L’Ultime Garçonnière, Richard Lester (1969)

Note : 1.5 sur 5.

L’Ultime Garçonnière

Titre original : The Bed Sitting Room

Année : 1969

Réalisation : Richard Lester

Avec : Rita Tushingham, Ralph Richardson, Peter Cook

Dans la veine des films de vide-grenier des années 60-70. La critique prétend qu’on y voit ici les prémices des Monty Python, le chemin pour parvenir à leur génie loufoque me semble encore pourtant bien loin.

Les pitreries burlesques et grossières ne passent jamais. Un peu à cause des acteurs, beaucoup parce qu’il n’y a rien de drôle. La seule chose qui m’a fait sourire est verbale, pas burlesque ou absurde : « C’est la voix de Dieu, j’ai reconnu sa voix. » Je le dis souvent, j’ai du mal avec le cinéma de vide-greniers. Il y a En attendant Godot en haut de la liste (et encore, c’est plus minimaliste qu’un vide-grenier parce qu’on se limite à quelques ustensiles), Dodeskaden, Miracle à Milan peut-être, Fando et Lis (mais version théâtre, celle de Jodo a ses limites, celles de son réalisateur, plus intéressé par le vide-grenier que par Arrabal), et puis le reste, tout ce qui ressemble aux Oiseaux, les Orphelins et les Fous où la scénographie, les accessoires, l’errance sans but trouvent vite ses limites. Dans ce film de Richard Lester, une suite de rencontres tient lieu d’intrigue, mais cela ne mène nulle part et les histoires façonnées autour de personnages sans logique tournent à vide. Chez Beckett, la quête est absurde, mais elle existe ; chez les Monty Python, versant slapstick et absurde du vide-grenier, on pastiche des éléments connus, donc la quête existe. Au contraire, avec des fous rescapés de l’apocalypse, tout est vain, et au lieu d’être en attente de quelque chose, d’un ailleurs, d’un sauveur, d’un monde meilleur, de viser un but illusoire ou non, on végète, on vit le temps présent, et l’on est noyés sous le non-sens et le néant.

La différence avec l’humour des Monty Python se joue sur le degré, subtilité indéfinissable sur laquelle repose l’essentiel de la dérision. L’œil qui frise des acteurs des Monty Python procure une forme d’insolence et de second degré qui force la connivence avec le spectateur. Chez Lester, au contraire, tout se pratique au premier degré. Et pour cause, les acteurs ne sont pas des experts de la comédie. Richard Lester fait le pari que le public sera amusé par la seule cocasserie des événements suscitée par le décalage des images avec les situations proposées. Pas d’humour sans connivence. Lester est Américain. Son humour devrait plutôt être qualifié de burlesque et de tarte à la crème (on n’y manque pas d’ailleurs ici). Prises séparément, certaines propositions comiques jouent avec le flegme britannique présenté en toutes circonstances. Mais sans lien logique, multipliées à l’infini, elles tournent en rond et à vide (un peu comme chez un Jodo ou dans un mauvais Caro et Jeunet).

Plus qu’un précurseur des Monty Python, je verrais surtout dans L’Ultime Garçonnière les prémices d’un Bennie Hill. Dans Le Knack… et comment l’avoir, le contexte citadin et les relations entre les personnages pouvaient encore séduire : on reste dans l’humour potache 1901 employé avec les Beatles. Mais dans un univers post-apocalyptique où personne ne suit aucune logique comportementale, tout devient forcé. Et puisque plus rien n’a de sens, on frise à l’absurde, et l’on se heurte alors au seuil que j’ai évoqué dans Le Daim qui touche à peu près tous les films absurdes au cinéma.

Dans ce genre particulier du film absurde post-apocalyptique, la meilleure réussite est sans doute à trouver du côté du cinéma soviétique : Kin-Dza-Dza doit là encore son succès principalement à ses acteurs, bien plus habiles que l’univers dans lequel ils sont projetés pour créer une forme d’insolence et de connivence avec le spectateur, ou à sa capacité à suivre une quête logique (même si c’est discutable, je n’en ai pas un souvenir précis, mais il me semble que le film évite l’écueil du récit absurde en donnant un sens à la présence des personnages).


L’Ultime Garçonnière, Richard Lester 1969 The Bed Sitting Room | Oscar Lewenstein Productions


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