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Une courte journée de travail

Titre original : Krótki dzien pracy
Année : 1995
Réalisation : Krzysztof Kieslowski
Avec : Waclaw Ulewicz, Lech Grzmocinski, Tadeusz Bartosik
L’aspect historique proposé est intéressant, celui de nous faire revivre à travers les yeux d’un secrétaire provincial une journée de lutte syndicale en province après l’annonce, la veille, de la hausse des prix dans les années 70. Seulement Kieslowski ne semble pas bien convaincu lui-même par le procédé narratif de son film et l’agrémente de brèves séquences postérieures durant lesquelles certains protagonistes de cette journée de lutte seront poursuivis dans un procès tenu dans les années 80.
Le cinéaste polonais s’est toujours servi du montage, même sonore, pour raconter une histoire et doubler ainsi sa composition d’une vision moins hiératique et objective. Il est vrai qu’il manque un certain quelque chose aux séquences principales du film dans lesquelles le secrétaire de province est pris entre les grévistes mécontents qui manifestent devant l’immeuble du parti et les leaders au pouvoir, situés à Varsovie, l’incitant à quitter les lieux plutôt qu’à chercher à discuter avec les manifestants. Kieslowski avait peut-être vu là le potentiel d’un conflit intérieur rappelant celui du chef de l’usine parfaitement orchestré dans La Cicatrice. Mais si l’interprétation de l’acteur est pour le moins saisissante, exceptionnelle, même, le rapport de force tant intérieur (psychologique) qu’extérieur (avec les manifestants), peine à convaincre.

Là où Kieslowski aurait peut-être dû insister sur l’unité temporelle et spatiale des faits en évitant de casser sa continuité chronologique et profitant ainsi de la tension naturelle des événements, le cinéaste essaie de revenir dans sa zone de confort grâce au montage, et en cela, empêche sans doute le film de trouver son rythme. On ne saura jamais ce qu’il en aurait été d’un film plus chronologique, jouant sur le huis clos et la promesse temporelle du titre, quoi qu’il en soit, il lui manque un certain quelque chose de difficilement définissable et Kieslowski ne semble pas avoir choisi la facilité en structurant ainsi son histoire.
Sur le même sujet ou presque, rappelons l’excellent 12h08 à l’est de Bucarest qui au lieu de montrer une journée décisive politiquement à travers les yeux d’un seul personnage (ce qui était, en soi, un angle intéressant) décidait (ou décidera, puisque le film est bien postérieur à celui de Kieslowski) de jouer sur la multiplication des points de vue avec un jeu à la fois chronologique et un jeu d’opposition entre réalité objective des faits (quasiment impossible à déterminer à travers une multiplication de divers points de vue et de détails, comme dans Rashômon) et réalités subjectives de divers protagonistes s’affrontant, jusqu’à la bouffonnerie, sur leurs divergences de point de vue.
Une courte journée de travail, Krzysztof Kieslowski 1995 Krótki dzien pracy | Zespol Filmowy, Telewizja Polska
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