
Possible Love
Titre original : 가능한 사랑 / Ganeunghan salang
Année : 2026
Réalisation : Lee Chang-dong
Avec : Jeon Do-yeon, Seol Kyeong-gu, Jo In-sung, Cho Yeo-jeong
Un film qui sonne comme une mise en garde. La créativité des riches est un puits sans fond. Quand il n’y aura plus rien à exploiter après les ressources, les peuples autochtones, les pauvres et les travailleurs, la dignité et l’histoire des ouvriers resteront encore exploitables par les classes dominantes.
Lee Chang-dong travaille lui ses zones grises et rend hommage aux deux Krzysztof du Dekalog.
Si le titre lance une fausse piste (l’amour « possible », fantasmé entre personnes de classes différentes ne constitue pas vraiment le cœur du film), le sous-titre est (avant de le confirmer explicitement) un clin d’œil au cinéaste et au scénariste polonais : Tu ne convoiteras point. Et, en effet, la référence éclaire l’écriture, le style ou l’approche de Lee, ici, comme éventuellement ses précédents films. La convergence des luths est évidente : incommunicabilité, trajectoires croisées ou possibilités avortées (ne manque que le mysticisme, la musique évaporée et la précision inimitable de Kieślowski en matière de mise en scène).
On se demande ici qui convoite et qui vole l’autre en réalité. Entre celui qui repart avec un objet puéril, symbole de son pouvoir sur l’autre, et celui ou celle qui exploite l’image et la détresse de l’autre…
Attention aux morales toutes faites en revanche. Comme ses deux glorieux prédécesseurs, Lee s’intéresse davantage aux portes laissées ouvertes, aux résolutions multiples, détournées ou retardées, moins évidentes et faciles…
Les classes sociales et les rapports de classes existent comme une forme de choc de civilisation au sein de ce qui se présente comme une société et une culture unique. Mais quand des individus de ces différents environnements se retrouvent, ils ne sont pas les caricatures de leur milieu. C’est là que l’art… exploite, lui, ces fameuses zones grises. L’empathie et l’intérêt peuvent être sincères chez les bourgeois quand ils sont exposés à l’injustice que génèrent leurs privilèges, comme un travailleur, malmené de toutes parts (le patronat, la police, les collègues), peut rester sceptique et dubitatif face à l’efficacité des luttes syndicales.
En creux, en mettant en scène un film dans le film, Lee interroge les limites éthiques du documentaire, entre art, information, angle politique, faux-semblants, bonnes intentions… Malgré son empathie évidente, la réalisatrice par exemple sort très souvent du cadre professionnel. Au-delà des chocs des classes, une réalisatrice peut-elle devenir amie avec ses sujets principaux ? Si oui, avec quelles limites ? La dernière phase du film pose cette dernière question de manière radicale et prend même à revers le ressort romantique du récit : flirter avec le mari d’une autre, c’est prendre le risque de se faire prendre autrement que par les caméras de surveillance ; or, si un flagrant délit interviendra effectivement, il concernera la réalisatrice, non le possible amour évoqué jusque-là, et interrogera les limites éthiques de son travail. Géniale inversion des tropes narratifs en jouant avec les attentes du spectateur. Toute l’utilité des écritures baroques, sophistiquées, alambiquées.
Lee arrive précisément à tout faire tenir grâce à la justesse de son écriture. Les aspirations à la liberté des travailleurs d’un bout à l’autre de la planète se trouvent être strictement identiques et les menaces qui pèsent sur eux aussi : les fonds d’investissement étrangers et prédateurs, qui achètent des entreprises, virent une partie des travailleurs pour réduire les marges, et enfin revendent. La menace de l’IA rôde aussi (et pas que dans le travail, cf. la réplique sur les compliments du milliardaire faits à la manière de ChatGPT). Une critique au détour d’une situation pourrait tout autant s’appliquer à la France quand il est question de la pertinence de faire financer un film documentaire par des aides publiques quand on fait partie de la classe dominante… Le dédain toujours de l’homme d’affaires pour le couple avec qui sa femme sympathise : il ne lui reconnaît aucune originalité, ce ne sont que des ouvriers typiques et prétend même que sa femme joue merveilleusement bien le jeu pour s’attirer leurs faveurs. L’éléphant dans la pièce que le capitalisme fait disparaître comme par magie. La lune comme ultime témoin de ceux qui restent seuls sur le chemin du retour… Le film regorge comme ça de piques savoureuses et d’idées savamment trouvées.
2 H 40 pour une version d’un épisode du Dekalog, tu nous réserves la suite Lee Chang-dong ?
Possible Love, Lee Chang-dong (2026) | Pinehouse Film, Anonymous Content, Nowfilm, Netflix
Sur La Saveur des goûts amers :
Listes sur IMDb :
Liens externes :
Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !
Faire un don ponctuel
Faire un don mensuel
Faire un don annuel
Choisir un montant :
Ou saisir un montant personnalisé :
Merci.
Votre contribution est appréciée.
Votre contribution est appréciée.










































