Les bêtises de la commande vocale Windows

Top 5 des bêtises effectuées par la reconnaissance vocale Windows quand on lui lance une commande :

  1. Demande l’action de cliquer avec la souris : Windows écrit dans un encart « cliquer ». Si on insiste, il écrit « cliquez ». Si on ajoute le mot « cliquer » dans le dictionnaire à ignorer, Windows écrit « Clique et » ou « … et ». Mais juste cliquer avec le pointeur, ça non, c’est trop difficile pour l’intelligence artificielle Windows.
  2. Mes voisins ferment la porte de chez eux : Windows ferme le programme ou la fenêtre ouverte. Logique implacable. Une porte qui claque signifie « fermer le programme ».
  3. Pour éteindre le PC, attention, en temps normal, il faut déjà cliquer trois fois (super ergonomie ça) : pour Windows, il faut donc dire « démarrer » (logique) afin d’ouvrir le menu Windows, puis « marche / arrêt » pour accéder au bouton « arrêter ». Sauf qu’à ce stade, neuf fois sur dix, si on lui demande « marche / arrêt » ou « marche » ou « arrêt », ben… il fait une recherche Bing pour « marché » « marche autour de chez soi » « marcheur et ».
  4. Pour effectuer un simple copier/coller, c’est parfois la misère : Windows ayant du mal à comprendre la différence sonore entre « copier » « coller », mais aussi « couper ». Pour copier ou couper, c’est relativement simple (Windows copie à tour de bras, des paragraphes entiers, des encarts, des images, etc.), mais quand il faut coller, il faudrait espérer que les réussites de la reconnaissance vocale Windows soient à 100 %, or, une fois qu’on a passé la première étape, on n’est qu’à la moitié du chemin, et… Windows comprend autour de 50 % de ce qu’on lui raconte. Pour copier ou coller, c’est donc souvent à pile ou face. Et le problème, c’est que quand il se met à copier là où le curseur se trouve et où on comptait coller, on pourrait se dire qu’il n’y a rien à copier donc il copie rien. Ben si : il copie (ou coupe, c’est encore plus fabuleux) toute la zone de texte en tant qu’encart html. Du coup, si on annule, le presse-papier contient ses bêtises et non le truc qu’on a coupé au préalable.
  5. Quand Windows fait des bêtises, on pourrait se dire que le programme a prévu une sorte de machine learning pour le nul (Windows) et qu’on peut lui apprendre de ses erreurs. C’est bien ce qui nous est vendu dans le programme. Sauf que ça, ça marche pour le mode édition, quand on cherche à écrire un texte à la voix. Parce que sinon, quand Windows se trompe dans l’exécution d’une commande, si vous dites « corriger », il ne comprend pas que vous cherchez à corriger la bêtiser qu’il fait, il pense que vous cherchez à corriger un truc, et là, il cherche une commande correspondante, et au mieux, si le curseur est placé dans un encart pour écrire, il écrira « corriger » ou « corrige et ». Et dans le pire des cas, il vous ouvre une fenêtre pour « corriger » le mot qu’il aurait compris (alors qu’il s’agit d’une commande), vous avez donc une dizaine de possibilités, et là, si vous cherchez à fermer la fenêtre qui ne sert à rien Windows corrige ce qu’il entend et vous propose alors une dizaine de possibilités autour de « fermer », et finira par vous demander d’épeler le mot. Aucune commande à ce stade ne peut fermer cette satanée fenêtre, sinon « annuler », qu’il comprendra avec un peu de chance comme annuler l’action. Et quand Windows fait donc une bêtise, la seule option possible, c’est donc la commande « annuler » qui s’impose. Aucun moyen de lui faire progresser au niveau des commandes.
  6. Dans un navigateur Internet, je me demande encore comment passer d’un onglet à l’autre. Windows doit sans doute faire payer le fait de ne pas utiliser son navigateur maison (ça ne peut être que ça). Et parfois, quand il comprend de travers, il propose l’ouverture de plusieurs actions en disant un numéro, ce qui apparaît en général (enfin si tout va bien) quand on dit « afficher les numéros » (quand il comprend pas, il capte « afficher le bureau » et il affiche le bureau), et parmi ces actions… ô miracle, on peut choisir d’ouvrir certains onglets. Je n’ai jamais compris quel mot épelé déclenchait cette action… Ce qu’on pourrait savoir si… >
  7. Si Windows proposait une page avec toutes les commandes disponibles pour son application. Oh, cette page existe, d’ailleurs Windows n’hésite pas à l’ouvrir sans qu’on lui demande et quand lui comprend je ne sais quoi… Le problème, c’est que cette page est quasiment vide.
  8. La magie du scroll. Sur pas mal de site, la mode est au défilement à l’infini. Je n’ai jamais compris cette fonctionnalité, les pages bougent dans tous les sens, les boutons jamais au même endroit, la RAM sature, il faut utiliser la roulette pour faire défiler trois lignes ou, pire, utiliser… une barre de défilement (avec le cliquer maintenu, les barres de défilement, c’est ce qu’il y a de plus toxique pour les usagers qui comme moi ont des troubles musculo-squelettiques). Bref, quand je suis sur Twitter, par exemple, pour faire défiler la page, je dis « espace », et en général, ça roule (sauf quand j’ai ailleurs un onglet avec un titre « espace », ce qui m’arrive quand j’ai un onglet Youtube sur la chaîne de Ciel et Espace – si, si, c’est absurde, mais Windows me fait alors changer d’onglet…). Le problème, c’est qu’avec des bruits de fond (et il y en a beaucoup chez moi, mais rien que les bruits du clavier, on voit que Windows essaie de traduire ça en commande, et quand vraiment il entend plein de trucs qu’il comprend pas, là, il se demande qu’il serait temps d’ouvrir le navigateur à la page des commandes vocales… celle qui est presque vide), Windows aime bien cumuler les « qu’avez-vous dit » avec parfois des « fin ». Et qu’est-ce qu’un navigateur fait quand on est sur une page à défilement infini et qu’on appuie sur Fin ?! Ben, d’abord on perd l’endroit où on était (et sur Twitter, c’est pas pratique, parce que c’est pas toi qui décides où tu vas, mais beaucoup l’algorithme), et surtout, on va tout en bas de la page en attendant que le reste se charge…
  9. Au niveau de la dictée vocale cette fois, c’est parfois bien compliqué aussi… Pour les chiffres en particulier. Parfois, « 4, 5, 3 », il va parfaitement les inscrire. Et parfois non. Le « 6 » se transforme en « c », un autre chiffre sera compris comme un déplacement de curseur ou simplement il écrira les chiffres en toutes lettres…
  10. Et puis, c’est pas une bêtise, mais ça fait partie des problèmes de cette application : elle est super énergivore et fait assez souvent planter le PC (c’est ironique que ce soit une application Windows qui fasse planter Windows, pas une autre). Ben oui, parce que c’est pas une application qu’on utilise seule, les autres applications consomment déjà de la mémoire vive.

Vraiment top.


Nouvelles vagues metoo (inceste et gays), pour quelle efficacité ?

Assez dubitatif face à cette nouvelle vague « metoo ». Et toujours pour les mêmes raisons.

Si les victimes trouvent, dans l’instant et sur les réseaux sociaux, une forme de réconfort qui leur avait manqué lors de leur(s) agression(s), et si pour certaines ça peut être l’occasion d’en parler à ses proches ou à un professionnel, voire, si c’est encore possible, de porter plainte, je vois aussi une ribambelle de risques potentiels liés à cette « libération de la parole ».

D’abord, certaines victimes pourraient se sentir un peu plus enfermées dans leur secret si, par exemple, elles avaient trouvé jusque-là la force d’en parler en privé et de ne pas rendre cela public : il y a dans ce « mouvement » une forme d’injonction quand on est victime à « se libérer » alors qu’on a pu tout autant se reconstruire sans avoir à passer par une telle libération. L’injonction à participer au mouvement et à dévoiler les abus dont on a été victime peut alors faire naître chez des victimes une nouvelle forme de (fausse) culpabilité. La culpabilité de ne pas vouloir ou ne pas être capable de participer au mouvement. C’est peut-être une situation rare, mais inciter des victimes à se dévoiler publiquement, ça peut être un type de pression social pas évident à gérer. Après, si cela a des vertus cathartiques pourquoi pas, mais si ça réveille des plaies et en crée de nouvelles, oui, ça me semble potentiellement dangereux.

Ensuite, comme avec toutes ces manifestations de soutien et d’échanges de témoignages, je lis souvent que ça sert à changer les mentalités, franchement, j’ai un gros doute là-dessus. Ça change peut-être l’approche des victimes, les incitant plus à porter plainte sur le moment, et même pour commencer, par se défendre avec plus de véhémence quand surgissent les premiers écarts ; et si c’est le cas, ce serait une bonne chose, surtout si elles (les victimes) sont mieux accueillies quand elles portent plaintes. Ce serait aussi penser qu’il y ait une porosité parfaite entre le monde virtuel et le monde réel. Ce dont je doute. Les comportements en ligne, et ça concerne aussi notre compréhension du monde, nos déclarations, c’est loin d’être le reflet de nos comportements dans la vie.

Mais ça ne change pas du tout le cœur du problème : les agresseurs. On a déjà vu des agresseurs se repentir ? Est-ce qu’on constate un réel changement dans le comportement de ces prédateurs problématiques depuis la première vague metoo ? J’en doute. Même quand ils sont pris sur le fait si on peut dire, ils ne reconnaissent jamais la gravité de leurs actes, justement parce que le pouvoir, leur autorité, sont basés sur cette reconnaissance et cet affichage de puissance. Reconnaître ses torts, c’est se rabaisser, et donc perdre tout ce sur quoi ils ont bâti leur être.

C’est qu’un exemple, mais on a vu DSK s’excuser publiquement de ce qu’il avait fait ? Vous profitez de la faiblesse d’une autre personne, eh bien vous entendez bien profiter de ce pouvoir même après l’avoir exercé sur l’autre. Dans une logique de dominant, il n’y a que les faibles qui s’excusent. Quelqu’un qui compte jouir de la faiblesse de l’autre n’entend pas se rabaisser à s’excuser ou même à reconnaître l’abus de pouvoir, l’agression, le viol. Prenez sur le fait un agresseur, dénoncez-le, ça n’a aucune conséquence sur sa logique de domination.

Il faut donc dénoncer leur(s) crime(s), oui. Mais pas sur les réseaux sociaux (encore moins dans un livre). On peut le faire si on espère y trouver temporairement une forme de réconfort. Mais si, comme je le vois souvent dire, on espère, par une suite de mouvements de dénonciation, changer les mentalités, j’ai peur que le résultat soit au final très décevant dans quelques années quand les victimes feront le compte de ce qui a été fait à la suite de ce mouvement et se demanderont si cela a été efficace. Efficace, pas seulement, sur un plan personnel, mais si socialement, politiquement, cela a permis de changer les choses, si les comportements ont évolué. Et là, j’aurais plutôt tendance à penser que seul le comportement de gens (des hommes) déjà convaincus et sensibles à la douleur des victimes changera, à l’égard des femmes, toutes les femmes. Sauf que s’ils étaient déjà convaincus, c’est qu’il est assez peu probable qu’ils aient jamais été ou cherché à être en position de profiter d’une situation de domination. Les agresseurs en question, et surtout les nouveaux agresseurs en puissance, eux ne se sentiront probablement pas concernés. C’est un peu ce qui arrive quand on se laisse gouverner par les émotions. La catharsis potentielle qui en résulte peut être bénéfique, mais la capacité des émotions à réduire les problèmes à la source est quasi nulle.

Enfin et surtout, à mon sens, ces manifestations cachent les actions réellement nécessaires qu’il faudrait mettre en place pour réduire les comportements problématiques, les agressions ou les crimes « sexués ». Si des victimes trouvent leur compte avec un tel mouvement, très bien, mais le but ultime, c’est de chercher à savoir comment réduire ces problèmes. L’émotion, la reconnaissance, si les victimes y ont bien sûr droit, ça ne résout pas la question essentielle, la seule qui devrait dominer quand on regarde ces drames sous un angle social et politique : comment changer les mœurs et réduire les agressions ? Le but, c’est pas qu’il y ait plus de victimes, c’est qu’il y en ait moins – après avoir vu l’intervention la semaine dernière de la présidente d’une association de victimes, ça semblait pas si évident.

Et là, c’est plus sur les réseaux sociaux qu’il faut agir. Il y a deux choses : le législatif et l’éducation.

Il y a encore un certain nombre de lois qui laissent assez pantois. En particulier sur la protection des mineurs.

Au niveau de l’école, au lieu de nous foutre des heures d’éducation civique de nouvelle génération parce qu’il y aurait paraît-il une crise identitaire dans le pays…, c’est bien une éducation sexuelle (voire sociale et comportementale) qui est absolument indispensable. Parce que ces problèmes concernent tout le monde. Il ne faut aucun tabou et confronter la parole des potentiels futurs agresseurs (ou aspirants mâles dominants) à celle des autres. C’est leur parole à eux qu’il faut éprouver le plus tôt possible pour que ce soit eux qui soient mis en face de leurs déviances futures potentielles, de leurs tentations à la manipulation et à la domination, pour qu’ils apprennent à les gérer avant qu’elles ne s’installent, et comprennent très tôt leurs conséquences néfastes et inacceptables sur et au sein du « groupe » (la petite société qu’est déjà la classe).

Le meilleur outil éducatif pour ça, c’est probablement le théâtre, à travers des jeux d’improvisation et de mise en situation : on joue des rôles, on agit, et puis on en discute. Le jeu, c’est une si-mulation qui permet d’explorer les situations potentiellement problématiques de la vie ; on se met à la place de l’autre, les rapports de force sont plus évidents ; et la parole après le « jeu » force une mise à distance et une réflexion indispensables. Il ne faut rien éluder, aucun sujet, parce que le premier allié des agresseurs, c’est l’ignorance. La leur, comme celle de leur victime.


SensCritique et la tentation autoritaire

SensCritique et la tentation autoritaire. Ou quand la cancel culture, initiée par la dénonciation gratuite d’idées d’un autre bord que le sien ou de membres supposément ou non extrémistes tourne au pugilat verbal, en vol de contenu et en suppression de compte.

L’extrémiste, c’est toujours l’autre.

Je m’arrête quelques lignes sur le billet à l’origine de ce joli shitstorm sur la plate-forme SensCritique et écrit par un baron du site : guyness. Mes principales remarques seront plus volontiers adressés aux plate-formes culturelles de ce genre, et donc en particulier ici à celle dont il est question, qui à mon sens posent de véritables problèmes en matière de respect du droit d’auteur (que l’on devient tous en créant du contenu chez elles) et de la maîtrise des données partagées pouvant être arbitrairement supprimées. (Il est vrai que ces plate-formes vivent en monnayant les données de leurs membres esclaves, il sera d’autant plus facile pour elles de supprimer des données si elles s’en sentent généralement propriétaires.)

Guyness records

Guyness publie son billet d’humeur sous forme de critique sur une œuvre, ce qui est une habitude dans le coin. Il écrit ce qu’il appelle un « texte d’avertissement » pour dénoncer à la fois la présence sur le site de membres qu’il relie à l’extrême-droite, mais aussi les membres, par ignorance ou copinage, les suivent et relayent ainsi leurs productions au plus grand nombre. Le texte d’avertissement n’est donc qu’une suite d’insinuation invérifiable pour qui comme moi ne fréquente plus le site, et c’est donc un manuel de bonne conduite adressé à toutes les personnes de bonne volonté cherchant à se racheter une nouvelle vertu, ou simplement aux curieux qui pourront toujours lui demander en message privé les noms des coupables et les preuves, fruits, il le laisse entendre, d’une grande enquête digne de Mediapart.

Inutile de dire que je me fous un peu de cette liste et de ce qu’elle contient, c’est plus la méthode qui interpelle. Elle est au mieux maladroite, au pire un peu dégueulasse quand on sait quel poids ont les barons sur ce réseau et donc les conséquences fâcheuses que cela pourrait occasionner aux fachos (et d’autres assimilés). Imaginons Piotr Pavlenski rameuter le tout Paris en prétendant disposer de vidéos d’un candidat à la mairie et prêt à en donner la preuve à qui lui demanderait gentiment en message privé… À se demander à quoi sert la formule magique affichée en haut de chaque rectangle de commentaires sur le site : « Ici on peut débattre de tout mais on le fait avec respect, sans insultes et autres comportements qui peuvent pourrir l’ambiance. Si vous ne jouez pas le jeu, vos commentaires peuvent être modérés, et même votre compte disparaître (une perte de mojo énorme, paraît-il). Si un comportement vous paraît déplacé, utilisez le feedback. »

Les barons du site ne doivent pas avoir à y passer par le feedback, une bonne humiliation sur la place publique fera l’affaire, et elle saura tout autant consolider leur place de barons de la cité. D’ailleurs, c’est de bonne guerre puisque les propriétaires du site, eux, se foutent bien aussi des règles de bonne conduite et du respect des lois. Et puis, c’est dans l’air du temps surtout ; dénoncer en privé ce qu’on juge déplacé, cela n’aurait que peu de répercussion en matière de réseau et de buzz, donc le but, c’est de parler de soi… en dénonçant les autres. Et attention, on ne dénonce pas les mamies qui donnent à manger aux pigeons, on vise gros : si ailleurs l’appel au cancel vise les pédocriminels ou les machos, ici ce sera les fachos (curieux retournement de l’histoire, à croire que c’est dans notre ADN de se trouver une certaine gloire à dénoncer les minorités en les faisant plus gros et plus influents qu’ils ne le sont en réalité). On appelle ça « diaboliser » paraît-il, à d’autres époques, c’était les sorcières qu’on chassait.

C’est donc un peu Jour de colère de Dreyer sur SensCritique ces derniers jours, et on y retrouve des procédés rhétoriques, ou des biais sélectifs et de confirmation, propres à la chasse aux sorcières. Pour convaincre son auditoire que ceux dont on ne veut pas dire le nom sont bien pourris, on dit : 1/ croyez-moi sur parole, sinon c’est pas grave mais je vous assure qu’ils existent 2/ si mes preuves ne sont pas top, eh bien on dira qu’ils jouent un double-jeu (celui du diable, parce que le diable est tellement habile qu’il arrive à nous convaincre, nous petites créatures naïves, que d’autres créatures avec l’apparence toute aussi naïves sont en fait des sorcières, et qu’elles adoptent justement cette apparence pour nous tromper ! = le manque de preuve devient la preuve de ce qu’on prétend… — On quitte un peu Dreyer, et on se retrouve plutôt ici dans Le Grand Inquisiteur. Guyness écrit même « Car en effet, presque tous les membres concernés refuseront d’avouer frontalement leur affiliation politique. » Je ris jaune, mais on en n’est pas encore à leur faire avouer leur lien avec le diable sous la torture ; ça prend même joliment la couleur d’un collabo dénonçant l’acteur Harry Baur parce qu’on ne peut pas avoir un nom pareil sans être juif ; d’ailleurs, même s’il n’avouera jamais en être le Harry, force est de constater qu’il joue si bien les juifs, c’est donc que…, etc.

Certains ne semblent pas avoir appris grand-chose des leçons tragiques de l’histoire.

Et puis un aveu assez révélateur, un éclair de lucidité peut-être, mais qui ne viendra pas pour autant semer le doute dans son étrange procédure de « révélations » : « le pire, sans doute, c’est que je ne suis pas persuadé que ces membres soient tous profondément ancrés dans cette forme de jusqu’au-boutisme politique ». Donc les preuves (qu’on ne voit pas), elles sont peut-être pas si évidentes que ça… Sont peut-être pas d’extrême droite, mais je ne les ai jamais vu en dire du mal, c’est donc que, etc.

Il y a un truc qui m’a toujours posé problème dans ce genre de dénonciation et d’attribution pour les autres à des cases ou des églises auxquelles ils ne se revendiquent pas (ou pas publiquement). J’ai déjà eu l’occasion de le dire, quand j’étais môme, un camarade m’avait soutenu que j’étais catholique parce que j’étais baptisé. Je lui répondais que non et que j’en avais rien à faire d’être baptisé et que j’étais athée que ça lui plaise ou non. Donc vous avez toujours quelqu’un qui décide pour vous qui vous êtes. Eh bien non, en matière d’idéologie, ce n’est pas ce que je dis ou ce que j’ai fait (ponctuellement ou non), qui détermine « qui je suis ». On est catholique si on se revendique comme tel, on est féministe (même en étant radical ou même un homme) si on se revendique comme tel ; on est dans l’appartenance idéologique, et le principe d’une idéologie, ben, c’est qu’on y adhère, ce n’est pas aux autres de le faire pour nous. J’en sais quelque chose, redéfinir ou non quelqu’un qui se définit lui-même comme quelque chose de plus flatteur, c’est jamais une politesse qu’on lui fait.

Pourquoi attribue-t-on des cases moins flatteuses dans lesquelles ranger les autres ? Eh bien parce qu’il y a des cases et des paroisses que chacun voudrait éviter comme la peste, c’est une marque d’indignation, une lettre à marquer au fer rouge, et plus généralement, une insulte : tu es ce que moi je décide de ce que tu es, tu n’es pas ce que tu prétends être. On sait très bien que quand on traite quelqu’un d’autre de fasciste, on en est pas à le suspecter d’adhérer à une mouvance idéologique ou même d’adhérer à des idées fascistes, non, dire à un autre qu’il est « fasciste », c’est une insulte pour le dénigrer aux yeux des autres. C’est lui renverser un baril de goudron sur la tête et le recouvrir de plumes afin que chacun dans la société vienne lui cracher au visage. Et ces insultes sont d’un genre particulier parce qu’elles sont autorisées par la morale : parce qu’entre nous, hein, c’est vraiment pas jojo d’être « fasciste », ou pas si grave de traiter un autre de ce qui dans notre société actuelle est sans doute ce qui est le comble de l’indignité, un peu comme il y a des racismes absolument à bannir (contre les Noirs ou les juifs), et d’autres bien acceptés voire encouragés (contre les Asiatiques). La morale à géométrie variable. L’intolérance vis-à-vis de ceux qu’on suspecte d’être affiliés à une idéologie d’intolérance. Absurde, mais efficace, populaire. Qui vous reprochera d’être dur avec les durs. Après la peste brune, voici la rage brune : quand on veut noyer son voisin, on dit qu’il a la rage ou qu’il est d’extrême-droite.

J’ai dans ma poche une liste de parias infréquentables : à qui voudra venir avec moi faire le ménage, j’en réserve l’exclusivité. Discrétion assurée.

Il y a donc bien ça qui pose problème à ce stade : ces pères la morale dénoncent des comportements fascistes, mais en réalité, ça tourne très vite à la dénonciation non plus de propos ou des comportements, mais d’appartenance supposée à tel ou tel groupe. J’ai dû rater un épisode ? La démocratie a pour de bon interdit le Front National, on craint à ce point les royalistes qu’on a eu l’idée de les envoyer au cachot ?… La peur brune comme il pouvait y avoir une peur juive. Les mêmes biais ayant mené aux idéologies que ces pères la morale dénoncent mènent aux mêmes stéréotypes et aux mêmes réflexes : d’abord la stigmatisation d’un groupe minoritaire (jugé « impur »), puis viens l’ostracisme (peut-être un jour arriverons-nous à l’extermination des nationalistes, des royalistes, puis tant qu’à faire les anarchistes, puis les anciens maoïstes et enfin peut-être les bernard-henri-lévistes). Le problème ne devient donc plus ce qu’aurait pu dire untel ou untel, mais son identité : on ne vise plus les propos fascistes, mais « le fasciste », voire, remarquez la nuance, « le fasciste qui s’ignore ». Chez tous les moralisateurs de gauche comme de droite rien de tel qu’un bon homme de paille pour discréditer avec des gants et le nez pincé ceux qu’ils exècrent.

Un peu plus loin, ça me fait rire, mais il dénonce un commentaire naïf d’un membre par ailleurs enseignant (ce qui semble le navrer en supposant ici qu’un professeur devrait être plus cultivé ou plus intelligent que la moyenne — ah, ah), qui semble être Aurea. Or ici, il fait un peu mine d’oublier que la personne en question envoie des formules types en guise de réponse à tous les membres du site depuis des années pour s’attirer leur sympathie. Et on ne peut pas suspecter à Aurea de faire dans la discrimination : elle lancerait des mercis énamourés au diable si celui-ci lui faisait coucou. C’est moins de la naïveté que de l’automatisme. Ç’a ses inconvénients, mais le problème dans tout ce que peut faire Aurea, ça n’a jamais été Aurea, mais les conséquences de ses innocentes paroles. La phrase citée est assez caractéristique du personnage : « Merci pour ce touchant et bel aperçu d’un auteur que je connais mal :-) » Le grand naïf ici (ou celui qui feint de l’être), ce serait plutôt lui, et il aurait mieux fait de trouver un exemple bien plus significatif pour dénoncer les membres s’accommodant de la présence invasive de ces « diables ». Qu’est-ce qui pose problème ? Que Aurea partage et participe à mettre en avant un contenu (et des gens) jugé extrémiste ou que ses (ces) usages, les outils du site, permettent une telle mise en avant à l’aveugle et à la chaîne ? Et si guyness pointe du doigt Aurea (sans la nommer) plutôt que l’usage qu’elle fait des outils du site, c’est bien parce que lui aussi use de ces outils de la même manière et en profite très largement. C’est un peu grossier de juger Aurea pour plus naïve qu’elle ne l’est : non, elle ne partage pas du contenu extrémiste (si tant est qu’il le soit) sans le lire, elle partage tous les contenus sans les lire. Donc faux problème.

Et est-ce que ce serait un problème si des activités qu’on ne veut pas voir sont relayées par ceux que l’on suit ? Ben, ceux que l’on suit suivent qui ils veulent, non ? Non, SensCritique, là, comme ça, on décrète qu’il ne peut pas y avoir de fascistes qui s’ignorent. Pourquoi pas les Noirs, pourquoi pas les gauchers, pourquoi par les shintoïstes ?… Donc je reprends, le problème c’est que nos contacts relayent des activités qu’on ne veut pas voir ou c’est que le site nous oblige à être notifié d’activités de membres qu’on a bloqué à travers l’interaction qu’ils peuvent avoir avec d’autres membres que l’on suit ? Donc pour moi, c’est SensCritique qui organise la merde, et cela je le redis encore et encore dans le plus grand mépris de nos données : quand on ne veut pas affaire à tel ou tel membre, c’est parfois pour s’en prémunir, c’est notamment très utile contre de potentiels ou anciens agresseurs, quand on veut que des activités soient vues par certains membres, seulement de nous-mêmes ou par tous, c’est un choix, et ce choix nous est interdit par le site. Parce que le site vit et monétise nos données et nos interactivités : pas question pour eux de respecter notre intimité ou notre confort. Donc le problème, ce n’est pas ceux qui relayent, le problème c’est qu’on ne peut configurer ce qu’on veut ou ne veut pas voir.

Et puis encore un aveu, je cite : « Si certains propos tenus sont parfois allés à l’encontre de nos lois (incitation à la haine, homophobie, notamment) et ont pu valoir à certains d’entre eux un bannissement du site, rien de ce que j’ai pu recueillir dans les sources que je vous propose n’est directement condamnable » Encore, il fait des insinuations, en est conscient, mais ce n’est pas grave, comme si on pouvait accuser quelqu’un d’être un extrémiste bien plus facilement que pour tout autre chose parce que la cause serait juste. Voilà donc ce qu’on pourrait bien nommer de… l’extrêmophobie… La peur de l’invasion extrémiste. Oui, moi non plus je n’aime pas trop les extrémistes, mais là ce qu’il fait c’est un appel au cancel (et un appel au cancel aveugle, mais je ne suis pas sûr qu’on puisse dire qu’il y ait des appels au cancel « juste) : ce qui veut dire autrement : « vous qui me suivez et qui suivez ces personnes que moi j’ai décidé d’étiqueter comme infréquentables, je ne décide pas seulement qu’ils sont infréquentables pour moi, j’exige de vous que vous ne les fréquentiez plus sinon ce sera le signe que vous les soutenez ». Vous vous rappelez du « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes contre moi » de Bush ? C’est la même logique binaire. Les gens sont soit tout blancs soit tout noirs, et si vous ne choisissez pas votre camp, vous êtes forcément du mauvais (ou au mieux, naïfs ou ignorants, ce qui autorise alors à venir vous « éduquer »). C’est un peu du chantage quand même…

« J’espère modestement que ce texte peut contribuer à cette connaissance ou développer les vigilances. » C’est beau. Moi, ce genre de pratique, ça me rappelle les comités de vigilances aux États-Unis qui rendent publique les adresses des pédophiles dans leur secteur. (Mais il doit y avoir des dénonciations de gauche qui sont acceptables, après tout, c’est pour la bonne cause. C’est vrai quoi, qui voudrait être envoûté par une sorcière.)

Pointer du doigt des propos, des comportements d’untel ou d’untel, quand ils nous emmerdent, perso je n’ai rien contre, je l’avais suffisamment fait à l’époque pour dénoncer les pratiques liées aux likes. Mais c’est à un autre niveau que de dénoncer des personnes, voire de faire passer des membres pour des sympathisants des mouvances extrémistes (forcément de droite). Ce qui m’étonne, c’est qu’en commentaires sous ce « texte », du peu que j’ai pu en lire (trop de messages), tout tourne autour du fait de suivre certains comptes et du fait qu’ils soient ou non de gros méchants infréquentables ; rien sur le fait que la modération, si ces contenus étaient aussi problématiques, n’ait pas réagi jusque-là ou que les outils du site posent problème. C’est pas important ça.

Bref, voilà pour le commentaire de ce « texte d’avertissement ». J’en viens maintenant à ce qui me pose réellement problème dans cette histoire : la suppression arbitraire des comptes et le vol de contenu personnel.

SensCritique, faut-il séparer le banni de son œuvre ? Faut-il exclure l’extrémiste de la société ? Faut-il appeler à l’invisibilité des cons ?

À l’époque où j’étais actif sur ce site « communautaire », j’avais pointé du doigt les dérives du site, et ce que j’ai pu lire ces derniers jours ne font que confirmer que rien n’a changé dans les pratiques à la limite de la légalité et de la morale sur ce site. Mais c’est loin d’être une exception : pour le vol de contenu, c’est propre à SensCritique, mais pour les suppressions de compte et la modération de « cour », c’est déjà beaucoup plus habituel.

Suite à ce « texte d’avertissement » l’équipe de SensCritique décide donc, et semble-t-il en urgence, de supprimer une dizaine de comptes (j’en connaissais qu’un seul).

Ce qui me gêne avec ce billet de guyness, je l’ai déjà dit plus haut, c’est que si des membres prétendument d’extrême-droite expriment des propos répréhensibles par la loi, sa démarche n’est pas d’en informer les propriétaires du site afin que leurs propos soient modérés, il s’en prend aux personnes qui les suivent et use de sa popularité pour appeler au lynchage ou au cancel de quelques comptes bien moins populaires que lui. Le souci pour lui, c’est donc que ces comptes deviennent ou soient de plus en plus populaires, pas que le site respecte la loi (ou ses propres règles) en effaçant leurs propos contrevenant à la loi s’ils existent. Sur ce genre de sites « communautaires », tout tourne bien plus autour de la popularité acquise et jugée illégitime de certains membres, pas des outils défectueux ou des comportements anodins permettant à ce genre de contenu d’apparaître et de circuler. Moins grave est de contrevenir à la loi en exprimant des propos haineux que de suivre de tels comptes stigmatisés ; on appelle donc en chœur à ses propres contacts de cesser de les suivre ou d’ouvrir les yeux sur ce qu’ils sont (pas ce qu’ils font). On retrouve ce principe d’appel au cancel sur les autres réseaux sociaux : puisqu’on n’a pas confiance (ou parce qu’on n’a pas envie de s’embarrasser avec) en la loi, on préfère dénoncer sur la place publique toutes sortes d’agissements invérifiables dont on aurait été victime en répondant en chœur à des hashtags ou en espérant en lancer de nouveaux populaires, faisant ainsi quasiment commerce de ses propres malheurs à des fins de publicité personnelle.

Les méthodes de « modération » sur ce site comme sur bien d’autres procède toujours de la même manière : l’autorité est presque toujours nominative, c’est-à-dire qu’elle est quasiment toujours représentée par un ou plusieurs gars pour leur propre compte, également membres de cette société virtuelle, très rarement sous une forme impersonnelle. C’est bien pourquoi il y a une grande différence entre ces sites, réseaux ou forums, par qui la modération passe presque toujours à travers son propriétaire ou d’autres membres actifs agissant en son nom. Et quand je dis des « gars », c’est parce que c’est quasiment toujours des gars qui assurent la prétendue modération. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer l’expérience qu’on a probablement tous avec de grosses entreprises dont on est client et avec lesquelles on passe si besoin par un service client au téléphone ou par Internet : la sous-traitance dans ce cas sera beaucoup plus souvent assurée par des femmes (à la fois parce que ce sont des métiers sous-payés, parce qu’on estime à tort ou à raison qu’elles sont plus faites que les hommes à « modérer » des clients énervés).

Je résume donc la modération telle qu’on peut la recontrer sur ces plate-formes, une modération toujours non neutre (nominative) et où on sent bien non pas la volonté de comprendre et d’apaiser, mais, tels des mâles dominants, d’imposer ses décisions à ceux qu’on estime être ses dominés. Passage systématique par les messages privés (plus facile pour impressionner un membre et le menacer dans le secret de l’intimité alors qu’il s’agit le plus souvent de conflits entre membres) : « On a eu des plaintes te concernant, on t’a déjà prévenu, si tu ne cesses pas ton comportement, nous serons contraints de supprimer ton compte. » À ça, on répond en général ceci : « Pouvez-vous me préciser les propos gênants, merci. » Ce à quoi on se voit répondre : « On t’a déjà prévenu mille fois et on a pas mal de plaintes te concernant, on ne veut pas débattre, tu sais pertinemment de quoi on parle. » On insiste : « Je vous demande une chose simple : vous me reprochez mes commentaires, quels sont les commentaires qui font l’objet de plaintes ? » « On t’a déjà dit que nous n’étions pas là pour discuter, on ne va pas te laisser couler notre entreprise. » (?!) Et puis : « Tu fous une mauvaise ambiance sur le site. On a été trop patients avec toi jusque-là, on te demande maintenant d’arrêter. » « Arrêter quoi ? Quels sont les propos visés ? » Dialogue de sourds entre celui qui ne comprend pas (à tort ou à raison) ce qu’on lui reproche et celui qui jouit presque du pouvoir qu’il cherche à exercer sur l’autre. Et je paraphrase à peine. On appelle ça alors de la « modération ». Le genre de modération dont on peut s’attendre venant d’un propriétaire qui se ramène chez vous pour vous réclamer un loyer impayé.

Donc c’est toujours un jeu de pouvoir, des conflits personnels dans lesquels une équipe censée faire la modération s’insère parfois sans connaître le passif des différents partis. Et qui dit jeu de pouvoir dit question du droit mis de côté. C’est bien pourquoi guyness n’a pas besoin de preuves : les insinuations suffisent quand on est dans un jeu de pouvoir.

Aucune règle réelle ne régit la suppression d’un compte ou même des méthodes de modération : ce qui prime, c’est le fait d’être dénoncé par un certain nombre de comptes (plus ou moins importants ou d’être accusé de faits pas très cools). Parce que proférer des propos fascistes, c’est une chose, ça dépend probablement de la nature de ces propos, mais on peut imaginer que nombre d’entre eux puissent faire l’objet de poursuites judiciaires. Or, jamais aucun de ces propos ne fait jamais l’objet de poursuites. Vous avez déjà entendu parler de poursuites judiciaires vous ? Moi non. Et peut-être pour cause. Non seulement, on pourrait craindre que de propos fascistes, il n’en soit en fait rien, mais le but, contrairement à ce qui est prétendu n’est pas « d’assainir » moralement une communauté, peut-être de « l’informer », mais d’évincer, invisibiliser, voire supprimer, des comptes concurrents pour certains et qui donnent une mauvaise image du site pour d’autres. On a donc d’un côté de prétendus propos fascistes, et de l’autre, un totalitarisme communautaire avec les serviteurs de la morale œuvrant pour le compte du bien de tous (sic) et le pouvoir tout puissant des maîtres du lieu. Tu te fais éjecter ou « modérer », non pas à cause des propos tenus, mais parce que beaucoup de membres se plaignent de toi. Zont pas dû voir beaucoup de films sur le lynchage ces types-là.

Les preuves, les faits, tout ça ne sert donc à rien, et ça sert d’autant plus à rien qu’il est assez probablement difficile de déterminer ce qui est du domaine du propos fasciste, voire raciste, sexiste dans d’autres cas, ou même encore tout simplement d’insultes. C’est pas aussi facile que ça en a l’air, et je pense même que c’est un métier de le définir, de le caractériser ; et cela, ça se passe, au mieux, dans un tribunal. Or, ça, ça prend du temps, et personne ne veut en passer par là. Donc qu’est-ce qu’il arrive ? Il arrive que d’un côté les dénonciations et appels aux bans ou au cancel peuvent se multiplier, et de l’autre, les plate-formes cherchent à se dédouaner en rasant large : pour ne pas être accusées de laisser se propager des messages répréhensibles (souvent plus « impopulaires »), on préfère sévir quitte à empiéter sur le droit. Ce qui était « les propos extrêmes et les insultes sont interdits » devient « il est interdit d’être extrémiste ». Or, à ma connaissance, il n’est pas interdit d’être soit d’extrême-droite soit royaliste soit juste con. C’est juste assez mal vu. Et ce « assez mal vu », ce n’est pas du « droit ». Alors, comme ce n’est pas le « droit », pour trouver un semblant de légalité à notre autoritarisme ou à notre appel au cancel, on appelle alors ça « la bonne ambiance » (voir citation plus haut). Imaginons : (ce n’est pas un exemple réel) un membre insultant non pas seulement de « fasciste » mais de noms d’oiseaux bien plus fleuris un autre membre aux idées disons plutôt suspectes, et ce sera ce dernier qui sera sanctionné par la modération, pas le premier. Le premier, c’est le sauveur de la morale, et s’il a insulté le membre qu’il suspecte d’être extrême, c’était pour révéler la véritable nature de la bête brune qui allait bientôt sortir ses griffes. Ah oui, ça en fout une bonne d’ambiance à suspecter chacun d’être de tel ou tel camp… Et on aura tout gagner, parce qu’à son retour, le membre « banni » deviendra cette fois et à son tour agressif, ce à quoi le peuple répondra : « tu vois, tu es agressif et tu insultes, c’est la preuve qu’on a eu raison de te bannir ».

L’État (cette grande communauté constituée de gens honnêtes et droits) a d’ailleurs demandé à ces plate-formes de supprimer beaucoup plus facilement ces propos qu’elles ne le font actuellement. Ça coûte cher la justice, donc on la sous-traite à des entreprises. Et pour justifier une telle « surmodération », on a trouvé un nouveau mot pour qualifier ces propos, pour les supprimer et bâillonner leurs auteurs : ils sont « nauséabonds ». Ils ne sont plus illégaux, ils ne sont pas insultants, ils sont… nauséabonds. L’odeur, c’est presque aussi parlant que la fumée dans l’expression « il n’y a pas de fumée sans feu ».

L’insinuation comme règle de conduite, l’accusation comme verdict. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’on a inventé le cancel et le bannissement : c’est parce que le droit, ça réclame du savoir, de la précaution, du temps et de l’argent. Tout ce qu’on n’a pas dans une société virtualisée.

On peut venir à se demander si les dénonciations auraient été faites par des randoms du site si elles auraient été prises en compte, ou même si elles ont été signalées à la modération avant de les signaler, pardon, avant de suggérer que certains membres pouvaient avoir des propos dangereux. Et le problème, c’est qu’on ne respecte aucune règle : c’est la loi des plus puissants, des plus populaires ou de la masse qui fait qu’on est ou non visé par des plaintes et que la « modération » s’en mêle. Ou quand l’autorité, représentée ici par la « modération », se range du côté du plus grand nombre, des lyncheurs et de la justice populaire plutôt que du côté du droit (ou d’un semblant de droit). SensCritique et le sens du vent…

Voilà comment les propriétaires du site répondent à un shitstorm organisé par un compte populaire par des bans autoritaires au lieu de mettre en place un système et des outils réellement efficients pour limiter certains propos, intervenir pour dire si oui ou non certains propos sont passés sous leurs radars. Et puis quid des poursuites : évincer quelqu’un pour des propos légalement répréhensibles, c’est pas, moralement, plus répréhensible de se garder de dénoncer aux autorités juste en supprimant son contenu ?

Plus grave encore, la disproportion de la sanction : à des suspicions de propos condamnables, voire à des suspicions d’appartenance à de vilains groupes, et en tout cas face à une communauté qui réclame votre tête, on répond purement et simplement par la suppression du compte, tout le compte.

Je ne sais pas si les personnes visées ont proféré les propos qui leur sont reprochés, en revanche il me semble qu’avant de passer par la suppression d’un compte, on pourrait passer par bien d’autres moyens, bien moins radicaux, pour restreindre leur capacité supposée à nuire : suspension temporaire du compte, suspension de la possibilité d’écrire des commentaires sous l’activité de membres qui ne nous suivent pas, puis interdiction temporaire ou non d’écrire toute sorte de commentaire, puis interdiction d’écrire des critiques, et enfin tout un panel de restrictions jusqu’à ce qu’un membre ne puisse plus faire que le minium sur le site : noter, liker, ranger, ajouter des contacts. C’est si compliqué que ça à mettre en œuvre ? Probablement pas, parce que la volonté de ces sites, ce n’est pas… l’inclusion, c’est au contraire la stigmatisation des éléments jugés perturbateurs ou indésirables par d’autres (représentant le plus souvent la masse). Au risque que ces membres reviennent… Et un membre qui revient, c’est souvent plus pénible et nuisible pour la communauté qui l’a rejeté que d’avoir simplement restreint sa capacité à nuire à travers des outils sur SON compte historique. Tu bannis un membre ? Tu supprimes tous les outils à ta disposition pour restreindre sa capacité à nuire.

Mais c’est tellement plus important de lui montrer qui est le chef, de lui montrer qu’il n’est rien, un paria, un renégat, un banni, un… nauséabond.

Le problème des types qu’on engloutit sous le goudron et les plumes, c’est qu’ils en foutent partout et qu’il faut nettoyer après avoir tout salopé.

La modération, ce n’est pas seulement écrire des messages privés à des gens pour les mettre en garde qu’on a des plaintes contre eux et les menacer de supprimer leur compte (et donc voler leur contenu même extrémiste) sils continuent à être aussi impopulaires (je plaisante à peine), ou de faire jouer encore sur lui son autoritarisme viril, c’est aussi venir publiquement faire la police sur les fils de discussion pour montrer qu’on est présent et concerné par la nature des débats, rappeler que certains propos pourraient tomber sous le coup de la loi (encore une fois, c’est parfois très très compliqué de déterminer si des propos sont réellement injurieux, réellement racistes, antisémites, etc.), venir calmer le jeu lors des conflits… Parce que oui c’est important. Beaucoup d’insultes naissent du dénigrement réel ou ressenti par certains à travers des commentaires, et beaucoup de discussions s’enveniment précisément à cause d’une absence totale de modération. Et je note qu’après quelques centaines de messages sous la publication de guyness, par exemple, que toujours aucune modération n’est venue interférer entre les nombreux partis venus discuter voire s’insulter.

C’est si nécessaire que ça de radier de la place publique certains membres en évitant de mettre des outils pour les empêcher soi-disant de nuire ou d’exprimer des idées… nauséabondes ? C’est si nécessaire de les humilier et de leur voler leur contenu ou se l’approprier ?

Parce que je rappelle également les conséquences induites, à la limite de la légalité, d’une suppression de compte : la suppression de tout votre contenu. On parle de quelques propos posant problème, et la sanction, c’est la suppression de toutes les activités, des commentaires, des écrits, des données, des contacts et des messages personnels. C’est pas faute d’avoir relevé ce problème quand j’avais été expulsé du site : quand on prétend que le contenu est remis au membre suspendu, c’est faux : on vous remet en format .txt quasi illisible l’ensemble de vos critiques, tout le reste des activités, les listes et commentaires, les messages personnels, tout cela est soit supprimé soit volé (certains commentaires notamment restent sur le site sans qu’on en soit désigné comme auteur avec notamment l’impossibilité qui nous est fait de les supprimer — un comble quand on sait ce qui prétendument a causé la suppression du compte).

Je rappelle à toutes fins utiles, parce que ce n’est toujours pas le cas, que les plate-formes de ce type sont tenues de permettre à leurs utilisateurs d’exporter leur contenu : c’est possible sur IMDb, sur Instagram, sur Twitter, me semble-t-il sur Facebook, mais sur SensCritique, sans doute parce que c’est français et pas une méchante entreprise américaine, on s’en bat les couilles.

Alors non, les crapules, ce ne sont pas de vulgaires utilisateurs avec des idées qui sentent le ranci et auxquelles plus personne n’adhère ; les crapules, ce sont celles qui ont le pouvoir et en abusent.

Une suppression de compte (et tout ce que cela implique), c’est quel niveau de violence dans une société virtualisée ? On va me faire croire que c’est la seule alternative ? Et la seule peut-être que mérite une bande de salauds ?… OK, mais, hum, est-ce que c’est efficace ? Parce que je vous parie que toutes les personnes qu’on stigmatise en faisant d’eux de méchants extrémistes, des ogres avançant masqués, de terribles sorcières, eh bien elles reviennent toujours, et ce n’est souvent pas pour faire profil bas. Elles reviennent plus radicalisées, toujours plus extrêmes, peut-être un peu plus masqués, et se foutent sans doute un peu plus des conséquences de leurs propos vu qu’on leur a déjà tout supprimé et qu’on les a déjà rangés dans la boîte des indésirables. On aura peut-être pas réussi à en faire de véritables sorcières, en revanche, on aura réussi à en faire des gens qui n’ont plus rien à perdre. C’est tout ce qu’on gagne à stigmatiser et ostraciser des personnes d’une communauté. Et pourquoi les en blâmer ? On vous stigmatise, on supprime votre contenu, on vous pille, vous expulse de la cité, tout cela est décidé par le roi avec l’agrément d’une partie de la population ou dans l’indifférence générale, et il faudrait en plus que si on revient masqué que ce soit pour planter des roses dans les allées ? Une autorité, donc une modération capable de vous couper la tête, si elle ne respecte ni ses membres ni les contenus qu’ils produisent, elle n’est pas, respectable et digne de « faire autorité ».

Et inutile d’aller sonder les petits comptes pour y déceler le moindre commentaire suspect pour trouver des extrémistes, car les extrémistes, ils sont là. Les coupeurs de tête.

La cancel culture (version soft de l’assassinat virtuel), c’était plutôt jusque-là des pratiques laissées aux partis politiques de droite, et sur les réseaux sociaux, ce genre de pratique d’exclusion, d’invisibilisation, devient désormais le fait des brigades d’épurement venues de la gauche. L’intolérance, c’est toujours celle de l’autre.

Bref, bien au-delà du problème des propos à modérer, ce qui me pose, moi, problème, c’est le pouvoir illégitime et non encadré de ces instances sur Internet qui hébergent du contenu sans le créer. Il y a un droit et une justice qui n’existent nulle par ailleurs. Un monde virtuel au temps du far west. La loi du plus fort. Parce que OK, les propos extrêmes, c’est pas bien, les injures, c’est pas bien… mais ces propos sont toujours le prétexte à régler des conflits personnels, et c’est toujours les plus puissants ou les plus manipulateurs qui en profitent. Certains pourront toujours en abuser sans voir venir de sanction, tandis qu’on les guettera chez d’autres. On dénonce les dérives extrêmes de certains membres quand c’est encore tout Internet qui est extrême. Une zone de non-droit, une cour d’un régime (certes virtualisé mais) autoritaire.

Oui, même les cons, mêmes les personnes avec qui on n’est pas d’accord, même ceux exprimant des idées extrêmes, doivent pouvoir garder un compte et continuer à être auteur et propriétaire de leur contenu. Un repris de justice, quand il a purgé sa peine, il redevient un citoyen comme tout le monde, on ne lui retire pas ses droits civiques, ses droits de s’exprimer, de se soigner ou d’être actif s’il respecte les lois de la société dans laquelle il vit toujours et si on encadre correctement sa « liberté surveillée ». On peut tout autant être pote avec un repris de justice qu’avec un autre type infréquentable… si par ailleurs on lui reconnaît d’autres qualités. Oui, on peut être pote ou intéressé par des types qui peuvent être par ailleurs des connards ; oui, on peut acheter son pain chez son boulanger même si c’est un ancien pédophile. Non, nous ne sommes pas monolithiques. Un bannissement, c’est une pratique antique et barbare qui te dit « gars, va faire ta vie ailleurs, on garde ta maison, ta femme, ton chien et tous tes biens, mais toi, va voir ailleurs ». Naïvement, j’ai toujours pensé que la seule réponse possible à un groupe qui nous dit « tu n’es plus le bienvenu parmi nous, dégage », c’était la haine et la violence. Donc on s’abstient de toute radicalité, on laisse le droit aux supposés extrémistes de s’exprimer s’il respecte la loi, on les tolère, on les modère, bref, on vit avec, parce qu’ils font partie de la société, on les en fera pas partir et ils ne s’évaporeront pas par enchantement. Bannir des comportements, des usages, c’est autre chose que bannir des individus. Oui, il y a sans doute des comportements et propos inadmissibles, mais cela n’a rien d’honorable de chercher à nuire à leurs auteurs. C’est très largement contre-productif, et le signe qu’on s’autorise à faire ce qu’on reproche justement à d’autres.

Les paroles peuvent blesser ou nuire, certes, mais il y a un degré dans la violence, entre des propos injustifiés, injustifiables et légalement répréhensibles, et la violence induite par la suppression d’un compte et le vol du contenu affilié. À l’injustice, répondra toujours une nouvelle violence, et une radicalité toujours plus forte. Les actes sont plus dangereux que les paroles ou les affinités.

 

 

 

‘Le chat qui fume’ édition et DVD durables

Il n’est jamais bon de se lancer dans des discussions sur Twitter (ou ailleurs sur les réseaux sociaux). D’habitude, quand je pose des questions innocentes, on ne me répond tout simplement pas. Au mieux, on ne me lit pas, au pire, on me prend pour un troll. Mais quand on me répond, j’avoue que je ne retiens jamais cette promesse que je peux me faire à moi-même quand je me retrouve embarqué dans des discussions qui n’en sont en fait pas vraiment. Les gens défendent leur gagne-pain. Leur cerveau est configuré en fonction de leur porte-monnaie. Donc quand on ose remettre en question une partie de ce qu’ils font, ils n’hésitent pas à raconter n’importe quoi, et au lieu de vous répondre, finissent par utiliser la méthode classique du retournement (entre autre) pour déplacer le problème que vous soulevez dans votre jardin. Vous pourriez leur opposer tous les arguments du monde, ils ont leur bifteck à défendre, et ils déploieront toute la mauvaise foi imaginable pour ne pas voir la réalité à laquelle vous tentez de les soumettre.

Je devrais essayer une fois de plus de me rappeler qu’aucune discussion n’est possible, où que ce soit, avec qui que ce soit, et que la réalité des échanges entre personnes sur les réseaux ou ailleurs doivent strictement se constituer d’amabilités. Et comme c’est loin d’être mon truc, il serait bon que j’arrête tout bonnement de discuter. Cependant, je me connais, je suis curieux, et je pense malgré tout que certaines questions méritent d’être posées (tandis que les réponses profitent toujours in fine à celui qui ne veut pas y répondre).

Gardons ça là, pour mémoire.

Ici, il est question de l’utilisation du terme « durable » dans une pétition regroupant le monde de l’édition physique de films DVD. Je n’ai rien, a priori, contre les éditeurs de DVD, la plupart sont également distributeurs dans des cinés d’art et d’essai, mettent en lumière certaines œuvres rares ou méconnus, et participent ainsi à faire connaître des auteurs, des univers, des cinéphilies en marge ou du « patrimoine ». Quand ils se contentent d’être des marchands en profitant du talent des autres, c’est déjà moins ma tasse de thé, mais impossible de faire un tel procès d’intention quand on ne connaît pas les structures ou les personnes qui les constituent — et même à ce stade, je veux bien concevoir que leur profit particulier puisse également bénéficier à ceux qu’ils mettent en lumière ou à qui ils « délivrent » leurs produits.

Là où ça commence à me poser problème, c’est quand on prétend, en plus de ce que je viens de mentionner et qui est louable (salut à toi, feu Vidéo Futur), qu’on est un secteur « durable ». La phrase qui attire mon attention, c’est « [La vidéo physique] propose de beaux objets, durables, transmissibles et qui répondent à une envie unique, à l’opposé de la culture au débit ».

« Durable », c’est quoi ? Depuis quelques années déjà, quand on parle de « durable », que ce soit les produits ou leurs moyens de production, c’est relatif à l’environnement. Et sans trop être spécialiste, on comprend depuis un moment déjà que c’est pour qualifier un produit ou un moyen de production vertueux, à opposer à un autre qui serait polluant, énergivore ou rapidement obsolète.

Je pose donc ma question en toute innocence, adressée au compte de celui qui a partagé la page de la pétition où tout ce petit monde de la distribution demande de l’aide en ces temps de crise :

Juste une question : « Elle propose de beaux objets, durables, transmissibles » En quoi, le support physique est-il durable ?

Le chat qui fume, c’est le nom de l’éditeur DVD, répond :

Ah bon, c’est une si étrange question de demander en quoi un DVD est-il un produit durable ? Ça coule de source, non ?

Là, je lui explique qu’un DVD, c’est fait principalement en plastique, et ironiquement, je luis dis que s’il est « durable », c’est dans le sens où il peut potentiellement rester durablement dans la nature. Autrement dit, c’est pas biodégradable. Bref, je lui dis que ça se recycle mal (les boîtiers sans doute plus que les DVD eux-mêmes qui sont constitués de plastique et de métaux, et là, aucune technologie n’est capable de recycler à 100 % un tel produit, et si c’était possible, ce serait immensément cher et énergivore ; et puis, loi de l’entropie oblige, on ne revient jamais à un état précédent, c’est irréversible, donc en soi, le recyclage, c’est mieux, mais c’est pas la panacée qui rendra la société de consommation… « durable »). Et j’insiste sur le fait que, que ce soit après dix jours ou dix ans, un tel produit, on va bien finir par s’en débarrasser, et pour la planète, ça revient strictement au même. Tu stockes trente ans ton plastique sur des étagères, tu meures, ben, à l’échelle géologique, c’est comme si ça retournait tout de suite dans la nature. Et le pétrole, il ne va pas retourner à la nature sous forme de nappe d’hydrocarbure piégée dans un sous-sol saoudien, il va se répandre dans l’air ou sous forme de microparticules dans les océans. Tu regardes ton film de deux heures, tu le laisses vingt ans dans ta bibliothèque, avec un peu de chance, il suit un cycle de recyclage, puis peut-être, ô miracle, un autre, au final, ton produit d’origine, il ne va pas retourner bien au chaud dans la poche où il était piégé depuis des millions d’années. Donc oui, ironiquement, on peut dire que c’est « durable ». Une pollution durable.

Il ne comprend pas l’ironie, donc pour lui il n’y a pas débat : je reconnais que c’est « durable ». OK.

Là, je deviens moins poli, Esther.

Ici, le petit pollueur en herbe repousse sa responsabilité écologique sur le grand épouvantail de notre époque, la Chine.

Oui, parce que si le racisme, c’est moche, j’aimerais bien comprendre un jour pourquoi le racisme anti-jaune est toujours aussi bien accepté. Parce qu’ils sont loin et ne peuvent se défendre s’en doute. Plus t’es loin, plus t’as tort. Après, je veux bien croire que la Chine soit le plus gros pollueur du monde, mais non seulement c’est pas le sujet, mais ce n’est pas ce qui est dit. Et pour faire dans le personnel, des t-shirts chinois, j’en ai justement renouvelés mon stock, il y a quatre ou cinq ans, et ils sont d’excellente qualité (après, c’était pas tout à fait 3 €, mais à ce prix-là, faudrait que je teste dans dix ans pour ma prochaine garde-robe… — oui, parce que chez moi, les t-shirts, même chinois, ça me fait vingt ans ; il me reste même quelques affaires achetées il y a 30 ans et qui font pour certaines un lavage tous les mois).

Ma réponse :

Je le traite de pollueur et de xénophobe, normal de ne pas apprécier. En retour, il paraît que ça le fait marrer de voir un mec aussi stupide que moi.

Je le fais peut-être marrer, mais là il a raison. Faudrait que j’arrête de tweeter.

En revanche, il faut oser dire que mes tweets et mon site polluent plus que son usine à plastique. Oui, mes activités polluent, j’en suis le premier désolé. Mais 1/ j’essaie tous les jours de réduire mon impact et je crois pas trop me tromper en disant qu’il est relativement faible en comparaison avec les hommes de mon âge vivant dans la même région… 2/ c’est pas ma consommation d’énergie qui pose problème, je suis pas à prétendre que je fais du « durable » (sauf si on considère que les longs articles, c’est « durable »…).

Je réponds :

(Quand je commence à appeler un mec « mec », c’est pas bon signe, mais on est d’accord pour dire qu’un « mec » qui se fout aussi ouvertement de ma gueule, ça mérite pas beaucoup de considérations, si ?)

Non, je ne le dis pas, parce que :

Dans l’article en question, ça dit bien qu’il y a des voies pour tenter de recycler les DVD, mais d’une part, c’est très limité, ce n’est pas obligatoire, et surtout, ben… c’est pas effectif. Dire qu’un objet est recyclable, ça ne veut pas dire qu’il sera recyclé. Et encore une fois, même si une bonne part de ces objets « non durables » était recyclée, elle ne pourrait pas l’être ni en totalité, ni à l’infini.

Mais je pense qu’il n’apprécie pas mes aphorismes récessionnistes.

Le pollueur qui dégrade la planète sans le savoir doit apprécier Molière pour balancer autant d’apartés. Ce sera sans doute le seul point commun qu’on pourrait se trouver.

Après, sa question m’interroge… On peut vraiment penser qu’il faut polluer pour se cultiver ?! On se cultive seulement depuis la révolution industrielle ? Depuis l’apparition du… DVD ? Depuis qu’on pollue ?… Ah.

Et puis, jolie tentative d’attaque ad hominem concernant ma culture personnelle. On dirait un gamin dans une cour de récré qui tente de filer un coup de pied aux couilles d’un camarade, le rate, et se retrouve les fesses au sol. Même Milou a plus de repartie.

Mais d’accord, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est le « durable », hein. Mais comme je suis stupide, je me fais piéger par son concours de bites, et je continue sur sa lancée au lieu de revenir au point initial :

Ensuite, c’est lui qui pose une question intéressante :

C’est beau cette naïveté, feinte ou non, du pollueur qui demande comment sauver le monde s’il ne peut pas le polluer. Mais oui, comment ?!

(Et puis, maintenant, je sais qu’on écrit DVD avec des capitales, parce que c’est CULTUREL.)

Les DVD, c’est du plastique et du métal, y a besoin de quoi d’autre comme argument pour lui faire comprendre que c’est pas « durable » ? C’est si difficile à comprendre ou on est à niveau de greenwashing qui ne convaincrait même pas un actionnaire Total.

Alors comme je ne suis pas un troll, mais un emmerdeur attaché au sens des mots, soucieux du devenir de la planète (un peu plus que les hommes — et quand je dis « planète », je pense surtout aux autres animaux, à toutes les richesses végétales, voire minérales, qu’on est en train de saloper en un clin d’œil), je lui réponds :

Et pour compléter, honnêtement, je ne vois pas où pourrait être son piège. Si c’est le détail écolo-bobo qu’il fournit par la suite, c’est, disons… assez pathétique : ils vendent leurs DVD donc… dans des boîtiers en carton. D’un coup, je me sens transporté dans un magasin Nature & Environnement, je suis impressionné.

Maintenant, c’est lui qui trolle :

C’est amusant, quoi qu’on fasse sur cette planète, c’est toujours « utile ». C’est probablement ce qu’ont toujours essayé de dire ceux qui travaillaient dans des secteurs dépassés pour convaincre leurs contemporains de continuer à faire appel à eux. « Utile. »

Le bonhomme essaie de me tendre des pièges sur ma propre consommation. Je rappelle que c’est un type qui parle au nom d’une boîte de produits de consommation, et qu’il répond à un particulier qui lui demande en quoi son secteur est « durable » en lui demandant, à lui, si sa consommation est vertueuse…

« Monsieur Total, vous polluez ! » « Et toi, petit Africain, tu crois que tu pollues pas ! »

Pour répondre, je sors ma plus belle paire de grolles :

Bon, les normes de grandeur sont un peu exagérées. Tout le monde n’est pas forcément capable de garder des chaussures si longtemps ou de rafistoler à l’infini comme je le fais… Mais l’idée est là. Un DVD, il est « utile » combien de temps à celui qui l’achète comparé à une paire de chaussure ?… Sans compter que, si de plus en plus souvent on se chausse en pétrole, le cuir est encore très largement utilisé, et pour plusieurs raisons : c’est de meilleure qualité, ça dure bien plus longtemps et ça peut être rafistolé. Mais pour sûr, on trouve moins de bonus avec des grolles confectionnées bêtement en cuir.

J’ai ensuite droit à du haut niveau :

Réponse :

Sa réponse :

Ne pas voir la différence entre le papier et le DVD, c’est un peu flippant quand même.

Et puis j’ai droit à la plaidoirie habituelle (quoi que j’ai échappé à d’autres arguments du genre parfois utilisés : « je suis entrepreneur, je fais travailler des gens, nous sommes dans le local, si vous ne nous aidez pas, ce sont les multinationales qui gagneront », etc.) :

C’est très bien tout ça, mais ça répond à la question ? Est-ce que c’est pour autant durable ? J’ai aucun problème avec le fait de dire qu’il faut qu’il y ait des animateurs de la vie culturelle. Mais est-ce que c’est « durable » ? Si je vends du pâté, je vais pas en plus prétendre que c’est bon en lotion énergétique pour le corps. Ici, le problème, c’est pas de polluer dix ou cent, mais de dire ou non si c’est « durable ». Oui, je suis chiant. Mais on peut faire des trucs (par ailleurs légitimes) sans raconter de la merde, non ?

Je réponds donc :

Je pose une question légitime : en quoi est-ce “durable” de faire de l’édition de DVD. Tu vis sur une autre planète pour ne pas être concerné par les enjeux environnementaux ou ça te fume et tu préfères regarder ailleurs en prétendant que le problème vient… des Chinois ?

Et c’était ma dernière intervention. Ses réponses étaient tellement crétines que j’ai commencé à me dire que j’allais surtout recopier tout ça dans un article pour me calmer, tout en me promettant d’essayer à l’avenir d’arrêter de mettre les gens dans leur caca. Je suis mal élevé, non seulement ça ne se fait pas, mais surtout ça ne change rien et je passe pour un troll (doit y avoir du vrai, maman troll m’ayant toujours dit qu’il y avait pas grand-chose d’humain en moi).

Ses réponses pour finir, la première (celle en bas sur la capture) m’a tout de même fait éclater de rire.

Je le laisse deviner.

Bref, non seulement, pas question pour moi d’aider un secteur qui lâche des déchets dans la nature en prétextant qu’ils sont « la culture », mais si en plus je venais à tomber sur un film distribué par ce chat fumant, j’irais directement aller le télécharger pour avoir accès au film source (moi, j’aime la culture, l’originale) et pour boycotter des pollueurs qui nous enfument en prétendant faire du « durable ».


Les imposteurs du Net, chapitre 49, les « garçons officiels » (Twitter)

S’il y a bien un comportement qui me hérisse le poil, c’est l’habitude de certains « comptes » sur les réseaux sociaux à produire des contenus piochés chez le voisin pour s’en faire passer pour les auteurs. Si globalement, le respect du droit d’auteur est largement mis à mal sur les réseaux sociaux, en général, ce qui nous est le plus apparent, ce sont les images. Seulement, personne n’irait s’imaginer qu’une image capturée ailleurs ait comme auteur celui qui la partage. Si avec le journalisme 2.0, c’est peut-être moins évident, et si des comptes comme conflits sur Twitter s’embarrasse rarement de citer ses sources, pour des images de film par exemple, c’est moins problématique. Si la question de la source ou de la citation demeure, ce qui est plus grave, c’est de partager un contenu en se faisant passer l’auteur.

J’ai déjà vécu ça mille fois. Le compte Aurea sur SensCritique partageait en toute innocence de jolies phrases dans des listes et quand on lui faisait remarquer répondait qu’elle les recopiait parce qu’elle les aimait ; en revanche, quand on lui demandait de mettre des guillemets et de citer ses sources, l’innocence laissait place à la suspicion : pourquoi donc venait-on l’agresser alors que de toutes évidences ses intentions étaient pures, et que compte tenu du fait que beaucoup de monde appréciait ses listes, c’était la preuve que ça ne choquait personne. Avant ça, sur un autre site, j’avais même été moi-même « victime » de ces petits recopiages intempestifs : un compte s’amusait à recopier certaines de mes bêtises sur un forum en se faisant bien sûr passer pour l’auteur. Pathétique me direz-vous, mais autant je peux comprendre que certains esprits fragiles aient tant besoin d’attirer l’attention et l’amour des autres (bien que cela reste toujours, de mon point vue, répréhensible), autant j’ai toujours été bien plus surpris par la réaction des personnes qui « suivaient » ces comptes de copistes : même avec preuves à l’appui, c’est vous, quand vous pointez du doigt ces vols et ces mauvaises pratiques, qui aurez toujours tort. On vous questionne toujours sur vos intentions (quand bien même vous êtes victime de plagiat), on minore la gravité de telles pratiques (ce n’est bien sûr pas un drame, mais quand c’est systématique, il faut juste que ça cesse, il y a quoi de difficile à comprendre là-dedans ?), bref, la faute n’est jamais portée sur celui ou celle qui sape le travail des autres, s’en rend (faussement innocemment) propriétaire, mais toujours sur celui qui pointe du doigt l’affaire. Parce que bien sûr, on a toujours quelque chose derrière la tête, c’est toujours parce qu’on est jaloux de la « popularité » des comptes faussaires (ça va presque jusqu’à l’absurde : certains reconnaissent les faits mais défendent toujours les voleurs).

Et là, il y a quelque chose, à mon avis, qui reflète énormément la société dans laquelle nous vivons. Je ne parle pas de celle avec ses réseaux sociaux, qui ne font qu’augmenter, par sa rapidité et sa facilité d’usage, des pratiques qui existent sans doute depuis la naissance des rapports sociaux. Au-delà du cercle familial et du travail, il semblerait qu’on, en tant qu’individu, gagne, ou espère acquérir, une certaine forme de prestige à l’échelle d’un autre réseau, celui-là, ni professionnel ni familial, et pas vraiment non plus amical. C’est le prestige, la renommée, le respect au sein d’un cercle qui tend à s’agrandir plus on le nourrit et plus lui-même nous donne en retour des preuves de reconnaissance. C’est le phénomène de cour, de tribu ou de n’importe quel réseau constitué à l’intérieur d’une société et par lequel ses membres évoluent ensemble, profitant, d’un côté du mouvement de masse que le réseau peut lui-même engendrer, et cherchant aussi d’un autre côté à profiter des opportunités possibles, mais plus souterraines, vous faisant évoluer favorablement à l’intérieur même de ce réseau. De là naît la jolie pourriture de nos relations sociales : l’hypocrisie, la jalousie, une certaine forme de cupidité sociale, la rumeur, la traîtrise même, les alliances intestines contre un autre groupe, voire le complot. De la politique, quoi.

Et à côté de ça, on trouve les outils, ou peut-être les otages, de ces pratiques courtisanes, dont vont se servir les ambitieux, les arrivistes, les Rastignac à l’insu de leur plein gré, etc. Avec quoi gagne-t-on en popularité, en respect ? Comment grimpe-t-on les échelons à l’intérieur de ces cercles d’influence ? Il y en a peut-être d’autres, mais de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, c’était toujours lié à la créativité. Ça ne pose pas beaucoup de problème quand on partage une bonne blague… là encore, je doute que les auditeurs hilares se doutent que celui qui fait rire l’assistance soit le réel auteur de la petite blagounette qu’il tire peut-être lui-même d’un autre amuseur pudique… (Même si, ce serait sur le Net, ce serait déjà bien plus suspect. D’autant qu’une bonne blague, elle tient peut-être parfois plus à comment et par qui elle est racontée. Bref.) Non, on se fait surtout mousser, au mieux, pour des œuvres, des productions personnelles, et cela à toutes les échelles. Le petit copieur en quête d’amour n’ira probablement pas recopier des œuvres établies, ni même des passages (même s’il y a des exemples pathétiques ; là, on est à un niveau supérieur qui se règle au tribunal), mais ira plutôt picorer ici ou là. Ce sera à la fois sa meilleure couverture, mais aussi sa première défense : on ne fait pas de mal quand on ne fait que reprendre de courts passages « qu’on aime bien ». Qui vole les pièces jaunes aux sans-abris vole un bœuf…

Bref, dernier exemple en date, le compte garçons officiels sur Twitter. C’est un compte que je suis depuis quelques semaines puisque ça partage sur tout et n’importe quoi dans le domaine de l’art avec toujours une petite phrase « jolie » qui décrit de quoi il s’agit. Étant plutôt ignare, j’aime bien découvrir à petite dose dans des domaines variés. (Pour paraphraser les « garçons », et je les cite : « en allant voir vos tweets nous réalisons que vous avez une idée et un avis ». Et oui ! Je m’intéresse à tout. C’est affreux les gens qui mettent leur nez partout. La curiosité, quel vilain défaut.)

Le problème, c’est que je suis « un peu » cinéphile, et que là c’était pas de chance, ils publiaient un tweet sur un de mes acteurs préférés, William Powell.
https://twitter.com/GarconsOfficiel/status/1267092391426691074

Ah. C’est plutôt la dernière phrase qui tique. J’ai un vague souvenir que Powell avait eu en effet une carrière de second rôle dans le muet et qu’il y avait pas forcément officié dans des rôles comme ceux plus sympathiques qui suivront. Je me rappelle surtout de sa performance dans Crépuscule de gloire, de Josef von Sternberg, où il n’a pas encore tout à fait un premier rôle, mais impressionne dans un personnage de metteur en scène, peut-être loin d’être sympathique, mais certainement pas un « vilain », un « traître » ou une « crapule ». (Il me semble même avoir souvenir d’en avoir parlé dans mon commentaire de film…) Le film lui doit beaucoup, et un peu à l’image d’un Richmond dans Richard III, alors qu’il n’est pas présent une grosse partie du film, il mange presque la vedette… à la vedette dans le finale. Je fais donc quelques recherches, et en effet, avant les deux films qu’il tourne avec Josef von Sternberg, il aurait été plutôt utilisé en tant que « vilain », mais rien de bien remarquable ou de très significatif. L’acteur William Powell, on le découvrira surtout dans des comédies dans les années 30, comme je le fais remarquer dans mon premier tweet :
https://twitter.com/GuiguiLaGuigne/status/1267096507913822208

La réponse des « garçons » est alors d’une triste ingénuité parce qu’ils me livrent, pour justifier leur « propos » (que je pensais alors être le leur), leur source, autrement dit, l’article dans lequel ils ont tout bonnement recopié la phrase de leur tweet.
https://twitter.com/GarconsOfficiel/status/1267110313129922562

Je vais lire l’article. Rien à redire là-dessus, l’auteur distingue bien la période du muet où Powell n’est pas franchement considéré comme une vedette (et jouait donc les « vilains ») et le parlant grâce auquel il deviendra après quelques années, et grâce à la MGM, une star. Mais une star de comédie, et donc bien de la MGM, mais la MGM ne l’engagera… que dans les années 30. Donc non, aucun rapport entre la MGM et ses rôles (anecdotiques) de méchant dans des films muets. Et on note au passage que leur explication de merde doublée de l’aveu candide de plagiat a été « likée » par leur pote de cour, Philippe Rouyer, aka un des masters posters sur le réseau (signe déjà que l’entente des petits copains a toujours plus d’importance que la réalité des faits, et signe peut-être aussi d’une ignorance en la matière que lui, comme d’autres, s’appliquerait à faire passer pour de la connaissance.) (Ça commence à se sentir que j’aime pas les usurpateurs, et ça va empirer au fil des réponses.)

Toujours bien rempli de bonnes intentions (on me connaît, je cherche toujours à aider les gens qui se promènent avec une jambe cassée dans la rue avant qu’ils finissent, grâce à mon soutien, cul-de-jattes), je leur soumets alors une révision à la phrase qui la ferait coïncider avec la réalité de la carrière de mon cher Powell (il y a la post-vérité, mais il devrait y avoir la tweet-réalité, la raison qui pousse les gens à publier de la merde) :
https://twitter.com/GuiguiLaGuigne/status/1267117367978532865

Ma dernière phrase suggère que l’exaspération est pas loin, nourrie bien sûr par la suspicion désormais bien établie qu’une bonne part, voire l’ensemble, de leur production n’est que du vulgaire recopiage.

Dans cette situation, étrangement, c’est souvent la même réaction qu’on rencontre. Les « garçons » comprennent qu’ils viennent d’être pris la main dans le pot de confiture (même s’ils doivent être persuadés que cela n’a aucune importance), et que bêtement, soucieux de montrer qu’ils n’étaient pas dans l’erreur, ils ont fait par la même l’aveu de leurs pratiques (cette désinvolture est peut-être due au fait qu’on leur a déjà fait remarquer et que tout le monde s’en fout, mais je ne suis pas les commentaires de leurs tweets pour en savoir plus : c’est le type même de tweet qu’on lit en diagonale et dont on a ni envie de commenter ni envie de lire les commentaires). Quelle réaction donc ? Un peu de sarcasme et de suffisance :
https://twitter.com/GarconsOfficiel/status/1267118207921463298

La vérité ne tient pas en 280 signes. La post-vérité, si.

À ce moment, j’ai déjà probablement googlisé certaines de leur production et remarqué qu’un certain nombre d’entre elles étaient piochées sur le Net. Des articles de blog, des sites de galeries, des pages d’encyclopédie en ligne (aucun problème pour Wikipédia donc, mais ça n’empêche pas l’usage des guillemets), dont parfois des phrases qu’ils ne sont pas les seuls à reproduire et que tout un petit monde de blogueurs recopie en cœur sur leur site respectif… J’y ai pas passé une heure, mais ça sentait pas bon. Alors comme je n’ai pas une grande sympathie pour ces gars-là (les voleurs), et en particulier quand on me prend de haut, le ton a commencé à changer.
https://twitter.com/GuiguiLaGuigne/status/1267129258520035328

À quoi, je retrouve le ton évasif, faussement poli, assez provocateur en réalité parce qu’on sent le dédain supérieur qui se cache derrière une telle réponse, de cette supériorité aussi qu’ont les personnes qui pourraient avoir des choses à se reprocher mais qui se savent en sécurité et qui en plus te font bien sentir que toi t’es un peu de la merde à relever la leur puisqu’on est le seul à la voir. Je vois même ça un peu comme de la défiance : leur question sonne un peu comme :« Vas-y, dis-nous ce que tu as à dire, on ne craint rien, on est plus populaire que toi, mais vas-y ». J’ai déjà vu ça plusieurs fois… :
https://twitter.com/GarconsOfficiel/status/1267132036852191234

Là, je remarque toutefois une chose qui m’amuse. Ils ont tout de même pris le soin de dé-mentionner Phillippe Rouyer. C’est pas anodin. Ces types-là ne vivent que par et pour la relation qu’ils ont aux autres, et en particulier chérissent celle qu’ils entretiennent avec les gens placées haut dans l’échelle de respectabilité de la société (ou d’une micro-société). Là encore, c’est assez typique de ce genre de « comptes » en quête de « likes », de visibilité, d’attention… et tout ça au prix de quelques recopiages qu’ils pensent anodins. Peut-être plus révélateur encore de cette attitude, on les voit poster publiquement un message à l’attention de Julie Gayet (via la mention donc) afin que celle-ci songe à les suivre désormais comme c’était déjà leur cas et puisque, comme ils le précisent, elle avait retweeté une de leur publication… Dans quel monde vit-on… C’est triste d’en arriver là pour récolter trois mille likes et élargir son petit cercle d’influence… Ça me rappelle tristement les partouzeurs de l’aube.

Je deviens plus direct. Direct, mais courtois. Ils se foutent de ma gueule, mais le sont aussi. Aucune raison d’adopter une autre attitude… Direct donc. Mais… un peu taquin aussi.
https://twitter.com/GuiguiLaGuigne/status/1267134219207217153

Et là réponse, j’avoue, m’a un peu scotché. À différents niveaux. Pourtant, j’aurais dû m’y attendre, parce que là encore, c’est assez typique. On répond innocemment, on fait semblant de ne pas comprendre, et surtout on lâche des aveux surréalistes. C’est dit avec une telle innocence que je suis persuadé que ça ne choquerait pas grand-monde. Comme souvent, on fait plus attention au ton employé qu’aux faits : ici, le fait d’avouer comme si c’était la chose la plus naturelle du monde… eh bien, la fait passer pour la chose la plus naturelle du monde. On parle bien de s’approprier des contenus écrits par d’autres.
https://twitter.com/GarconsOfficiel/status/1267136113048719361

Je le cite à nouveau pour bien le mettre en évidence, c’est écrit noir sur blanc : « Nous ne prétendons nullement être auteurs de nos posts. »

Il y a que moi que ça choque ? Peut-être bien que c’est moi le naïf. C’est à ce point répandu de recopier les phrases des autres en s’en faisant (quand même beaucoup, hein) passer pour les auteurs ? J’ai loupé un épisode ? Parce qu’attendez… On ne prétend pas être les auteurs de… heu… ce qu’on écrit, mais… c’est mentionné où qu’ils ne sont pas les auteurs de ce qu’ils écrivent ?! Ah, ça, pour mentionner machin et machine, pour mettre des guillemets et un auteur connu en parenthèse parce que ça fait classe, ils sont forts les garçons, mais dire qu’ils ne sont pas les auteurs de ce qu’ils écrivent (?!), c’est déjà plus compliqué à mentionner.

Typique encore et toujours, le reste du tweet. Nous recopions ce que nous aimons. Sérieux, c’est le disque rayé le plus mauvais de la terre… Donc le fait d’apprécier quelque chose, mérite qu’il soit pillé. La logique m’échappe. Bon, en fait, c’est qu’il n’y en a aucune. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on cherche juste à se faire passer pour les auteurs de quelque chose qu’on a apprécié… pour qu’on nous apprécie à notre tour. Et toujours cette candeur. Comme l’impression à chaque fois qu’on fait remarquer à quelqu’un que non, ça ne se fait pas de copier sur le voisin, et qu’on nous répète en guise de réponse candide : « Mais où est le problème ? » Le problème, c’est qu’on ne vole pas seulement ce qui ne nous appartient pas. On trompe bien quelqu’un parce qu’on fait sien ce qui lui appartient, mais aussi les personnes qui nous lisent. C’est pas bien, point.

Je suis alors bien agacé et j’y vais de ma petite leçon de morale :

On ne prétend pas être les auteurs, mais on profite de la confusion probable et espérée, notamment en oubliant sciemment de mettre des guillemets comme c’est l’usage.

Je réponds :
C’est bien de partager*. Mais songez que quand vous reprenez une phrase, derrière il y a un auteur, parfois peut-être un attaché de presse, ou un passionné, qui lui ne tire ni crédit ni visibilité comme vous le faites.
Par respect pour ceux-là, et parce que je n’ai aucune raison de douter de votre honnêteté*, je vous suggère d’incorporer à vos capsules d’autres garçons formidables.
Je vous présente Pierre & Paul : « ».
Ajouter la source en réponse au 1ᵉʳ tweet, c’est encore mieux. Il y a moyen à ce que ça tienne aisément en 280 signes. Je suis sûr que personne ne vous tiendra rigueur de ces ajouts ; mieux, vous ferez profiter de votre visibilité aux auteurs (créateurs, artistes, mais aussi grattes-papiers) en encourageant vos abonnés à en savoir plus.
Il n’y a pas de contradiction à être « passeurs », ou « révélateurs de beauté », et citer honnêtement ses sources.
* on remarquera les efforts de ma part à rester courtois : qu’on s’énerve, les escrocs n’attendent que ça afin de passer, eux, pour des victimes. (J’ai mis tout ça en un bloc, mais c’est une suite de tweets.)

J’ai dit tout ça d’ailleurs en toute bonne foi. Oui, je suis persuadé que mettre des guillemets et une source ne leur ferait pas perdre d’abonnés. Seulement, persuadés qu’ils sont d’être suivis grâce à la confusion dont ils sont, eux, les auteurs, ils ne peuvent pas concevoir que respecter les auteurs qu’ils copient puissent être compatible avec le fait de partager des « tweets » avec le même contenu ou presque. Parce que, que l’on soit bien clair : si le plagiat est condamnable, je comprends (même si je me refuse de les employer et qu’ils m’exaspèrent à une échelle industrielle comme ils le font) qu’on puisse avoir recours en permanence aux appels du pied via des mentions à d’autres comptes souvent « huppés ». Et je suis hautement convaincu que c’est l’alliance de leurs recherches réelles (celle-là), puis du contenu volé et enfin de ses efforts de lèche sociale qui fait le succès d’un tel compte. Ajouter des signes typographiques montrant bien qu’on n’est pas les auteurs de ce qu’on partage, ou le fait de citer une source, encore une fois, en quoi ça entraverait la visibilité de leurs tweets dans la sphère courtisane et amateur d’arts qui est la leur… ?

Malheureusement, faire la morale à un escroc ne l’a jamais convaincu de se faire plus vertueux (j’aime les causes perdues), et leur réponse se fait plus offensive. On ne se défend plus (puisque c’est acquis que c’est normal de voler le contenu des autres), on attaque :
https://twitter.com/GarconsOfficiel/status/1267186973837611011

J’ai un avis sur tout en effet (enfin, en vrai, pas tout à fait, mais on va pas chipoter, je brasse large, oui), parce que je suis curieux et parce que justement, ça doit être un défaut, je m’intéresse souvent plus à des domaines où je peux apprendre que le contraire. Je ne prodigue pas la bonne parole et « n’instruis » pas les autres. C’est bien pourquoi, en partie, je parle si peu de cinéma sur Twitter. (Et là, il se trouve que pour une fois que ça causait d’un acteur que j’adore — ce n’est pas si fréquent —, c’était naturel que j’intervienne.)

Pour la forme, et parce qu’à partir du moment où l’affaire était entendue (le reste n’a plus beaucoup d’importance, on s’échange en général des amabilités d’usage), je partage la fin de nos échanges :

Ma réponse (que je poste encore en bloc pour éviter de multiplier les suites de tweets) :

— Deux choses, messieurs, maintenant que votre malhonnêteté ne vous fait aucun doute.
— La 1ᵉ  : Vous tweetez sur un acteur que vous ne connaissez pas. Moi, je le connais. Donc quand vous recopiez un texte dont vous n’êtes pas les auteurs et que vous y ajoutez une bêtise, je le vois.
— Vous me citez alors votre « source » : non seulement vous donnez vous-même la preuve que vous voler le contenu des autres, mais aussi vous confirmez que vous n’entendez rien à ce que vous publiez. Vous me direz… un peu comme tous les voleurs de contenu.
— La 2nd : Le plagiat, c’est pas « tweet[er] mal », c’est voler.
https://twitter.com/GarconsOfficiel/status/1267194810793934850

(Là, j’avoue que le sophisme de popularité, ça me donne envie de lancer des claques.)

Mon clap de fin :

J’attends avec impatience votre interview chez Pujadas pour vous voir expliquer que le plagiat devient honnête quand on est suivis par x followers.

Voilà, j’en termine. On pourrait me dire encore que j’en fais des tonnes pour pas grand-chose, ou que pff, c’est pas mes affaires. Eh bien désolé, non. Si de tels énergumènes peuvent se faire une place au soleil dans la constellation des gens qui comptent (ou qui le voudraient), à leur échelle, c’est bien que même quand on est informé de la supercherie, on refuse d’accepter le fait qu’on a une part de responsabilité dans le pillage de contenu développé souvent par des petites mains qui ne vivent pas de leur passion ou qui ne tire aucun crédit même symbolique des productions qui leur sont recopiées souvent même sans qu’ils en aient connaissance. Cette complicité, moi je la vois comme inacceptable. Peut-être pas par sens moral, certes, mais parce que publiant moi-même des contenus et ayant été plusieurs confronté (à une petite échelle, Dieu merci) à ce genre de pratique. Il n’y a pas d’échelle de respectabilité chez les auteurs qu’il serait plus acceptable de voler leurs contenus sous prétexte qu’ils ont moins de talent ou moins connus. Je dirais même que les petits créateurs de contenu sont parfois poursuivis par des grosses boîtes lançant des robots de recherche sur leur site pour le compte de gros ayants-droit dans le but de leur soutirer de l’argent. Mettre en lumière le travail d’artistes en tous genres à travers des tweets n’autorise pas que pour ce faire on en vienne à piller le travail des personnes honorant ces artistes reconnus. Je dirai même que piller une citation de Voltaire en oubliant de le citer, sa réputation est faite, le Voltaire en souffrira moins qu’une petite main qui, si on trouve intérêt à le recopier, mériterait sans doute, lui, plus d’être connu, ou simplement respecté et remercié pour son travail. Ce sont les petits qu’il faudrait d’autant plus respecter et protéger qu’ils sont bien plus vulnérables à ce genre de comportement. Comportement nuisible qui tend bien plus à attirer la lumière sur sa propre personne que sur les œuvres ou écrits partagés et recopiés.

Ces messieurs ont au moins une chance. J’ai zéro visibilité sur les réseaux sociaux. Un tel article, c’est loin d’être un contenu susceptible d’attirer du chaland via les moteurs de recherche. Je ne pense même pas qu’il soit utile que leurs précieux followers viennent à connaître leurs pratiques (peut-être certains avaient déjà compris d’ailleurs), car encore une fois, à en croire mon expérience, cela nuit toujours systématiquement bien plus à celui qui agite un chiffon rouge qu’aux incriminés. Le réseau prime toujours sur la vertu. On peut bien saloper l’une pour soigner l’autre.

 


Critique institutionnelle, prescriptrice et démocratisée par Internet (feat Tarantino, trineor)

Dans la collection « qu’est-ce que la critique de films », j’ajoute un bref feuillet.

En réponse à cette citation de Tarantino

puis à trineor sur Twitter, j’avais d’abord écrit : Le geste d’écrire est toujours pertinent, justement parce qu’il précise “une” pensée à partir d’une œuvre, voire en fait une analyse. Elle permet ainsi un échange avec celui qui la lit et qui désormais peut la commenter. Ce qui est mort, c’est la critique prescriptrice.

trineor avait répondu :

Je m’explique donc ici plus longuement :

Je fais une différence entre ceux qui te disent comment aurait pu être fait le film pour qu’ils l’aiment, et ceux qui te disent comment aurait pu être fait le film pour qu’il soit meilleur. Il y a une forme de posture prescriptrice dans la critique classique qui est de dire ce qui est bon et ne l’est pas à travers des critiques écrites à la troisième personne quand tout écrit (sauf peut-être historique) est toujours rédigé à la première personne. Un film, comme un roman, c’est un miroir. Chaque spectateur y voit quelque chose de lui-même, c’est cette part de lui qu’il expose à son tour. Celui qui dit aux autres qu’ils n’y ont pas vu ce qu’il fallait voir, c’est pas un commentateur, un critique ou un spectateur, il devient à son tour auteur. Et donc un peu escroc. Des critiques de ce type, il y en a qui écrivent très bien, c’est un art. Un art qui retraduit, toujours, à travers les yeux de son auteur, une part du réel, qui une fois couchée sur le papier ne saura jamais être autre chose qu’un miroir à son tour tourné vers le réel et à la surface duquel celui qui s’y penche n’y verra toujours rien d’autre que quelque chose de personnel. Mais ce type de critiques n’est pas meilleur qu’un autre (sinon, elles se ressemblent toutes en effet).

Donc pour être franc, je ne comprends pas bien ce que dit Tarantino (ou celle qui le commente). Des batailles esthétiques, il y en a eu, il y en aura toujours, cela n’est pas réservé aux critiques de cinéma. N’importe quel spectateur est capable d’avoir des préférences pour telle ou telle manière de faire des films. Il y aura toujours dans les idées des autres, que ce soit chez un vulgaire spectateur comme chez certains critiques « embauchés par des rédactions » autant de « conneries ». Dire « c’était mieux avant, les vraies critiques », de fait, c’en est peut-être une de connerie. Et on en lit bien d’autres tous les jours dans les journaux approuvés par des rédactions. S’il pense aux Cahiers du cinéma, il y a trois pékins dans une revue qu’il adule et à côté de ça, il y a des milliers des « reviewers » embauchés dans des rédactions en un siècle de cinéma qui même à ses yeux en diraient des conneries.

Quand il parle d’un blogueur qui amène tout à coup un petit air frais, c’est sans doute parce qu’il parlait des films avec un angle nouveau. Ce n’est pas ce que cette « démocratie » permet ? Ça ne peut pas être pertinent par exemple d’avoir l’« avis » d’un critique ayant des notions en physique après avoir vu Interstellar ? D’un autre avec des notions en histoire parler des adaptations de Shakespeare à l’écran ? D’un autre proposant une approche philosophique de La Guerre des étoiles ou de West Side Story ?, etc.

Qu’est-ce qu’il veut dire par « penser le cinéma » ? Écrire sur un film, c’est penser le cinéma. Pas besoin d’avoir lu Georg Lukcas ou Bela Balazs pour « penser le cinéma ». Et si on ne s’amuse pas à singer l’écriture faussement objective des critiques sous contrôle éditorial la valeur de la « critique démocratisée » actuelle, elle est justement dans sa diversité de regards. Je préfère encore voir un peintre raté nous proposer sa lecture de Superman que de voir gonfler en lui certaines idées de grandeur.


 


Cinéma en pâté d’articles :

La critique et la politique des auteurs en questions

 

 


Page info pour les accros

Petite astuce pour les accros du Net, et peser leur addiction :

Cliquer droit sur une page du site* qu’on a en intraveineuse, puis « view page info », puis « security ». Et là, dans la section « Privacy and History », c’est inscrit. Tout est là. « Êtes-vous déjà venu sur le site ? » oui et combien de fois.

*possible également de faire CTRL + i .

Ça donne une idée sur les informations qu’on peut envoyer malgré nous aux robots mangeurs de cookies. Même si le premier bouffeur, ça reste nous.

Et si on vide le cache ?… y se passe quoi ?

La saveur des goûts amers : Vu, 6 523 fois. (Je m’amuse follement apparemment.)