Carlos Saura

Carlos Saura

Classement : 

10/10

9/10

  • Cría cuervos (1976)

8/10

  • Anna et les loups (1973)
  • La Chasse (1966)

7/10

6/10

  • Tango (1998)

5/10

  • Peppermint frappé (1967)

Films commentés (articles) :

Commentaires simples : 
Anna et les loups (1973)

Toujours aussi étonnant de voir l’interprétation qui est faite des films de Carlos Saura… Le réalisateur aura beau des années après la fin du régime franquiste dire que ses films ne sont pas des allégories, le public et les critiques prendront toujours un malin plaisir à plonger tête la première dans cette interprétation facile. Mais le spectateur a toujours raison… Heureusement, les films de Carlos Saura restent fascinants sans ça. On a en sommes ici le même schéma pervers et inversé du Théorème de Passolini avec un intrus venant chambouler les habitudes déjà étranges et malsaines d’une famille bourgeoise de la campagne espagnole. Géraldine Chaplin est parfaite dans son rôle, belle comme un cœur que Saura a la bonne idée de présenter à chaque plan quasi nue (été oblige) pour tenter ses spectateurs mâles autant que ces trois frères nourrissant chacun la frustration de l’autre. Cette famille est malade d’elle-même et cette intruse venant tenter leur tranquillité oisive ne tarde pas à voir déverser sur elle toutes les projections malsaines de ces monstres tenus jusque-là à l’écart de la société des hommes. C’est peut-être l’époque qui veut ça, on y retrouve souvent ce principe de récit dans des maisons de fous avec ou sans intrus : Les Poings dans les poches, Cérémonie secrète, The Servant… Des relations binaires aussi, mais souvent, c’est le lieu (un domicile riche et ancien) agissant comme une prison dorée qui est le révélateur des folies cachées.

La Chasse (1966)

C’est amusant, ça commence comme Délivrance de Boorman avec le départ d’une bande de potes se retrouvant à l’occasion d’une partie de chasse, et cette chasse devient le prétexte à une suite de règlements de compte qu’on devine macabre (et Saura reprend alors ici certains principes narratifs brillants d’un film qu’il n’a probablement pas vu, La Chasse, de Erik Lochen, notamment les voix intérieures lors des battues). C’est assez bien construit, avec à chaque séquence du premier acte un certain nombre d’informations qui apparaissent, révélées à la fois pour le spectateur et pour un des personnages ignorants d’un de ces pans ainsi dévoilés du passé de l’un d’entre eux. Procédé dramatique très théâtral, mais efficace dans cette capacité à en dire le plus en peu de temps.

Saura semble, comme à son habitude, s’émanciper des risques de la censure en plaçant ses personnages dans des lieus isolés, petites sociétés à l’écart du monde, que certains se plairont alors à voir comme des miniatures de la grande société, mais qui peuvent surtout, comme à chaque fois que ce procédé est utilisé, devenir une allégorie de la société des hommes, dans son ensemble. Dictature ou non, les hommes ont finalement toujours les mêmes travers, les mêmes désirs, les mêmes secrets… Peut-être que c’est justement la pluralité des interprétations qui fait la valeur d’une œuvre Interprétation (des acteurs cette fois) et mise en scène brillantes (certaines séquences sous la chaleur de plomb filmées muettes en travelling et en longue focale sur les corps abandonnés au soleil rappellent celle de La Femme des sables).

Peppermint frappé (1967)

Un des films préférés de Kubrick paraît-il, mais également le premier film de Saura avec Geraldine Chaplin, peut-être le premier en couleur, et réalisé en hommage à Buñuel. Eh bien, puisqu’un film, c’est la composition parfois miraculeuse de divers éléments pas toujours maîtrisables par qui que ce soit, je crois qu’il y a une bonne flopée d’éléments dans ce film qui, me concernant, n’appartiennent en rien à des miracles. On voit à des kilomètres ce que Saura veut faire, et si par ailleurs, Saura a souvent reproduit ce qui se faisait ailleurs, ici, ça ne marche tout simplement pas. D’abord, les motivations du personnage principal, si elles sont manifestement soumises à des troubles psychologiques quelconques, ne sont pas bien claires ; ce qui ne serait pas toujours un handicap si tout le reste ne se goupillait aussi mal. Les séquences se succèdent, et se répètent devrait-on même dire, sans qu’elles n’apportent réellement quelque chose de nouveau sur la nature des troubles ou des motivations de ce bonhomme, pire, sans qu’elles n’arrivent à nous faire croire aux liens qui unis ces différents personnages : rien n’est dit sur la relation fraternelle avec celui qui devient peu à peu un rival, la relation avec Elena est assez peu crédible (le personnage principal prétend qu’ils se sont déjà rencontré, commence à devenir insistant, et Saura semble s’amuser à jouer le trouble initié cette fois par Elena comme si elle participait à la folie de son personnage principal, ce qui est tout sauf vraisemblable), et la relation avec l’infirmière se développe bien trop facilement, un peu comme si ce n’était qu’un personnage répondant aux caprices tout autant de l’auteur qui l’a crée que du médecin. Cela pourrait être une représentation tout à fait tordue imbibée du petit monde intérieur du médecin, mais si c’était l’intention de Saura (et certes, il y a un petit quelque chose de Buñuel-Carrière, collaboration antérieure à ce film, mais la filiation esthétique et idéologique est assez claire), ça ne va sans doute pas assez loin. Le nombre particulièrement restreint des personnages donne également une impression étrange au film, alors même que Saura sort de La Chasse qui se prêtait beaucoup plus à la chose, et alors même qu’il semblera par la suite avoir une préférence pour les espaces clos remplis des mêmes personnages à l’écart du monde ; or ici, en dehors du fait que ça peut effectivement donner une impression onirique recherchée par Saura, certaines séquences ne s’y prêtent pas, et les décors n’aident pas beaucoup plus à croire à ce choix (la contextualisé de cette maison d’enfance où ils viennent se réfugier est assez confuse et en tout cas, ce lieu n’opère en rien comme un huis clos comme peuvent le faire certains décors ou lieux de ses films plus réussis).

 


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