur un fil, des étoiles de ninja qui sifflent comme des balles, des chausse-trapes lancées au sol pour préserver sa fuite, des grappins qui se faufilent entre les branches ou sur le rebord des façades. Voilà un catalogue non exhaustif qui explique que je me régale.

On y retrouve aussi dans le parcours du personnage principe une certaine filiation avec le destin de Miyamoto Musashi (le soldat brillant, un peu trop attiré par le côté obscur de la Force avant de suivre, après ces premiers échecs, la voie de la lumière…). Il faut également noter qu’en général assez peu convaincu par les prestations de Raizô Ichikawa, il l’est ici tout à fait dans un registre qu’on qualifierait en France de « jeune premier » (c’est dès qu’il doit jouer l’autorité qu’il est moins à mon goût).

La suite est à voir assurément.

Ordre de tuer, Anthony Asquith (1958)

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La Terre qui flambe, F.W. Murnau (1922)

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Life of Crime 1984-2020, Jon Alpert (2021)

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Casier judiciaire, Fritz Lang (1938)

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L’Argent du charbon, Bing Wang (2009)

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Chasseurs de truffes (2020)

Chantal Ackerman trouve un trésor en fouillant son grenier : une GoPro. La truffe animale filme des plans fixes à petite focale interminable et assaisonne la gourmandise d’une jolie omelette voguant à rase-motte et la truffe à l’air en quête d’un autre de ces trésors olfactifs qui fera bientôt le délice de riches gourmets…

Jeanne Dielman peut se rhabiller avec ses pommes de terre. Parfois un peu trop mis en scène (le dernier plan ne trompe pas, c’est de la fiction plus que du documentaire ; faut sans doute être un peu escroc parfois), mais c’est pour la bonne cause. Et je viens de comprendre qu’en fait, les bêtes nous écoutent sans comprendre, poliment, comme nous on écouterait de vieux Piémontais sans les sous-titres. Jolie pépite qui sent bon la fraîcheur des bois (à défaut d’avoir la moindre idée de ce à quoi peut ressembler l’odeur de la truffe).

(On remarquera aussi le titrage à la Godfather, d’un goût, cette fois, assez douteux.)

Le côté fabriqué ou documentaire orienté (je ne dirais pas « fiction dans la fiction ») est surtout gênant dans le dernier plan, dans les lettrages (voire les lumières, qui là encore font penser au Parrain), et peut-être dans les quelques scènes de négociation, qui là encore font un peu trop penser à un film de mafia. C’est à la fois le plus grand défaut du film, mais aussi sa principale qualité : ce n’est pas un documentaire, mais une escroquerie. Je le répète souvent, au cinéma, ça passe et ça me fascine. Tout simplement parce que les mises en place à la limite du grand angle, assez lentes, de face à la Wes Anderson, et où comme par hasard il se passe un truc qui rentre dans le cadre d’un documentaire “narratif”, c’est du cinéma, c’est forcément fabriqué, mais on ne voit pas les coutures : c’est gros, mais ce n’est pas de l’improvisation, donc difficile de dire comme les réalisateurs s’y sont pris pour orienter les divers “acteurs” de sa fable.

D’ailleurs, je suis persuadé qu’on retrouve ce côté fabriqué et narratif dans L’Argent du charbon (ce serait amusant d’ailleurs de comparer les deux produits : charbon contre truffe). À quel point les “acteurs” acceptent-ils ainsi que la caméra les filme ? Que se passe-t-il si un des deux ou trois acheteurs dit au réal : « désolé, ne me filmez pas ». Son film tombe à l’eau. Donc j’ai quand même un peu dans l’idée qu’il a dû leur donner une petite compensation financière. Dès que ça raconte un peu trop bien une histoire, un documentaire est suspect. Et le dilemme, c’est bien que souvent ça les rend plus intéressants. C’est juste comme les dopés, le tout est de ne jamais se faire prendre par la patrouille… (Et après, ces deux films sont particuliers, ils jouent sur une ambiance, et un récit autour d’un sujet unique. Je pense qu’ils arrivent à ce résultat avec des milliers d’heures de rushs. Tandis que dans Les Chasseurs de truffe et dans L’Argent du charbon, ils sont limités en plans : tu rates l’événement, tu ne le prépares pas : plus de film.)

Un raisin au soleil, Daniel Petrie (1961)

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