Notes de visionnage 2021

 

Janvier – avril 2021

mai – août 2021

 
Rue des prairies, Denys de la Patellière (1959)

Un joli film de la qualité française l’année des 400 Coups. Pas grand-chose qui va, on sent les artifices d’un cinéma ronflant sans grande créativité adoptant les mêmes recettes que dans les années 30 (musicaux, décors intérieurs, lumières factices, son post-synchronisé ou acteurs criant leur texte comme au théâtre), et qui rappelle la même déchéance du cinéma hollywoodien à la même époque. Ce cinéma de cage d’escalier et d’acteurs vedettes, s’il peut être charmant chez Becker par exemple, paraît aujourd’hui complètement désuet chez Denys de la Patellière avec une caméra semblant placée en permanence dans un débarras de coulisses de théâtre, un scénario à l’intensité de programme TV, et un monteur en grève. Le film a besoin de deux actes entiers pour voir enfin surgir la problématique du film, au point qu’on aurait pu penser à un moment à une chronique, mais que le troisième (acte) fait résolument basculer dans un petit drame bourgeois (sur des prolétaires) sans conséquence.

Tout cela n’est pas bien sérieux, au point qu’un des seuls intérêts du film réside dans les dialogues savoureux mais envahissants de Michel Audiard. Le problème des films écrits par Audiard, c’est qu’on part parfois dans de tel fou rire qu’on ne peut plus suivre la scène (qui n’était déjà de toute façon pas très intéressante) en plus de ralentir considérablement l’action (ce n’est pas du cinéma, mais du théâtre filmé). Ce type de productions fait furieusement penser aux comédies françaises actuelles reposant sur beaucoup de mêmes artifices (avec le principe de l’acteur vedette en tête). Parmi les acteurs, la seule à surnager c’est Marie-José Nat, avec sa petite voix cassée roule-coulant jusqu’à nos oreilles comme un galet dans un ruisseau.

Peu importe si l’histoire nous considère comme des barbares, Radu Jude (2018)

Dispositif assez proche de celui que Radu Jude avait mis en place sur La Fille la plus heureuse du monde. La mise en scène dans la mise en scène. On quitte la publicité et les promesses ridicules faites à une gamine venue de la campagne avec ses parents pour la mise en scène d’un événement devant prendre place pour une fête nationale et où la metteuse en scène essaie d’imposer un angle qui ne semble convenir à personne, à certains figurants comme à la ‘censure’, et qui paradoxalement ravira, sur un malentendu, le public. C’est très bien rendu, les acteurs sont formidables, c’est du naturalisme convaincant, mais le sujet semble un peu trop appuyer son message, et aller finalement dans le sens de son personnage pour qui le travail des Roumains vis-à-vis de leur implication dans le massacre des juifs n’aurait pas été fait. Si le film répond à une situation bien réelle en Roumanie, ç’aurait sans doute un sens d’appuyer autant le message, mais sans la connaître on ne peut que regretter un sujet qui enfonce tant les portes ouvertes. Manque la légèreté sans doute, l’absurde, beaucoup plus capables d’apporter une nuance dans des sujets lourds et complexes, et le cinéma roumain (et même Radu Jude) l’a déjà montré à l’occasion. 

Le Rayon vert, Eric Rohmer (1986)

Commentaire :

Le Chant du loup, 2019

Pas mal du tout, en revanche le scénario et le contexte géopolitique proposé me paraît assez tiré par les cheveux. Gâchotons : des djihadistes achètent un ancien sous-marin lanceur de missiles nucléaires très longue portée aux Russes en vue de déclencher une guerre nucléaire, et puisqu’ils n’ont bien sûr pas d’ogives nucléaires ont l’idée de se faire passer pour des Russes dans l’attente que la situation entre les Russes et les Européens se tendent à un point suffisant pour que leur attaque puisse être comprise comme une attaque russe (à qui ils ont donc acheté le sous-marin). Gros coup de chance, la Russie menace la Finlande et au même moment, les djihadistes interviennent au large de la Syrie avec leur nouveau sous-marin en espérant qu’il sera reconnu mais pas trop par les forces alliées dont ils ne savent même pas qu’elles sont précisément sur la zone. Il se trouve que les Français étaient donc sur place pour faire je ne sais quelle opération secrète sur les plages syriennes, et qu’un sous-marin doit venir récupérer les hommes-grenouilles partis ainsi en mission. C’est le début du film : notre oreille d’or tombe sur la trace d’un engin inconnu qu’il ne reconnaîtra que plus tard au prix de quelques efforts improbables dignes de Mission impossible, et alors même, je le rappelle, que la finalité des djihadistes serait donc que les Français apprennent à reconnaître la trace de ce sous-marin disparu des bases de données depuis que le progrès informatique a rendu possible l’effacement volontaire des bases de données… Les choses sont pas loin de tourner mal puisque le sous-marin qu’on ne sait pas encore être russe aux mains des djihadistes donne l’alerte aux Syriens qui envoient un hélicoptère sur place en vue de sonder la zone et de balancer gratuitement des bombes sur la tête d’un bâtiment inconnu qui avait juste le tort de croiser près de leurs côtes (bon, ça a mal tourné sur la plage, mais avant qu’un État réagisse aussi vite, même une dictature, la chaîne de commandement et le relais de l’information se faisant pas à la vitesse des ordres de marchés automatiques, c’est improbable qu’un pays réponde aussi vite, et à l’aveugle à un tel incident). Cerise sur le gâteau, les Syriens auraient donc collaboré avec ceux qu’on ne sait pas encore être les djihadistes à cette occasion puisqu’on suppute un moment qu’il s’agissait des Russes (ça fait un peu penser à un raccourci limite raciste du genre « tout ça, c’est des Arabes, ils sont forcément dans le même camp »). Ensuite, pile poil quand, et parce que, les Français comprennent qu’ils ont eu affaire à un sous-marin russe, les djihadistes en profitent, et puisqu’au même moment les tensions avec les Russes en Finlande le permet, pour passer à la dernière étape de leur plan machiavélique : lancer un missile vers Paris en faisant donc croire qu’il s’agit là d’une attaque nucléaire russe… Quoi de mieux pour lancer une telle attaque que de le faire depuis… le Pacifique (à la limite, dans ce coin, on aurait plus pensé à la Corée du Nord). Et de là, ni une ni deux, puisqu’on reconnaît (grâce à un faux coup de bol – ou à un épisode de Mission impossible – imaginé par l’ennemi) un missile envoyé par un engin russe depuis l’autre côté de la planète, on réplique par une attaque nucléaire en direction des Russes et on tente au passage d’intercepter le missile… au-dessus de la Pologne (donc on montre les dents à la Russie parce qu’elle ose se montrer un peu trop pressante en Finlande, mais pour sauver Paris, on serait prêts à dégommer un missile qu’on croit être nucléaire au-dessus de la Pologne : « On ne s’attaque pas à mon petit frère finlandais ! … Oh, mince, une attaque ! Vite, servons-nous d’un autre petit frère, le polonais, prendre les baffes à notre place ! »).

Non, mais sérieusement ?! J’ai cru comprendre que l’armée française faisait appel à des auteurs de SF pour imaginer les menaces de demain, j’ose espérer qu’ils travaillent sur des scénarios hautement plus crédibles que celui-ci…

Han Solo : A Star Wars Story, Ron Howard (2018)

J’ai l’impression d’être le seul à aimer ce film, et j’avoue que ça me fait bien rire. Je m’attendais au pire film depuis… il y a très longtemps, et passé le choc des premières minutes ridicules, une fois accepté que ce jeune Solo n’avait en réalité pas grand-chose en commun avec le charisme de Harrison Ford et semblant même être le fils caché de Luke, une fois encore accepté l’actrice tout aussi peu embarrassante choisie pour le rôle féminin principal, le film compte pas mal de jolies trouvailles qui ne font pas que satisfaire les fans en leur montrant pêle-mêle (et il faut bien l’avouer assez peu de vraisemblance) l’origine de nombre d’éléments iconiques et parfois accessoires vus dans la trilogie initiale. Ainsi, j’ai trouvé que tout l’aspect politique était plutôt bien amorcé (avec d’une certaine manière la naissance d’une frange probable de la rébellion future) et que les revirements incessants avaient tout leur sens dans un tel milieu de bandits. Je me doute que certains doivent trouver ça risible, mais le film joue clairement sur la note humoristique, et je ne pense sincèrement pas que ça rende le film plus involontairement risible ; ça en fait surtout un film qui joue totalement cette carte de la fantaisie comme Star Wars l’avait au fond toujours fait. Et si on ne met pas soixante twists et filouteries dans un film sur un chasseur de prime comme Han Solo, on ne le fait jamais. En faisant un film sur Solo, on sait que les jedis ne seront pas présents (ou peu, loin de sa portée) parce qu’on sait que dans la trilogie initiale, c’est très bien affirmé qu’il n’avait jamais rencontré encore, dans son monde bien à lui (celui des hors-la-loi), de tels personnages. C’est donc l’occasion, et l’obligation, de montrer autre chose. Et franchement, voir un film Star Wars oublier totalement pour une fois la magie pour se concentrer sur d’autres aspects plus « western » et « gangster », c’est rafraîchissant. Le film est en plus assez dense, pas si laid en dehors des premières séquences et des autres dans le repère du chef de l’Aube chéplukoi, et si pour le charisme et la tonalité (malgré l’humour) un peu renfermée de Solo on repassera, cet humour, parfois maladroit et gaffeur, plein d’arrogance attachante, eh bien je le trouve très bien rendu ici. Bref, on a le droit d’aimer, j’espère — ou d’être agréablement surpris. 

Insiang, Lino Brocka (1976)

Commentaire :

Insiang, Lino Brocka 1976 Cinemanila (2)

Le Client, Asghar Farhadi (2016)

Pourquoi ce film a-t-il si mauvaise presse ? Il est dans la veine des deux autres que j’avais vus de lui jusqu’à présent (La Fête du feu et Une séparation). Celui-ci est peut-être moins tortueux que les autres, mais ça reste brillant. Mystère.

Quatre Nuits avec Anna, Jerzy Skolimowski  (2008)

Formidable. On y retrouve un peu de Dumont là-dedans avec un personnage principal touchant et débile. Skolimowski joue d’ailleurs assez bien au début du film sur la possibilité qu’il soit un assassin. Ça entretient le mystère et la tension sans avoir jamais recours aux dialogues. Le cœur du film (les quatre nuits du titre) ferait plus penser cette fois aux Kieslowski d’Une brève  histoire d’amour. Il faut croire que ces approches avec un savant mélange de distanciation et d’identification (le regard en retrait permettant sur la longueur de s’attacher aux personnages) et avec ce type de thématiques arrivent assez bien à me convaincre.

Sunny, Kang Hyeong-Cheol

Excellent. L’humour passe rarement les frontières, mais il est bien dosé ici. On reste dans l’excès de l’humour situationnel, mais ça passe très bien la rampe, et c’est très bien écrit. Le même réalisateur avait fait (réalisé plus tard mais vu plus récemment) Swing Kids, et on y retrouve, c’est vrai, la même tonalité avec un mélange d’humour cartoonesque, de références historiques pour donner une couleur particulière à l’arrière-plan (et ce n’est pas une préciosité puisque c’est le sens même du récit de retourner ainsi à ces années), et de sentimentalisme. Pour être un vieux, cette plongée dans le monde du milieu des années 80 fait plaisir. Je ne m’attendais pas à ce que la Corée partagent certaines références communes « culturelles » avec les jeunes Français de la même époque… Sophie Marceau et la Boum, sérieusement… avec ce hit éternel de Vladimir Cosma : Reality…, ça fait comme un choc.

Les Chatouilles, Andréa Bescond et Eric Métayer (2018)

Quel cauchemar. Rien qui va dans ce film. Gros malaise dès la première séquence de viol, puis le recours à la mise en abîme permanente digne des Clés de bagnole de Laurent Baffie quand viennent les scènes de la psychanalyste. La psychanalyste, l’ostéo pour en remettre une nouvelle couche dans les pseudo-sciences. La vulgarité globale de l’actrice. Le retour des scènes de viol. L’opposition caricaturale entre le comportement du père et celui de la mère. Le déni de la mère toujours est tellement caricatural aussi qu’il en devient réaliste, mais au cinéma, ça ne peut pas passer. Alors, on pourrait se dire que tout horrible qu’est le film, il pourrait au moins avoir l’intérêt de dévoiler des comportements révoltants et criminels avec des répercutions sur des individus sur toute une vie, mais même pas en fait, parce que toutes ces situations, on les connaît déjà, elles ont été maintes fois décrites par ailleurs à travers le récit des victimes, et les montrer dans toute leur horreur n’apporte absolument rien sinon de l’exaspération et du dégoût. Le film pourrait-il avoir un rôle au moins éducatif ? Là encore, même pas, d’ailleurs le film est interdit aux moins de 12 ans, et je ne pourrais même pas dire si c’est justifié ou non en voyant à quel point je suis choqué par le film. A-t-on besoin d’un film pour parler de ces choses-là ? Si on en est à ce point, c’est tout de même grave. Or, on le sait, l’éducation sexuelle, avec ses composantes criminelles, n’est pas faite là où elle devrait d’abord être faite : à l’école, voire chez les parents. Est-ce que c’est le rôle du cinéma de montrer ce genre de situations ? Je suis dubitatif. Avec beaucoup plus de tact, d’insinuation, de complexité, de dilemmes, de retenue, bref de génie, certainement oui, parce que le cinéma doit jouer avec les limites pour nous questionner, nous mettre face à nos contradictions, à notre aveuglement, nos petites compromissions, pour nous dire ce que le père pourtant dit très bien à un moment : ça ressemble à quoi un pédophile ? Ben oui, ça ressemble à quoi ? Celui-ci, puisqu’unidimensionnel, il ne fait aucun doute qu’il ne passe que pour être l’autre, l’étranger. Ça saute tellement aux yeux que ça devient irréel que les parents ne voient rien. La vraie difficulté, et le défi dans ce genre de films, c’est de nous forcer à nous identifier à lui, nous le rendre sympathique, nous mettre comme dans la peau des parents pour comprendre leur aveuglement, et s’interroger si notre propre déni, sur notre propre capacité à voir, comprendre les bons signaux. Quel dialogue peut-on nouer avec nous-mêmes si tout est tellement si évident et présenté de manière si facile ? Un sujet dur ne doit pas nous le rendre pénible à voir, il doit nous questionner, nous surprendre à ne pas nous mettre dans la position forcément enviée de celui qui juge. En fait, on y retrouve les mêmes ingrédients forcés et vulgaires de Hope. Le film n’apporte ni plaisir (c’est le moins qu’on puisse dire, une torture à tous les niveaux), ni informations nouvelles, ne pose absolument par les bons problèmes, ne soulève aucun dilemme, il joue sur l’évidence stérile des stéréotypes. Bref, le film n’apporte rien. Un vrai cauchemar.

Wonder Woman, Patty Jenkins (2017)

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Wonder Woman, Patty Jenkins 2017 Warner Bros., Atlas Entertainment, Cruel & Unusual Films, DC Entertainment, Dune Entertainment, Tencent Pictures, Wanda Pictures (2)

La Femme de nulle part, Louis Delluc (1922)

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La Femme de nulle part, Louis Delluc 1921 3

Perfect Sense, David Mackenzie (2011)

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Perfect Sense, David Mackenzie 2011 BBC Films, Zentropa Entertainments, Scottish Screen (1)

La Fin d’une liaison, Neil Jordan (1999)

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La Fin d'une liaison, Neil Jordan 1999 The End of the Affair Columbia Pictures 2

L’Avenir, Mia Hansen-Løve (2016)

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L'Avenir, Mia Hansen-Løve 2016 CG Cinéma, Detailfilm, Arte France Cinéma (2)

Le Jeu de la dame, Scott Frank & Allan Scott

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Le Jeu de la dame, Scott Frank et Allan Scott 2020 The Queen's Gambit Flitcraft, Wonderful Films, Netflix (1)_

L’aigle s’est envolé, John Sturges (1976)

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L'aigle s'est envolé, John Sturges 1976 The Eagle Has Landed Associated General Films, ITC Entertainment (1)_

Jack Reacher & Mission Impossible : Rogue Nation, Christopher McQuarrie  (2012-15)

C’est sympathique de m’avoir prévenu que le scénariste de Usual Suspects faisait des films. J’avais vu Way of the Gun, il y a bien longtemps (pas bien brillant alors que je me rappelle de mon enthousiasme d’alors), et laissant de côté le cinéma contemporain, j’avais totalement perdu de vue ce bonhomme.

Sa réalisation n’est en fait pas si différente de celle de Bryan Singer, même si on peut déplorer que pour ces deux garçons ces formes de mise en scène très découpées ait souvent été mis au profit de franchises. Mais est-ce que ce rythme forcé aux effets continus, ce n’est pas mieux que la « ligne claire » encore hitchcockienne des polars des années 80-90 ?…

Bref, la franchise Mission Impossible n’a plus vraiment rien à envier à James Bond. Les deux flirtant maintenant systématiquement avec le ressort narratif complotiste. À l’image de l’évolution des rapports de force géopolitique depuis la chute du bloc de l’Est. L’ennemi tout puissant n’est désormais plus ni soviétique ni un savant fou bien identifié, mais des organisations de l’ombre qui tirent les ficelles et corrompent toutes les machines démocratiques du monde. Je ne suis pas sûr toutefois que ça illustre si bien que ça la nature des conflits actuels, et cette mise en scène de complots constants et insaisissables (et ça date déjà, on en voit les prémices à la télévision avec X-files ou Lost), j’aurais même presque peur que ça ne fasse qu’alimenter un peu plus la défiance du public pour ses gouvernants. En place de grands complots mondiaux, il y a surtout des pratiques illicites de la part d’individus issus des grandes richesses du monde qui vise à préserver et enrichir un peu plus leur patrimoine parfois avec la complicité passive des États. Ils vont ça individuellement avec le seul but de s’enrichir, aucun complot comme on peut l’entendre dans ces films. Et ça, c’est bien un problème de ne pas l’évoquer dans des films actuels, parce que non seulement, on passe à côté des grandes manœuvres quasi mafieuses de notre époque, mais on nourrit et instrumentalise des imaginaires incohérents qui in fine profitent toujours à ces mêmes acteurs « de l’ombre », les grandes richesses, qui ne sont jamais montrées du doigt et aux extrémismes. La défiance du peuple vis-à-vis de ses dirigeants n’a jamais été aussi grande, on élit des imbéciles d’extrêmes droites, et les univers mentaux illustrer dans ces films y est sans doute en partie responsable. C’est d’autant plus ennuyeux quand un des promoteurs de ces imaginaires « alternatifs » est un acteur producteur promoteur également de la plus grande secte du monde. Les sectes, c’est pas des complots de l’ombre, c’est des problèmes bien réels qui pourrissent la vie de milliers de personne, s’enrichissent sur leur dos et promeuvent elles aussi des idéologies dangereuses pour les individus et la société.

Cela étant dit, paradoxalement ou non, il se trouve que j’aime bien ce que fait Tom Cruise… Faut être un peu schizophrène. Et la plupart du temps, depuis maintenant plus de dix ans, il s’appuie sur Christopher McQuarrie. OK. On est rarement dans le chef-d’œuvre, mais ce qu’ils proposent n’est pas mal du tout (si on met de côté les critiques exposées dans le précédent paragraphe). Oui, même dans ce domaine, il faut séparer l’homme de l’artiste, et cela, même quand des films font, à mon avis, plus la promotion des faux complots au détriment des vrais ou des quasis (influence des ultra-riches sur les politiques du monde, développement des extrêmes et des sectes).

Girl, Lukas Dhont (2018)

Mêmes qualités que Tomboy. Un sujet bien traité qui interroge la notion de genre et une réalisation de qualité, naturaliste, tendance improvisations dirigées, avec d’excellents acteurs. Ce qu’on gagne en spontanéité et en justesse à travers l’improvisation, on leur perd parfois en pertinence des répliques, et là c’est rarement le cas, au contraire même, chaque conflit intermédiaire servant à illustrer les problématiques d’un changement de sexe naissant des répliques parfois malheureuses (souvent du père). Direction impressionnante donc pour un sujet d’actualité ayant potentiellement un rôle politique et informatif important. Chapeau.

La Tête d’un homme, Julien Duvivier (1933)

Film affreusement lent avec pas mal de résurgences de films muets. On sent presque que Duvivier chercherait à trouver une sorte d’intensité molle inspirée de M le maudit assaisonnée par quelques tourments crapuleux assez peu photogéniques, sans doute déjà bien présents dans l’histoire de Simenon, et qui feraient plutôt penser à Crime et Châtiment. Mais le tour ne prend pas. Duvivier avait un superbe scénario de Simenon, et il n’en a pas tiré grand-chose sinon un film lent à l’intensité inévitablement forcée. Le film n’est même pas à voir pour Harry Baur qu’on a connu plus inspiré, mais le stoïcisme de Maigret, à lui ce gros ours sensible, ne lui convient pas vraiment : une dernière scène intense avec les larmes qui vont avec, mais avant ça il semble s’ennuyer et son humanité légendaire n’y change pas beaucoup plus (je demande à voir, mais jusqu’à présent Harry Baur a surtout été convaincant dans des rôles de victimes, pas assez roublard pour ça, et pas assez « fin » pour Maigret).

En fait, les deux seuls rayons d’espoir du film, c’est l’interprétation de l’acteur russe Inkijinoff (le nuage de Tempête sur l’Asie ayant semble-t-il passé la frontière), d’une autorité et d’une présence, pour le coup, franchement impressionnantes. Le même caractère, ou faciès plutôt, insaisissable, que Yul Brynner, qu’on imagine venir de lointaines steppes, mais surtout une intelligence dans le regard et une assurance folles… Pour voler la vedette à Harry Baur, il faut en avoir du talent. Le dernier bon point du film, c’est la chanteuse Damia qui pousse sur un coin de lit sa complainte d’une grande joyeuseté : et la nuit m’envahit, tout est brume, tout est gris… 

Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan (2016)

Commentaire :

Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan 2016 Amazon Studios, K Period Media, Pearl Street Films (2)

 Série Lupin (2021)

C’est assez bien tourné (dans le sens « bien construit »), plaisant, mais la même série serait proposée sur Arte ou Canal+ et on n’en ferait pas tout ce flan. Il y a quand même avec Netflix une manière de proposer et de concentrer des mêmes programmes à un public très vaste quelque chose qui s’apparente à un ORTF mondial. Tout le monde regarde la même chose au même moment. Je ne pourrais pas dire si c’est bien ou pas bien, mais pour moi cette comparaison saute aux yeux. Netflix est payant, certes, mais j’ai trouvé par hasard des liens de streaming sur un site russe, et ça m’a permis de voir justement où, comment et à qui, ce feuilleton était proposé. Doublé en anglais, sur-doublé en russe, sous-titré en arabe… c’est comme voir une série allemande d’Arte diffusée en mondovision. La version chiffrée de l’exception et de la diversité culturelle sans doute.

Puisque Twitter est susceptible de nous sucrer notre compte (et donc notre littérature) à tout instant (mes commentaires sont souvent « masqués » d’ailleurs, et je me demande parfois pourquoi je perds mon temps à répondre, sinon pour moi-même – c’est donc ce que je vais faire ici), je prends donc mes précautions, et je reproduis ici quelques tunnels. Ici sur la notion de genre dans les dessins animés, suivi de la même question dans le cinéma (je réponds à quelqu’un et je réagis à un historien qui parlait de son expérience personnelle pour tirer une généralité – je fais donc la même chose, mais je ne suis pas encore historien) :

Je fais partie de la même génération que la sienne. J’ai jamais eu des amis garçons exclusifs, et à l’heure de Récré A2, je fréquentais surtout des filles. Franchement, j’ai jamais vécu l’enfance comme une période où tout était sexualisé. Quand il dit qu’il avait une sensibilité de fille parce qu’il préférait Candy, il ne fait qu’entretenir des clichés sexistes selon lesquels les filles seraient plus intéressées par ce qui est « sensible ». Son « métamorphose » de Goldorak, on le retrouve exactement dans un autre anime, Gigi, et j’adorais ça.

En fait, à l’époque, ces dessins animés faisaient débat dans la société, pas du tout parce qu’ils étaient suspectés de participer à la construction sexualisée des enfants, mais parce que certains de ces anime étaient en fait destinés à un public adulte (comme Ken le survivant). C’est un peu le même mauvais procès qui est fait au cinéma des années 30, censé montrer une image rétrograde de la femme alors qu’à aucune époque un tel (soft) pouvoir a mis autant en valeur les principes d’indépendance de la femme. Je suis persuadé que ces dessins animés, pratiquement tous japonais à l’époque, ont participé au contraire à lisser la séparation culturelle sexuée des jeunes Français.

Pratiquement tous les personnages masculins sont efféminés et ça ne choquait personne : l’autre grand anime de l’époque c’est Albator. Comme représentation virile de l’identité masculine on repassera. Ça n’a pas empêché des millions de petits Français à s’identifier à son personnage. Donc cette manière de suspecter en permanence des dessins animés d’être des clichés sexualisés est idiote.

Puis je réponds à ça :

« à mon avis, pour vous, « masculin », c’est baraqué et poilu, du coup Albator pour vous c’est juste un geek en cosplay. »

Non, je parle bien du comportement, d’attitude. Est-ce que Conan le barbare par exemple est viril ? Pas dans mon souvenir, sinon une sorte de vernis qui s’écaille vite. Pour Albator, le souvenir que j’en ai, c’est celui d’un monolithe asexué, un de ce type de héros ne manifestant aucun intérêt sexuel, aucune dimension de séduction, c’est un cadavre sur pattes, un robot, un fantôme, ou un sage, c’est selon. Et paradoxalement, c’est aussi probablement ce désintérêt manifeste pour les filles (et tout le reste), qui le rend si sexy pour des filles. Mais cette attirance naît du mystère qu’il dégage, pas dans un comportement tourné vers les filles. On est loin par exemple d’un autre héros de l’époque, Cobra, qui est lui ouvertement un coureur, un goujat, mais qui dans cette dimension peut être acceptable justement parce qu’il incarne une caricature de l’image du macho. Et décider d’à partir de quand la caricature finit par aller trop loin et par ne plus être acceptable, ce n’est pas évident.

C’est le même problème qu’on retrouve dans des récits dénonçant la violence en montrant précisément cette violence. En ce sens, un autre personnage comme Nicky Larson, tout autant macho que Cobra, me paraît, là oui, beaucoup plus problématique, mais je ne saurais dire si c’est simplement le personnage qui m’est moins sympathique ou s’il y a réellement un problème de mesure dans la caricature faite du macho au point de ne plus faire de Nicky un simple macho caricaturé, mais un beauf lourd et vulgaire à la virilité toxique. Parce que oui, il y a des virilités non problématiques, et il y en a qui agressent et rabaissent les femmes.

Concernant les personnages de Ford, il a globalement plus joué, et fait tendre ses personnages vers, des machos, oui. Disons que ça me semble être à la limite d’une forme de machiste acceptable, étant entendu que le plus souvent, c’est là encore présenté de manière détournée. Quand il joue les machos et qu’on en rit (dans les films de Spielberg ou Lucas), je ne pense pas qu’on ait envie de lui ressembler, au contraire, on le trouve ridicule, et c’est parce qu’il est ridicule qu’il est touchant.

Et c’est un personnage imaginé par Lucas qui n’a fait que reprendre un type de personnages masculins virils moqués par les femmes dans les screwball comedies des années 30. Dans Star Wars, c’est un crétin qui s’humanise justement quand une femme avec du caractère le remet à sa place. C’est alors toujours sa virilité qui parle certes, un peu comme James Bond, mais ça ne fait pas pour autant de cette virilité quelque chose de toxique, justement parce qu’elle est balancée par un personnage qui la tourne en dérision et sait lui faire face. Un vrai mec à la virilité toxique chercherait en retour, et sans second degré, à remettre à sa place cette princesse qui humilie sa sainte dignité d’homme. Au lieu de ça, il est attiré par elle. C’est typique des années 30 où la femme n’est plus un faire-valoir, un objet, une conquête, une décervelée, mais l’égal de l’homme, et parfois plus.

Dans Blade Runner, c’est peut-être là où effectivement son comportement pourrait le plus se rapprocher d’un mec viril assez peu soucieux des désirs des femmes qu’il voit comme des objets (ce que Rachel est…). Mais ça concerne une scène problématique, et pour l’intensité du film elle me paraissait tout à fait nécessaire pour diverses raisons : le film, au contraire des autres exemples, n’est pas dans la caricature ou le second degré, mais plutôt sur une remise en question de la nature humaine, donc voir un type tout à coup laisser sa part animale parler, ce n’est pas si déplacé.

Les personnages ne doivent pas être des saints, c’est aussi leurs travers, leurs déviances qui doivent nous interroger, étant entendu que Deckard fait parti de ces personnages qui sont loin d’être des héros positifs ou des modèles : les anti-héros. Pendant tout le film, on sent sa frustration (sexuelle en partie), et son désir pour cette femme, monter, et au moment de la voir partir alors qu’il lui faisait des avances, il la retient. Ce n’est pas comme si tout dans son attitude était toxique. Un film, quand il montre ces écarts de comportement, peut le faire justement parce qu’un film ne montre pas comment on devrait se comporter, mais comment, dans certaines situations, avec certains types de personnages, les choses peuvent basculer. On le montre pour le meurtre, pour la violence ordinaire, donc pour un comportement machiste qui dure vingt secondes dans le film, le rendant humain, donc faillible et imparfait, ça ne me paraît pas ni déplacé, ni la preuve que l’acteur est responsable par son interprétation du comportement des personnages qu’il joue…

Là où ça cloche peut-être plus dans le récit, c’est qu’une fois « consommé » la chose, on nous présente ça comme une chose acquise : la femme ne peut que succomber au charme de l’homme. C’est discutable, mais on pourrait arguer comme Rachel est un robot mimant des réactions humaines… Bien sûr que le comportement de Deckard à l’égard de Rachel est celle d’un gland, mais c’est un peu le sujet du film. Encore une fois, ce n’est pas un modèle.

Ensuite, qu’il puisse être vu par certains comme un modèle qui nourrira leur propre virilité toxique, c’est évident, mais je doute que ce soit la règle. Quand Oliver Stone tourne Tueurs nés en pensant dénoncer la violence et que toute une génération apprécie le film… pour sa violence, il est un peu responsable du malentendu, mais il n’est pas pour autant responsable des fous prenant modèles sur ses personnages déglingués et qui chercheront à imiter leurs comportements déviants.

L’image des femmes apparue au milieu des années 30 jusqu’au début des années 60 dans le cinéma américain, à cause du code Hays, a joué comme une sorte de contre-réforme réactionnaire à la vague d’émancipation des années 20 et 30. La différence est marquée. La suite est plus connue. Et même dans les dessins animés japonais, je pense, oui, qu’on a encore les traces de cette nouvelle mentalité héritée des années 60. Les personnages ne sont pas forcément moins machistes, mais au moins le rapport aux femmes est souvent mise en question. Chose qu’il n’y avait pas à l’époque de John Wayne où son personnage, en plus de devoir être toujours être un mâle dominant, devait toujours être présenté de manière positive. Rarement d’ironie pour moquer cette virilité de façade. Montrer des héros déviants au moins permet de mettre de la distance et d’interroger certains comportements qui étaient présentés comme la règle au temps de Wayne et du code Hays. Tu verras jamais Albator porter une femme sur son épaule, pistolet à la main, la tirant des griffes de méchants extra-terrestres.

Il y a une anecdote connue à propos de John Wayne : il fustigeait le film Le train sifflera trois fois, où Gary Cooper joue un shérif demandant l’aide des habitants de la ville. Lui n’aurait jamais accepté de jouer un tel personnage de mauviette. Eh bien, je crois qu’une bonne part de la culture actuelle, celle initiée par ces dessins animés japonais et par les films de George Lucas, nous dit une chose : que oui, il ne faut pas hésiter à faire appel à des amis si on en a besoin. Ces histoires-là nous apprennent à être des mauviettes selon John Wayne, et il faut en être fier.

(Je parle vraiment pour rien dire…)  

Le Sens de la fête avec Bacri.

Ça faisait bien dix que j’avais pas vu un film sur TF1. C’est pas si mal écrit, mais qu’est-ce que c’est mal dirigé, c’est affligeant. Les acteurs pourraient être bons pourtant, mais jamais dans le bon dosage, le bon ton…