Les Indispensables du cinéma 1929

Introduction, principes et index

< Les Indispensables du cinéma 1928 | Les Indispensables du cinéma 1930 >


Au programme :

Le chant du cygne du muet.

À la Fox, Janet Gaynor et Charles Farrell se retrouve une nouvelle fois à l’écran pour Frank Borzage dans L’Isolé. Charles Farrell tourne la même année pour Borzage dans La Femme au corbeau qui sera leur dernier succès muet.

À la Paramount, les nouvelles possibilités offertes par les films sonores impliquent d’imposer de nouvelles vedettes au public, ainsi Ernst Lubitsch inaugure son premier film sonore par la “voix” de Maurice Chevalier en adaptant une opérette parisienne : Parade d’amour. C’est le deuxième film sonore de l’acteur français pour la firme après La Chanson de Paris sorti un peu plus tôt dans l’année et dont il ne semble rester aujourd’hui qu’une chanson dédiée au premier rôle féminin du film (les deux films sont scénarisés par un autre émigré européen, le dramaturge hongrois Ernest Vajda souvent utilisé à l’époque semble-t-il pour adapter pour la Paramount ces histoires exotiques avec de charmants Français). Dans la même veine, Applause, réalisé par Rouben Mamoulian, est tourné dans des studios au plus près de la nouvelle source d’inspiration d’Hollywood : Broadway. Toujours dans cette optique de proposer au public de nouvelles vedettes sonores, la Paramount lance les Marx Brothers à l’écran en adaptant leur succès sur les planches : Noix de coco.

King Vidor arrive à convaincre la MGM de produire un film sonore (dansant et chantant) avec des acteurs noirs sur un scénario de celle qui venait d’écrire pour lui Show People (et qui lui écrira deux autres films au début du parlant, dont un pas franchement féministe), Wanda Tuchock : Hallelujah. Dans le même temps, la MGM lance le premier film d’une longue série de films musicaux à succès avec The Broadway Melody ; le film n’est pas à la hauteur des suivants, mais ça ne l’empêche pas de s’attribuer la statuette du meilleur film de l’année à Hollywood. À la MGM, Greta Garbo tient toujours le haut de l’affiche, et c’est le fraîchement arrivé d’Europe, Jacques Feyder, qui la met en scène dans un des tout derniers films muet du studio : Le Baiser (il poursuivra l’année suivante avec la divine en la mettant en scène dans la version allemande de Anna Christie).

Le son s’immisce déjà donc bien dans les salles à travers, souvent, les chants, ou encore des… danses endiablées, comme avec La Danse macabre de Walt Disney.

Laurel et Hardy poursuivent leurs petits et gros hommes de chemin en attendant pour l’heure la parole avec Œil pour œil et Vive la liberté. Si les deux protégés de Hal Roach passeront la barrière du son, Buster Keaton joue peut-être une de ses dernières cartes avec Le Figurant.

La fin d’une époque, après Buster Keaton, Douglas Fairbanks signe peut-être son dernier film marquant en reprenant une dernière fois son rôle de d’Artagnan dans Le Masque de fer, aidé toujours pour cela par Allan Dwan.

Avant que Billy Wilder ne les réunissent un jour à l’écran, Erich von Stroheim et Gloria Swanson sont unis pour le pire : l’actrice produit Queen Kelly, et Erich fera du von Stroheim en ne terminerant pas le film et ruinant l’actrice au passage, quant au meilleur, il est à l’écran (paraît-il).

Juste avant L’Âge d’or sorti l’année suivante, le duo Luis Buñuel — Salvador Dali réalise leur premier chef-d’œuvre surréaliste en France : Un chien andalou. Trois ans après Ménilmontant, Dimitri Kirsnoff filme à nouveau les yeux de Nadia Sibirskaïa dans Brumes d’automne. Jean Epstein prend un peu de largesse avec ses habituelles expérimentations et file filmer en Bretagne l’histoire d’un coup de pouce : Finis Terræ. Jean Grémillon met également la Bretagne à l’honneur dans Gardiens de phare.

En Angleterre, Alfred Hitchcock nous fait chanter à sa manière dans un film en partie sonorisé : Blackmail / Chantage. Et Anthony Asquith se libère d’Un cottage dans le Dartmoor. Le cinéaste allemand de Variété, E.A. Dupont, tourne Piccadilly ; comme Chantage, le film est partiellement sonorisé sur le tard.

En Union soviétique, l’art du documentaire expérimental est à son sommet avec L’Homme à la caméra de Dziga Vertov. Grigoriy Kozintsev et Leonid Trauberg mettent en scène la Commune avec brio dans La Nouvelle Babylone. Sergei M. Eisenstein, accompagné de Grigoriy Aleksandrov, signe son dernier film muet avant ses voyages en Occident avec La Ligne générale. Fridrikh Ermler met en scène Débris de l’empire.

En Allemagne, l’époque est au drame naturaliste, psychologique et social, le Kammerspielfilm : Louise Brooks apparaît en vedette dans deux des meilleurs films de Georg Wilhelm Pabst : Loulou et Trois Pages d’un journal. La critique française fera de l’actrice du muet, et des années après, une icône. Pabst, toujours, retrouve le duo de La Montagne sacrée (1926), Arnold Fanck et Leni Riefenstahl, sur un autre film aux sommets, plus vraiment un « film de chambre » : L’Enfer blanc du Piz Palu. Mais l’enfer est aussi dans les “chambres” du Kammerspielfilm : Phil Jutzi tourne L’Enfer des pauvres. Kammerspielfilm toujours, Leo Mittler tourne Dans la rue, et pour la UFA, Joe May réalise Asphalt. Fritz Lang et Thea von Harbou retournent eux à la science-fiction pour leur dernier film muet et font poser une fusée SpaceX sur la lune dans La Femme sur la lune.

 

Un chien andalou, Luis Buñuel


*Indice de notoriété

Un chien andalou, Luis Buñuel

1 771 000*

L’Homme à la caméra, Dziga Vertov

1 626 240

Die Büchse der Pandora

Loulou, Georg Wilhelm Pabst

386 784

Trois Pages d’un journal / Le Journal d’une fille perdue, Georg Wilhelm Pabst

53 088

Blackmail, Alfred Hitchcock

47 040

La Danse macabre, Walt Disney

28 336

La Pluie, Mannus Franken et Joris Ivens

26 784

Œil pour œil, Leo McCarey et James W. Horne

21 945

L’Isolé, Frank Borzage

21 216

Arsenal, Alexandre Dovjenko

20 664

Queen Kelly, Erich von Stroheim

17 040

Un cottage dans le Dartmoor, Anthony Asquith

12 768

Parade d’amour, Ernst Lubitsch

12 250

Asphalt, Joe May

11 840

La Femme sur la Lune, Fritz Lang

7 884

Turksib, Victor A. Turin

7 776

Piccadilly, E.A. Dupont 

7 455

Hallelujah, King Vidor

6 256

Finis Terræ, Jean Epstein

4 968

Brumes d’automne, Dimitri Kirsanoff

4 830

La Nouvelle Babylone, Grigoriy Kozintsev & Leonid Trauberg

4 818

Applause, Rouben Mamoulian

4 544

Noix de coco, les Max Brothers

4 480

La Ligne générale, Grigoriy Aleksandrov & Sergei M. Eisenstein

4 380

Le Figurant, Buster Keaton & Edward Sedgwick

3 570

L’Enfer des pauvres, Phil Jutzi

3 552

L’Enfer blanc du Piz Palu, Arnold Fanck & Georg Wilhelm Pabst

3 240

Vive la liberté, Leo McCarey (Laurel et Hardy)

3 040

La Femme au corbeau, Frank Borzage

2 847

Le Mensonge de Nina Petrovna, Hanns Schwarz

2 840

Erotikon, Gustav Machatý

2 592

The Broadway Melody, Harry Beaumont

2 508

Black and Tan, Dudley Murphy

2 304

Débris de l’empire, Fridrikh Ermler

2 190

Gardiens de phare, Jean Grémillon

1 776

Dans la rue, Leo Mittler

1 650

La Partie de dés, Franz Osten

1 452

Le Baiser, Jacques Feyder

1 360

Ma grand-mère, Kote Mikaberidze

760

Le Masque de fer, Allan Dwan

840

Rotaie, Mario Camerini

414


< Les Indispensables du cinéma 1928 | Les Indispensables du cinéma 1930 >

 

Films commentés de 1929

Les indispensables de 1929 commentés