Les Indispensables du cinéma 1931

Introduction, principes et index

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Au programme :

Alors que D.W Griffith sort dans la confidentialité, loin d’Hollywood, un dernier long métrage, le cinéma se fait résolument parlant. Certains cinéastes sur la côte ouest peuvent tourner une demi-douzaine de films par an grâce aux facilités de tournage du sonore. Chaplin n’est pas de ceux-là : il achève péniblement son chef-d’œuvre, résolument, lui, muet : Les Lumières de la ville. Une des dernières lumières du muet s’éteint au même moment avec Murnau, décédé d’un accident de la route quelques jours avant la sortie de son film sur un amour polynésien impossible et tragique : Tabou.

Après-guerre, un souffle de liberté et de réconciliation s’empare du côté allemand et français, le parlant est l’occasion de réunir les deux peuples, les coproductions se multiplient, les différentes versions aussi, Georg Wilhelm Pabst est sans doute le réalisateur de cette transition. Après Quatre de l’infanterie, il filme La Tragédie de la mine où des mineurs allemands viennent sauver leurs collègues français pendant la guerre. Pabst réalise la même année les deux versions de l’adaptation de L’Opéra de quat’sous de Brecht (l’affiche du film placée dans cette liste est celle de la version française, mais l’indice est celui de la version allemande plus connue). Conrad Veidt apparaît dans un de ses derniers films en Allemagne pour la UFA avant de rejoindre Hollywood : il tourne dans Le congrès s’amuse (en version allemande et anglaise). En Allemagne toujours, Léontine Sagan prouve que les mineures aussi ont leur tragédie : elle réalise Jeunes Filles en uniforme.

En marge de ces bonnes ondes berlinoises, Fritz Lang met à profit les nouvelles possibilités du parlant pour instaurer un climat de terreur. Son premier film sonore, M le maudit, marquera durablement son interprète principal, Peter Lorre, qui ne sortira plus des personnages rongés par la culpabilité ou le vice.

À Hollywood, Mervyn Leroy tourne sept films en 1931, dont Le Petit César qui reprend la mode des films de gangsters lancée au temps du muet et qui fait ici d’Edward G. Robinson une star (le réalisateur le dirige également la même année dans Five Star Final). La Warner propulse James Cagney sur le devant de la scène ; l’acteur apparaît dans L’Ennemi public et dans Blonde Crazy en y étant opposé notamment à la spécialiste des seconds rôles à la Warner : Joan Blondell. Mais la blonde qui fait sensation en cette année 1931, c’est Jean Harlow, que ce soit dans L’Ennemi public ou dans La Blonde platine de Frank Capra. Wallace Beery est une des rares vedettes du muet à passer le cap du parlant : pour la MGM, il est accompagné une première fois de Jackie Cooper dans Le Champion de King Vidor (ils tourneront quatre longs métrages ensemble dans la première moitié de la décennie principalement pour la firme au lion).

Découverte l’année précédente par Frank Capra, Barbara Stanwyck tourne avec lui un film sur les marchands de foi, La Femme aux miracles. L’actrice apparaît également dans L’Ange blanc de William A. Wellman, un film de la Warner dans lequel Clark Gable tient un petit rôle et qui éblouit par sa puissance et son élégance : le studio ne croit pas en lui, et c’est très vite la MGM qui le place en tête d’affiche associé à ses propres vedettes féminines (Joan Crawford, Norma Shearer, Greta Garbo, rien qu’en 1931).

Chez Universal, le parlant est l’occasion d’adapter les classiques de la littérature de l’horreur. Tod Browning met en scène Bela Lugosi dans Dracula. James Whale se charge de Frankenstein. Il filme l’actrice Mae Clarke ainsi la même année sous deux angles (sinon genres) différents : elle interprète d’abord Elizabeth dans l’adaptation du chef-d’œuvre de Mary Shelley, puis Myra dans Waterloo Bridge. La même année, l’actrice apparaît également dans The Front Page et dans une scène mémorable de pamplemousse dans L’Ennemi public. Elle abandonnera peu à peu au cours des années 30 les rôles de premier plan (elle sera magnifique en soutien d’Anna Sten dans le Nana de Dorothy Arzner).

Marlene Dietrich poursuit sa collaboration avec Josef von Sternberg dans Agent X27. Son collègue à la Paramount et partenaire sur Morocco, Gary Cooper, fait la paire cette fois avec Sylvia Sidney dans une adaptation de Dashiell Hammett : Les Carrefours de la ville (la même année, une première version de son Faucon maltais est réalisée par Roy Del Ruth). On retrouve Sylvia Sidney dans l’adaptation d’une pièce de Broadway : Street Scene, réalisée par King Vidor. Ernst Lubitsch, encore à la Paramount, retrouve Maurice Chevalier pour Le Lieutenant souriant ; il est pour l’occasion accompagné de Claudette Colbert (avec qui il avait été associé dans The Pig Pond) et de Miriam Hopkins. Cette dernière donne la réplique à l’oscarisé Fredric March dans l’adaptation de Docteur Jekyll et Mr. Hyde par Rouben Mamoulian.

Autre nouvelle star du parlant : Irene Dunne, qui est peut-être le seul rayon de soleil du pâle oscarisé de l’année, La Ruée vers l’Ouest.

En France, c’est toujours René Clair qui donne le tempo résolument optimiste du parlant : après Sous les toits de Paris, il réalise Le Million et À nous la liberté ! Mais le tragique n’est jamais bien loin : Pagnol lance l’adaptation de sa trilogie marseillaise avec Marius ; Jean Renoir trouve en Michel Simon son Raimu : ils tournent La Chienne ; et Julien Duvivier fait pleurer Harry Baur dans David Golder.

En Union soviétique, c’est toujours le documentaire expérimental qui est à la fête : c’est un Vertov enthousiaste qui réalise en Ukraine La Symphonie du Donbass.

Au Japon, Le Chœur de Tokyo reste muet comme le gros de la production ; seul Heinosuke Gosho s’essaie au sonore avec Mon épouse et la voisine.

Au Brésil, Mário Peixoto réalise son unique film, un chef-d’œuvre surréaliste : Limite. Au Portugal, Manoel de Oliveira signe son premier film documentaire ; suivra une longue carrière qui ne s’achèvera qu’en 2015.


M, le maudit, Fritz Lang | Nero-Film AG


*Indice de notoriété

M le maudit, Fritz Lang

7 780 254

Les Lumières de la ville, Charlie Chaplin

6 863 835

Frankenstein, James Whale

1 018 368

Dracula, Tod Browning

391 875

L’Ennemi public, William A. Wellman

199 576

Tabou, F.W. Murnau

90 750

Dr. Jekyll and Mr. Hyde, Rouben Mamoulian

86 640

Le Petit César, Mervyn Leroy

74 160

La Chienne, Jean Renoir

55 480

Limite, Mário Peixoto

51 264

Le Million, René Clair

46 620

À nous la liberté, René Clair

37 500

L’Opéra de quat’sous, Georg Wilhelm Pabst

22 995

Monnaie de singe, Norman Z. McLeod

17 250

Marius, Alexandre Korda / Marcel Pagnol

16 770

Mädchen in Uniform

Jeunes Filles en uniforme, Léontine Sagan

13 908

Le Lieutenant souriant, Ernst Lubitsch

12 960

Agent X27, Josef von Sternberg

8 424

La Tragédie de la mine, Georg Wilhelm Pabst

8 100

Le Chœur de Tokyo, Yasujiro Ozu

7 560

La Symphonie de Donbass, Dziga Vertov

5 865

Le Champion, King Vidor

5 694

Le congrès s’amuse, Erik Charell

3 976

Waterloo Bridge, James Whale

3 900

Street Scene, King Vidor

3 344

Les Carrefours de la ville, Rouben Mamoulian

3 360

La Femme aux miracles, Frank Capra

3 312

Taris, roi de l’eau, Jean Vigo

3 216

Blonde Crazy, Roy Del Ruth

3 195

The Front Page, Lewis Milestone

2 814

La Blonde platine, Frank Capra

2 584

Five Star Final, Mervyn Leroy

2 482

Cimarron / La Ruée vers l’Ouest, Wesley Ruggles

2 478

Le Bon Filon, Laurel et Hardy

2 400

L’Ange blanc, William A. Wellman

2 240

Douro, faina fluvial, Manoel de Oliveira

2 044

Bon courage, larbin, Mikio Naruse

938

Hyppolit a lakáj, Steve Sekely

780

David Golder, Julien Duvivier

700

Les Frères Karamazov, Erich Engel, Fyodor Otsep

657

Mon épouse et la voisine, Heinosuke Gosho

378


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Films commentés de 1931

Les indispensables de 1931 commentés :

Little Caesar, Mervyn LeRoy (1931)

Mon épouse et la voisine, Heinosuke Gosho (1931)