Cannibal Tours, Dennis O’Rourke (1988)

Note : 4 sur 5.

Cannibal Tours

Année : 1988

Réalisation : Dennis O’Rourke

Joyeux malaise et choc des civilisations. La caméra de Dennis O’Rourke prend part à un safari touristique en Afrique équatoriale et se mêle aux voyageurs allemands, italiens ou américains en quête de folklore tribunal. Sans le moindre commentaire, il oppose ainsi la présence saugrenue de ces Occidentaux dans des villages autochtones tout dédiés au commerce de leur passé et de leur héritage culturel. Le montage alterne interviews des populations locales qui regrettent leur totale dépendance aux attentes de leurs visiteurs et cirque indécent d’hommes et de femmes qui cannibalisent du regard les usages, les costumes ou l’artisanat produit à leur attention.

Personne ne se comprend. D’un côté, des locaux agacés face à ces Occidentaux qui n’achètent rien et qui marchandent quand, pour eux, en ville, les prix restent fixes et ne se négocient pas. Ils se montrent circonspects sur le fait d’être visités sans pouvoir en retour se rendre dans les pays étrangers et ne manquent pas d’exprimer toute leur aigreur bien légitime en voyant que ces visiteurs qui raffolent des babioles qui feront leur petit effet une fois accrochées au mur sont les mêmes, des décennies avant, qui leur en interdisaient la représentation et l’usage. Et en face, on trouve des touristes qui exploitent sans retenue des populations, victimes contemporaines de cette forme moderne de colonisation qu’est la mondialisation, forcées de s’adapter et de se plier à l’exploitation grotesque de leur « folklore » pour survivre à l’intrusion implacable de ces hordes de voyageurs. Du commensalisme à l’échelle humaine en somme…

Chacun aura sa photo, son objet artisanal et de jolis souvenirs pittoresques qui ne manqueront pas à leur retour de façonner un récit de parfait explorateur, témoin avancé (proto-ethnographes pour certains) d’un monde qui s’éteint.

O’Rourke illustre implacablement toute l’autosatisfaction puérile de l’homme industriel et consumériste, témoin des effets dévastateurs sur le climat et l’environnement de son mode de vie autodestructeur, inconscient d’assister à sa propre mort, mais tout heureux de se trouver aux premières loges pour en partager les meilleurs moments à son petit cercle personnel.

« La fin du monde ? C’est maintenant ? Chouette ! Un selfie ! Je le posterai sur les réseaux sociaux. »


Cannibal Tours, Dennis O’Rourke (1988) | Institute of Papua New Guinea Studios



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