Carol, Todd Haynes (2015)

Code Haynes: Therese and The Carolarchate

Carol Année : 2015

5/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Todd Haynes

Avec :

Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler

Ce qu’il y a de pénible parfois avec certains films hollywoodiens, c’est leur manière bien convenue de s’adapter, ou de suivre, les évolutions de la société toujours avec un temps de retard ; ou pire, en essayant de se conformer le plus possible aux codes politiquement correct du moment, c’est cette manie d’épouser en retour un certain nombre de stéréotypes et de préjugés. Au lieu d’être un cinéma de la subversion, comme ses auteurs voudraient probablement le laisser penser, ce cinéma-là devient en fait le porte-étendard du conservatisme et de la bonne conscience d’une certaine élite. Les libéraux (de gauche) aussi ont leur petit conservatisme à Hollywood. La gauche-caviar, on dirait en France.

Quand ce n’est pas sur le racisme que Hollywood se vautre magistralement, c’est sur l’homosexualité. Rien de mieux pour le traitement de ces sujets autrefois délicats et pourtant encore d’actualité qu’une bonne histoire de jadis. Vous allez voir combien on est subversifs en évoquant des mœurs d’une autre époque en soignant décors et costumes !

Et le résultat est souvent le même. En cherchant à normaliser ce qui fâche (plus grand-monde), on oublie la nuance (ce qui est pourtant la base de toute représentation juste du monde), et on multiplie les clichés en ne manquant pas d’enfoncer en beauté les portes ouvertes.

Aucune idée de ce qu’avait pu faire Patricia Highsmith dans son histoire originale (qui n’a rien d’un polar), mais en lisant le résumé, on s’aperçoit déjà d’une maladresse assez amusante qui pourrait bien être le symbole de tout le reste. Nous sommes donc au début des années 50, Thérèse travaille dans un grand magasin au rayon jouets à l’approche de Noël. C’est là qu’elle rencontre Carol, une cliente fortunée qui cherche un cadeau pour sa fille. Pour Patricia Highsmith, Carol repart avec une poupée du magasin. Ça ne devait pas être jugé assez gay friendly pour Todd Haynes et son adaptatrice, alors pour se conformer à l’air du temps, ils changent (maladroitement, parce que ce troc n’a aucun intérêt dramatique) la poupée pour un train électrique. Là, il y a quelque chose qui m’échappe : si on adapte un roman, on en respecte au moins l’esprit, surtout si on estime que c’est précisément cet esprit, subversif pour l’époque, qui doit être rendu à notre époque. Pourquoi s’évertuer à adapter ce détail ? Autant écrire un scénario original…

Bref, le problème est ailleurs. Haynes troque la relation hétérosexuelle d’un drame romantique classique pour une autre homosexuelle, mais ce faisant, conserve dans son schéma narratif de romance classique toute une flopée de stéréotypes de couple qui n’aide en rien à concevoir la relation exposée comme saine. Parce que c’est bien joli de chercher à illustrer la normalité d’un couple homosexuel, si c’est au contraire pour exposer ce qu’on peut trouver de malsain dans certains rapports amoureux hétérosexuels, c’est pas vraiment donner une bonne image de l’homosexualité féminine. Le sujet serait précisément le caractère malsain de cette relation, pourquoi pas, après tout, les homosexuels auraient tout autant « droit » à avoir des relations malsaines que les hétérosexuels. Sauf que ce n’est pas du tout le sujet du film, et que, précisément, ce malaise ne semble pas imputable à l’œuvre originale (du moins, de ce qu’on peut en comprendre à travers les seuls événements), mais bien à la manière de présenter les chose, les rapports amoureux, homosexuels donc, entre ces deux femmes.

On croirait presque voir un conservateur approuver du bout des lèvres le mariage gay… C’est pas tout de le dire, derrière la posture, encore faut-il être sincère et convaincu par ce qu’on finit par admettre. Et j’ai du mal à penser que Haynes et ses actrices, en allant ainsi vers des caricatures, non plus de genre mais sociales, œuvrent sincèrement pour ce qu’ils prétendent faire. L’opposition entre les deux femmes est bien trop caricaturale pour être honnête et perçue comme saine et naturelle. Procès d’intention peut-être de ma part, mais je ne peux pas imaginer qu’autant de clichés puissent servir une cause ou illustrer la normalisation de mœurs autrefois rejetées. À qui s’adresse le film ? Non pas à des conservateurs qui seraient, encore à notre époque, outragés par des amours homosexuelles, mais à un petit cercle d’intellectuels du cinéma qu’on brosse dans le sens du poil. Encore une fois, pourquoi doit-on toujours passer dans ce genre d’histoires par une forme puissamment néo-classique entourant le film de tant d’artifice qu’il empêche son sujet de respirer et de dire quelque chose de notre époque ? Pourquoi les histoires d’homos et de nègres doivent-ils toujours être celles de nos grands-pères ou de nos arrières-grands-pères ?! Le racisme a disparu, l’homophobie n’est plus d’actualité ?

Ce qui me choque le plus dans le film, c’est donc la nature de la relation entre les deux femmes. Telle que présentée par Haynes et ses interprètes, cette relation n’a rien de sain. Non pas parce qu’elle concerne deux femmes, mais parce qu’elle implique un rapport de domination fortement déséquilibré. Et puisque ce déséquilibre tend plus à s’accentuer qu’à se réduire au fil du récit, j’en viens personnellement, et logiquement, à penser qu’il ne pose aucun problème à Haynes. D’un autre côté, on louera le film pour ses efforts à mettre en scène les amours interdites entre deux femmes. Mais hé oh, non ! Qu’importe qu’on ait affaire à des hétérosexuels ou à des homosexuels : une relation prétendument amoureuse basée sur un rapport de domination ne peut être que malsain. On peut s’évertuer à pointer du doigt les privilèges dont profitent les hommes dans leur relation avec les femmes, si on trouve parfaitement normal de trouver exactement le même type de relations malsaines basées sur la domination de l’un sur l’autre dans un couple homosexuel, c’est bien qu’on a rien compris au problème des inégalités tant au niveau des privilèges dont jouissent les hommes sur les femmes dans notre société qu’au niveau du regard porté sur les couples du même sexe. Une relation à l’autre, a fortiori dans une relation amoureuse, le principe, c’est l’harmonie, le respect mutuel, l’assistance, la compréhension et l’écoute de l’autre, l’égalité… Une femme qui en domine une autre, socialement, psychologiquement, et qui fait passer ses intérêts, ses désirs, avant ceux de son amoureuse, moi ça me choque. Pourquoi ? Parce qu’un individu qui fait jouer sa supériorité sur un autre, qui conditionne l’existence de l’autre à ses seuls valeurs et désirs, que ces individus soient des hommes ou des femmes ne changent rien au fait que c’est bien le principe, pas le sexe, qui rend ce rapport de domination difficilement, moralement, supportable.

De quelle domination parle-t-on dans Carol ? D’abord, une domination liée à l’âge qui conditionne semble-t-il beaucoup le jeu des actrices (on peut avoir un grand écart d’âge entre deux personnages, rien dans ce simple fait indique que cela soit la cause d’une domination du plus âgé sur son cadet). Haynes semble même insister sur ce plan. Le cliché du personnage mûr influençant un autre plus candide qui trouvera forcément un intérêt à suivre les conseils avisés de son aîné… Cela pourrait participer à illustrer un amour naissant, sauf que ce rapport presque de nature initiatique ne débouche que sur des caprices du plus âgé jouant ainsi de sa domination/supériorité sur l’autre, pas du tout sur un partage réel des idées, sur une remise en question de la tutelle exercée ou sur de la sensualité dans laquelle ce rapport de domination s’effacerait peu à peu naturellement.

Pour croire en une telle idylle (ou y adhérer), il aurait fallu lisser un peu ce rapport de domination dans lequel un des deux personnages semble jouer en permanence de cette supériorité d’âge sur l’autre. Or, jamais on ne sort du cliché : jamais la cadette n’aura de conseils ou de remarques à adresser à son amoureuse, ni même contestera sa prétendue maturité, bref sa « supériorité ». Sans que cela ne pose problème, le fait que le personnage plus âgé domine l’autre est donc présenté comme un rapport tout ce qu’il y a de plus normal. L’un domine, l’autre subit.

Le plus problématique est ailleurs. Le rapport qui conditionne toute la relation entre Carol et Thérèse, c’est un rapport de classe sociale. Là encore, rien ne présuppose que deux personnages avec une telle différence de milieu ne puissent développer des rapports sains et égaux. Ce serait même intéressant à mettre en scène, et lutter ainsi contre un autre préjugé, celui de penser qu’effectivement, rares pourraient être ceux qui arrivent à s’émanciper de leur milieu pour construire une relation parfaitement égalitaire. Sauf que les actrices et Haynes insistent sur cette différence en permanence. Tout y ramène, et un tel déséquilibre met mal à l’aise.

En fait, pour se rendre compte du piège des stéréotypes dans lequel Haynes et ses interprètes semblent être tombés, il faudrait extrapoler un peu et changer le rôle de Carol pour un autre masculin. On verrait alors à quel point ces déséquilibres et ces rapports de force, au sein de ce qu’on nous présente comme un couple « comme les autres », posent problème. Quand un tel rapport de domination s’installe au sein d’un couple, c’est peut-être perçu par certains comme de l’amour, mais ce n’est en tout cas pas un amour sain. Si ça ne l’est pas quand c’est un homme qui joue de sa domination sur une femme, ça ne l’est pas plus quand c’est une femme qui joue de sa domination sur une autre femme.

L’impression laissée au final par cette tendance à exposer un personnage privilégié exerçant sa domination sur un autre censé être dominé sans même que l’idée chez cet autre fasse en lui jaillir une saine envie de révolte, c’était grosso-modo le même que j’avais éprouvée avec A Single Man. On jouait beaucoup moins sur cette domination sociale et d’âge, mais c’était tout de même présent, et cela nous était présenté comme normal, voire distingué. Or, j’ai du mal à concevoir comme « normale » une relation amoureuse si elle repose sur un rapport de domination dont joue tout aussi bien l’un et l’autre (le personnage dominé, dans ce cas, s’il accepte toujours bien volontiers sa soumission, tient plus du vulgaire fantasme pour celui qui l’imagine — je ne peux pas m’imaginer que cela produise autre chose que des troubles et des névroses chez l’individu ainsi soumis, et les nier, c’est se représenter des personnages tels qu’on voudrait qu’il soit, autrement dit des objets soumis à nos désirs, non des personnages avec une psychologie propre).

Si le but du film était d’illustrer ce qu’est un amour homosexuel, Haynes semble tout à coup oublier ce qu’est l’amour. Se mettre au niveau de l’autre, se détourner de son milieu social, de son âge, de sa culture, et se retrouver dans les yeux de l’autre, au-delà des apparences et des stéréotypes. Des regards furtifs puis appuyés (il n’y en aura qu’un, lors du plan final, que la musique omniprésente rendra inoffensif), de la timidité partagée parce que l’autre nous impressionne et nous attire, une connivence au-delà des mots, des convenances, des sourires partagés, et surtout de la sensualité, la recherche très vite du corps de l’autre…

Tout ça n’est pas le propre de l’hétérosexualité, or il semblerait que l’homosexualité qu’on nous présente ici soit dépourvue de toutes ces choses évidentes qui définissent l’amour, l’attirance sentimentale et sexuelle. Un regard libidineux d’une femme envers une autre qu’elle convoite parce que susceptible de se laisser dominer par elle, n’est pas plus moralement acceptable parce qu’elle est une femme et parce qu’il faudrait accepter toutes les formes d’amours entre personnes du même sexe : ça reste l’approche d’un dominant sur un autre qu’il considère comme un être inférieur, et dès lors, une proie, un serviteur, un objet. Pas de l’amour.

Et si le sujet n’est pas l’amour, mais la domination d’une femme sur une autre (ce que le film ne me semble pas être, sinon pourquoi cette relation, présentée dans les faits comme sincères, porterait-elle tant préjudice à Carol pour la garde de sa fille ?), comment expliquer qu’il y ait si peu de confrontation et de désaccords entre les deux femmes ? Non, la domination n’est pas le sujet du film, ce n’est juste qu’une caractéristique de la relation entre les deux femmes, et si elle n’évolue pas et n’est pas sujette à controverse entre les deux femmes, c’est que le sujet est ailleurs (les conséquences de cette relation sur le parcours des deux femmes).

Comment ce rapport de domination permanent, assumé et stéréotypé prend-il forme ? Carol prend l’initiative d’une rencontre, offre des cadeaux à Thérèse, se montre capricieuse, prodigue des conseils à sa cadette, est toujours pleine de certitude, et quand elles commencent à avoir un peu d’intimité, c’est toujours elle qui domine (physiquement et psychologiquement) et qui prend l’initiative. Thérèse, de son côté, est une petite nature docile, peu confiante dans la vie, soumise, voire aliénée, que ce soit dans son travail ou dans son rapport aux autres (en particulier avec l’homme qui la convoite et à qui elle a du mal à dire clairement non), et rêve de photographie mais n’ose pas se lancer, etc. Tout autant d’éléments susceptibles d’opposer l’une et l’autre dans un seul registre, celui de la domination ou de l’une sur l’autre.

Et la faute à Todd Haynes. Parce qu’en réalité, je suis persuadé qu’en lissant les stéréotypes de classe et d’âge, en évitant de faire jouer aux actrices le premier degré, bref en y mettant un peu de nuances, on aurait pu croire et adhérer à une telle relation amoureuse et se concentrer sur le réel sujet du film (les conséquences de leur relation). Choisir Cate Blanchett pour le personnage de Carol était, de loin, la plus mauvaise idée possible à mon avis. Parce que si on la voit souvent jouer ce genre de personnages, ses manières m’ont toujours semblé trop grossières pour pouvoir être crédibles en femme du monde. Les personnes de classes élevées jouent sur la délicatesse retenue, elles exposent rarement leurs émotions, sont très précautionneuses voire souvent introverties ou suspicieuses, et quand elles exploitent des personnes de classes inférieures, elles s’efforceront de laisser apparaître tout le contraire (noblesse oblige, leur supériorité ne peut évidemment pas provenir de l’exploitation des autres). Or Blanchett cabotine comme une fille de nouveaux riches avec leur arrogance bien à elles, pleine de pédanterie, qui n’a qu’un but manifeste, vous faire sentir inférieur à elles. Même principe en choisissant Rooney Mara et en l’empêchant de jouer sur certaines nuances : insister sur la fragilité de Thérèse ne fait qu’aller dans le sens de sa domination. Il aurait été bien plus intéressant de proposer une Carol plus fragile, avec plus d’incertitude, d’hésitation, pour compenser la domination sociale qu’elle exerce déjà naturellement sur Thérèse.

Tout cela pose pèse lourd quand le récit prend une tournure dramatique et que cette relation anti-sociale interfère dans la vie du personnage dont le film tire son titre (même là, Carol domine). Un divorce se profile et cette relation compromet les chances de Carol d’obtenir la garde de sa fille. Les stéréotypes se multiplient des deux côtés : les difficultés se profilent pour celle qui a le plus à perdre (celle qui avait déjà tout, une famille, une place dans la société), alors que l’avenir de la dominée semble tirer bénéfice, au moins symboliquement, d’une relation avec sa maîtresse, accréditant par là l’idée (préconçue) qu’un dominé a toujours intérêt à entretenir une relation (malsaine et déséquilibré) avec un dominant… Pour son propre bien.


 

The Assassin, Hou Hsiao-hsien (2015)

The Assassin

Ci ke Nie Yin Niang Année : 2015

5/10 IMDb

 

Réalisation :

Hou Hsiao-hsien

 

Pour faire simple, j’ai rien compris et, très vite, lassé par une mise en scène qui fait illusion dans un film contemporain mais fait pschitt ici, je n’avais plus l’intention de comprendre. Hou Hsiao-hsien n’est pas pour moi, il me parle chinois.

Après, c’est décorativement parlant très joli. Les intérieurs sont soignés et les extérieurs sont époustouflants. Ça n’a juste pour moi aucun intérêt. Dès le premier panneau, j’étais déjà aux pâquerettes, et en retrouvant le style de mise en scène inutilement lent de Hou Hsiao-hsien, j’ai commencé à m’agacer.

Le pire entre tous ces effets n’aidant pas à suivre une ligne de récit particulièrement fine et fragile, la gestion du son avec ces hors champs de nature, en particulier le vent, poussés à fond les manettes. C’est un peu comme essayer de lire du Corneille avec du Led Zeppelin en arrière fond.

Je le dis souvent, si un réal fait tous les efforts possibles pour que ce soit moi qui en fasse le plus en retour, il n’y a aucune raison que j’accepte de me faire avoir de la sorte : les efforts, c’est à lui de les faire pour que j’en fasse, peut-être pas le minimum parce qu’aucun plaisir ou intérêt ne peuvent se faire en laissant son cerveau à la cave, mais pas trop (d’effort). C’est comme ça qu’on m’a appris à donner à voir au théâtre ; c’est comme ça que j’entends être servi au cinéma. Je peux à la limite en faire pour des génies, mais Hou Hsiao-hsien avec l’ensemble de ses manières adoptées pour cacher son manque de savoir-faire en matière de mise en scène, ne m’aide pas plus à ce niveau.


Mustang, Deniz Gamze Ergüven (2015)

Quatre mariages, un enterrement… et un cheval qui fait vroum vroum pour délivrer les deux dernières de Troie…

Mustang Année : 2015

6/10 ICM  IMDb

 

Réalisation :

Deniz Gamze Ergüven

Très belle mise en scène (direction d’acteurs parfaite, du naturalisme efficace, et de jolies lumières), mais beaucoup de réserves quant au scénario et aux personnages. La force du sujet cache pas mal les bugs monstres de la trame ; on se retrouve assez comme devant un film écrit sur un fait divers avec un même sujet qui accapare toute l’attention et qui laisse de côté pas mal d’incohérences ou d’étrangetés que dans une fiction, d’habitude, on accepte mal.

La situation de départ assez confuse, mal amenée et assez peu crédible : on sait peu de choses de leur passé, tout juste qu’elles vivent chez leur oncle et leur grand-mère ; aucun lien n’est jamais évoqué avec leurs parents, comme s’ils n’existaient pas. On voit alors la famille cadenasser d’un coup, pour une sortie sur la plage montrée pourtant de façon anodine, et très tôt dans le récit (jamais on ne comprend au moment de le voir, que c’est une scène qui aura de telles conséquences ; si c’est voulu pour jouer sur l’effet de surprise, c’est surtout mal fichu). Sauf que ce revirement familial paraît peu crédible quand on considère la manière dont elles vivaient jusque-là. Des motivations, des craintes, des convictions de l’oncle et de la grand-mère, on n’en saura pas beaucoup plus pour justifier, au fil du récit, ce changement soudain.

On enchaîne les mariages comme dans un film à élimination sans souci de cohérence. Parce qu’on a affaire à des gamines très libres. Mais jamais ne nous est expliqué ce hiatus entre leur mode de vie (sans doute lié à leurs parents disparus) et celui de leurs parents restant souhaitant leur faire adopter un autre. D’ailleurs, on ne connaît pas plus les motivations et les sentiments des jeunes filles : tout ce qui donnerait du sens et de la profondeur à leur personnage demeure un peu vague, puisque les séquences alternent entre des scènes de rencontres avec les familles des prétendants à qui il faut offrir le thé, et de nombreuses autres où les filles s’amusent (sans que l’on sache ce qu’elles pensent de leur sort) ou tentent de s’évader de leur prison (ce qui ne vaut plus que pour les deux dernières). D’accord, rien ne vaut l’action pour faire comprendre qu’elles veulent recouvrer leur liberté, et on cherche peut-être à éviter les répliques explicatives, mais ce n’est pas si simple : certaines se résignent, et aucun signe ne nous le laisse penser, vu qu’aucune séquence, ou simples répliques, ne vient éclairer ce qu’elles pensent au fond d’elles, ou bien les différends qu’elles pourraient avoir, les différences de vue même si elles partagent le même objectif (ne serait-ce que s’interroger sur leur situation, leur acceptation de la vie qu’on cherche à leur imposer, leurs envies réelles, la manière dont elles pensent pouvoir s’en sortir, dont elles appréhendent ces mariages forcés, etc.). Ça paraît assez bancal cette affaire, et ça n’aide pas à rentrer dans le film, malgré l’excellente mise en scène, laissant une impression de fausseté (il n’y a pas que les mariages qui sont forcés).

L’aspect Virgin Suicides pourrait séduire, c’est toujours réjouissant de regarder de jolies filles ou de mettre des enfants pour amadouer comme on le fait en publicité, mais on serait peut-être en droit de se demander en quoi justement c’est crédible. Il y a une sorte de mélange des genres qui me paraît là encore assez bancal : d’un côté, on choisit un sujet fort qui sert un peu de véhicule à un message quasi politique, et de l’autre, une volonté de faire joli et finalement de dénoncer avec force le carcan d’une société pour s’enfermer dans les codes d’une autre société consumériste et… un peu à cheval sur des principes par franchement féministes (le diktat de l’esthétique féminin essayant d’expliquer aux petites filles, que pour être une femme, il faut être féminine, et que pour être féminine, il faut être jolie comme un cœur). Je voudrais voir le même film avec des laiderons et une empathie mieux entretenue par le sort réservé à ces gamines, à leur abnégation, leur caractère, que véhiculée par leur seul joli minois.

Il faut peut-être voir par là, à travers le choix de ce sujet, un appel à l’émotion (ou à la politique pro-occidentale) trop facile. Un peu comme un documentaire US dénonçant les guerres sales des États-Unis en adoptant un point de vue “européen” (pour faire court). Le film a disposé de fonds européens (et en particulier français), or il va justement dans le sens de la “politique” européenne. C’est du soft power qui va peut-être dans le bon sens, mais il ne faudrait pas être naïf et y voir dans ce sujet soit une forme de courage pour celles qui l’ont fait ou déjà d’un signe de leur talent. Enfoncer des portes ouvertes, c’est pas franchement le propre des grands artistes. Ce genre de films sont nombreux à se faire, grâce à l’appui de fonds européens, et je doute franchement qu’ils servent à faire autre chose que nous donner une mauvaise image des situations dans  ces pays : le regard qu’ils portent adopte une vision européenne des choses (voire métissés ou hybrides) et pourrait être vu en retour par ceux qui les regardent en Europe comme une nouvelle forme d’exotisme flattant leur mode de vie. Après celui un peu daté qui nous plongeait autrefois dans des jungles imaginaires peuplées de sauvages incarnés par des acteurs grimés et hurlants, « world films » coproduits par l’Europe.


 

Office, Hong Won-Chan (2015)

Office

Opiseu Année : 2015

5/10 IMDb

Réalisation :

Hong Won-Chan

Avec :

Ko Asung, Seong-woo Bae, Eui-sung Kim

Voilà qui est bien original : le thriller sans dénouement ou explications. C’est vrai quoi, pourquoi s’embarrasser, le spectateur fera le travail… Le réalisateur était pourtant le scénariste de The Chaser, mais il met là à son tour en scène le scénario de quelqu’un qui ne semble avoir rien fait d’autre. Résultat, sa mise en scène est parfaite (même si on tombe dans tous les clichés du genre, c’est efficace), mais le scénario est un grand brouillon que personne ne semble avoir réussi à mettre au propre. C’est pas le tout de multiplier les fausses pistes ou de proposer des revirements improbables, encore faut-il au bout du compte retomber sur ses pattes et que le récit trouve une cohérence (au plus tard au dénouement, parce que sinon, non, on ne va pas refaire le film en en discutant avec les potes et y résoudre les trous et imperfections entre nous). Quand on parle d’interprétations laissées aux bons soins du public, ça ne concerne que des détails de l’intrigue, ceux dont on se rappelle justement en revivant ou en se refaisant le film parce qu’il nous a convaincu et fasciné. Si la résolution de l’intrigue reste sujet à interprétation… dans les grandes longueurs, on hausse des épaules, et on passe son chemin.

Au passage (puisqu’il me faut bien regarder ailleurs après un haussement d’épaules), l’introduction du film souffre du même défaut que Midsommar. À vouloir trop souvent répondre aux codes des thrillers ou des films d’action, on s’impose une séquence traumatisante, censée être dans toutes les méthodes d’écriture, le point de départ de l’intrigue, ce que les Grecs appelaient harmatia, qui conditionnera tout le reste jusqu’au dénouement. Si parfois cette première péripétie n’est plus évoquée tout au long du récit, il faut qu’elle réapparaisse au moins suggérée dans le dénouement. C’est circulaire, une question d’harmonie. On peut faire sans, il y a sans doute plein d’exemple et des genres pour lesquels ça ne s’applique pas, mais quand on obéit aussi clairement à cette règle pour introduire son film, le spectateur, inconsciemment ou non, voit de la cohérence, et attend donc qu’on y retourne sur la fin. Ici pas du tout. Le rapport entre le massacre de la famille et l’élimination quasi vengeresse des collègues, il n’est pas clair. Je n’aime pas trop avoir à me servir de mon cerveau pour un thriller quand je ne comprends pas la situation… c’est pas à moi de faire le boulot, messieurs.

Ça part d’Office à la poubelle…


 

The Lobster, Yorgos Lanthimos (2015)

The Lobster

The Lobster Année : 2015

6/10 IMDb

Réalisation :

Yorgos Lanthimos

Avec :

Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden

Charia crypto-spéciste vue par Rostropovitch…

Si le concept du film d’anticipation dénonçant une société totalitaire à la 1984 peut au début surprendre, et si l’idée d’en voir le moins possible est plutôt bien vue (on évite les écueils inhérents à la représentation, rarement convaincante, du futur), je trouve tout ça finalement assez vain et mal mis en scène. La représentation d’un futur dans lequel les célibataires seraient littéralement chassés et transformés (kafkayennement) en animal, trouve assez vite ses limites : la première moitié dans l’hôtel me paraît moins ennuyeuse que la suivante, mais la seconde est peut-être justement moins fascinante parce qu’on cesse de chercher à répondre aux questions posées, ou aux pistes levées, dans cette première partie…

La mise en scène donc. Par certaines touches, certains choix ne convainquent pas vraiment, et on sent bien que les acteurs sont eux-mêmes assez peu convaincus de ce qu’ils font. La lenteur d’accord, le jeu distancié voire robotique ou niais, aussi. Seulement, il n’y a guère que Colin Farrell qui limite la casse, dans un rôle pourtant pleinement de composition… Les autres semblent perdus ou jouent carrément mal.

Bref, l’impression parfois de se retrouver face à un montage de prises ratées d’un film de Roy Andersson. Mais c’est singulier, pour sûr.


 

The Big Short, Adam McKay (2015)

The Big Short

The Big Short Année : 2015

7/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Adam McKay

Avec :

Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling, Brad Pitt

Listes :

MyMovies: A-C+

Sujet passionnant, mais traité avec les pires méthodes hollywoodiennes. Paradoxalement (cf. lire mon commentaire sur Fury), celui qui s’en tire le mieux ici, ça reste Brad Pitt. Non seulement par sa sobriété, mais aussi par le message du personnage qu’il interprète et que le film peut-être perd un peu trop souvent de vue : inutile de parader sur le fait d’avoir raison avant tout le monde ou de se faire du fric en pariant à la baisse, parce que la réalité c’est bien les conséquences dramatiques sociales que ça implique (d’ailleurs, rien que le fait de rendre possible le fait de parier à la baisse, c’est en soi une des nombreuses dérives de la finance).

Le film vaut donc surtout pour son intérêt informatif, malheureusement bien trop souvent noyé derrière une forme en totale inadéquation avec son sujet (le film est même catalogué « comédie » par IMDb, et à juste titre, ça, ça dénote d’un certain mauvais goût). Si la voix off ou les interludes explicatifs ne sont pas si mal car nécessaires, tout l’aspect « comédie dramatique en costumes » avec la même fascination que Scorsese pour ces escrocs dans Le Loup de Wall Street, ça me gonfle bien plus. C’est un sujet sérieux, pourtant on sort les violons quand il est question d’évoquer les tragédies humaines que ça implique, et surtout on utilise une forme satirique des plus dépassées, parce qu’on se moque en fait de ces outsiders qui ont parié contre le système, qui étaient honnêtes, et que les escrocs, malgré tout, s’ils sont montrés comme des rapaces, représentent toujours cette même image de golden boys positifs dans cette Amérique. Approche plutôt étrange, ce serait un peu comme nous dire : ils ont raison, mais ils étaient un peu craignos quand même. Comme si, comme pour le politique, l’accusation ne se tournait en fait jamais vers les criminels en col blanc, mais sur les petites gens, les ringards, les losers. D’ailleurs, le titre français achève ce paradoxe : « le casse du siècle », c’est de voir des losers s’en foutre plein les poches. Un vol, sérieux ? Donc il y a comme un léger hiatus entre ce que nous disent certaines répliques bien vues du film (en particulier celles de Steve Carell à la fin du film) et son approche. Il semblerait qu’on ait encore bien du mal à pointer du doigt les véritables coupables de ces arnaques, qui courent toujours, et qui manifestement continuent leur numéro avec la complicité des banques centrales, des États et de la presse financière…

To be continued en effet…


 

Room, Lenny Abrahamson (2015)

Room

Room Année : 2015

7,5/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Lenny Abrahamson

Avec :

Brie Larson

Listes :

MyMovies: A-C+

Il y avait à peu près tout dans ce film pour me rebuter. Pourtant, si je sors du film satisfait, avec la conviction que malgré quelques défauts, c’est un bon film, c’est un peu parce que je lui reconnais l’incroyable exploit de ne pas me hérisser. La prouesse, c’est bien qu’il faut du talent pour éviter le nombre faramineux de pièges qui se dressent devant vous quand vous décidez de vous attaquer à un tel sujet.

Reconnaissons pour commencer une première qualité de l’auteure du scénario (et du livre) : le fait de ne pas se concentrer uniquement sur la détention avec un récit concentré sur les diverses tentatives d’évasion. On échappe ainsi au thriller claustrophobe d’un goût douteux. Le récit décide ensuite de ne plus s’intéresser du tout aux poursuites ou aux recherches du ravisseur, et c’est encore à mon avis un excellent point. Le film se concentre alors sur la difficile reconstruction de la mère et de son fils, et ça c’est plutôt un angle original parce que si le point de départ du film ressemble à certains faits divers glauques, au-delà très souvent de la sidération « biger than life » de voir que de telles situations peuvent exister, s’il y avait un sujet de film, il était bien de se concentrer sur l’après. Ce qui ne veut pas dire pour autant que c’en devient moins casse-gueule. Dès qu’on touche aux faits divers, ou à ce qui en a l’apparence, à des événements à la fois aussi ancrés dans le réel mais difficiles à croire, la fiction n’est probablement pas le meilleur médium pour illustrer son horreur (disons que les faits divers ne sont jamais aussi bien placés — pour le public quel qu’il soit — sur la place publique, préservés des artifices vulgaires de la fiction dans les dernières pages qu’un journal quelconque). Jusque-là, bravo.

Ça se complique ensuite. Si on échappe au thriller séquestré dans une boîte à chaussure, on pourrait craindre d’une autre côté le drame calibré pour Sundance, avec ajout de poussière et de crasse sous les doigts désignées dans un lavabo d’effets spéciaux, avec les pires chemises à carreaux qui soit (neuves). C’est peut-être parce que le film est canadien qu’on échappe à ce nouvel écueil, mais force est de constater que malgré l’emploi de certains usages américains, on pourrait tout autant avoir affaire à un film européen (sorte de téléfilm Arte pour le sujet, mais qui pour sa maîtrise volerait à des hauteurs rarement atteintes par la petite chaîne franco-allemande). Ce n’est pas pour faire de l’anti-américanisme primaire, mais plutôt parce que pour des raisons (esthétiques) qui me regardent, j’ai du mal à encaisser les films calibrés Sundance (ceux avec des stars dedans, qui ont accepté de baisser leurs tarifs, mais qui en plus de Sundance rêvent d’une petite nomination pour les Oscar). Il ne m’a pas échappé que l’actrice est une future vedette de chez Marvel, mais ne la connaissant pas, j’ai pu regarder sa performance sans souffrir d’un énorme hiatus plastique concernant sa présence dans un film crasseux où elle tire massivement la tronche.

La performance, c’est parfois important quand il apparaît dans la quasi-totalité des scènes, et forcément, dans ce type de films, c’est aussi un point potentiel sur lequel tout le film peut d’un coup faire fuir le public. Là encore, il faut le reconnaître, compte tenu du fait qu’on a affaire à un sujet des plus sensibles (casse-gueule), je trouve qu’elle s’en sort merveilleusement bien. Son jeu est contenu tout en restant expressif, et ça c’est pas rien quand il aurait été si facile de se rouler par terre en pleurant ou, au contraire, de se dire qu’on aurait mieux fait de jouer tellement “contenue” qu’on exprimerait au final plus grand-chose. Chapeau donc. Parce que si certaines scènes sont compliquées à jouer par leurs excès intrinsèques, la difficulté est alors de trouver un juste milieu vers le “moins” qui fera qu’on parviendra à rester crédible. Je n’ai pas non plus vu d’effets trop tire-larmes ou d’appels trop évidents au pathos : même si on y a un peu recours, on échappe bien au pire.

On peut même dire la même chose au sujet du môme. Non seulement il est crédible, mais il arrive à ne pas trop taper sur le système comme c’est bien trop souvent le cas des acteurs en herbe si dévoués et “professionnels” au point de perdre toute spontanéité, fantaisie ou bêtise propres à leur âge. C’est d’ailleurs à travers lui que passe un des effets narratifs peut-être les plus lourds, “américains”, et forcément un peu inutiles, du film : on suit le film à travers le regard (en passant par la voix off) de son personnage. Le récit n’insiste pas trop sur le procédé, on échappe donc encore là au pire…

J’ai pu lire ici ou là que le récit encore contenait trop d’incohérences. De mon côté, j’ai vite mis ces incohérences sur le compte du “naturalisme”. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, le sujet se rapportait tellement à des faits divers connus que tout en échappant au rebutant « d’après une histoire vraie », on sait par expérience que dans la réalité, les gens ne réagissent pas forcément comme attendu, et que les détails les plus invraisemblables sont parfois les plus “réels” (combien de fois s’est-on entendu dire « ce serait dans un film on n’y croirait pas ? »). Alors, il ne faut pas multiplier les facilités ou les raccourcis (la mansuétude dont il m’arrive de faire part à l’égard de certains objets filmiques ayant ses propres limites), mais justement, je crois qu’on y échappe pas mal, et je pense même que certains détours ont réellement été choisis pour leur légère incohérence, et pour l’incrédulité qu’ils pouvaient susciter chez le public (vous êtes terriblement incrédule face à cet argument, n’est-ce pas ?). Un risque à prendre parfois : il faut alors faire appel à l’expérience et à la confiance du spectateur, à sa bienveillance aussi, afin d’éviter qu’il ne vous accorde plus aucun crédit face à de nouvelles incohérences qui seraient pour lui de trop (c’est un peu comme faire le pari de se foutre sous une guillotine et de faire confiance au public pour qu’il ne l’actionne pas…).

Écueil après écueil, c’est donc surprenant d’être passé à travers tout ça. Sans être brillant, le film me paraît maîtrisé, et je crois qu’on peut même dire qu’il arrive pas loin de changer en or ce qui se présentait à première vue comme du plomb.

Reste un dernier écueil. À quoi bon ? Et là, on retourne au piège du film écrit à la « fait divers ». Un fait divers vaut pour lui seul. On le raconte sur la longueur, et ça perd pas mal de son sens. Un fait divers qui s’étale sur la durée, c’est rare, et c’est presque toujours lié à une situation inchangée qui s’étale dans le temps. Faire le récit d’un événement assimilable à un fait divers et poursuivre sur autre chose, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a malgré tout là quelque chose de bancal ou de non justifié (paradoxale, puisque c’est aussi un atout du film). Un peu comme il y a aucun intérêt à étaler une blague Carambar sur un film de deux heures. L’angle choisi qui est de se concentrer sur l’après est intéressant, assez bien exploité, mais si ce n’est ni divertissant, ni révélateur de ce que nous sommes, ni puissamment émouvant ou dépaysant, à quoi bon ? Certains y trouveraient en fait, je suppose, un certain attrait émotif, mais ma petite idée qu’ils se seraient en fait beaucoup plus portés par le sujet et que le reste aurait été le seul fruit de leur imagination (si dans la vraie vie, à l’écoute de tels événements, on est assez prompts à nous faire tout un film derrière les seuls faits entendus, on en encore plus capables sur la longueur de tout un film). Parce que je n’ai justement pas l’impression que le film tombe dans les excès de pathos. Je le trouve même, sur la forme, assez froid et discret. Manque le génie, mais après tout, pour avoir échappé à une cascade de problèmes, il est peut-être là le génie. Et il faut sans doute s’en contenter.