Seule sur la plage la nuit, Hong Sang-soo (2017)

Gueule de bois

Note : 4 sur 5.

Seule sur la plage la nuit

Titre original : Bameui haebyeoneso honja / 밤의 해변에서 혼자

Année : 2017

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Kwon Hae-hyo, Jeong Jae-yeong, Moon Sung-keun, Song Seon-mi

Peut-être le plus digeste des films très autocentrés du cinéaste. Il nous y expose certes des événements plus ou moins en rapport avec sa propre vie et avec celle de son actrice principale (du moins, on peut l’imaginer), mais reconnaissons qu’après vingt ans à peaufiner une méthode cinématographique et une écriture somme toute bien personnelle, le bonhomme sait y faire.

Le réalisateur a trouvé les acteurs le mieux adaptés à ses dispositifs et le spectateur peut enfin se concentrer sur autre chose que les erreurs de distribution. Le plaisir est au rendez-vous, aidé en cela par le charme et le second degré des acteurs. L’ironie reste le point fort des derniers films de Hong Sang-soo.

Sur la forme, le cinéaste se montre relativement sobre (à l’image de personnages conviés autour d’une table, on se demande combien de temps il tiendra) : un leitmotiv burlesque au sens assez abscons (l’individu qui demande l’heure, qui suit les deux Coréennes à Hambourg et qui lave la porte-fenêtre un peu plus tard dans l’appartement), une construction en deux parties (départ après le scandale, retour au bercail alors qu’il continue de hanter le personnage principal). Et puis, une séquence onirique qui pourrait sortir de l’imagination d’un étudiant en cinéma. Un caprice et une habitude chez Hong Sang-soo, mais l’astuce va aussi dans le sens du récit en renforçant la solitude de l’actrice.

J’attends toujours le chef-d’œuvre, cela dit. Seule sur la plage la nuit se situe dans le haut du panier. Manque la dernière marche qui me laisserait coi, ébahi et plein d’admiration. Elle a raison ton actrice, ta chérie ou ton personnage principal : arrête peut-être de raconter ta vie, pour voir, et mets-toi plus en danger, explore. Garde le meilleur de ton style, et imagine une histoire qui colle parfaitement avec la forme, mets-toi en quête d’une évidence, tente d’en faire peut-être à peine plus dans un sens, ou au contraire, tends vers plus de minimalisme ou d’incommunicabilité, de contradictions, d’injustice… Au travail, fainéant.

Sinon, je m’amuse à repérer les tics de langage autorisés aux acteurs (dans le cas d’improvisation dirigée) ou dans le texte (en dehors de quelques passages obligés, le cinéaste semble laisser beaucoup de libertés à ses acteurs). Un seul « aille-go » pourtant très courant chez les Coréens (équivalent à « zut », mais avec des variantes que j’ignore, mon traducteur vocal par exemple propose « oh, mon Dieu ! »). Pas beaucoup plus de « keurenika » (« tu sais », balancé à la fin de chaque phrase pour ponctuer une discussion). En revanche, ça balance énormément de « créo », de « qeuré », de « qeuré-ka » (traduit par « ah bon », « d’accord », « bien », « tu crois ? »). Plus que cinq cents ans et je suis bilingue. Et d’ici là, Hong Sang-soo aura produit quelques chefs-d’œuvre.

그래.


Seule sur la plage la nuit, Hong Sang-soo 2017 Bameui haebyeoneso honja Jeonwonsa Film


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