L’Empreinte du passé, Cecil B. DeMille (1925)

La DeLorean à vapeur

Note : 3 sur 5.

L’Empreinte du passé

Titre original : The Road to Yesterday

Année : 1925

Réalisation : Cecil B. DeMille

Avec : Joseph Schildkraut, Jetta Goudal, William Boyd, Vera Reynolds

Une intrigue abracadabrantesque à la limite du surréalisme, des moyens à la DeMille, une brochette de personnages stéréotypés qui se retrouveront projetés dans le passé dans des positions et des fonctions plus ou moins différentes (de mémoire, on retrouve ça dans Retour vers le futur avec des parents ressemblant furieusement à leurs futurs enfants, en tout cas le même principe de sidération passant par un travail d’identification à un personnage unique conscient, lui, de projeter dans un monde qui n’est pas le sien et dans lequel ils trouvent malgré tout des choses familières), bref… rien de bien palpitant dans cette aventure temporelle et dévote.

Cecil B. DeMille reprend quelques-unes des recettes à la mode au milieu des années vingt : l’interconnexion entre différentes époques narratives (Intolérance, Page arrachée au livre de Satan, Les Trois Lumières) permettant des flash-back à foison (et même des flash-back dans le flash-back ; ce qu’on peut voir, me semble-t-il, dans Le Président ou dans Homunculus).

Malheureusement, le film mélange tellement de genres différents qu’on en perd notre latin : le film commence comme un mélodrame du mariage impossible et contrarié (voire maudit par le sort ou la magie noire…), là encore typique de l’époque ; Vera Reynolds, sosie de Clara Bow, apporte alors à ce drame un peu trop sérieux de la fantaisie et de l’impertinence. C’est à travers elle qu’on suivra la suite des aventures temporelles puisqu’après le déraillement du train qui devait les ramener vers la côte pacifique, tout ce petit groupe se retrouve projeté trois siècles plus tôt ; elle est la seule à avoir conscience de cet étrange saut métempsycose, tandis que les autres sont des personnages réels de leur propre passé, ou d’une vie antérieure, on ne sait trop, poursuivant des objectifs ou se rendant coupables d’actions expliquant leur condition future, ou présente… DeMille a dû trop bouffer de Christopher Nolan au petit-déjeuner.

Tout cela est évidemment parfaitement crédible, mais étrangement, cela nous paraît aujourd’hui presque familier dans ce recours à une sorte de concordance des temps entre passé et présent à force de voir cet artifice narratif reproduit deux mille fois depuis dans le cinéma notamment hollywoodien.

Le mélodrame a cela de particulier et de populaire pour l’époque, qu’il avait la capacité, certains diraient le mauvais goût, de faire intervenir dans son récit différents genres. La comédie s’insère dans le drame et vice-versa. Il n’y a donc aucun souci à voir le film tout à coup prendre des allures de film à la Douglas Fairbanks.

Mais n’est pas Douglas Fairbanks qui veut. Le baroque ne me fait pas peur, encore faut-il avoir de la suite dans les idées et être capable d’assumer certaines audaces que Cecil B. DeMille ne me semble pas être en mesure de pousser jusqu’à leurs limites. À moins que ce soit l’effet du film choral où aucun des personnages ne s’impose vraiment à nous et entre lesquels aucune alchimie ne parvient pour autant à se créer.

À tout ce fatras baroque, on peut sauver au moins la dernière séquence catastrophe (oui, il faut ajouter à la longue liste des genres celui du film catastrophe) des rescapés cherchant à se sauver des flammes, et pour certains, à se racheter de leur vie passée, après le déraillement du train. Une séquence spectaculaire qui rappellera la fin plus spectaculaire encore des Espions, de Fritz Lang tourné trois ans plus tard.


 

L’Empreinte du passé, Cecil B. DeMille 1925 The Road to Yesterday | DeMille Pictures Corporation


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