The Revenant, Alejandro González Iñárritu (2015)

Root Bear Man

Note : 3.5 sur 5.

The Revenant

Année : 2015

Réalisation : Alejandro González Iñárritu

Avec : Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Will Poulter

C’est encore ce qu’il y a de plus digeste chez Alejandro. J’y retrouve le côté brutal des meilleurs films de Mel Gibson. Pour une fois, la sophistication de la mise en scène d’Iñárritu me paraît plutôt bien servir son sujet, précisément parce que le sujet présenté est d’une simplicité limpide. Une qualité que j’ai toujours appréciée chez Gibson, et qui fait plaisir ici. Toute cette sophistication vise précisément à être immersif sans être pour autant insistante ou l’objet principal du film : le grand angle, les séquences filmées au plus près de l’action grâce à un steadicam sans coupes apparentes, le tout épicé d’effets spéciaux invisibles mais évidents (comme dans les meilleures séquences d’Alfonso Cuarón, dans Children of Men ou dans Gravity) sans faire pour autant du plan-séquence une obstination, ça paraît être le choix idéal pour un tel film.

Reste que ça ne mène pas bien loin pour autant, la brutalité réaliste ne pouvant à elle seule faire un film. Mon intérêt tout personnel, et bien particulier je dois le reconnaître. Pour les premiers films de Mel Gibson, il était de découvrir à travers cette réalité brute, des univers rarement exposés au cinéma. J’avoue que très vite, je me suis rêvé à voir ici le même type de film, celui d’un homme isolé appartenant à un « clan » dans un univers pour nous exotiques, pour lui, froid et hostile, et cherchant à retrouver d’abord les siens après avoir été grièvement blessé par un ours, puis chasser l’assassin de son fils (voilà qui est en somme le court résumé d’un film d’un peu moins de trois heures), le tout dans un monde que j’aurais préféré, certes, non pas de trappeurs nord-américains du début du XIXᵉ siècle, mais de chasseurs, sapiens ou néandertaliens, au cœur d’une Europe paléolithique, par exemple. Il m’a toujours semblé dommage qu’un film comme La Guerre du feu n’ait pas déclenché une mode de films préhistoriques, comme Le Pacte des loups pour ce qui est du moyen-âge provincial. Il suffit de peu parfois pour contenter un spectateur, et des westerns, j’en ai déjà assez vus. Celui-ci a donc au moins le charme de sa singularité. Le film étant, ce qu’on a coutume désormais de dire, un « film immersif », l’objet (le décor) de cette immersion est capital. Et ça l’est d’autant plus quand le sujet réduit à rien peut s’effacer devant cet objet de curiosité et quand le spectateur peut profiter de lui sans être distrait par des artifices grossiers de mise en scène.

La performance de DiCaprio est bien sûr impressionnante, mais tant qu’à être réaliste, je m’étonne de le voir si fringant ne serait-ce qu’après avoir été chatouillé et baladé de droite à gauche par un ours. Au moindre mal de tête, je n’ai déjà plus de force et tous mes mouvements se font au ralenti ; Leonardo, lui, encaisse chaque coup comme si c’était son dernier souffle : je mets au défi n’importe qui, et de bien portant, de gémir comme Leonardo, de ramper sur des bras comme Leonardo, et de ne pas s’écrouler de fatigue au bout de dix minutes. Alors, la même chose, dans un froid polaire, affamé, lacéré de toutes parts et bouffé par la fièvre (plaies infectées oblige), même le plus vaillant des hommes (ou des hommes de Néandertal si on retourne à mes rêves de spectateurs) n’aurait une telle vaillance. Au mieux, l’œil est hagard et les mouvements lourds. C’est moins photogénique, un acteur qui joue l’agonie sans panache. Mais il faut bien ça, sans doute, pour capter notre attention de spectateurs dégourdis par deux décennies de super-pouvoirs.

Dernier mot sur la musique : quand reviendra-t-on un jour à de la vraie musique ? Depuis quelques années, et le funeste Hans Zimmer qui a enterré la mélodie sous un gros voile de basses, on n’a plus qu’une suite d’accords mous (des cordes ici) rehaussée au mieux de deux notes toutes les dix secondes pour accentuer la tension. C’est triste de s’interdire ainsi toute portée poétique et de devoir subir, film après film, ces musiques censées nous dicter la moindre émotion.


 

The Revenant, Alejandro González Iñárritu 2015 | New Regency Productions, RatPac Entertainment, New Regency Productions


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