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Cinéma en pâté d’articles

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Ghost in the Shell, Mamoru Oshii (1995)

Exemple de séquence de transition comme un passage très descriptif en littérature. Atmosphère cotonneuse, sujet large et vague. Et surtout, bel exploit d’arriver à manier à la fois lenteur (dans la séquence en général) et la rapidité, qui est la spécificité habituelle du montage-séquence.

Rocky IV, Sylvester Stallone (1985)

Si on n’est pas pas convaincu par Pretty Woman, voyons ça dans une vraie séquence de cinéphile… : le grand classique de la séquence d’entraînement :

The Blade, Tsui Hark (1995)

Si le Graal en dramaturgie est d’arriver à monter tout une séquence autour d’une idée et non plus d’une scène, comme souvent en littérature, pour s’affranchir des contraintes du temps et de l’espace, propre au théâtre, il peut arriver que certains dramaturges parviennent même à faire non plus toute une séquence autour d’une thématique, mais un acte entier. C’est ce qu’arrive ici Tsui Hark avec son premier acte. Traditionnellement, un premier acte est un acte de présentation. Il dure ici 36 minutes (le tiers presque parfait du film). L’utilisation du récit du personnage féminin facilite grandement la logique du recours à un montage-séquence d’une si longue durée. Il faut dans ce tiers, arriver à caser tous les enjeux du récit futur, procéder à la révélation des origines du héros, décrire sa sensibilité, tracer les enjeux de sa quête à venir, lui remettre un objet censé le guider et faisant le liant avec son passé, et lui imposer enfin divers sacrifices qui feront de lui un homme nouveau (la perte de son bras, et l’obligation de quitter le lieu où il a été éduqué, en laissant ses amis, son statut, et son père de substitution).

Ça fait beaucoup à dire en 36 minutes. Il aurait été tentant d’avoir recours aux dialogues, à des séquences statiques en champ-contrechamp, sinon en échanges de dialogues. Or, le procédé du montage-séquence (et du récit à travers un personnage, et parfois même en faisant des récits à l’intérieur du récit), permet d’aller droit au but. Comme toujours, la musique est là pour guider le sens du récit : dans la séquence des bambous, elle est redondante, insistante, parce qu’elle ne s’attarde pas à décrire ou à s’émouvoir de ce qui se passe sous nos yeux, elle est à un niveau supérieur, c’est l’écho de la fatalité immuable, elle est là pour nous rappeler ce qu’on sait, ou imagine, déjà : le héros pour accomplir sa quête, va devoir partir et y laisser… une partie de lui-même. La surprise n’a rien de tragique, alors que le prévisible conforte et fascine, comme un cœur qui bat et qu’on craint de voir cesser de battre.

Le montage-séquence peut parfois sembler brouillon quand l’idée qu’il doit mettre en scène n’est pas évident. Ici, au contraire, il éclaire le récit. Et ça marche justement parce que c’est une histoire qu’on est censé déjà connaître. C’est épique, c’est de la littérature, c’est un chef-d’œuvre narratif. (Et la suite ne procède pas autrement : à quoi consiste essentiellement le second acte ? à un entraînement…

Homunculus, Otto Rippert (1916)

À l’image un peu de ce que fera Gance dans La Roue, pour suggérer l’idée de mémoire du héros, l’Homunculus décide de brûler ses mémoires et revoit certains épisodes de sa vie à travers de courts « montage-séquences », représentants donc des flash-backs (le terme de « flash » prend ici  tout son sens).

Montage génial, on est en 1916 dans une mise en scène plutôt transparente (d’ailleurs, le procédé a été tellement repris depuis qu’on pourrait ne pas y prêter attention…) :

– Plan moyen de l’Homunculus regardant les feuillets de ses mémoires disparaître dans les flammes.

– Carton nous disant que les souvenirs s’échappent des flammes…

– Retour bref au plan moyen.

– (Fondu de fermeture très rapide – à peine visible parce que l’image est déjà très noire) Puis trois secondes d’un plan avec sa belle.

– Suivi par un autre plan de même durée évoquant une époque différente de sa vie avec cette fois pour transition un type de fondu au noir (plus net que le premier pour qu’il soit visible comme une ponctuation pour le spectateur).

– Retour au plan moyen de l’Homunculus (forcément ému de ce dont il se souvient : il lève les bras).

– Ouverture au noir sur une autre époque (plan rapproché)

– Fondu au noir, retour sur l’Homunculus : il baisse la tête, il semble résigné. Il relève la tête… et c’est reparti pour un tour.

– Fondu, autre plan, autre époque.

– Retour au fondu au noir de ponctuation entre les époques (comme les points-virgules dans les énumérations), autre époque : on le voit haranguer la foule.

– Fondu de fermeture rapide et retour au plan au présent. C’est fini ? non, on continue (on n’en est à qu’à 50sec de flash-back là)

– Deux séquences vont suivre avec le même principe.

– Et enfin, retour au présent, l’Homunculus lève les bras, et carton « tout le passé dans une poignée de cendres ! »

Voilà, une minute de pur cinéma narratif. Le plus bref et sans doute le plus ancien montage-séquence de cette liste, mais l’effet est saisissant.

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