
Une famille formidable
Titre original : Parenti serpenti
Année : 1992
Réalisation : Mario Monicelli
Avec : Tommaso Bianco, Renato Cecchetto, Marina Confalone
On penserait presque voir un remake réussi de Pourvu que ce soit une fille. Au-delà du film de réunion de famille (un genre presque en soi), la comparaison s’arrête pourtant là, pas beaucoup d’autres similitudes. Pourvu que ce soit une fille disposait probablement d’un meilleur scénario, mais si Une famille formidable le surpasse, c’est que Monicelli semble avoir compris la leçon. Fini les acteurs cosmopolites. On retrouve des acteurs du terroir, efficaces et crédibles. Ce n’est apparemment pas le cas, mais j’aurais juré que le film était adapté d’une pièce de théâtre : l’écriture, les séquences tournées pour trois quarts dans le même lieu, le jeu très… latin (sonore). Libérée des contraintes du vedettariat international, la direction d’acteurs bénéficie d’un plus grand champ d’action pour travailler et peut se montrer plus précise. Les interprètes se retrouvent souvent dans le cadre, capables de proposer une activité en arrière-plan conforme à leur personnage et à la situation (détail qui dépeint souvent une mise en scène de théâtre). On est loin du réalisateur qui avait précédemment dirigé les acteurs de Pourvu que ce soit une fille sans parvenir à les mettre à l’aise, comprendre la situation en cours ou créer une alchimie entre eux.
Le film pourrait d’abord être vu comme une chronique familiale à l’heure des fêtes de fin d’année. Un tournant dramatique, avec ses enjeux, ses choix et ses conflits resserrés autour d’une seule question (définir chez qui les parents iront vivre), vient rebattre les cartes et une satire particulièrement acide se met alors en place. Honneur à Monicelli de ne pas avoir cédé à la facilité de la farce. Le dénouement proposé produit un meilleur effet. On se garde de rire, et c’est la consternation qui prend le dessus. Cette fin, assez peu crédible, résonne comme une morale brutale et provocatrice dans un pays autrefois tant attaché à ses vieux. Comme toutes les grandes puissances, l’Italie laisse place désormais à l’individualisme des populations en âge de travailler et à l’invisibilisation, la déconsidération, l’ostracisme, voire à la paupérisation de ses anciens.
Par manque de star, toutefois, ce genre de cinéma très domestique a peu de chance de s’exporter en dehors de ses bases. C’est le problème d’une industrie cinématographique incapable de renouveler sa génération d’acteurs phares. On gagne en authenticité ce qu’on perd en universalisme.
Une famille formidable, Mario Monicelli 1992 Parenti serpenti | Clemi Cinematografica
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