Sur l’Adamant, Nicolas Philibert (2023)

Note : 3.5 sur 5.

Sur l’Adamant

Année : 2023

Réalisation : Nicolas Philibert

Sympathique, mais un peu facile. Après les enfants, les fous. Bien sûr qu’ils sont attachants ces fous, mais peut-être aussi parce que ce sont des fous triés sur le volet. Une péniche pour des artistes essentiellement. Tous poussent plus ou moins bien la chansonnette, alors vous pensez bien que tout cela devient follement photogénique. Philibert pourrait cependant se rapprocher davantage de Freaks que de Frederick Wiseman dont le réalisateur semble se revendiquer (l’un étant venu découvrir le film de l’autre dans la salle). Une fois qu’on a compris à qui l’on avait affaire, on attend le prochain tour offert par ces fabuleux freaks. Le pouvoir du montage, de l’insolite, des « bons clients » susceptibles d’illustrer au mieux par leurs histoires personnelles, leur détresse bien souvent, leur originalité, la face sombre d’une humanité qui préfère ne pas voir les maux de ces sociétés-là.

Et puis, on commence à se questionner sur son propre regard, sur celui (presque indécent) du réalisateur. Avec des enfants, les parents donnent leur consentement, avec des fous, vu la souffrance et l’isolement général de ces personnes, on peut douter qu’ils puissent mesurer les conséquences de l’autorisation à utiliser leur image. Et comme le film ne propose rien d’autre (sinon des plans de coupe admiratifs sur la structure architecturale plantée sur la Seine), on n’échappe pas à l’effet « bêtes de foire ». Est-ce finalement la meilleure manière d’honorer les sujets qu’on exploite ainsi ? On entend déjà Elephant Man nous beugler à la tête : « je ne suis pas un animal »…

Philibert cherche pourtant à nous adresser un message (les panneaux indicatifs en introduction et en conclusion, on a connu plus subtil, plus délicat) : un message selon lequel la société abandonne ses fous (cela sera sans doute pire demain avec la fermeture du centre). Et là, on ne peut s’empêcher de suspecter un copinage entre psychanalystes œuvrant dans les lieux et le milieu bien parisien du cinéma.

Les films de Wiseman dévoilent d’infinis détails sur des situations qui, assemblées, prennent une valeur universelle. Il y décrit par petites touches le monde réel. Peu de chances que derrière les dispositifs mis en œuvre pour illustrer la misère dans ces univers clos se cache une quelconque amitié. La force de la répétition laisse penser que ce ne pourrait pas être possible à grande échelle. Ici, au contraire, on ne dévoile pas les conditions de vie dans un centre psychiatrique pour parler de tous les centres psychiatriques, pour parler de tous les fous, de tous les humains. C’est un centre psychiatrique bien particulier, pas le moins bien loti, que l’on exploite. On loue son caractère unique, exceptionnel. Aucune dimension universelle n’y est recherchée. Sa fermeture est une perspective crainte. L’état général des centres de soin y est non sujet. La démarche est à l’image d’une société qui s’émeut à chaque fait divers et qui vit au rythme d’événements tragiques éphémères pas forcément représentatifs. Le fait général importe peu, on développe des récits, des militances spécifiques, familières, non politiques. On voudrait généraliser à partir d’une exception. Mais l’exception ne peut pas et ne doit pas être la règle. Réaliser un film centré sur L’Adamant, revient à en faire une autre sur la détresse adolescente au lycée Henri IV. Elle existe sans doute comme partout ailleurs, mais son caractère exceptionnel lui interdit une représentativité de toutes les détresses adolescentes. L’angle peut alors devenir le caractère exceptionnel, unique, de ces lieux, mais encore faut-il pour y adhérer que ces lieux aient une réelle spécificité, une excellence que d’autres par définition ne peuvent avoir. Un centre de soin psychologique unique peut-il être la Comédie française ou le Louvre des centres de soin ?

Reste le respect qu’inspirent les pensionnaires. Eux ne mentent pas. Leur talent est sincère. Plus sans doute que celui qui tourne sa caméra vers eux.


Sur l’Adamant, Nicolas Philibert 2023 | TS Productions, France 3 Cinéma, Longride, Les Films du Losange


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