
L’Enfer de la drogue
Titre original : Overdose/El pico
Année : 1983
Réalisation : Eloy De La Iglesia
Avec : José Luis Manzano, José Manuel Cervino, Luis Iriondo
C’est assez étrange de voir un film traiter d’un sujet aussi glauque (avec les images qui vont avec) tout en parvenant à le rendre suffisamment lumineux pour ne pas faire fuir le public. À l’exception notable des femmes, le regard du cinéaste envers ses personnages se montre bienveillant. Sur ces portraits féminins, l’une est mourante et représente un stéréotype de l’épouse docile et obéissante ; et l’autre en tête d’affiche assume le rôle de tentatrice. Pour le reste : des gamines qui font de la figuration, des prostituées, et une mère héroïnomane qui calme son bébé avec un peu de « sucre glace ».
On pourra difficilement arguer que le regard porté sur les femmes puisse être autre chose que misogyne. Cela reste en marge dans le film, mais tout de même. Cela interroge quand, a contrario, le traitement réservé aux personnages masculins bénéficie d’une tout autre approche. Le tableau devrait faire peine à voir. Un homosexuel (limite pédophile) rédempteur et protecteur (pas dans le bon sens du terme) ; des fils à papa ouverts à toutes les conneries possibles, dont le meurtre ; un père, chef d’une police qui est loin d’adopter des méthodes démocratiques ; un dirigeant politique indépendantiste qui ne lâchera pas une larme à la mort de son fils. Rien de bien flatteur dans tout ça, et pourtant. En dépit de tous ces travers, le regard porté sur eux, au contraire de celui porté sur les femmes, demeure toujours compréhensif et positif.
Avouons-le, cela laisse une impression étrange tout au long du film. Je ne sais pas si c’est un exploit, en tout cas, l’exercice de style procure une expérience inédite. Parvenir à rendre sympathiques, lumineux, autant de personnages tordus… Et au milieu des toxicomanes, des dealers et des trafiquants de drogue, des policiers corrompus ou des indépendantistes violents, des fils à papa ou des pédophiles, le problème, c’est les femmes. Plus qu’un simple chapeau, on dit « tricorne » ! Plus que la faute des juifs, des nantis, des pauvres, des lépreux, pourquoi est-ce que ce ne serait pas toujours la faute des femmes, hein ?
Nan, déployer un tel degré de misogynie décontracté, l’air de rien, comme si c’était une évidence, fait figure d’exploit. Tricorne, Eloy. (Bon, on va dire que j’exagère un peu : Eloy pose un regard bienveillant sur la mère et les prostituées.)
Malgré cette étrange saveur de goût amer, le film ne manque pas d’être plaisant et bien construit. Allez comprendre… Je n’aurais jamais cru que le regard positif d’un cinéaste sur autant de personnages problématiques pouvait produire une telle influence sur la perception du spectateur…
Dans certaines limites.
L’Enfer de la drogue, Eloy De La Iglesia (1983) El pico | Ópalo Films
Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !
Faire un don ponctuel
Faire un don mensuel
Faire un don annuel
Choisir un montant :
Ou saisir un montant personnalisé :
Merci.
Votre contribution est appréciée.
Votre contribution est appréciée.
