Douleur et Gloire, Pedro Almodóvar (2019)

Douleur et Gloire

Dolor y gloria Année : 2019

6/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Pedro Almodóvar

Avec :

Penélope Cruz, Antonio Banderas, Leonardo Sbaraglia

 

Où sont passées l’hystérie et la fantaisie bienheureuses de Pedro ? Un dessin qui réapparaît 50 ans après (un des seuls éléments du film réellement « almodovarien ») noyé dans un puits d’autofiction…

Le film consiste ainsi en une suite d’évocations nostalgiques, faciles prétextes à faire des allers-retours entre présent et passé. Un passé censé donner les clés à son auteur pour retrouver l’inspiration (et l’envie) perdue, comme dans une spirale sans fin dans laquelle un auteur viendrait se nourrir de ses souvenirs et de ses expériences personnelles pour alimenter ses histoires. La ficelle dont se sert Amodovar pour sortir dans le trou où il cherche lui-même à s’enterrer est un peu grosse. On regarde poliment comme on suivrait, gênés mais avec une réelle empathie, les écarts et les doutes d’un ami, tout en ayant l’espoir bien caché que ça se termine au plus vite ces confessions plus thérapeutiques que cinématographiques.

Il y a une différence entre se nourrir, digérer, chier, donner à ce “produit” une consistance nouvelle au spectateur en lui cuisinant ça avec une sauce qui le fera ressembler à tout autre chose, l’art du recyclage en somme, et convier le spectateur à sa table en lui refourguant des miettes à peine digérées de son analyse introspective. Pedro Almodovar tombe dans ce piège, celui de la facilité et de l’auto-contemplation torturée, qui est aussi l’illusion de penser qu’un spectateur sera toujours étonné et heureux de voir ses croquis de travail, ses cahiers raturés ou son journal intime, à défaut de pouvoir lui proposer autre chose.

Alors oui, bien sûr, c’est émouvant de voir un auteur qu’on a aimé, faire part de ses doutes, se mettre en scène sans complaisance, mais passé la curiosité, l’empathie naturelle, il faut reconnaître que la démarche ne va guère plus loin qu’un appel à la sympathie, qu’un appel à l’aide. Et le spectateur se doit d’être égoïste : c’est l’auteur qui va vers lui pour donner ce dont il a besoin, pas le contraire.

J’imagine toutefois que beaucoup y verront une chronique émouvante d’un artiste dans le doute, d’un homme seul ne vivant plus qu’avec ses douleurs, ses angoisses, ses faux-pas assumés… Seulement en réalité, cet Almodovar-là fantasmé, décrit et autofictionné, il n’est pas tant que ça à plaindre : il n’est pas si seul que ça puisqu’on le demande partout dans le monde, des amis veillent sur lui et cherchent à le voir, des rétrospectives (qu’il boude) lui sont consacrées, les médecins sont aux petits soins avec lui… Être Pedro Almodovar n’est pas suffisant pour m’émouvoir de ce côté-là.

Allez, reparle-nous à nouveau de toi, Pedro, mais à travers les autres, et surtout, surtout, à travers les femmes. Des femmes de caractère ou des travelos fiers de l’être. Pas des petites douceurs maquillées en “ploucs”. C’est ce cinéma-là de toi qui me manque. De vraies histoires qui nous parlent de nous, de nos différences, de nos excès, des limites de notre tolérance, et qui est au fond un hymne à la vie. Parce qu’ici, on a un peu l’impression que pour toi, la vie, c’était hier, et qu’aujourd’hui n’est plus qu’un enfer.


 

El Sur, Victor Erice (1983)

Le Sud

El surel-sur-victor-erice-1983Année : 1983

Réalisation :

Victor Erice

6/10  IMDb

 

Beau travail. C’est bien écrit, bien réalisé, bien dirigé, mélancolique à souhait. Mais j’avoue être resté sur le bord de la route.

Pour résumer l’histoire, une fillette découvre que son père cache un passé qu’il a laissé derrière lui en quittant sa région d’origine, le sud. Joli point de départ pour une sorte d’enquête introspective sur la relation au père, et par ricochet, à sa relation avec ses racines, ses mystères, ses secrets, ses amours, ses désillusions… Sauf que, sauf que j’ai dû resté couché quand le train est entré en gare et je n’ai jamais pu recoller les morceaux si jamais ils existent.

Un film qu’il serait intéressant de comparer avec Cria Cuervos. Autant les deux films semblent adopter les mêmes ficelles pour aborder leur sujet, autant le Carlos Saura avait su me toucher. À force de voir un cinéaste effleurer les choses par nécessité ou par goût, on finit par lâcher prise. Exercice difficile qui touche au plus près la sensibilité de chacun. Je n’avais déjà été que passablement séduit par L’Esprit de la ruche d’ailleurs.

Tabou, Miguel Gomes (2012)

Tarzan et Jane en peau de croco, ou le film des parties en vrille

TabouTabou, Miguel Gomes (2012)Année : 2012

6/10  IMDb  iCM 
Réalisateur :

Miguel Gomes

Vu le : 14 décembre 2014

Un film estampillé “Cahier”. Comme c’est étonnant.

Quand on prend des mannequins à la place de vrais acteurs, quand on chie une image toute caca, quand on pallie le vide sidéral d’une histoire sans intérêt et le manque d’unité affolant du film par une couche de titres et de sous-titres pour prétendre à une structure grossière, il y a tout à parier qu’on est en face d’un film qui se la raconte plus qu’il ne nous raconte.

Formellement, c’est excessivement grossier et impersonnel. Au-delà de toutes ces prétentions formelles et superficielles que reste-t-il au film ? Rien. Comme un film brouillon sans queue ni tête, sans intention, sans direction et sans rigueur. Un film, ça s’écrit avant que ça ne se réalise. On commence à s’interroger sur la couleur des meubles, les références, le style joli à donner à ses compositions, avant de chercher à raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin.

Parce que pour s’émouvoir d’autant de prétentions molles et d’un savoir-faire plus que suspect, c’est s’attacher un peu facilement à vouloir y reconnaître des hommages à un cinéma vaguement lointain et qui parce que lointain, parce qu’en noir et blanc, parce que muet, aurait forcément une valeur supérieure à ce qui se fait aujourd’hui. Les intentions, au moins, formelles, seraient louables avec un propos cohérent, mais on ne juge pas les intentions, ou les prétentions de mise en scène, avant celles du sujet qui, ici, n’existent pas. Il y a même à parier que si on est aussi prompt à vanter l’intention de se rapporter à ce cinéma disparu, c’est qu’on s’y connaît soi-même assez peu, mais qu’on y adhère parce que, merde, les vieux films en noir et blanc, muet, ça peut n’être que trop cool. À l’image de The Artist. Les bonnes intentions, ce n’est pas le talent. Et du talent, il en manque furieusement ici. Donc, pour un jeune cinéaste, c’est bon à savoir : la rigueur et le savoir-faire sont accessoires, honorent les anciens, et comme on ne crache pas sur les vieux (qui puent), tout le monde se précipitera pour applaudir. Tout est question de posture. Un peu à la « Indigne-vous ! » Mais oui bordel, les jeunes, indignez-vous, révoltez-vous ! « Hein ? contre quoi ? Bah… » Donc honore les vieilleries, on y gagne toujours.

Les personnages ont l’épaisseur d’une feuille de papier toilette ; et on abandonne ceux développés au début du récit donnant au film une sévère impression d’improvisation. Certaines scènes au début du film est ce que j’ai pu voir de pire en matière de direction d’acteur ; et je ne sais pas quoi penser au fait que se sachant piètre directeur, Michel Gomes fasse tout d’un coup le choix, comme ça sans raison, de limiter justement le jeu des acteurs dans toute sa seconde partie en flash-back (déjà une horreur dramatique en soi) en les rendant muets… Ma foi, si tu es si piètre directeur d’acteurs mon bon Michel, ça aurait été plus cohérent de focaliser ton film sur la seconde partie. Seulement, il est probable qu’à l’écriture, te rendant compte de la faiblesse du sujet, que tu te sois évertué à l’améliorer en lui adjoignant une imposante et inutile introduction. Et puisque imposante… tu maquilles le tout en scindant artificiellement le film en deux. « Si, si, amigo, je t’assoure, c’était prévou ! » L’errance structurelle du récit, cherchant sur le tard à se trouver une cohérence, ça me laisse sur le cou… Quand le sujet de départ est bidon, il n’y a rien à améliorer. On ne fait pas de clafoutis avec de la boue et quelques trognons de pommes. Et ce n’est pas en s’interrogeant sur la disposition ou la température de cuisson qu’on y changera quelque chose.

Que dire ensuite de la photographie… À l’image des deux principaux protagonistes de la seconde partie : trop beaux pour être crédibles. On sent trop la volonté de faire “esthétique”. Seul compte, toujours, la forme, la prétention. Et au final, la tonalité générale du film donne l’impression de voir la vie depuis l’intérieur d’un sac poubelle. Contraste me direz-vous entre la laideur de l’image et la beauté des acteurs… Heu oui, d’accord, c’est comme déposer un gros caca place de la Concorde, y planter une belle marguerite, et dire : « voilà, le contraste saisissant du monde ; tout est résumé en une image ». Woah… hé, mais, hé, chers amibes, l’art, c’est pas le ton juste, la proportion juste ?

Reste une qualité au film. Rayon « équipe technique ». Sa capacité à passer rapidement d’une scène à une autre, d’une époque à une autre. Paradoxalement, c’est plus réussi dans la première partie avec une certaine réussite dans l’usage des ellipses. Seulement, là encore, on se rend très vite compte du manque de cohérence, et que ça nous mène nulle part — difficile dans ces conditions de pouvoir accepter de laisser son imagination jouer son rôle. Quant à la seconde partie, il n’y a pas à se fouler puisque tout est monté autour d’une pénible voix-off. Les images ne font qu’illustrer, et n’apportent pas grand-chose de plus à une histoire déjà profondément insipide. Mais oui, le côté image publicitaire marche très bien. Foutre un crocodile dans son film, ça ne sert pas à grand-chose, mais ça fait cool. L’Afrique sauvage domestiquée quoi, l’aventure ! La supériorité de l’homme (blanc) sur la nature ! Oué… trop profond. Ah, et pis tiens, ça fera une jolie affiche de film. Qui résume très bien à elle seule le sujet. Nada.

Faut éviter d’écrire des scénarios bourré, Michel. Tu t’es vu quand Tabou ?… (Ah tiens, me disais bien qu’elle devait avoir été déjà faite… Quel Artist.)

Cria Cuervos, Carlos Saura (1976)

La caravane croasse

Cria CuervosCria Cuervos, Carlos Saura (1976)Année : 1976

IMDb iCM

— TOP FILMS

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Cent ans de cinéma Télérama

Réalisateur : Carlos Saura

9/10

 

Avec  : Geraldine Chaplin, Ana Torrent, Mónica Randall

Vu en juin 2008

Géraldine Chaplin n’y tient qu’un rôle anecdotique, l’affiche exagère un chouïa (pas celle-ci, l’autre).

Ce n’est pas le film anti-franquiste annoncé (du moins, ça ne l’est plus[1]), mais plutôt sur l’enfance, le deuil de l’enfant. Le rôle principal est tenu par une gamine de huit ou neuf ans. On la suit, elle, ses deux sœurs, sa bonne, sa tante, et ses souvenirs — ses fantasmes presque — de sa maman disparue. J’ai un peu tardé à le voir, m’attendant à un film un peu glauque. C’est triste, forcément, les gamines viennent de perde leur mère et leur père. Il ne se passe pas grand-chose pourtant en rapport avec le deuil ; on le sait, comme un spectre, et c’est suffisant. Il n’y a pas d’intention de mettre en forme un récit linéaire. Le récit, c’est celui de cette gamine à l’œil perdu, semblant vivre dans son monde à elle, et qui nous y invite. On dit dans la vie, quand on voit quelqu’un avoir les yeux dans le brouillard, « à quoi tu penses ? », eh ben là, on sait, parce qu’on le voit, on nous le montre. Et il n’y a que le cinéma pour nous donner ça.

Le sujet d’Apu[2], c’était déjà l’enfance, le deuil. L’approche ici est totalement différente. Dans le film de Ray, la mort des êtres chers illustrait la marche du temps, la peur de ce qui arrive, le poids de la tradition millénaire souvent bousculée par une modernité écrasante. Ici, il ne se passe rien. Le deuil est déjà arrivé, et le monde des vivants autour du foyer n’existe quasiment plus ; la vie semble sans espoir, ou déjà hors du temps, et il ne peut plus y avoir de peur parce que le pire est déjà là. On y retrouve les mêmes scènes de la vie quotidienne : les jeux stupides, les petites joies, les découvertes (« Qu’est-ce qu’on fait ? — On fouille… »), les petits vices (être toujours là planqué derrière une porte quand il ne le faut pas), les chamailleries, les moments de réconciliation… L’enfance est cinématographique. Parce que les enfants sont des monstres regrettés. On les regarde avec envie. Les apprivoiser pour les comprendre à travers ces images perçues ne servira à rien. Et c’est parce qu’ils demeurent insaisissables que la tentation de les aimer est toujours intacte. À quoi bon mouiller des petits morceaux de madeleine dans le thé ? Le cinéma s’occupe de tout. Ces gamines, on pourrait les regarder des heures sans s’ennuyer.

Il est facile d’utiliser les enfants pour capter l’attention du public (on le voit souvent dans la pub). Surtout quand ils sont tristes. Le cinéma ne fait que mettre en œuvre le processus d’empathie propre à notre espèce. Mais l’empathie, c’est bien, on sait donc que c’est un sujet facile. Que reste-il pour convaincre ? Un film ne peut pas se faire seulement d’images d’enfants. Eh bien, c’est le travail de la mise en scène. Une mise en scène qui se fait presque ici, même, récit. Parce qu’il n’y a rien d’autre. C’est le principe de la chronique : tout est dans l’évocation, le choix et la manière de montrer les événements. Il fallait d’abord trouver cette gamine aux yeux pensifs… lui dire peut-être, à cette pauvre petite, à cet animal docile et peureux qu’on a trop disputé, que c’était mal de s’amuser… Comment résister ? On est humain. D’une certaine manière, l’homme a dû acquérir cette empathie en réponse à l’extrême vulnérabilité de sa progéniture… Être en permanence à l’écoute de nos enfants qui sont des monstres d’inachèvement nous a appris qu’on pouvait l’être également à l’égard des autres hommes, des autres monstres, des autres bêtes. Un dilemme contre-intuitif qui pousse à l’intelligence. Si l’homme se distingue par sa capacité à faire la guerre, il doit surtout son improbable réussite à cette autre capacité d’entrer en sympathie non seulement avec ses semblables, mais avec aussi les autres, les contradicteurs, les opposants, les bêtes dangereuses. Comprendre l’autre en se mettant à sa place, accepter l’existence de subjectivités propres, d’enjeux et de désirs complexes entrant en permanence en concurrence. On a tout intérêt, une fois qu’on a compris l’autre, à prendre en compte les exigences de chacun, et de proposer des compromis. Sans empathie, pas de coopération, sans coopération, pas de société. Les charognards, eux, peuvent crier, ils ne seront jamais d’accord.

Cria Cuervos, Carlos Saura (1976) | Elías Querejeta Producciones Cinematográficas S.L., Olympusat

Deux scènes sont particulièrement marquantes. Celle où la petite repense à des scènes avec sa mère avant de se coucher, et où elle assiste aux « scènes de la vie conjugale » de ses parents (la mise en scène discrètement la fait évoluer au milieu d’eux, sans que ça paraisse trop lourd avec des effets spéciaux ou je ne sais quoi… Elle est là, on a compris qu’elle l’imaginait, c’est du cinéma, donc forcément magique). Ensuite, la scène où les trois gamines dansent sur Porque te vas, musique de répétition par excellence (sorte de Bolero électronique). Aucune dramaturgie dans cette séquence, juste un instant de vie capturé ; elles sont juste là, à s’amuser et à faire comme les grands. L’essence même du jeu. À moins que ce soient des anges qui chamaillent devant l’entrée des Limbes…

C’est le premier film de Saura que je vois. Celui-ci est une sorte de croisement entre Cris et Chuchotement (en moins austère) et Fanny et Alexandre. Du Bergman… revu peut-être par les dons tire-larmes de Comencini (l’Incompris).

Le film est curieusement interdit aux moins de dix ans. Est-ce qu’un enfant de sept, huit ans, n’est pas assez mûr pour comprendre la mort ? Les adultes sont-ils incapables de les accompagner, de leur expliquer ? De quoi cherche-t-on à les protéger ? Ce serait plutôt une manière de les infantiliser, les abrutir… Être mis en face le plus tôt possible de ce qu’est la mort, c’est la comprendre, l’assimiler. Ça évite d’être totalement névrosé par la suite. Tant qu’on fera croire à nos enfants que le monde est merveilleux et sans danger, un terrain de jeu, on n’arrêtera pas d’avoir un monde pourri par ces mêmes enfants devenus grands qui se vengeront de leurs illusions passées… « Ah, c’est beau l’innocence… » Mon cul ! L’innocence n’existe pas, c’est un leurre, et on se tromperait gravement à le faire croire à nos enfants. La sécurité qu’on leur doit, elle passe par le dialogue, la compréhension, l’amour, pas le mensonge et le secret. Ce qui est beau, c’est un enfant qui apprend à s’armer pour la vie. Pas un gosse qui rêve d’épouser Mary Poppins… Il n’y a pas un âge où on doit faire croire à un gosse à l’existence d’un monde dirigé par le Père Noël et un âge où il devra cesser tout d’un coup d’y croire. Ce sont bien les croyances et les mythes puérils censés les protéger qui finissent par les hanter encore à l’âge adulte une fois qu’ils se sont évanouis comme un mirage. On ne gagne rien à jouer d’illusions avec des gosses, à les leurrer. Un enfant doit être confronté à la mort, dès qu’il est capable d’en comprendre le concept, pour la démystifier, jouer avec, en rire, pour mieux l’appréhender et l’accepter. Ceux qui parlent d’innocence, ils pensent en fait : « Ah qu’il est con, c’est bien reste comme ça, au moins, ça fera toujours quelqu’un de plus stupide que moi ». Ou qui cherchent à se protéger eux-mêmes de leurs responsabilités. On ne protège pas un enfant, on le tient à l’écart, parce que ces affaires-là sont pour les grandes personnes, les personnes autorisées. Le petit peuple ne doit pas y avoir accès. C’est donc peut-être bien finalement un film plus subversif qu’il n’y paraît…


 

[1] Édit 2017 : Carlos Saura confirme que ses films n’ont jamais eu d’intentions politiques cachées (entendu à la radio).

[2] Commentaire sur Apu.

The Machinist, Brad Anderson (2004)

21 grammes

The Machinistthe-machinist-brad-anderson-2004Année : 2004

Réalisation :

Brad Anderson

5/10  lien imdb

Vu en 2007

Christian Bale fait peur en “gros” maigrichon (50 kg !!!).

La parano, la culpabilité… Un tout petit film, très intéressant. Un peu glauque aussi. D’ailleurs y a un filtre gris-vert… mais mon Dieu qu’il est maigre…

En dehors de la « maigreur de l’automobiliste au moment de se sentir coupable », Bale est certes particulièrement impressionnant. Je n’aime vraiment pas l’acteur. Déjà dans L’Empire du soleil de Spielberg, à 12 ans il paraissait toujours arrogant ; dans Equilibrium, American Psycho et même Batman Begins, c’était toujours le même personnage froid, pervers… Plus de nuances ici. On voit que c’est un bon acteur dans les scènes ou il est seul (et pas torse nu, maigre à gagner l’oscar du régime Dukan), il a une manière d’oublier la camera, d’avoir un jeu spontané qui est vraiment impressionnant.

Après, je ne parle pas anglais assez bien pour juger du reste de la performance, mais de toute façon je l’ai vu en français, vu que l’autre version était en espagnol (bah… c’est un film espagnol, et dans ce cas c’est comme les film de Leone, les vraies versions originales, ça n’existe pas, même s’il n’y a pas tant que ça d’acteurs espagouins dans le film).

Reste qu’aujourd’hui le film me laisse un mauvais souvenir… trop glauque quoi.

Luis Buñuel

Classement  :

9/10

  • Los olvidados (1950)

8/10

  • La fièvre monte à El Pao (1959)
  • L’Enjôleuse / El bruto (1953)
  • El Gran calavera / Le Grand Noceur (1949)
  • Susana la perverse (1951)

7/10

  • Tourments (1953)
  • Nazarin (1959)
  • La Vie criminelle d’Archibald de La Cruz (1955)
  • L’Ange exterminateur (1962) __________________  voir le commentaire
  • Viridiana (1961)
  • Simon du désert (1965 Short Film)

6/10

  • Journal d’un femme de chambre (1964)

5/10

  • Le Fantôme de la liberté (1974)
  • Un chien andalou (1929 Short Film)
  • Belle de jour (1967)
  • Terre sans pain (1933 Documentary)
  • L’Âge d’or (1930)
  • Tristana (1970)
  • Le Charme discret de la bourgeoisie (1972)
  • Cet obscur objet du désir (1977)
  • La Voie lactée (1969)
  • Las aventuras de Robinson Crusoe (1954)

Susana la perverse (1951)

C’est fou de voir à quel point la période mexicaine de Buñuel est aussi sous-évaluée par rapport à sa période française… Je trouve la française profondément ennuyeuse, parfois un peu trop directe dans les allusions, maladroite même (en voulant dénoncer la bourgeoisie, il montre des personnages antipathiques, et en moquant l’Église, il enfonce un peu les portes ouvertes).

Alors, on ne va pas dire qu’avec Susana la perverse Buñuel ne verse pas dans les allusions directes, parce que c’est franchement le cas, tout est outrancier, mais c’en est presque drôle. Au lieu de tomber dans le pseudo-intellectualisme à cause d’un rythme à la con, du bavardage, Buñuel ici fait du vrai cinéma populaire, mais surtout une satire, certes outrancières, mais finalement assez juste sur la conception que peuvent avoir les hommes vis-à-vis d’une femme qu’ils convoitent. Bien sûr, on pourrait voir le film au pied de la lettre et penser que toute la faute repose sur les épaules (et quelles épaules…) du personnage féminin clairement pervers, voire sadique. En réalité, c’est probablement plus les hommes qui en prennent pour leur grade. Et je suis pas loin de penser que quel que soit le comportement de cette jeune femme, tous les hommes auraient eu des pensées salaces à son égard et auraient, au moins, essayé de surinterpréter le moindre signe qu’elle aurait pu leur donner. Et les hommes surinterprètent d’autant plus facilement ces signes quand la taille est fine et les cuisses brillantes. Parce qu’au fond, dans ses manipulations, elle ne s’y prend pas si mal pour éviter que ces hommes ne comprennent qu’elle les allume tous en même temps : après tout, tout le monde aspire au bonheur (même sexuel), et on se convainc assez vite que le bonheur promis nous est exclusif… et dû. La seule chose qui motive en fait les hommes à décider si une femme est une « salope » ou non, c’est qu’elle se soit refusée à eux ou qu’elle leur est de toute évidence inaccessible. Or, puisqu’elle donne à chacun des preuves de bonheur futur, même fugace entre les foins, aucune raison pour eux de suspecter, encore, qu’elle en est une (de salope).

Tout le monde est coupable dans le film. C’est en ça qu’il est fascinant. Et une parfaite satire du genre humain, particulièrement masculin. Ils pourront bien la désigner comme une perverse : pour une perverse dévoilée, il en faut des gros pervers qui se seront laissés mener par le bout du…

L’Ange exterminateur :

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Luis Buñuel