L’Affiche, Jean Epstein (1924)

Note : 3 sur 5.

L’Affiche

Année : 1924

Réalisation : Jean Epstein

Avec : Nathalie Lissenko, Genica Missirio, Camille Bardou

Film antérieur au Double Amour de quelques mois, tourné pour l’Albatros et avec pour actrice principale Nathalie Lissenko (l’année de Kean également, ce film soporifique où elle apparaît en gros plan sur… l’affiche).

Comme pour Le Double Amour, Jean Epstein s’inscrit ici plutôt dans une veine classique. Le mélodrame surtout est de la partie : les coïncidences excessives, ce sont les effets spéciaux de l’époque, personne n’y croit, et plus c’est gros, plus on en a pour notre argent.

Marie s’éprend donc un soir d’un homme qui l’engrosse. Quelques années passent et Marie participe à un concours qui fait de son fils le gagnant d’une affiche publicitaire : elle gagne une poignée de milliers de francs, et elle ne le sait pas encore, mais le fils du riche industriel qui lui remet le prix est le père de son enfant. L’enfant décède quelques mois plus tard, et à la sortie du cimetière, Marie ne voit plus que les affiches avec son fils sur les murs, affiches qui, ironiquement et tristement, incitent à assurer les enfants… La voilà donc qui débarque chez l’industriel assureur pour lui supplier d’enlever ces affiches, ce que l’industriel bien sûr refuse (on reconnaît un puissant — terme qu’il reprendra lui-même plus tard — à son intransigeance envers les pauvres). Plus tard, Marie et son homme d’un soir (le père de l’ange parti au ciel) se retrouveront, et l’autre Marie, la sœur du cinéaste et scénariste du présent film (invisibilisée sur IMDb, mais pas sur… l’affiche du film), à au moins ici la justesse de ne pas tirer sur la corde mélodramatique : si le père reste un temps inflexible, le fils est sincèrement touché à la fois par la mort d’un fils dont il ignorait l’existence et par la douleur de sa mère. Éviterons-nous la fin tragique ou le film s’enfoncera-t-il un peu plus dans le mélodrame ?

Bref, une cuvée anecdotique, mais Jean Epstein, s’il se rend coupable parfois de quelques faux raccords, s’en tire pas mal dans le classicisme mélodramatique, et s’essaye déjà à quelques effets qu’il utilisera bien plus par la suite : des surimpressions bien sûr (dont une très courte mais habile sur le fils de l’industriel marchant au milieu des affiches) et quelques travellings d’accompagnement. On sent peut-être un peu trop parfois dans certaines scènes qu’elles sont tournées en studio en revanche (on remarque le même sol léché et noir à la fois dans le bureau de l’assureur et dans la chambre de sa fille mourante par exemple), et si l’interprétation du fils (Genica Missirio) n’est pas mal du tout, celle de la star russe me laisse de marbre.

Après, j’aime toujours poser des questions stupides auxquelles personne ne peut répondre : Nathalie, ayant vécu semble-t-il le reste de son existence à Paris jusqu’à la fin des années soixante, a-t-elle rencontré au cours de sa vie… Romain Gary ? Quitte à aimer les mélodrames avec enfants cachés et les coïncidences… (Ah, bah zut, ce n’est pas une question stupide, ça doit être des réminiscences de La Promesse de l’aube… L’air de famille est donc bien là.)


 

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