Matins calmes à Séoul, Hong Sang-soo (2011)

Retour à Bukchon

Note : 4 sur 5.

Matins calmes à Séoul

Titre original : Bukchon banghyang / 북촌방향

Aka : The Day He Arrives

Année : 2011

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Yoo Jun-sang, Kim Sang-joong, Song Seon-mi, Kim Bo-kyung, Kim Eui-sung, Park Soo-min, Go Hyun-jung

Hong Sang-soo n’aura probablement jamais aussi bien exploré les univers parallèles, les récits répétés, que dans Matins calmes à Séoul. À se demander si dans son cas, ces séquences qui voient double ne sont pas des vies rêvées, oubliées, qu’un alcoolique doit misérablement avoir l’habitude de hoqueter dans sa mémoire avinée.

Aucune cohérence diégétique ou dramatique. Difficile pourtant d’affirmer que ces bizarreries sont les conséquences heureuses et désinhibées d’une volonté consciente du cinéaste d’explorer ainsi les différentes possibilités… quantiques d’une histoire (comme en physique, l’avantage d’une narration éclatée et sans cohérence, c’est qu’on peut toujours avancer l’argument du « récit quantique » : je le fais ici à la place de Hong Sang-soo) ou s’il s’agit du résultat de divers essais effectués lors du tournage (l’avantage de procéder par improvisation).

On ne connaîtra jamais ce qui fonde le mouvement créatif du cinéaste, mais il faut saluer l’audace. Cela a son charme. Et souvent ses limites. L’idée pour le spectateur qui prend goût à ce jeu d’incohérences et de possibilités, consiste à juger de la pertinence d’une telle approche et à constater si elle se met au service ou non d’une histoire. Ces préciosités narratives apparaissaient déjà dans Oki’s Movie, mais c’est bien dans Matins calmes à Séoul et dans Un jour avec, un jour sans que le procédé, dans sa radicalité, vise le plus juste.

Pour ses personnages, Hong Sang-soo se contente des recettes habituelles des films romantiques : le thème du croisement prévaut toujours chez lui. On se croise, on se rencontre au gré des coïncidences et des opportunités, mais personne ne regarde vers la même direction. A s’intéresse à B, qui s’intéresse à C, qui s’intéresse à A. Dans de tels triangles où les points explorent toutes les combinaisons possibles, on danse en rond sans jamais se voir. Vu son attrait pour les allégories animales, je m’étonne presque qu’il n’ait pas songé à montrer un chien chasser sa queue.

Pour ce qui est de la situation de départ, Hong Sang-soo a à nouveau recours au cliché du retour au pays. C’est l’occasion idéale pour multiplier les rencontres, les visites, être continuellement en mouvement, en quête de quelque chose, en errance parfois. Les bars deviennent des îles, des havres de paix, les derniers endroits où l’on peut croiser du monde, des univers.

Le plus amusant sans doute aurait été de continuer sur le principe des possibilités parallèles vécues par un auteur alcoolique et révéler (ou suggérer plus précisément, comme c’est déjà le cas ici) que la propriétaire du bar (prenant les traits d’une femme magnifique) soit en fait une femme quelconque et plutôt laide au réveil. Classique de l’ivresse nocturne. Pour ne pas dire un cliché un peu lourd. Nous laisser, nous, spectateurs, y penser est préférable… Le plus étrange dans cette histoire, c’est que cette femme qui se jette dans les bras de notre héros de passage ne cesse de réagir comme s’il était étonnant « qu’un tel homme » (on parle d’un cinéaste qui ne produit plus) puisse s’intéresser à une femme comme elle. Le biais d’autorité masculin semble ici, au mieux, jouer pleinement son œuvre (et produire autant de victimes), mais s’il y a des incohérences dramatiques dans le film en voilà donc une autre psychologique ou logique (je rappelle qu’elle est interprétée par une actrice magnifique). Ça valait le coup de se montrer si odieux avec tout le monde…

À moins que le cinéaste soit en plein fantasme.

La possibilité d’un récit circulaire paraît aussi envisageable (ce qui ne change rien à l’incohérence du comportement de la fille bien trop facilement attirée par le cinéaste). Le personnage principal reproduit la même conduite avec celle qui « ressemble » à l’autre femme chez qui il se rend une nuit (c’est la même actrice). C’est l’idée de croisement et de danse qui prévaut encore où personne ne doit ou ne devrait faire le reste du chemin avec l’autre (concept pratique pour les hommes mariés et les coureurs… en rond).

D’ailleurs, l’alcoolisme apparaît également comme la conséquence possible des relations étranges que le professeur et ancien cinéaste multiplie avec certaines connaissances qu’il vient à croiser dans la ville. Il peine à en reconnaître certaines, et d’autres, quand il s’en approche, manquent d’amabilité. Lui ne comprend pas pourquoi. L’alcool vous fait vivre des vies parallèles auxquelles d’autres ont accès à votre place… C’est peut-être toutes ces vies que le cinéaste cherche à retrouver à travers ses films… Et le périple (ou le « retour dans la capitale » pour reprendre la traduction littérale du titre original) sonne alors plus comme un voyage initiatique vers ses vies intérieures : une sorte de retour d’Ulysse sous opium, fait de rencontres étranges et de destins contrariés ou impossibles.

Aussi, si l’on prend soin de ne relier que les quelques points de rencontre qui sortent du lot et d’en faire à travers un montage une paréidolie qui fait sens, les personnages auront, eux, l’impression de vivre des trajectoires animées par des coïncidences. C’est du moins ce que Hong Sang-soo semble faire dire à son Ulysse (on imagine mal le héros d’Homère tenter « in situ » d’expliquer ses mésaventures autrement qu’en évoquant les caprices des dieux). Puisque tout est « quantique », peut-être devrions-nous parler alors de « méta-récit » : le personnage serait à la fois l’auteur de sa propre aventure, le premier spectateur et le meilleur critique. Cela serait sans doute ennuyeux si ce n’était pas si amusant. On songe alors peut-être un peu plus à The Swimmer qu’à Ulysse. Retour absurde et vain.

Et moi qui attends toujours le chef-d’œuvre du cinéaste, peut-être devrait-il lorgner pour satisfaire à mes exigences du côté de Symbiopsychotaxiplasm de William Greaves. Tu viens m’en parler Song-soo ? Avec moi, nul besoin de s’enivrer pour voir double, explorer et tenter l’impossible. Après, je suis un peu moins joli que Kim Min-hee. Mais au lieu d’être ta muse, je pourrais être ton alcool. Je suis un déconstructeur : n’écoute pas les flagorneurs qui crient au chef-d’œuvre chaque fois qu’ils voient tes bobines. Tu barbotes depuis vingt ans dans la même piscine : l’eau y est douce et tu y es à ton avantage. Moi, je te propose de sortir de ton confort routinier et de partir à l’aventure, d’explorer la piscine du voisin, et ainsi, de piscine en piscine, de rejoindre ton for intérieur, ton Ithaque si longtemps oubliée. Viens, Ulysse, réponds à l’appel de ton symbiopsychotaxiplasm ! Mets tes pas dans les miens, laisse l’ivresse limiesque s’emparer de toi, et cours enfin vers ta dernière période créative ! La plus aboutie. Kim Min me suive !

Bref. Toujours pas un chef-d’œuvre, mais peut-être mon film préféré du cinéaste avec Ha ha ha et quelques autres. Peut-être son plus personnel aussi (à supposer qu’il soit autobiographique). Et paradoxalement, un film qui lance une période bien plus prolifique en qualité (c’est du moins mon avis). (Cette période coïncide également avec la première rétrospective de ses films proposée à la Cinémathèque française, elle-même suivie par une autre au MoMA. Qui sait ? Peut-être que cela a participé à lui donner confiance, à remettre ses idées à l’endroit après quelques années de gueule de bois, et à lui offrir un peu plus de moyens…)

C’est aussi sans doute l’affiche du film du cinéaste que j’avais vu le plus tourner sans connaître le film. Il fallait, évidemment, que le minois chargé ainsi d’aguicher le public soit celui de Song Seon-mi (qu’on ne reconnaît pas vraiment non plus sur l’affiche). On est cinq ans seulement après Woman on the Beach : à 36 ans, elle cesse enfin de ressembler à une adolescente. Les femmes coréennes commencent seulement à être belles quand elles approchent la quarantaine. De quoi tourner les têtes de nombreux hommes. Et de beaucoup de cinéastes…

Moins glamour : au moment du tournage, l’actrice qui joue la propriétaire du bar, Kim Bo-kyung était atteinte d’un cancer du foie. Après dix ans de lutte contre la maladie, elle en est décédée l’année dernière…

Et, chose plus amusante, le terme « chéri » en coréen est le même qui veut dire « papa » en japonais… L’Extrême-Orient, région des matins calmes et de la piété filiale. Du confucianisme et du confusionnisme.


Matins calmes à Séoul, Hong Sang-soo 2011 The Day He Arrives / Bukchon banghyang / 북촌방향 | Jeonwonsa Film


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Woman on the Beach, Hong Sang-soo (2006)

Les Quat’Sang-Soo

Note : 3 sur 5.

Woman on the Beach

Titre original : Haebyonui yoin / 해변의 여인

Année : 2006

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Kim Seung-woo, Go Hyun-jung, Song Seon-mi, Kim Tae-woo

Voilà ce qui traduit bien ce que je disais concernant les films du bonhomme avant sa rencontre avec Kim Min-hee. Un homme occupe une place centrale dans le récit, et c’est un connard. Difficile alors de s’enthousiasmer pour un tel schéma.

Et souvent, comme toujours, la différence se joue avec les acteurs. J’aurais préféré voir une inversion des rôles entre celui du réalisateur et celui de l’assistant afin de voir si l’autre acteur s’en serait mieux sorti : ça aurait moins fait ton sur ton. Ici, Hong Sang-soo prend un malin plaisir à opposer les qualités et les défauts de ses personnages. Odieux, son cinéaste parle mal à tout le monde, baise avec la femme de son assistant sans la moindre honte, avec une autre deux jours après alors qu’il envisage de l’engager sur son film, nie plus tard avoir couché avec elle… Et au contraire, l’assistant tient à s’excuser auprès du restaurateur maltraité, considère bien sa femme, tandis que sa femme tombe amoureuse de l’autre, aime les chiens, emprunte une canne pour son amant, remercie vivement les inconnus qui l’aident à se sortir de la panade avec sa voiture sur la plage…

On sent que tout cela est très bien construit, mais au-delà de la moralité assez douteuse et même revendiquée des personnages, quand c’est trop, c’est trop. Encore une fois, j’aurais aimé voir si ma vision du personnage aurait été lissée avec l’autre acteur. Et puis, le cinéaste à de quoi laisser sur la grève des détails qui ont le don de m’agacer. Il quitte les lieux avec la canne alors qu’elle ne lui appartient pas. Et qu’est-il advenu de ce chien que le couple semblait avoir tout à coup recueilli ? On abandonne les bêtes sur un coup de tête sur la voie publique, on s’en débarrasse sans remords, si l’idée consiste à forcer une comparaison avec les relations amoureuses, c’est assez bien trouvé, mais c’en est pas pour autant passionnant à voir. Les allégories animales de Hong Sang-soo se révèlent au mieux, incompréhensibles, au pire, un peu lourdes. Dans le même genre, le cinéaste introduisait La Femme qui s’est enfuie avec des poules…

Reste le talent des acteurs. L’improvisation, toujours, a du bon. Et je retrouve Song Seon-mi rajeunie de quelques années. Assez étonnant de voir combien certaines femmes coréennes peuvent se montrer plus belles à quarante qu’à trente. Pas la même élégance non plus. Mais une élégance dans les gestes et l’attitude.


Woman on the Beach, Hong Sang-soo 2006 Haebyonui yoin / 해변의 여인 | BOM Film Productions


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Juste sous vos yeux, Hong Sang-soo (2021)

Le retour du film prodigue

Note : 3.5 sur 5.

Juste sous vos yeux

Titre original : Dangsin-eolgul-apeseo / 당신의 얼굴 앞에서

Aka : In Front of Your Face

Année : 2021

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Lee Hye-yeong, Kwon Hae-hyo, Kim Sae-byuk

Nouvelle actrice, nouveau départ. On commence à comprendre la technique Hong Sang-soo (à laquelle il ne peut rien) : c’est à l’échelle de toute une filmographie, ce que j’ai appelé parfois l’effet La Maman et la Putain. Le film d’Eustache était chiant et long, mais parce qu’il était long et ne s’appliquait qu’à nous montrer à l’écran les mêmes acteurs, on finissait par s’habituer et par rentrer dans le jeu, dans le rythme du film, ou sa logique propre.

À piocher ici ou là un film au hasard du cinéaste, les chances de s’y laisser prendre sont minces. Mais la force des œuvres de Hong Sang-soo, c’est pour beaucoup ses acteurs. Et les acteurs doivent ne l’ignorent pas, parce qu’ils le lui rendent bien : j’ignore précisément la technique de direction d’acteurs du cinéaste, mais ils sont tous sur la même longueur d’onde. Les tentatives avortées qui impliquent des interprètes inadaptés existent, mais en général, quand on n’est pas faits pour certaines techniques de jeu, ça se remarque tout de suite. Ces essais ratés restent parfois invisibles (au rythme de production, ils semblent rares). Pour les autres, ça ne peut être qu’un plaisir de retrouver un cinéaste qui les met si bien en avant et qui, je le pense compte tenu du résultat, leur laisse autant de libertés.

Je m’étais plaint parfois de certains de ses acteurs. J’ignore si c’était dû aux films, à l’habitude que je n’avais pas encore prise de les voir, si les acteurs d’une époque avec qui le cinéaste cessera de travailler ne me convenaient pas… Bref, il me faudrait revoir ces films découverts en début de chaîne pour voir si l’expérience nouvellement gagnée à voir certains d’entre eux, dans d’autres rôles, permet de les voir sous un autre angle et ainsi d’apprécier différemment les œuvres vues parfois peut-être trop tôt. Il n’y a qu’un film (même si Hong Sang-soo s’applique à refaire ce même film depuis vingt ans), pourtant, au revisionnage, on en voit toujours un autre…

C’est bien aussi de rester sur les premières impressions. Autrement, on passerait notre temps à tout revoir. C’est juste une perception, farouchement esclave de nos habitudes de spectateurs, avec laquelle il ne faut pas être dupe. Et je suis désolé, toujours, d’en revenir au relativisme. Oui, constater à quel point nos appréciations dépendent de facteurs parfois dérisoires fait relativiser la valeur que l’on donne aux choses.

Le visage de l’actrice principale ne m’était pas bien familier. Je n’avançais pas bien confiant. Très vite, on peine à s’intéresser ou à comprendre ce qui ronge son personnage. Un cinéaste qui compte faire un film avec elle demande à la voir. Elle n’a pas tourné depuis longtemps, partie depuis aux États-Unis. La relation entre elle et sa sœur est ainsi intéressante, mais (désolé de te le faire remarquer, Sang-soo) aussi beaucoup anecdotique, même quand on la revoit à la lumière de ce qu’on apprend après. Peut-être parce qu’elle prend un peu trop de place justement. Et parce que c’est tout naturellement qu’on pense qu’elle est au cœur du film (alors qu’elle ne sert qu’à illustrer la détresse du personnage principal).

On commence à comprendre où veut en venir le cinéaste quand « l’actrice » profite du report de son rendez-vous pour se rendre à un autre endroit : la maison où elle a grandi. Tout passe toujours par le dialogue chez Hong Sang-soo — dialogues qui en révèlent toujours plus que ce qu’ils semblent dire d’abord dans leur apparente trivialité. À force d’agréger les indices (et les informations), une vue d’ensemble finit par mieux se dessiner. Plus tard, l’actrice dira au cinéaste que ses films sont comme des nouvelles. Précisément, ces techniques narratives se rencontrent davantage dans la littérature (et encore plus dans la nouvelle qui fonctionne sur le principe « exposition, indices et chute ») que dans le cinéma. Une manière d’aborder les choses sans avoir l’air d’y toucher. Bref, on comprend alors la solitude et la nostalgie de cette femme venue retrouver des souvenirs lointains, probablement de bonheur, de son enfance. Représentation rare chez le cinéaste : celle d’une enfant qui s’approche de l’actrice. Sans doute parce qu’il s’agit plus d’une apparition, elle restera de dos : l’image sans visage de la petite fille qu’elle avait été et qui avait grandi entre ces mêmes murs.

Et puis, ellipse brutale, comme souvent chez Hong Sang-soo qui favorise les longues séquences installées. Un visage familier : Kwon Hae-hyo, l’acteur au ton si ironique et pince-sans-rire qui interprète parfois le pendant du cinéaste à l’écran. L’entretien entre l’actrice exilée et le cinéaste. La première est directe et semble percevoir toutes les techniques louches de mâle usant de son autorité pour gagner les faveurs des femmes. Pourquoi l’entretien se tient-il dans un bar fermé ? Pourquoi le cinéaste a-t-il demandé à l’assistant de les laisser ? Etc. Ici, en tant que spectateur, quand on sait à quel point les films du cinéaste peuvent être inspirés par la réalité, on aurait presque la curiosité de savoir s’il y aurait réellement une telle actrice n’ayant joué que dans un film qui l’aurait marqué au point de vouloir la refaire tourner trente ans après… (L’actrice est la fille du cinéaste Lee Man-hee avec qui, apprend-on sur Wikipédia, la mère productrice de Hong Sang-soo aurait travaillé. Possiblement, les deux filsde se connaîtraient donc depuis l’enfance.) Quoi qu’il en soit, elle finit par expliquer qu’elle ne pourra pas faire de film avec lui, et tout ce qui suit est follement passionnant… et triste. L’humour heureusement ne manque pas de ponctuer l’humeur sinistre de cette seconde partie bien meilleure que la première. Et comme toujours, c’est à travers l’alcool que les personnages se livrent. Comme toujours, le cinéaste raconte l’histoire d’un retour.


Juste sous vos yeux, Hong Sang-soo 2021 Dangsin-eolgul-apeseo | Jeonwonsa Film


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La Femme qui s’est enfuie, Hong Sang-soo (2020)

Le retour d’Alice

Note : 3.5 sur 5.

La Femme qui s’est enfuie

Titre original : Domangchin yeoja / 도망친 여자

Année : 2020

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Song Seon-mi, Kim Sae-byuk, Lee Eun-mi, Kwon Hae-hyo

Je crois avoir rarement vu un titre révéler autant les parts d’ombre d’un récit qui refusera de se dévoiler complètement au cours de ses quelque 75 minutes.

(Cette fois, les traducteurs se sont contentés de traduire littéralement le titre original. Usage pas toujours respecté. Certains distributeurs en France aiment céder aux injonctions publicitaires en charcutant avec le cinéaste coréen comme avec d’autres la nature souvent instructive des titres de ses films… Un peu comme mon titre idiot)

Rien dans le comportement de cette femme qui rencontre successivement d’anciennes connaissances n’indique (en dehors de son titre donc) qu’elle pourrait fuir. Quelques éléments sur sa vie privée laissent percevoir une femme qui, malheureuse au sein de son couple, aurait décidé de prendre l’air. Mais sans la précision du titre, la dimension psychologique la plus importante du film nous resterait inaccessible (de toute façon, chez le cinéaste, les aspects diégétiques qui demeurent hermétiques ont rarement pesé sur sa capacité à éveiller l’intérêt du spectateur).

Ce mystère ou ce non-dit donne au film un côté Le Repas, avec sa tendance à plonger dans l’incommunicabilité. On ne saura rien du mari, sinon qu’elle ne l’aime sans doute pas beaucoup et qu’elle s’est probablement mariée avec lui par dépit. Et l’on en apprendra plus au contraire… sur son ancien amant parti avec une autre femme. Le film s’enfonce dans le sinistre quand on comprend que si elle fuit, c’est aussi un peu pour se rapprocher de ce qu’elle a perdu. La mise en abîme finale (double ration) où elle se glisse dans une salle de cinéma vide lors d’une projection révèle ainsi le vide de son existence présente (certains prétendent qu’il pourrait s’agir d’un film de Hong Sang-soo).

Rarement, on aura vu au cinéma la solitude aussi bien exprimée d’un personnage enfermé dans la prison nostalgique d’un ancien amour perdu. Tout ce qui précède, les rencontres avec ses vieilles amies célibataires qui semblent heureuses ainsi, ne fait que préparer cette chute d’une tristesse infinie. Elle n’aura jamais eu l’occasion de goûter au bonheur et à la liberté d’être seule : sa solitude à elle était sans doute synonyme de mariage sans amour, un mariage qui l’asphyxie, et au moment d’essayer d’y échapper, tout la ramène à l’échec de sa relation passée. Hong Sang-soo n’a pas besoin d’explorer la possibilité d’un destin qui l’aurait mené vers le bonheur (ou l’amour). Son personnage ne cesse de le chercher pour nous. Certains plongent leur chagrin dans l’alcool, d’autres s’enivrent dans des salles vides de films tristes…

Notons autre chose également : le tournant apparent (mais peut-être inexact, je ne vérifierai pas) de Hong Sang-soo pour des récits de plus en plus centrés sur les femmes. Il y aura peut-être mis du temps, et c’est peut-être la force du temps, il se rapproche, me semble-t-il, des cinéastes qui préfèrent mettre les récits de femmes à l’honneur. Les hommes ne sont pas forcément exclus, mais ils sont peut-être moins présents, moins obsédés, et surtout, les femmes sont rarement dupes de leurs bêtises (même si elles restent toujours leurs victimes). Là encore, je ne vérifierai pas, mais ce virage s’est sans doute engagé avec sa rencontre avec Kim Min-hee et le scandale qui avait émaillé leur relation (à l’origine sans doute du sujet de Seule sur la plage la nuit — l’actrice, comme le personnage du film, ne participe plus à d’autres productions).

Les récits du cinéaste semblaient, avant cette rencontre, être focalisés sur des hommes (des artistes, dans une vaste majorité, donc sur lui). Depuis, la placer au centre de ses films est d’occasion non pas de l’envoyer dans les bras d’autres hommes, mais d’évoquer sa solitude et de l’accompagner d’autres femmes. Le male gaze sur la sororité en quelque sorte. Un grand classique du cinéma (certains titres y font souvent explicitement référence : Trois Femmes, Hannah et ses sœurs, Les Quatre Sœurs Makioka, Femmes au bord de la crise de nerfs, etc.). Et par trois fois au moins, cela a été l’occasion de voir Kim Min-hee aux côtés de Song Seon-mi. Dès Seule sur la plage la nuit, les deux actrices montraient une parfaite entente, et un baiser ponctuait même leur première scène. Dans Hotel by the River, l’une vient réconforter l’autre dans une complicité quasi fraternelle (voire amoureuse). Et le cinéaste remet le couvert dans ce film. Vingt ans pour trouver des perles, ça vaut le coup sans doute. Tamise encore quelques années, l’ami. Tu m’apporteras de l’or.

J’attends toujours ton chef-d’œuvre, en revanche. À moins que (puisqu’à chaque visionnage, on s’habitue) tu me laisses, par moi-même, faire de tes précédents films de grands films à l’occasion de visionnages futurs… Pas sûr de vouloir passer ma vie avec toi, tu sais, Jang-Cloode.


La Femme qui s’est enfuie, Hong Sang-soo 2020 Domangchin yeoja / 도망친 여자 | Jeonwonsa Film


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Seule sur la plage la nuit, Hong Sang-soo (2017)

Gueule de bois

Note : 4 sur 5.

Seule sur la plage la nuit

Titre original : Bameui haebyeoneso honja / 밤의 해변에서 혼자

Année : 2017

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Kwon Hae-hyo, Jeong Jae-yeong, Moon Sung-keun, Song Seon-mi

Peut-être le plus digeste des films très autocentrés du cinéaste. Il nous y expose certes des événements plus ou moins en rapport avec sa propre vie et avec celle de son actrice principale (du moins, on peut l’imaginer), mais reconnaissons qu’après vingt ans à peaufiner une méthode cinématographique et une écriture somme toute bien personnelle, le bonhomme sait y faire.

Le réalisateur a trouvé les acteurs le mieux adaptés à ses dispositifs et le spectateur peut enfin se concentrer sur autre chose que les erreurs de distribution. Le plaisir est au rendez-vous, aidé en cela par le charme et le second degré des acteurs. L’ironie reste le point fort des derniers films de Hong Sang-soo.

Sur la forme, le cinéaste se montre relativement sobre (à l’image de personnages conviés autour d’une table, on se demande combien de temps il tiendra) : un leitmotiv burlesque au sens assez abscons (l’individu qui demande l’heure, qui suit les deux Coréennes à Hambourg et qui lave la porte-fenêtre un peu plus tard dans l’appartement), une construction en deux parties (départ après le scandale, retour au bercail alors qu’il continue de hanter le personnage principal). Et puis, une séquence onirique qui pourrait sortir de l’imagination d’un étudiant en cinéma. Un caprice et une habitude chez Hong Sang-soo, mais l’astuce va aussi dans le sens du récit en renforçant la solitude de l’actrice.

J’attends toujours le chef-d’œuvre, cela dit. Seule sur la plage la nuit se situe dans le haut du panier. Manque la dernière marche qui me laisserait coi, ébahi et plein d’admiration. Elle a raison ton actrice, ta chérie ou ton personnage principal : arrête peut-être de raconter ta vie, pour voir, et mets-toi plus en danger, explore. Garde le meilleur de ton style, et imagine une histoire qui colle parfaitement avec la forme, mets-toi en quête d’une évidence, tente d’en faire peut-être à peine plus dans un sens, ou au contraire, tends vers plus de minimalisme ou d’incommunicabilité, de contradictions, d’injustice… Au travail, fainéant.

Sinon, je m’amuse à repérer les tics de langage autorisés aux acteurs (dans le cas d’improvisation dirigée) ou dans le texte (en dehors de quelques passages obligés, le cinéaste semble laisser beaucoup de libertés à ses acteurs). Un seul « aille-go » pourtant très courant chez les Coréens (équivalent à « zut », mais avec des variantes que j’ignore, mon traducteur vocal par exemple propose « oh, mon Dieu ! »). Pas beaucoup plus de « keurenika » (« tu sais », balancé à la fin de chaque phrase pour ponctuer une discussion). En revanche, ça balance énormément de « créo », de « qeuré », de « qeuré-ka » (traduit par « ah bon », « d’accord », « bien », « tu crois ? »). Plus que cinq cents ans et je suis bilingue. Et d’ici là, Hong Sang-soo aura produit quelques chefs-d’œuvre.

그래.


Seule sur la plage la nuit, Hong Sang-soo 2017 Bameui haebyeoneso honja Jeonwonsa Film


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Un jour avec, un jour sans, Hong Sang-soo (2015)

Une sage histoire

Note : 4 sur 5.

Un jour avec, un jour sans

Titre original : Jigeumeun matgo geuttaeneun tteullida / 지금은맞고그때는틀리다

Année : 2015

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Jeong Jae-yeong, Kim Min-hee, Choi Hwa-Jeong, Seo Young-hwa, Yoon Yeo-jeong, Yoo Joon-sang, Go Ah-seong, Gi Ju-bong

Un de mes préférés, assurément. Hong Sang-soo s’amuse une nouvelle fois avec son récit en le découpant ici à la manière d’Eustache pour Une sale histoire. Une relation s’installe entre un cinéaste venu trop tôt à une conférence qu’il devra donner le lendemain et une jeune peintre : ils passent la journée ensemble, puis prennent un verre et terminent la soirée chez une amie de la peintre.

Jusque-là, c’est déjà tout à fait charmant : comme d’habitude, notre adhésion dépend de la qualité des acteurs. Et Hong Sang-soo semble même avoir une idée de génie pour les diriger : si les scènes de beuveries n’ont rien d’inhabituel chez lui, pourquoi diable n’avait-il jamais pensé à leur demander pour plus de crédibilité… de s’enivrer réellement ? Je plaisante, mais c’est en tout cas ce qu’on se dit quand on voit les deux acteurs se faire face, multiplier les verres et montrer autant de spontanéité, libérés de toute retenue.

Et puis, au bout d’une heure, on reprend tout et on recommence. Le jeu habituel des sept erreurs, l’univers quantique du cinéaste qui aime tant explorer les possibilités narratives, les occasions manquées, les récits alternatifs… Avec une idée somme toute assez simple, mais aussi audacieuse, dirait son propre personnage. Quelques différences jaillissent entre les situations, a-t-on manqué d’attention la première fois ou la mémoire que l’on se fait de cette première version est-elle conditionnée par la répétition ? Comme chez Eustache (avec un dispositif plus radical encore), l’aller-retour permanent entre les deux parties (jeu de comparaison) force la concentration, pousse à l’ironie, voire à une certaine forme de philosophie. Tous les jours, nous nous trouvons ainsi placés dans des positions capables d’influer sur notre environnement, notre rapport aux autres et notre destin. Les deux univers parallèles proposés ici ne s’opposent pas de manière radicale. Étrangement, c’est peut-être celui que l’on pourrait craindre tourner le plus mal qui s’avère le plus positif pour les deux personnages.

En tant que spectateur, ces séquences d’ivresse me paraissaient bien plus crédibles lors de la première partie : au contraire de la première, les acteurs ne me semblaient pas réellement ivres dans la seconde version. Était-ce le résultat d’une certaine lassitude de la répétition, la fin d’un effet de surprise ? Ou le cinéaste s’est-il amusé à créer de telles différences ? Nous pourrions nous amuser, nous, spectateurs, à imaginer, soit que les séquences aient été tournées à des jours d’intervalle et que les acteurs aient refusé de s’enivrer autant comme la première fois, soit (et ce serait plus crédible) que le cinéaste ait multiplié les prises en improvisation dirigée le même jour tout en leur demandant de continuer de boire. Il aurait ensuite placé au montage la séquence tournée plus tardivement (avec des acteurs ivres) avant la séquence tournée plus tôt (avec des acteurs encore relativement sobres). On peut le remarquer d’ailleurs, et sauf erreur de ma part, dans la première partie, les acteurs font face à deux bouteilles vides de soju et en sont à la troisième, tandis que dans la seconde partie, ils n’entament que la première, les deux autres bouteilles étant sur la table, pleines. C’est un classique chez les acteurs : si, à la première prise, on peut espérer plus de spontanéité (surtout en improvisation dirigée), à force de répéter, on gagne en idées nouvelles, on perd en fraîcheur et en sincérité… jusqu’à ce que la fatigue se fasse sentir et qu’on lâche prise. On ne saura jamais, et c’est tant mieux. L’intérêt de tels procédés ou astuces, au-delà du récit et de la comparaison, c’est bien de susciter de telles questions sur le film sans chercher à y répondre. Comme le tour d’un magicien, celui d’un cinéaste (et de son équipe) doit rester impénétrable…

Jeu des 7 erreurs : Un jour après trois heures d’impro (et d’alcool) / Un jour après une heure d’impro (et pas pour autant sans alcool)

Bien sûr, tout au long du film, on sourit de l’autodérision du cinéaste : ça ne m’arrive pas toujours, parler des cinéastes ou des créateurs à l’écran peut parfois m’agacer. Mais la pilule passe mieux avec des acteurs qui savent s’y prendre. Il faut parfois multiplier les prises pour trouver la bonne affinité entre les acteurs ; d’autres fois, ce sont les acteurs qu’il faut multiplier pour trouver la bonne osmose avec une histoire ou un public. Je n’ai pas souvenir de ces acteurs dans les autres films du réalisateur jusqu’ici (mais ma mémoire de physionomiste déficient joue souvent avec moi leur propre magie et leurs mauvais « tours »), ils sont parfaits. Et quelques-uns des chouchous du réalisateur qui apparaissent ici dans des seconds rôles font presque office de gardiens du temple (presque littéralement ici).

(Je suis la filmographie relativement dans l’ordre : c’est donc le premier film du cinéaste que je vois avec sa future égérie, Kim Min-hee. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle colle parfaitement au ton du cinéaste. C’est indéniable, sa présence a eu du bon dans son approche, et c’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour lui avec cette rencontre. J’évoque cela ailleurs.)

Je pourrais, bien sûr, m’agacer en voyant le cinéaste toujours aussi attiré par les jolies filles, mais au moins ici, il ne joue pas les Woody Allen et n’impose pas à ses actrices une forme de gérontophilie malaisante : le personnage du cinéaste se trouve être certes plus âgé que la peintre, mais cela reste encore raisonnable. L’honneur et la morale sont saufs. Des mots d’amour, un baiser sur la joue, et puis s’en va.

C’est tellement plus beau comme ça, Sang-soo. Ne fais pas ton Jean-Claude Dusse, ne force pas, ne conclus pas (je parle de films). Parce que si tu nous proposes deux versions différentes d’une même journée, on se charge tout seuls des mille autres versions possibles où les personnages comme dans Un jour sans fin s’y reprennent chaque fois de façons différentes pour explorer les possibilités, même les plus graveleuses. Après tout, c’est un réflexe que le spectateur possède déjà et que tu ne fais qu’invoquer et exploiter à travers ton film : « Et si l’on avait agi autrement ? ».

On se pose, et on « pause ». Retour en arrière. « Et si ». Invoquer seulement les possibles, ne suggérer que de petites différences comme dans un jeu de sept erreurs, ce sera toujours mieux. Jean-Claude Dusse, lui, explorerait la possibilité unique qui lui serait offerte de conclure. Et il se l’imaginerait écrite par Marc Levy. Tu m’ennuies souvent, Sang-soo, mais je te reconnais au moins le fait de ne jamais tomber dans ces excès, ces « forçages ». Attention à toi cependant : j’espère que les films restent un prétexte à explorer tes fantasmes, que tu te sers d’eux pour produire, créer, et que tu ne franchis jamais la ligne jaune. Je t’ai à l’œil, Jang-Cloode : garde ta chemise.


Un jour avec, un jour sans, Hong Sang-soo 2015 Jigeumeun matgo geuttaeneun tteullida / 지금은맞고그때는틀리다 | Jeonwonsa Film


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In Another Country, Hong Sang-soo (2012)

Isabelle en quête d’auteur

Note : 3.5 sur 5.

In Another Country

Titre original : Da-reun na-ra-e-seo / 다른 나라에서

Année : 2012

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Isabelle Huppert, Yoo Joon-sang, Kwon Hae-hyo, Moon So-ri, Moon Sung-keun, Jeong Yu-mi, Yoon Yeo-jeong

De la légèreté et de l’inconséquence chez Hong Sang-soo (toujours), mais elles ne font cette fois pas de victimes. Au mieux, des déçus. En somme, la renommée aidant, l’âge surtout, je n’ai aucun doute sur le fait qu’Isabelle Huppert puisse se défendre. Pas beaucoup plus de surprises sur le type de légèreté proposé ici : une fantaisie.

Je retrouve le Hong Sang-soo qui me séduit le plus, à savoir un cinéaste qui s’amuse avec la structure du récit. Différentes histoires courtes qui se succèdent servent de prétexte à un jeu de réécriture. À partir d’un lieu unique et de quelques personnages-cadres, d’autres apparaissent interprétés par la même actrice. Le réalisateur utilise comme à son habitude un certain nombre de plantings (la bouteille sur la plage, le parapluie) qui « mettent la puce à l’oreille ». Le procédé fait office de décors narratifs, mais pourquoi s’en priver. Hong Sang-soo joue à nouveau sur la frivolité de ses protagonistes, mais évite aussi la vulgarité d’un regard « masculin » (parfois un peu lourd, comme dans Haewon et les hommes).

En fonction du personnage qu’elle incarne, Isabelle Huppert assume le poids de cette fantaisie volage. Ce regard féminin change tout dans l’approche du cinéaste. Ses personnages peuvent se révéler follement amoureux d’un metteur en scène coréen qu’elle attend désespérément dans sa chambre en rêvant de flirter « en douce » avec lui loin des regards indiscrets ou partir en quête du « phare » du sauveteur en mer du coin. Isabelle Huppert n’hésite pas par ailleurs à jouer la bêtise (l’étonnement ou la crédulité, plus précisément), source bien sûr de quelques situations amusantes.

Contrairement à Haewon et les hommes, la distribution est aussi beaucoup plus à mon goût. Jung Yu-mi dans le rôle de la réceptionniste a ce petit air idiot mais charmant qui sied parfaitement au comique et à l’absurde de répétition des séquences. Youn Yuh-jung, dans celui d’une amie au chevet d’Isabelle Huppert, offre toujours une touche singulière, fantaisiste, aux films de Hong Sang-so dans lesquels elle apparaît (même si je la préfère lumineuse et naturelle comme ici plutôt que grincheuse comme dans d’autres films, car elle y manque alors un peu de justesse). Le personnage du sauveteur, parfaitement idiot, prisonnier d’une répétition de situations absurdes, est particulièrement savoureux. Et enfin, je dois l’avouer, je dois avoir un faible pour le charme pour le coup bien grincheux de Moon So-ri (déjà parfaite dans Ha ha ha) : une intelligence dans le regard, porté en coin, jaloux, suspicieux. Elle a une manière (comme d’autres Coréennes) d’exprimer la défiance en faisant des gros yeux et en prenant une posture bouche ouverte, je dois être un peu sadique parce que ce mauvais caractère (exagéré puisqu’il a pour but, par l’excès, de montrer à l’autre qu’il nous exaspère), je lui trouve quelque chose de tout à fait charmant. Évidemment, dans le film, ces yeux en coin, proposés en arrière-plan, ne font qu’ajouter au ton « léger » du film. Des actrices comiques, ce n’est pas si fréquent dans le cinéma coréen. C’est quand elles mènent la barque de Hong Sang-soo que son cinéma touche juste.


In Another Country, Hong Sang-soo 2012 Da-reun na-ra-e-seo / 다른 나라에서 | Jeonwonsa Films


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Haewon et les hommes, Hong Sang-soo (2013)

Sang-soo dans tous ses états

Note : 2.5 sur 5.

Haewon et les hommes

Titre original : Nugu-ui ttal-do anin Hae-won / 누구의 딸도 아닌 해원

Année : 2013

Réalisation : Hong Sang-soo

Avec : Jeong Eun-Chae, Lee Sun-kyun, Yoo Joon-sang, Ye Ji-won, Kim Ja-ok, Kim Eui-sung

Rien de bien enthousiasmant pour ce qui est présenté comme un de ses meilleurs films. Hong Sang-soo, sans des personnages ou des acteurs qu’on aime retrouver, sans les astuces narratives qui nous mettent la puce à l’oreille en quelque sorte, la saveur n’est pas la même. L’accessoire, la forme reste l’axe fort du cinéaste. Le film collectionne ici les astuces mal emboîtées et faciles : des mégots écrasés on ne sait trop pourquoi (leitmotiv), des remparts à Séoul gravis à deux occasions (comique de répétition ou technique du jeu de l’oie quantique), des tranches de récit oniriques (ou pas).

Pour ce qui est de la distribution, en dehors du vieux promeneur aux remparts (acteur récurrent qui fait office de sage mutique dans le cinéma de Hong Sang-soo), et peut-être de l’actrice principale, je suis loin d’être fan des acteurs habituels qui parsèment cette distribution. Leurs personnages me sortent par les yeux.

Une étudiante un peu perdue sentimentalement qui s’attache trop facilement (donc pas du tout) à deux hommes, qui, eux, cherchent avant tout à profiter de la situation. À ses côtés, un professeur qui en a fait sa maîtresse l’année d’avant et qui n’aurait rien contre le fait de profiter lui aussi de sa position pour sauter à nouveau sur l’occasion (et l’étudiante).

Quand le récit commence par se lancer dans les clichés, la manœuvre consiste à s’en écarter d’une manière ou d’une autre, non à s’y vautrer à chaque nouveau coup de pinceau. Le film s’appelle Haewon et les hommes, à ce compte, on prend plus de plaisir à voir cette gamine un peu lunaire partager les premières scènes avec deux femmes : Jane Birkin et sa mère.

J’ignore la part d’autofiction dans ses films, mais il ne faudrait pas que Hong Sang-soo soit un de ceux qui se servent de leur statut pour profiter de leurs collaboratrices. Les films ne deviendraient alors que des prétextes à diverses rencontres sentimentales et le spectateur n’aurait d’autre choix que de se faire le témoin ignorant de ce pitoyable stratagème. Certains réalisateurs coréens semblent ne pas y avoir échappé d’ailleurs. Hong Sang-soo montre ici une certaine forme de légèreté qu’on n’autorise qu’aux hommes (ou qu’ils s’autorisent tout seuls). L’inconséquence relative des dégâts que leur comportement peut provoquer sur leurs victimes (même consentante et adulte, Haewon doit assumer l’injonction du secret qui lui est imposé et subir les crises de jalousie puériles et déplacées de son « amant ») laisserait entendre que ce doit être une perspective crédible qui aurait la mauvaise idée de polluer la perception qu’on peut se faire de ses films. Il y a des limites à la décence à laquelle aucun spectateur ne peut échapper même en y résistant de toutes ses forces. Et il n’y a pas toujours un avantage à suggérer au public à qui l’on destine ses films que des pans entiers de ce qu’on y décrit contiennent une base autobiographique.

On pourra me rétorquer que le cinéma de Hong Sang-soo, à l’image de celui de Rohmer, ce ne sont que des histoires légères. Mais l’inconséquence, surtout quand on profite d’un statut pour user de son autorité sur d’autres qui y seraient sensibles, provoque un malaise et une suspicion difficiles à avaler. Les connards, on les aime (et pas toujours) sur l’écran, pas en dehors. Si l’on s’inspire de ceux de la vie réelle et qu’on en est un soi-même, disons que ça casse relativement efficacement le contrat de confiance passé entre auteur et spectateurs. D’autres évitent délicatement (ou hypocritement) de parler de ce dont on les accuse dans leurs films.


Note de fin de filmographie : Après quelques recherches, ce qu’on pouvait craindre avec ce film s’est vérifié. Trois ans après ce film, le cinéaste confirmera une liaison avec l’actrice qui deviendra finalement l’égérie de cette dernière partie de carrière. L’adultère ferait moins jaser en France qu’en Corée, mais cela laisse supposer malheureusement que Hong Sang-soo aurait sans doute abusé (au sens familier, pas sexuel, même si l’on peut aussi le supposer) de sa position. L’alcoolisme ou la solitude au sein d’un mariage raté n’excuse rien. Les cinéastes, a fortiori quand ce sont des hommes, quand ils font des avances et qu’elles sont refusées, cela n’a pas de conséquences sur eux. Des actrices, au contraire, peuvent y laisser des plumes. Parce que les acteurs sont toujours, et a fortiori quand ce sont des femmes, soumis aux désirs parfois capricieux de ceux qui leur donnent du travail : ce n’est ni les critiques ni le public qui les font tourner.

Regardons ce qu’il est advenu de la carrière de Kim Min-hee après l’officialisation de leur relation : elle qui avait tenu le rôle principal dans Mademoiselle n’a plus jamais tourné dans une production de cette ampleur. Elle est depuis, pour ainsi dire, assujettie au seul désir de son ancien amant et pas forcément libre non seulement dans ses choix de carrière (on ne décide pas forcément d’être l’égérie de quelqu’un, et l’on ne maîtrise pas ce qu’on fait de son image : le pouvoir de dire non est très limité), mais aussi dans sa vie personnelle. Quand un cinéaste connu trompe et quitte sa femme, il continue de travailler ; quand une femme de cinéaste (légitime ou non) qui est par ailleurs reconnue pour être l’actrice quasi exclusive de ce cinéaste, qui lui offre du travail quand elle décide de le quitter ?

La seule chose à espérer pour Kim Min-hee, c’est qu’elle soit pleinement maîtresse de ses choix. Et on peut en douter. Je n’aime généralement pas m’immiscer dans la vie personnelle des artistes (quoique, je ne me retiens pas pour évoquer les « filsde »), mais puisqu’on peut difficilement séparer le cinéaste Hong Sang-soo de l’homme, parce que c’est son choix, on y est un peu forcé ici. À l’image des séquences entre les séquences filmées qu’on s’imagine dans ses films, on peut même dire, qu’on l’accepte ou non, que cette part inconnue qui sépare la vie réelle, des fantasmes et des films du cinéaste fait partie intégrante de son cinéma. Malheureusement pour lui, à force de jouer trop près du feu, on finit par se brûler. Les avantages et les inconvénients de l’autofiction…

Dernière note de fin : Ce film est peut-être le seul de la décennie décevant à mes yeux. À la hauteur de films du cinéaste des années 2000 qui ne m’enthousiasment guère. À se demander si la conséquence du scandale de 2016 n’a pas été une obligation pour Hong Sang-soo de mettre les femmes bien plus au cœur de ces films au lieu d’en faire des objets de conquête ou des idiotes. Ses films se sont humanisés, féminisés, et ses acteurs récurrents (les plus en phase avec ses principes peut-être) ont formé un noyau dur, une troupe que le spectateur prend plaisir à retrouver. Faut-il qu’un cinéaste se comporte comme un connard avec les femmes pour venir ensuite être le plus convaincant possible dans son traitement des femmes ? Bergman, Mizoguchi, Allen… À en perdre la foi… Après, on pourra toujours me dire que Hong Sang-soo a l’alcool gentil et qu’il n’a fait des avances à des collaboratrices que dans ses films ou dans ses fantasmes (et à l’exception d’une autre).


Haewon et les hommes, Hong Sang-soo 2013 Nugu-ui ttal-do anin Hae-won / 누구의 딸도 아닌 해원 | Jeonwonsa Film


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Trois ou quatre films que je sais de Hong Sang-soo

Premiers films

Le Jour où le cochon est tombé dans le puits

Année : 1996

Le Pouvoir de la province de Kangwon

Année : 1998

La Vierge mise à nu par ses prétendants

Année : 2000

Note : 4 sur 5.

Note : 3.5 sur 5.

Note : 3 sur 5.

Premières impressions après avoir vu les six premiers films du cinéaste : un certain attrait pour la structure narrative, les leitmotivs, les histoires croisées amoureuses, les destins capricieux, etc. Tout cela ne serait pas sans trop me déplaire si le fond n’était pas si souvent délaissé au profit de la forme et de ces astuces, habitudes ou obstinations formelles. Le fond, c’est toujours dans un film la qualité de l’histoire proposée. J’admire la forme quand elle se met au service du fond… Et que cela paraisse étrange ou non, bien qu’ayant regardé ces six premiers films dans un ordre aléatoire, mes notes ne cessent de descendre.

Ainsi, dans son meilleur film vu jusqu’à présent (et son premier), Le Jour où le cochon est tombé dans le puits, j’ai trouvé le jeu à quatre et en parallèle parfaitement exécuté. Le récit en forme de jeu de l’oie ou des sept erreurs permet des retours en arrière et des perspectives différentes adoptées à partir d’un même événement. Une certaine tension se crée jusqu’à l’accomplissement final et relance en permanence la curiosité, ce qui au bout du compte sert au mieux l’histoire.

Le Pouvoir de la province de Kangwon joue sur des ressorts formels identiques, mais la nature des fils narratifs révélés petit à petit, leur nombre, tout ça perd de son intérêt par rapport au précédent film : les astuces formelles demeurent, mais le type de relations proposées et la facilité narrative de départ qui provoque la rencontre de deux personnes qui se connaissent dans un même lieu sans pour autant se voir n’aident pas à voir clair dans le récit. Dans ce type de structures, une fois le schéma initial compris, le spectateur admet une certaine marge dans la suspension de son jugement parce qu’il sait que des éléments ainsi déployés et perçus comme obscurs trouveront par la suite un sens nouveau. Sa capacité toutefois à subir ce genre d’exercice se heurtera toujours à certaines limites. À force d’abus, au moindre prétexte, l’élastique cède, et le spectateur refuse d’entrer dans ce petit jeu qui met sa patience au supplice.

La Vierge mise à nu par ses prétendants repose peut-être encore plus sur un jeu de sept erreurs. Les propositions temporelles revisitées dans le récit font clairement état de différences qui mettent à l’épreuve la cohérence dramatique d’ensemble. Excellente idée de départ, sauf que là encore, si la forme séduit, le sujet traité me paraît, au mieux, un peu anodin, au pire, incomplet. Sans aller jusqu’à vouloir prohiber les zones d’ombres dans un film, on peut exiger en retour que quand le récit révèle la nature de ces bribes d’événement opaques, cela en vaille la peine. Épuisé par ses longueurs, le film ne donne pas l’impression que chacune de ces séquences devait impérativement nous être montrée (les limites peut-être d’un récit où chaque pièce nouvelle peut contredire la cohérence dramatique de ce qui précède).

Le Jour où le cochon est tombé dans le puits, Hong Sang-soo 1996 Daijiga umule pajinnal | Dong-a Exports Co. Ltd.

Dernier point qui me semble affecter la qualité de ce que le spectateur perçoit, c’est l’interprétation et le choix des acteurs (sinon parfois, le choix même du cinéaste à déterminer telle ou telle activité pour un personnage : dans ce registre, on aurait presque l’impression que le cinéaste revendique son minimalisme et la répétition des types de lieux ou actions proposées). Hong Sang-soo fait dans l’incommunicabilité, là encore, cela a de quoi me séduire… et de quoi me lasser quand l’exécution déçoit. Certains acteurs manquent d’aisance avec cette forme d’interprétation : ils manquent de spontanéité, de créativité (pierre angulaire de l’improvisation) et se perdent parfois dans des silences qui au lieu d’être dans le rythme général de l’incommunicabilité (ou de la pesanteur, de la contemplation, peu importe comment on interprète ça) laisseraient plutôt penser qu’on a affaire à des prises ratées. On retrouve l’œil vide des acteurs perdus qui imposent des silences prolongés et qui témoignent plus d’un flottement chez l’acteur que chez le personnage. Dans les films suivants, toutefois, le cinéaste corrige le tir. Preuve que ce rythme trouvé dans ses premiers films n’était pas le seul fait du hasard (c’est un rythme tellement compliqué à obtenir des acteurs que c’est rarement un hasard). Mais signe aussi que le choix des acteurs laissait à désirer ou qu’Hong Sang-soo n’obtenait pas d’eux ce qu’il espérait (ce qui n’est pas loin d’être strictement la même chose, mais je vous laisse avec mes propres jeux des sept erreurs).

Je vais continuer sur ma lancée, mais s’il persiste à raconter des histoires avec des gens du cinéma ou s’il se répète sans rien apporter de neuf, je vais vite me lasser. À voir, un spectateur doit aussi pouvoir insister avec des cinéastes qui réalisent sans cesse le même film. Parmi leurs cinquante occurrences ou essais, par hasard ou non, se cache parfois une perle, un angle révélateur. Pour Hong Sang-soo, le défi, ce sera donc de voir s’il est parvenu dans la suite de sa filmographie à reproduire la qualité de son premier film, voire à le surpasser… Des cinéastes ayant produit un grand film à leurs débuts qui ne retrouveront jamais la même efficacité ou fraîcheur, ce ne serait pas un cas isolé. Soyons optimistes (mais prudents).


Jamais trois sans quatre.

J’avais des raisons d’être méfiant. Night and Day (2008)

Tout ce qui chez le réalisateur m’indiffère (et manifestement des points sur lesquels il insistera de plus en plus après ses premiers films) : des histoires de cul entre artistes. Tellement français. Le film a en plus le mauvais goût ici de mettre un seul homme au milieu de plusieurs femmes. Le côté plus choral et la parité des rôles de ses précédents films lui réussissaient mieux à mon sens. Surtout que les femmes qui tournent autour du personnage principal sont assez médiocres (à l’exception, peut-être, de l’élève des Beaux-Arts qu’il retrouve dans son rêve). La performance des actrices n’aide pas beaucoup. L’acteur qui joue le peintre, lui, s’en sort plutôt bien. Sans lui, le film aurait totalement manqué du seul charme qu’on peut lui reconnaître : l’humour. Ça donne un côté Bruno Dumont appréciable au style habituel d’Hong Sang-soo. Pour le reste, on oublie les structures alambiquées, les leitmotivs, les plantings. Deux ou trois choses pour révéler une ou deux informations, mais ça ne va pas plus loin. Ça me manquerait presque…

(J’avais vu trois des autres films des années 2000 bien avant, c’est pourquoi je suis directement passé à Night and Day.)

La suite aux prochains numéros.


Concernant Le Jour où le cochon est tombé dans le puits :

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Hong Sang-soo

Classement : 

8/10

  • Le Jour où le cochon est tombé dans le puits (1996)
  • Ha ha ha (2010)
  • Un jour avec, un jour sans (2015)
  • Seule sur la plage la nuit (2017)
  • Matins calmes à Séoul (2011)
  • Hill of Freedom (2014)

7/10

  • Le Pouvoir de la province de Kangwon (1998)
  • Turning Gate (2002)
  • In Another Country (2012)
  • Le Jour d’après (2017)
  • Hotel by the River (2018)
  • Juste sous vos yeux (2021)
  • La Femme qui s’est enfuie (2020)
  • Sunhi (2013)

6/10

  • La femme est l’avenir de l’homme (2004)
  • La Vierge mise à nu par ses prétendants (2000)
  • Night and Day (2008)
  • Les Femmes de mes amis (2009)
  • Woman on the Beach (2006)
  • Oki’s Movie (2010)
  • De nos jours (2023)

5/10

  • Conte de cinéma (2005)
  • Haewon et les hommes (2013)

Films commentés :

Simples notes : 

De nos jours (2023)

Jeu de forme pour un fond incertain. Minimum syndical pour Sangsoo. Montage parallèle entre deux groupes d’âge différents où des tentatives de transmission tendent à se faire, mais capotent : un poète visité par une étudiante en cinéma qui fait un documentaire sur lui et par un acteur venu chercher conseil ; puis une ancienne actrice hébergée par une cousine et son chat gourmand, vite réunies par une aspirante actrice. Les conseils aux apprentis n’en seront jamais (on peut suspecter que le réalisateur goûte assez peu sa renommée et l’arrivage de jeunes cons flagorneurs – il vieillit, il n’a guère plus grand intérêt à en profiter pour tirer avantage des gamines), alors le cinéaste s’amuse comme à son habitude à jouer avec le jeu des sept erreurs et à étaler sa frustration de boomer à qui l’on interdit les petits vices nocifs pour sa santé (alcool et cigarettes). Hong Sang-soo s’emmerde, et nous avec lui.

Sunhi (2013)

Joli film sur la multiplicité des femmes qui se finit un peu comme une farce. On a en fait une sorte de redite de Oki’s movie, avec une fin quasi identique. Ce n’est pas encore abouti comme les meilleurs films du cinéaste, parce que l’atout des films de Hong Sang-soo, c’est leur multiplicité… narrative, interprétationnelle, pas celle d’un seul personnage. Mais clairement, entre 2010 et 2013, on sent une hausse indéniable du niveau : même un film sans grande ambition, beaucoup grâce aux acteurs, on s’amuse des petites propositions dramatiques et du moindre dispositif hoquetant film après film. Chaque hoquet d’ivresse serait presque comme une nouvelle gorgée de bière venant nous rappeler les scènes passées vues dans d’autres films bien mieux réussis. Ce n’est pas la politique des auteurs, c’est une dépendance. De l’alcoolisme par procuration presque. Des clopes, de la bière et des filles… est-ce que ce petit malin ne s’est jamais soucié d’autre chose ?

Oki’s Movie (2010)

Je suspecte le cinéaste d’avoir voulu réaliser le film pour ces seules dix dernières minutes. Un nouveau croisement narratif dont il est friand, mais avant ça, on doit se farcir une heure de présentation pas bien finaude. Pour le prix qu’à du coûter le film, c’est toujours bon à prendre…

C’est tout de même étrange de voir la piètre qualité de ses films dans les premières années du siècle. Deux ou trois premiers bons films à la fin des années 90, puis après Turning Gate, je crois que je n’aime pas grand-chose. Il faut attendre cette année 2010 où le cinéaste réalise également Ha ha ha.


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