Notes de visionnage 2021 (3)

 

janvier – avril 2021

mai – août 2021

septembre – décembre 2021

 
 
La La Land, Damien Chazelle (2016)

Je sais qu’en général l’histoire dans une comédie musicale n’a que très peu d’intérêt (et encore), le problème c’est justement que le film ne tend pas assez vers la comédie musicale. Pendant tout le développement du film, et ce pendant au moins une heure, des petites chansonnettes, deux petits tours au piano électronique sans grand intérêt, tout le reste c’est la mise en scène d’une amourette tout ce qu’il y a de plus banal. L’ascension dans les coulisses de Los Angeles sont sans doute moins photogéniques que les mêmes tournées à Broadway. C’est peut-être aussi parce que honorer le jazz, on peut toujours le faire à l’écran en jouant du jazz…, honorer le Vieil Hollywood, une fois qu’on a rejoué un classique façon comédie musicale, difficile d’illustrer la passion du personnage féminin, et celle probablement de Damien Chazelle, autrement qu’à travers des pièces undergound, des castings ou un film à succès dont on ne verra jamais rien. Peut-être aussi le problème de se concentrer sur deux uniques personnages…

Bref, c’est assez gnangnan et vide, mais comme parfois, certains films sont sauvés par leur distribution. Je suis toujours aussi passionnément fasciné par le talent de Emma Stone. Un œil, une intelligence, une vivacité, de la dérision, de l’imagination, et une justesse folle qui lui permet de reproduire en un regard une situation qu’on pourrait deviner rien qu’en la regardant jouer (en la regardant le plus souvent écouter pour être précis). Elle a aussi ce sourire rare que certains ont dans les yeux, ce sourire qui s’illumine d’un coup, souvent par politesse ou par intelligence sociale, et qu’on exprime pour montrer sa surprise (feinte ou non) de voir quelqu’un, ou de comprendre ce que veut dire l’autre en lui proposant ainsi, par les yeux, une connivence polie. Qu’on appelle cela la classe, le charme ou l’intelligence, peu importe, Emma Stone le montre à chaque fois dans ses films… Quant à Ryan Gosling, loin d’être tout aussi fan de ces interprétations droopiesque, ou de sa personnalité en général, l’acteur m’aura surtout convaincu en tant que danseur. Si la valse, c’est pas encore tout à fait ça, la maîtrise qu’il montre dans sa première scène dansée avec Emma Stone est impressionnante. Mais le problème est bien là, pour une fois que j’apprécie l’acteur l’écran, on ne m’en donne pas assez pour mon argent. Trop de sentimentalisme, trop de piano et pas assez de comédie musicale.

Don’t Look Up, Adam McCay (2021)

Commentaire : 

Don't Look Up, déni cosmique, Adam McKay 2021 Netflix (2)

 

I comme Icare, Henri Verneuil (1979)

Scénario assez consternant semblant avoir été écrit par un enfant de dix ans. À l’image de Costa-Gavras, Henri Verneuil cherche à faire à l’américaine et se plante à la française… De nombreuses séquences traînent en longueur, les décors France moderne sont à vomir (le genre de décor urbain des villes nouvelles populaires et propres dans les années soixante-dix qui finiront par devenir des déchets à ciel ouvert quand les matériaux utilisés seront sales, cassées ou vieillies), la mise en scène est au carrefour de Conversation secrète et de Derrick sans jamais flirter ne serait-ce qu’une seconde avec le premier. Mais le pire de tout, c’est sans aucun doute ce scénario rempli de trous et d’incohérences. Je veux bien que les méthodes de fonctionnement dans un pays fictif ne soient pas les mêmes que dans un autre réel, mais quand ce sont des facilités scénaristiques, cela pourrait être fictif ou réel, cela ne changerait rien à l’incohérence et au ridicule de nombreuses situations. L’une des plus grosses incohérences valant au moins quelques dizaines de facepalms et de rires dans la salle consistant à faire du personnage principal un procureur à qui échoue pour d’abracadabrantesques raisons procédurières la tâche de relancer l’enquête… à partir de zéro alors qu’il était « juge » à la première et avait par conséquent connaissances des énormes dossiers (manifestement vides) qu’on ne manque pourtant pas de nous montrer à plusieurs reprises… … On pouffe pas mal en voyant le film… Il y a aussi des choix saugrenus comme le fait de choisir l’acteur de La Question (que je viens précisément de voir, sinon je n’aurais probablement jamais reconnu), un film sur un journaliste torturé lors de la guerre d’Algérie, pour illustrer une séquence particulièrement longue et hors de propos sur la soumission à l’autorité, et donc sur la torture… Le film prend à ce moment-là assez clairement je pense en référence l’expérience de Milgram, seul problème, l’expérience a été depuis largement remise en cause… (sans parler là encore des incohérences ridicules faisant que notamment des scientifiques travaillent depuis des années et tous les jours sur la même expérience avec des cobayes différents, et avec un déroulé, non seulement qui serait illégal même dans des dictatures — dans les dictatures, la torture, elle est au service du pouvoir, pas de la « science » –, mais aussi peu crédible : ce n’est plus l’expérience de Milgram, c’est Le Prix du danger…).

État de siège, Costa-Gavras

L’habilité habituelle de Costa-Gavras à faire « à l’américaine » : montage et utilisation de la musique parfaits. Mais beaucoup aussi de maladresses : la distribution est tellement hétéroclite qu’on peine à y croire, et quelques choix de mise en situation assez naïfs (il cherche à reproduire un cliché de films américains quand on voit des avocats sortir des palais de justice assaillis de journalistes, mais cette fois avec des ministres d’une quasi-dictature sortant de leur ministère… pas très cohérent). Le choix de commencer par la fin est intéressant, mais casse toute la dynamique d’un dernier acte sans tension ni pathos (ce qui, sur ce dernier point, n’est pas forcément d’ailleurs un inconvénient). Quant au choix de prendre aussi ouvertement parti pour les terroristes révolutionnaires, en prenant soin de les présenter sous leur meilleur jour, de faire preuve d’humanité face à ceux qu’ils considèrent comme des criminels, cela paraît encore bien naïf. Choisir pour le coup Yves Montand pour un rôle à contre-emploi n’était pas si idiot, sauf que l’acteur, à force de trop défendre son personnage, en vient lui aussi à manquer de cohérence. Bref, assez brouillon.

Les Fleurs de Shanghai , Hou Hsiao-hsien (1998)

Des bourgeois de Neuilly rendant visite à leurs concubines du 93 pour faire leur petite affaire hors-champ et pour fumer des joints.

Forme insipide semblant être tirée du théâtre classique : mêmes huis clos, ça papote d’histoire de cul et de devoir, les femmes regardent les hommes se torcher la poire, quand il y a de l’action, on en connaît la teneur par discours rapporté et l’action en question se limite souvent à des banalités. Jeu distancié, apathique, et le plus souvent sans raison, une habitude chez HHH. Et cela souvent dû à une caméra étrangère à l’action (plans-séquences avec mouvement de caméra façon mouche neurasthénique). Reste les jolis décors en bois laqué et en porcelaine Ikea, ainsi que les tuniques en soie… C’est pas du cinéma, c’est un enterrement au pavillon chinois de l’expo universelle de 1889. 

Cynthia, Robert Z. Leonard (1947)

Commentaire :

Cynthia, Robert Z. Leonard 1947 MGM (5)

Fondation, Apple+ d’après Asimov

En train de regarder la série adaptée de Fondation d’Asimov. Pour deux idées excellentes répondant aux exigences d’une série contemporaine (clonage de l’Empereur et féminisation en masse des personnages), et globalement un joli travail de design (sauf sonore), il y a mille problèmes qui gâchent le travail. Il y a un ayant droit d’Asimov apparemment en guise de caution à la production, ben autant dire que cet ayant droit n’a pas beaucoup de respect pour son ancien. Un détail résume assez bien à mon sens le « trop loin » adaptatif du morceau : Salvor Hardin, censé être le maire de Terminus devient… son gardien superhérosé. Je n’ai lu que le premier roman, et même si comme pour Dune je n’ai jamais été fan de ces récits bavards totalement anti-cinématographiques, il faut en respecter la nature. Le premier épisode est d’ailleurs en ce sens assez bien ficelé : ça papote beaucoup, on passe d’une époque à une autre, et même avec certaines exigences d’adaptation qu’on peut comprendre, l’esprit est là. Et puis dès le second épisodes, ça part totalement en couille avec des scènes de sexe, puis une avalanche de scènes d’action. Et plus on avance, et plus j’essaie de comparer à l’original, plus les scénaristes semblent avoir pris des libertés plus que suspectes. Le cul se multiplie, les histoires perso aussi, les méchants sont forcément des envahisseurs avec un accent arabe, on parle de foi (on parle de foi dans Fondation ?), il faut toute une saison pour exposer pratiquement une seule époque alors que le sens du roman c’est justement de sauter les époques… Mike Öpuvty résume en une phrase se qui cloche : « David Goyer et sa clique n’ont RIEN compris du matériau de base, tout ce qui les intéresse c’est des histoires de coucheries et des explosions inutiles. » Et le pire paradoxe dans cette affaire : ça a beau être mauvais, j’ai pas le souvenir d’avoir vu meilleure série SF.

Bad Luck Banging or Loony Porn, Radu Jude (2021)

commentaire :

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L’Affiche, Jean Epstein (1924)

Film antérieur au Double Amour de quelques mois, tourné pour l’Albatros et avec pour actrice principale Nathalie Lissenko (l’année de Kean également, ce film soporifique où elle apparaît en gros plan sur… l’affiche). Comme pour Le Double Amour, Jean Epstein s’inscrit ici plutôt dans une veine classique. Le mélodrame surtout est de la partie : les coïncidences excessives, c’est les effets spéciaux de l’époque, personne n’y croit, et plus c’est gros, plus on en a pour notre argent. Marie s’éprend donc un soir d’un homme qui l’engrosse. Quelques années passent et Marie participe à un concours qui fait de son fils le gagnant d’une affiche publicitaire : elle gagne une poignée de milliers de francs, et elle ne le sait pas encore, mais le fils du riche industriel qui lui remet le prix est le père de son enfant. L’enfant décède quelques mois plus tard, et à la sortie du cimetière, Marie ne voit plus que les affiches avec son fils sur les murs, affiches qui ironiquement et tristement incitent à assurer les enfants… La voilà donc qui débarque chez l’industriel assureur pour lui supplier d’enlever ces affiches, ce que l’industriel bien sûr refuse (on reconnaît un puissant — terme qu’il reprendra lui-même plus tard — à son intransigeance envers les pauvres). Plus tard, Marie et son homme d’un soir se retrouveront, et l’autre Marie, la sœur du cinéaste et scénariste du présent film (invisibilisée sur IMDb, mais pas sur…l’affiche du film), à au moins ici la justesse de ne pas tirer sur la corde mélodramatique : si le père reste un temps inflexible, le fils est sincèrement touché à la fois par la mort d’un fils dont il ignorait l’existence et par la douleur de sa mère. Éviterons-nous la fin tragique ou le film s’enfoncera-t-il un peu plus dans le mélodrame ?

Bref, anecdotique, mais Jean Epstein, s’il se rend coupable parfois de quelques faux raccords, s’en tire pas mal dans le classicisme mélodramatique, et s’essaye déjà à quelques trucs qu’il utilisera plus par la suite : des surimpressions bien sûr (dont une très courte mais habile sur le fils de l’industriel marchant au milieu des affiches) et quelques travellings d’accompagnement. On sent peut-être un peu trop parfois dans certaines scènes qu’elles sont tournées en studio en revanche (on remarque le même sol léché et noir à la fois dans le bureau de l’assureur et dans la chambre de sa fille mourante par exemple), et si l’interprétation du fils (Genica Missirio) n’est pas mal du tout, celle de la star russe me laisse de marbre. Après, j’aime toujours poser des questions stupides auxquelles personne ne peut répondre : Nathalie, ayant vécu semble-t-il le reste de son existence à Paris jusqu’à la fin des années soixante, a-t-elle rencontré au cours de sa vie… Romain Gary ? Quitte à aimer les mélodrames avec enfants cachés et les coïncidences… (Ah, bah zut, ce n’est pas une question stupide, ça doit être des réminiscences de La Promesse de l’aube…)

Illusions perdues, Xavier Giannoli (2021)

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Illusions perdues, Xavier Giannoli 2021 Curiosa Films, Gaumont, France 3 Cinéma (1)

Le Veuf, Dino Risi (1959)

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Le Chemin de l’espérance, Dino Risi (1953)

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Fantôme d’amour, Dino Risi (1981)

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