La Dame du jeudi

Empreintes digitales
Titre original : Big Brown Eyes
Année : 1936
Réalisation : Raoul Walsh
Avec : Cary Grant, Joan Bennett, Walter Pidgeon
Voilà une screwball comedy criminelle bien inattendue dans la filmographie de Walsh. Le mélange de comédie et de crime rappelle par certains côtés The Thin Man, tourné deux ans plus tôt. L’humour british laisse place ici à une tonalité typique de la screwball, voire de la comédie du remariage où deux acteurs de sexe opposé font semblant de se chamailler et où la repartie appartient plutôt au registre de la séduction.
En ce sens, le film préfigure La Dame du vendredi, sorti, lui, trois ans plus tard. Cary Grant s’entraîne presque déjà pour son duo mémorable avec Rosalind Russell. Au contraire du couple génial formé dans The Thin Man (en plus d’évoquer plus certainement une parade nuptiale entre deux amants se jaugeant l’un et l’autre à coup de répliques bien senties qu’un mariage où la résolution d’affaires criminelles sert d’agrément ou de hobby), dans ce duo-ci, comme dans celui de La Dame du vendredi, c’est la femme qui tire volontiers les ficelles.
Grant ne s’est jamais révélé aussi bon que quand son personnage est dépassé par les événements ou doublé par des femmes plus futées ou plus alertes que lui. Pendant vingt ans au moins jusqu’à La Mort aux trousses, ça restera son credo. Et pour l’assister, pardon, pour le mener par le bout du nez, une surprenante (et encore blonde) Joan Bennett.
Les échanges de répliques qui fusent à La Dame du vendredi ne sont peut-être pas toujours du meilleur goût, la repartie des uns et des autres n’arrive jamais à la cheville de certains chefs-d’œuvre de la même époque, mais le ton est là. Il règne un certain goût d’inachevé durant tout le film, c’est vrai. La faute à Walsh qui évolue ici en dehors de sa zone de confort, et à un mélange de comédie et de crime pas vraiment générateur de grands films. Mais ce n’est pas aussi mauvais que la réputation du film pourrait le laisser entendre. On peut surtout apprécier les astuces et filouteries du personnage de Joan Bennett pour confondre un assassin et le faire coffrer au profit de son homme (what else).
Là encore, la parenté avec La Dame du vendredi est saisissante. À n’en pas douter, ces films de l’âge d’or d’Hollywood dans lesquels les femmes mènent une carrière professionnelle dans des métiers habituellement réservés aux hommes et sans que cela éveille la moindre surprise ou défiance ont incité les femmes à en faire de même, à avoir confiance en elles et à pousser les hommes à les accueillir dans leur milieu professionnel et à les traiter comme leurs égales.
La modernité du film est en cela au moins plutôt remarquable. D’un côté, on commence avec les manucures toutes dévouées aux soins de ces messieurs, puis par son intelligence et son audace, le personnage de Joan Bennett se voit proposer un travail dans un journal où son talent lui vaudra rapidement une augmentation de salaire.
Partout en Amérique, les effets de la crise se font encore sentir. Hollywood s’échine à vouloir pousser les femmes à piquer le poste des hommes (sic). C’est dans la difficulté que l’on reconnaît les sociétés qui œuvrent pour le progrès (au contraire de quelques autres, sur le déclin, qui préféreront le repli sur soi et la réaffirmation des valeurs traditionnelles…).
Le film fera un four, apparemment. Son producteur Walter Wanger n’en tiendra pas trop rigueur à son actrice principale. Il l’épousera quelques années après. L’autre Walter au générique, Pidgeon, est également tout à fait remarquable (mais lui était déjà marié).
Empreintes digitales, Raoul Walsh 1936 Big Brown Eyes | Walter Wanger Productions, Paramount Pictures
Sur La Saveur des goûts amers :
99 screwball comedies (par Byrge & Miller & Sikov) (non inclus, au contraire de Wedding Present, tourné la même année avec les deux mêmes acteurs en vedette)
Liens externes :
Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !
Faire un don ponctuel
Faire un don mensuel
Faire un don annuel
Choisir un montant :
Ou saisir un montant personnalisé :
Merci.
Votre contribution est appréciée.
Votre contribution est appréciée.






































