Ascension à la marche

Ascension
Année : 2021
Réalisation : Jessica Kingdon
Pas très friand de ces films à la Koyaanisqatsi/Samsara qui visent l’exhaustivité en assenant, à grand renfort de musiques lourdingues, un discours obscur (car indirect) et qui démontrent surtout un certain niveau de cynisme, d’hypocrisie, voire, comme ici, de xénophobie.
Je préfère les documentaires sans paroles quand ils traitent d’un sujet unique laissant place à un minimum d’identification et d’empathie (et éventuellement dénoncer des pratiques de personnes favorisées, non une population ou une culture dans son ensemble). Le film s’éloigne de cette approche et propose une vision orientée des choses. Il a le bon goût par exemple de laisser la musique porter un jugement sur les images plutôt que d’utiliser la parole pour assumer un point de vue.
La société chinoise nous apparaît à travers mille petits bouts de la lorgnette. Génie du hors contexte servant un sujet qui les dépasse. Jessica Kingdon n’est pas Chinoise, assurément. Notons l’audace un peu ironique de traiter ces individus d’esclaves quand on réalise un film exploitant leur image, leur présence, leur naïveté et leur travail. Cette démarche hautement courageuse n’aura pas manqué de faire l’objet de commentaires positifs aux États-Unis, le documentaire pointant du doigt les méfaits d’une culture de la surconsommation quand celle-ci prend précisément modèle sur la sienne… Les images d’étudiants qui prennent du bon temps par centaines dans des piscines géantes, les mêmes qui s’essaient au rafting dans le toboggan surdimensionné d’un parc d’attractions, des travailleurs exploités, des managers en bullshit, ce n’est certainement pas dans le pays de l’oncle Sam que l’on verrait ça…
Je me suis montré par le passé bien conciliant avec ce genre de démarche documentaire faussement exhaustive. On devrait plutôt parler de cherry picking documentary. Derrière le film sans paroles se cache un discours qui passe par l’émotion. Samsara m’a ouvert les yeux sur l’hypocrisie de la méthode. Si les belles images creuses nous sont ici épargnées, la musique dicte ce qu’il convient de penser. L’apparente exhaustivité permet de prétendre à une mise à distance, donc à une objectivité, sur des sujets picorés ici ou là. Cela illustre en réalité un vague mépris pour la société exposée et que l’on charge à dénigrer. C’était autrefois les rouges, puis ç’a été les musulmans, voici le temps venu des Chinois.
Nominé aux Oscars, what else. Moi aussi, quand mes copines médisent sur un ex, je leur lance des lauriers. Dézinguer l’autre reste le moyen le plus pratique pour se faire valoir.
La plus grande audace encore, c’est de donner un titre pareil à un tel film. Un petit quelque chose de sarcasme jaloux de la part de la première puissance économique du monde face à celle qui la dépassera bientôt. On peut aussi retrouver une forme de filiation avec le cinéma documentaire expérimental des années 20, sauf qu’on y trouvait une démarche esthétique et poétique absente ici. Et pour cause, la volonté de donner un sens à ce kaléidoscope de situations sans rapport les unes avec les autres dévore toute possibilité de s’intéresser à autre chose.
Que les cinéastes condamnent courageusement les travers de leur propre société au lieu de cracher sur celle des autres. Le cinéma ne devrait pas servir à dénigrer son voisin quand il regarde ailleurs. L’art, la culture, l’information, la vérité rapprochent toujours les peuples.
Ascension, Jessica Kingdon 2021 | Mouth Numbing Spicy, CrabXTR
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