Jean Epstein

Jean Epstein

Classement : 

8/10

  • La Glace à trois faces (1927)
  • La Chute de la maison Usher (1928)

7/10

  • Cœur fidèle (1923) *
  • Mauprat (1927)
  • Finis Terrae (1928)

6/10

  • Le Tempestaire (1947)
  • Le Mor-Vran (1930)

5/10

  • Le Double Amour (1925)
*Simples notes :
Cœur fidèle

Avant-garde évoquant plus le naturalisme d’Antoine avec des effets de surimpression assez peu convaincants. Très inspiré de La Roue.

Le Double Amour

Pas si mal fichu au sens classique, et cela pour un réalisateur pas vraiment connu pour son classicisme. Les surimpressions s’intègrent bien au récit et on retrouve tous les passages obligés des mélodrames de l’époque (fièvre du jeu, descendance cachée amenant un dénouement révélateur, ellipses temporelles donnant le vertige ou prêtant à sourire, petites balades sur la côte d’Azur et intérieurs grandioses tournés en studio dans le 93), mais j’avoue que c’est vue mille fois et que j’ai une forte aversion pour les films de casino. Alors quand en plus les personnages sont moralement plus que suspect (ils se tirent même entre eux dans les pattes et excusent trop facilement) et un truc qui me fait bondir, c’est cette manière évidente et plusieurs fois répétée que quand ce sont les gens riches qui trichent, eh ben ils pourront toujours s’acquitter, entre gentlemen, d’une petite réparation. Le « Quelle gaffe » du type du casino suspectant le joueur apprenant que c’était un riche entrepreneur et que par conséquent il ne pouvait pas avoir volé m’a fait bondir de ma chaise avec la furieuse envie de l’envoyer valser sur mon écran. Chacun sa fièvre.

L’Affiche

Film antérieur au Double Amour de quelques mois, tourné pour l’Albatros et avec pour actrice principale Nathalie Lissenko (l’année de Kean également, ce film soporifique où elle apparaît en gros plan sur… l’affiche). Comme pour Le Double Amour, Jean Epstein s’inscrit ici plutôt dans une veine classique. Le mélodrame surtout est de la partie : les coïncidences excessives, c’est les effets spéciaux de l’époque, personne n’y croit, et plus c’est gros, plus on en a pour notre argent. Marie s’éprend donc un soir d’un homme qui l’engrosse. Quelques années passent et Marie participe à un concours qui fait de son fils le gagnant d’une affiche publicitaire : elle gagne une poignée de milliers de francs, et elle ne le sait pas encore, mais le fils du riche industriel qui lui remet le prix est le père de son enfant. L’enfant décède quelques mois plus tard, et à la sortie du cimetière, Marie ne voit plus que les affiches avec son fils sur les murs, affiches qui ironiquement et tristement incitent à assurer les enfants… La voilà donc qui débarque chez l’industriel assureur pour lui supplier d’enlever ces affiches, ce que l’industriel bien sûr refuse (on reconnaît un puissant — terme qu’il reprendra lui-même plus tard — à son intransigeance envers les pauvres). Plus tard, Marie et son homme d’un soir se retrouveront, et l’autre Marie, la sœur du cinéaste et scénariste du présent film (invisibilisée sur IMDb, mais pas sur…l’affiche du film), à au moins ici la justesse de ne pas tirer sur la corde mélodramatique : si le père reste un temps inflexible, le fils est sincèrement touché à la fois par la mort d’un fils dont il ignorait l’existence et par la douleur de sa mère. Éviterons-nous la fin tragique ou le film s’enfoncera-t-il un peu plus dans le mélodrame ?

Bref, anecdotique, mais Jean Epstein, s’il se rend coupable parfois de quelques faux raccords, s’en tire pas mal dans le classicisme mélodramatique, et s’essaye déjà à quelques trucs qu’il utilisera plus par la suite : des surimpressions bien sûr (dont une très courte mais habile sur le fils de l’industriel marchant au milieu des affiches) et quelques travellings d’accompagnement. On sent peut-être un peu trop parfois dans certaines scènes qu’elles sont tournées en studio en revanche (on remarque le même sol léché et noir à la fois dans le bureau de l’assureur et dans la chambre de sa fille mourante par exemple), et si l’interprétation du fils (Genica Missirio) n’est pas mal du tout, celle de la star russe me laisse de marbre. Après, j’aime toujours poser des questions stupides auxquelles personne ne peut répondre : Nathalie, ayant vécu semble-t-il le reste de son existence à Paris jusqu’à la fin des années soixante, a-t-elle rencontré au cours de sa vie… Romain Gary ? Quitte à aimer les mélodrames avec enfants cachés et les coïncidences… (Ah, bah zut, ce n’est pas une question stupide, ça doit être des réminiscences de La Promesse de l’aube…)