Intersyndicale

Le Sel de la terre
Titre original : Salt of the Earth
Année : 1954
Réalisation : Herbert J. Biberman
Avec : Rosaura Revueltas, Juan Chacón
Des travailleurs qui font grève pour manifester contre leurs conditions de travail. Des syndicats qui cherchent à s’unir contre les grands patrons. La police qui intimide et violente les manifestants, qui multiplie les gardes à vue préventives ou les accusations fantaisistes. Racisme. Sexisme. Luttes embryonnaires féministes au sein d’une population profondément traditionaliste et paternaliste… Non, nous ne sommes pas en France en 2023, mais dans le sud-ouest des États-Unis au milieu des années 50. Autant dire qu’en plein maccarthysme, le film a plutôt fait long feu avant de revenir en grâce petit à petit au pays de l’oncle Sam.
Coup de chapeau d’ailleurs aux participants (professionnels ou non) qui seront pour la plupart blacklistés avant et après la sortie du film. (Les acteurs qui jouent les salopards dans le film, ce sera la double peine pour eux. Tu te retrouves fiché « pas S », mais c’est tout comme, et tu resteras dans l’histoire après avoir incarné un salopard à l’écran).
Notons quelques différences avec l’époque actuelle. Aux États-Unis, si union des travailleurs il y a, elle ne se fait plus aujourd’hui contre les dominants qui ont de fait gagné la bataille (ou la lutte des classes), mais contre la mondialisation, et surtout, contre les méchants Chinois ou les démocrates mous du genou. Un comble. La contre-culture a fait pschitt. Comme quoi… Ne perdez pas de temps à censurer des films ou à bannir des artistes. Comme dans les années 30, contentez-vous d’accuser un groupe ethnique distinctif en faisant de lui un ennemi de l’intérieur ou de l’extérieur… Les travailleurs blancs et mexicains, ici, ainsi que leurs femmes, marchent main dans la main pour faire valoir leur droit en dépit des pressions de la police et des patrons. Le grand capital a gagné la bataille en usant du bon vieux « diviser pour mieux régner ». Les Blancs contre les Chinois, les Noirs, les latinos, les Arabes ou les musulmans. Les travailleurs pauvres contre les riches. Les hommes contre les femmes (ou le contraire, mais certaines féministes n’ont toujours pas compris). L’extrême gauche contre « l’arc républicain » (sic).
Une différence toutefois avec les parias bien de chez nous : dans les quartiers, la structure familiale a souvent volé en éclats, au contraire des familles dans le film qui malgré les tensions arrivent à proposer un front uni et faire cause commune. Si on loue dans le film, sur le tard, le travail domestique des femmes qui assument pour deux à la maison, dès que le père des gosses s’absente, on le voit avec les mères des quartiers : elles ne bossent plus pour deux, mais pour quatre, avec parfois autant de boulots échelonnés sur toute une journée. Heureusement, la mauvaise foi des dominants est intemporelle, et pour commenter le mode de vie des pauvres, ils n’hésitent pas à rappeler les parents à leurs responsabilités quand leurs gosses osent se révolter après l’assassinat de l’un d’entre eux. Un dominé, ça trime pour les dominants et sa ferme sa gueule, croit-on alors entendre en creux derrière chacune de leurs interventions médiatiques. Les dominés, eux, auront droit, au mieux, à des micros-trottoirs. Allez, au piquet (de grève), les assistés ! Le niveau de vie croissant des dominants n’attend pas !
Le Sel de la terre, Herbert J. Biberman 1954 Salt of the Earth | Independent Productions, The International Union of Mine, Mill and Smelter Workers
Sur La Saveur des goûts amers :
Les Indispensables du cinéma 1954
Transparences et représentation des habitacles dans le cinéma américain
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