Bergman Island, Mia Hansen-Løve (2021)

Persona non grata

Note : 2.5 sur 5.

Bergman Island

Année : 2021

Réalisation : Mia Hansen-Løve

Avec : Vicky Krieps, Tim Roth, Grace Delrue, Mia Wasikowska, Anders Danielsen Lie

Pas étonné par le résultat. On est rarement surpris par les films de la nouvelle qualité française. Vide complet et autofiction.

J’avais snobé la rétrospective de la dame à la Cinémathèque. Je ne pense pas qu’il faille encourager les gens qui n’ont pas de talent. Et je n’aime pas qu’une institution comme celle-là mette en avant les copains. Le synopsis a toutefois piqué ma curiosité quand j’ai compris que le film évoquait l’île de Bergman (oui, je parle bien anglais). J’espérais en tirer quelques informations comme dans un safari pour fans débiles (que je suis par ailleurs).

Tout pue dans le film, sauf peut-être l’épilogue qui brouille les pistes entre fiction et réalité. À côté de ça, je reconnais à la dame un certain talent pour la concision : deux phrases prononcées tout au plus, puis la discussion se poursuit ailleurs. Ça donne l’idée qu’on évite le bavardage, mais on n’échappe pas aux situations insipides. Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Cela vaut d’autant plus en France pour les classes favorisées qui savent se tenir à l’écart pour ne pas éveiller les révolutions (cette logique bourgeoise se vérifie cependant de moins en moins). L’illusion est réussie : l’habillage, le décor, le rythme, ça arrivera toujours à séduire le badaud.

À force de voir les films de la dame, je finirais peut-être par y trouver un intérêt. Comme son double fictif le fait remarquer (dit par son mari) : plus on regarde une chose, plus on y trouve un intérêt. Là-dessus, je serais d’accord. Seulement, si, à la longue, Hong Sang-soo ou bien d’autres peuvent me séduire, certaines personnes ne méritent pas que l’on fasse des efforts pour elles.

L’intronisation de Charlie s’est tenue hier. Pour lui comme pour d’autres têtes couronnées, on se convainc, par habitude et par servilité, qu’au cœur de le pouvoir existe une forme de mérite. Certains artistes jouissent de ce privilège. Ceux qui ont la carte, le réseau, la filiation. En pouilleux que je suis, je n’aime ni les aristocrates ni ceux qui en assurent la promotion. Ça se fait toujours au détriment des autres, plus méritants, plus talentueux. Certains traînent des pieds en se rendant au film d’un violeur d’enfant, moi je me pince le nez pour regarder le film d’un enfant de bonne famille qu’un autre moins chanceux ne se verra jamais proposer de réaliser. Certaines indignations trouvent assez d’écho. Je porte ma voix dans le désert, et c’est toujours là où je me sens le mieux. Je ne demande à personne de me suivre, et je ne porte aucun jugement de valeur sur l’indignation des autres.

Certains individus appartenant à une classe sociale spécifique (ceux dont on estime naturel d’accaparer l’espace culturel) vont ainsi encore devoir tenter leur chance bien des fois pour me faire changer d’avis à leur propos. Les aristocrates ont le talent de vous faire croire que leurs privilèges leur est dû. On le sait déjà, Mia aura l’occasion bien plus que d’autres d’enfoncer la porte de mon attention. Lui proposer un peu de dureté là où elle n’en a jamais rencontré, c’est encore le moins que je puisse lui offrir. Les jeunes Turcs critiquaient la qualité française ou le cinéma britannique, par exemple, on ne devrait ainsi pas considérer si injuste que la petite voix inoffensive qui est la mienne trouve ses propres têtes de Turc et se fâche de voir beaucoup de « fils de » et de « bourgeois de gauche » chez les bénéficiaires, garants et promoteurs de cette « nouvelle qualité française ».

Rien de personnel, Mia. À moi désormais le soin de laisser sa chance à un autre film médiocre issu d’une plus grande diversité…

(On y retrouve l’acteur de Julie (en 12 chapitres) ou de Oslo, 31 août, également apparu chez Assayas dans Personal Shopper. Tout est dit.)

Vous l’aurez compris, il s’agissait plus d’un « combat de dément » que d’une critique.


Bergman Island, Mia Hansen-Løve 2021 | CG Cinéma, Arte France Cinéma, Dauphin Films


Sur La Saveur des goûts amers :

La nouvelle qualité française

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