Notes de visionnage 2019

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septembre – décembre 2019

L’Ascension de Skywalker, J.J Abrams (2019)

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Peppino et Violetta, Maurice Cloche (1951)

Le cahier des charges respecté à la lettre pour une soirée en famille (catholique). Pas beaucoup de cinéma, beaucoup de bons sentiments. Un orphelin vagabond qui vit seul avec son ânesse en gagnant sa croûte en proposant ses services et ses sourires de garçons bien élevé dans la ville où il habite (Assise), mais qui a l’idée d’aller voir le pape après que son ânesse tombe malade… Et c’est une jolie histoire qui commence, parce qu’on se doute bien qu’avec un peu de volonté, de foi, les petits garçons serviables arrivent toujours à gagner les faveurs des pédophiles. Pire qu’une heure de catéchisme.

Les films montés avec des financements éparses européens suite à un succès d’estime outre-atlantique ne datent pas d’hier. Cloche tourne en festival un peu partout avec Monsieur Vincent en 1947, jusqu’en Amérique où son film participe à quelques événements de la critique américaine (voir les nominations sur la page IMDb du film), et manifestement, ça crée des liens pour des projets futurs. Donc celui-ci est financé et réalisé en Italie (Monsieur Vincent aura sans doute aidé à tourner au Vatican pour celui-ci) et se retrouve également avec des financements britanniques (et un acteur irlandais dans un rôle principal). Les historiens du cinéma et critiques de l’époque préfèrent fermer les yeux, et à juste titre. C’est digne d’une bonne soirée à l’ORTF.

Mon ami le cambrioleur, Henri Lepage (1950)

Un joli vaudeville qui ne passe pas une seconde la rampe. Les soirée bourgeoise dans les théâtres des grands boulevards devaient être amusantes avec de telles pièces. C’est certes amusant, mais il y a vraiment rien qui dépasse. Pire qu’une comédie sous la censure du code Hays, où même les voleurs sont de gentils garçons, et où rien n’est jamais dramatique : un suicice ? ce n’est qu’un jeu ? un vol ? ce n’est qu’un jeu… Comment prendre au sérieux des films (ou des pièces) qui ne se prennent jamais au sérieux ? Manque pour ce genre de choses, des acteurs de génie. Foutez-y Cary Grant, et ça devient déjà plus palpitant. Parce que c’est le genre de pièce qui aurait très bien pu faire l’objet d’une adaptation à Hollywood. Du rythme, des situations cocasses, de l’absurdité… C’est du boulevard sans doute plus screwball que vaudeville. Malheureusement, ça parle trop souvent beaucoup trop fort. On ne fait pas beaucoup d’efforts pour masquer l’origine théâtrale au niveau des acteurs, alors que pour le « découpage » (comme il est dit dans le générique), ça ne me semblait pas si mauvais.

Suite de la rétrospective masquée de Françoise Arnoul à la tek en tout cas (on la voit en gros plan, poitrine totalement nue frictionnée par deux hommes… 1950 : faite ça dans une comédie aujourd’hui, aussi… bourgeoise, ça choquerait peut-être plus qu’à l’époque — et j’avoue, j’ai été surpris).

Vous voyez toutes ces comédies françaises qui sortent au cinéma aujourd’hui et qui se font sur des vedettes du petit écran ? Elles auront le même sort que ces comédies invisibles des années 50. Des bobines éphémères du grand écran. Les vedettes qui participent à ces inepsies (parce qu’en dehors de celle-ci je doute que les films soient bien écrits) mangent à leur faim, c’est sûr, mais est-ce qu’ils ont conscience, ainsi que le public qui les adulent, qu’une fois vus leurs films sont vite oubliés ? Quelle tristesse.

Les Amants de Tolède, Henri Decoin (1953)

De bons dialogues, mais une intrigue rocambolesque servie par une direction d’acteurs épouvantable (la post-synchro n’aide pas). Decoin se défend dans son découpage technique, les extérieurs sont bons, et petit consolation dans la distribution, Françoise Arnoul dans son rôle de Sancha… Panzo est pleine de vigueur dont le film manque cruellement.

Parce que le film est sans rythme. D’abord parce que le héros disparaît une bonne partie de l’intrigue et laisse tout l’espace à son opposant, qui malgré une tendance sur le tard à vouloir faire le bien pour contenter sa belle, est trop antipathique, trop cruel, et incarné par un acteur à la fois trop fade et trop outrancier, pour arriver à nous faire oublier l’absence du principal héros. Le principal héros, qui est par ailleurs le principal boulet du film : un acteur trop vieux, sans charisme, jouant sans panache les rebelles. À ses côtés, Alida Valli est comme à son habitude sans intérêt. Pas moyen par ailleurs de zieuter du côté de sa toilette ; les costumes sont épouvantables (mal fichus comme des costumes de théâtre apprêtés pour d’autres, et incapables ici de masquer le manque de poitrine de l’actrice — pour porter un corset, il faut du volume, si on n’a pas de poitrine, la dernière chose à faire est de souligner ce manque de poitrine par des bonnets vides…).

Le film est souvent risible. À ce demander si les astuces du roman de Stendhal ne l’est pas tout autant. L’histoire de la malle est par exemple bien idiot, tellement mélodramatique. Le film, s’il souffre par ailleurs (en plus du manque de rythme qui est pas mal lié à la direction d’acteurs qui oublie qu’on  a affaire à une film de cape et d’épées où la précipitation doit régner en maître) d’un manque permanent de rythme, c’est aussi parce que la musique ne joue jamais son rôle narratif comme il le fait la plupart du temps dans un récit du cinéma classique. Les ellipses tombent à l’eau, les transitions musicales inexistantes, et les musiques d’accompagnement vont parfois en contrepoint avec la situation (musique d’ascenseur pour une scène tendue). Un désastre.

Carol, Todd Haynes (2015)

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Le Temps qu’il reste, Elia Suleiman (2009)

L’humour pince-sans-rire qui plaît tant aux festivals et à la critique. Mais « mime de rien », un homme qui regarde sa mère partir est toujours attachant. Même si souvent, au temps du parlant, un visage impassible de mime, est souvent pour moi synonime d’ennui (que ce soit pour Tati ou Suleiman donc).

I Wish I Knew : Histoires de Shanghai, Jia Zhagke (2010)

Jia est un homme amoureux. Il réaliserait un documentaire sur le poulpe des abysses qu’il trouverait moyen d’y faire tourner sa femme chérie. Éclairant sur l’histoire de Shanghai depuis l’ouverture du commerce aux Européens au XIXe siècle et les premières concessions, jusqu’aux guerres du XXe qui ont écartelées la Chine et  les Chinois.

Ça sent la commande (j’ai l’impression que beaucoup des œuvres des Jia ont été financées en partie grâce à des boîtes de production situées à Shanghai), mais Jia en fait quelque chose de vraiment passionnant. Et d’en tout cas assez instructif pour un Européen comme moi ayant une culture assez limitée de la Chine. Jolie mise en scène entre les séquences d’interviews (l’usage du ralenti notamment et de la musique). Avec en prime la présence de l’actrice et ses quelques secrets de tournage du Printemps d’une petite ville (1948).

La Reine des neiges II (2019)

Entre ce grand moment qu’est Lost in the WOods parodiant les clips des années 90’s et le finale aavec les costumes, les lumières de The Voice, ce serait plutôt La Reine du kitsch. Globalement c’est assez assomant, peu drôle et laid (la prime aux visages 3D mixe entre Shrek et des poupées barbie).

J’accuse, Roman Polanski (2019)

Reconstitution un peu plan-plan. Polanski s’efforce de faire passer une leçon d’histoire pour un thriller – et cet aspect ne me paraît pas bien convaincant, la faute au rythme du film, à l’atmosphère très réaliste malgré les excellents extérieurs et au caractère intrinsèque du film qui pourrait mal s’émanciper de sa nature historique. En revanche, l’intérêt principal du film réside pour moi dans sa jolie brochette d’acteurs, et les meilleurs ne sont pas les plus connus. Si Jean Dujardin s’en tire finalement assez bien, je trouve Louis Garel assez mauvais, Didier Sandre paresseux, et Emmanuel Seigner dispensable comme d’habitude. J’ai été très impressionné par Grégory Gadebois qui dès les premières secondes sort un regard en coin vers Dujardin qui dit déjà tout de son personnage, et j’ai rarement vu un acteur avec un phrasé aussi parfait ; autre acteur avec un phrasé qui écrase tous les autres, Hervé Pierre dans le rôle du général Gonse.

24 City, Jia Zhangke (2008)

Bel hommage aux anciens de la classe populaire ayant façonné dans l’ombre la Chine d’aujourdhui. Savoir écouter est aussi un art. Difficile de savoir en revanche jusqu’à quel point Jia rajoute de la fiction dans ces histoires personnelles. S’il ne fait aucun doute que la plupart sont réelles, l’utilisation soudain de deux actrices (voire plus) professionnelles pour réciter, jouer, des récits de vie, laisse assez songeur. Dans ce petit jeu qui s’apparente presque à l’exercice de style à la Une sale histoire, Jia Zhangke a recours à sa femme, mais aussi à une actrice populaire chinoise, et le cinéaste pousse le vice jusqu’à lui faire évoquer son propre nom et un film dans lequel elle a joué (mise en abyme plutôt étrange, mais encore une fois, l’intérêt serait de savoir si le texte initial est fictif ou bien tiré d’un témoignage réel ; Jia aurait alors eu juste l’idée de proposer à l’actrice évoquée dans le témoignage, et évoquant la ressemblance de son auteure avec l’actrice…). Mais en dehors de ces réserves, le film est magnifique, traitant d’un monde en train de disparaître au profit d’un autre.

Xiao Wu, artisan pickpocket, Jia Zhangke (1997)

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Le Destructeur, Georg Wilhelm Pabst (1954)

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Die 3 Groschen-OperGeorg Wilhelm Pabst (1931)

J’ai raté la version française, mais je m’en passerais bien après avoir vu celle-ci. Pabst digère mal l’arrivée du parlant, c’est lent et n’a aucun sens du rythme. Pour une opérette, c’est plutôt un problème. Les décors et les tours de chant valent le détour, le principe en tableaux avec l’utilisation de narrateur, rappelant Shakespeare ou le théâtre grec, est typique du théâtre de Brecht, mais le principe (forcer la distanciation et donc la réflexion) ne marche absolument pas. Désolé Bertold, ta pièce, c’est une opérette qui vaut pour son argument (qui vaut bien Underworld de Josef von Sternberg) mais qui vaut surtout pour ses deux ou trois morceaux chantés. Le discours politique, la critique sociale, est totalement noyée derrière tout ça.

Bubù, Mauro Bolognini (1971)

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Le Renne blanc, Erik Blomberg (1952)

Les mythes prescripteurs de stéréotypes. Si un vampire est un dandy qu’il faut tuer parce qu’il déprave les femmes des honnêtes hommes, une vampire est une sorcière pervertie par ses pulsions sexuelles qu’il faut achever parce qu’elle envoûte les hommes – et achever, si possible, par son honnête mari. Nuance qui réserve aux femmes le “beau” rôle. Notons, accessoirement, que dans un cas comme dans l’autre, ça légitime le meurtre : d’un côté celui de l’amant, de l’autre celui de la femme.

L’Héritage, Mauro Bolognini (1976)

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Les Secrets d’une âme, Georg Wilhelm Pabst (1926)

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La mia signora, Comencini, Bolognini, Brass (1964)

Énième film à sketches produit par Dino pour la sua signora. Mangano et Sordi s’en donnent à cœur joie interprétant mille et un visages du couple, pas toujours légitime. Interprétation bluffante, du populo au privilégié. Le plus réussi et aussi le plus long est celui où Sordi court après un ministre jusqu’à son yacht pour lui proposer on ne sait quel projet et qui, quiproquo oblige (avec une petite pique au théâtre de Ionesco au détour d’une discussion sur le théâtre dans laquelle Courteline et donc le vaudeville l’emporterait…), se trouve soudain assisté dans son approche par une prostituée que le ministre prend pour sa femme.

Symbol, Hitoshi Matsumoto (2009)

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La Fin d’Hitler / Le Dernier Acte / Der letzte Akt, Georg Wilhelm Pabst (1955)

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Ça s’est passé à Rome / La giornata balorda, Mauro Bolognini (1960)

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Le Procès, Georg Wilhelm Pabst (1948)

Le cinéma d’après-guerre allemand use autant de finesse à combattre l’antisémitisme qu’il le faisait pour attaquer les juifs sous le pouvoir nazi. C’en est presque risible de voir à quel point les caricatures ont changé de camp.

Notre nazi, Robert Kramer (1984)

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Swallow, Carlo Mirabella-Davis (2019)

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Arrangez-vous, Bolognini (1959)

Une famille hérite d’une location qui se révèle être une ancienne maison close, et c’est parti pour un tour de quiproquos et de tartuferies sans fin. Une autre forme de « collaboration » inavouable.

ParacelseGeorg Wilhelm Pabst (1943)

Film historique expurgé de toute tentation propagandiste mais pas de ses aspects ludiques un peu mièvres sur un précurseur de la médecine, à mi-chemin entre ésotérisme et médecine expérimentale. Décors gothiques fabuleux.

Crise, Georg Wilhelm Pabst (1928)

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The Assassin, HHH (2016)

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Deux bons films noirs avec Sterling Hayden.

Le premier, Crime Wave, est du genre noir poisseux, naturaliste, portrait sans concession des repris de justice et de la difficulté pour ceux parmi eux faisant le choix du droit chemin de s’y maintenir. Le second, Crime of Passion, est plus classique dans sa mise en scène, un noir de série A, mais assez cynique et aussi imparable que le premier. Plus question ici d’anciens détenus, mais d’un personnage féminin tirant un peu trop fort les ficelles pour imposer son mari, à la condition modeste et à l’ambition quasi nulle, à des postes plus haut que lui dans la police. Un rôle presque écrit sur mesure pour Barbara Stanwyck : elle qui jouait vingt ans plus tôt les femmes prêtes à tout pour monter les échelons, image sans fards de la femme active et émancipée, se voit proposer sur le tard un mariage qui la renverra illico à ses fourneaux (un rôle qui n’est pas sans rappeler le destin d’un personnage interprété par Joan Crawford quelques années plus tard). Un choc pour elle, et la source de ses conneries futures. Les deux films ont en commun un casting large assuré par des acteurs impressionnants.

Doctor Sleep, Mike Flanagan (2019)

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Le Traître, Marco Bellocchio (2019)

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Rotaie, Mario Camerini (1929)

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Terror in a Texas Town, Joseph H. Lewis (1958)

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Dracula : Pages From a Virgin’s Diary, Guy Maddin (2002)

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Journey Into Light, Stuart Heisler (1951)

Sorte de néoréalisme bigot surligné par violons et trompettes. Assommant. Sterling Hayden en impose, mais quel acteur médiocre…

Thirst, Park Chan-wook (2009)

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The Tall Target, Anthony Mann (1951)

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Das Stahltier, Willy Zielke (1935)

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Les Lèvres rouges, Harry Kumel (1971)

Affreuse ambiance porno-chic tout du long et deux effets spéciaux usés jusqu’à la corde parce que le film ne tient qu’à ce fil : la voix langoureuse de Delphine, et les robes de Seyrig. Parce qu’à côté de ça, bon, le scénario est digne d’un giallo fauché, mais le pire c’est encore cette mise en scène refilée à un mauvais élève de fac. Le montage est si mal foutu lors de certaines séquences, les situations si mal dirigées, que c’en est franchement embarrassant.

Joker, Todd Phillips, (2019)

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Les Longs Adieux, Kira Mouratova (1971)

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Fando & Lis, Jodorowski (1968)

Le plus sans doute que je puisse encaisser de cet escroc. Et encore, ce que j’aime dans son film, on le doit sans doute plus à Arrabal dont j’ai vu le texte travaillé il y a de ça des années. J’avais une sympathie pour les personnages avant même de voir ce que Jodo en ferait. C’était absurde, surréaliste, touchant, et une alliance formidable dans laquelle l’un n’est rien sans l’autre. Jodo en a fait forcément un objet baroque fourmillant d’inventivité, d’expérimentations, et d’excès en tout genre. Il charcute Arrabal, dont il ne reste pratiquement rien, mais ce rien, c’est encore le plus poétique et le plus symbolique du film.

Psychomagie, Jodorowski (2019)

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Brèves Rencontres, Kira Mouratova (1967)

Narration éclatée à la Woolf/Conrad, cadres et mouvements de caméra virtuoses (pouvant parfois rappeler Tarkovski, même si la comparaison est facile), une des plus vieilles histoires du monde (deux femmes pour un homme, mais sans opposition, en ne gardant que le meilleur ou presque, comme un cinéma impressionniste des instants fugaces de la vie, et dont le récit éclaté permet une surprise de taille : la cohabitation sous le même toit et en toute harmonie des deux femmes… sans leur homme). Du grand art. Cette Kira Mouratova est à découvrir.

Ad Astra, James Gray (2019)

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Once Upon a Time… in Hollywood, Quentin Tarantino (2019)

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Born to Be Bad, Nicholas Ray (1950)

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