Les Indispensables du cinéma 1928

Introduction, principes et index

Au programme :

Deux pépites du côté de Buster Keaton : l’une, sur l’eau, Cadet d’eau douce, l’autre derrière la caméra, dans Le Cameraman. Charlot aussi se met à travailler, et il trouve la femme de ses rêves… dans un Cirque. Une petite souris accouchera bientôt d’une montagne : Mickey Mouse se trémousse en sifflotant à la barre suivant le sillage laissé par Buster Keaton : Steamboat Willy. Au rayon du burlesque toujours, notons les premières apparitions de Laurel et Hardy (dans V’là la flotte par exemple).

Toujours abonné à la MGM, King Vidor ne cesse de circuler entre les époques, entre la campagne et les villes : pour cette fois, il scrute New York et y filme un homme dans La Foule. C’est encore pour la MGM, que deux ans après La Lettre écarlate, Lillian Gish et Victor Sjöström se retrouvent, pour Le Vent. C’est aussi le dernier film de Lars Hanson à Hollywood : acteur ayant commencé en Suède dans les chefs-d’œuvre de Mauritz Stiller, il débarque en Californie en même temps que Stiller et que Garbo, puis tourne plusieurs fois avec la Divine ou avec Lillian Gish. Il retournera en Europe avec sa compagne, elle-même ancienne actrice chez Stiller, Karin Molinder, avant même l’avènement du parlant (The Divine Woman, qu’il tourne à la fois avec Garbo et sous la direction de Victor Sjöström, est perdu.). Fred Niblo réalise aussi avec Garbo : La Belle Ténébreuse. Clarence Brown comme réalisateur, et John Gilbert en vedette, la retrouve également deux ans après le succès de La Chair et le Diable pour Intrigues. Toujours pour la MGM, Tod Browning et Lon Chaney se retrouvent comme d’habitude, cette fois pour Le Talion. Après s’être fait remarquer justement chez Browning, la MGM offre un premier premier rôle à Joan Crawford dans Les Nouvelles Vierges, réalisé par Harry Beaumont.

Toujours en association avec la MGM, la Cosmopolitan arrive à faire réaliser à Marion Davies deux de ses deux meilleurs films la même année sous la direction de King Vidor : C’est une gamin charmante et Show People.

Les anciens de la UFA, Paul Leni et Conrad Veidt, se retrouvent (toujours pour le plus allemand des studios américains, Universal, et toujours dans le registre de l’horreur) dans L’Homme qui rit, adaptation d’un roman de Victor Hugo. Paul Leni termine brutalement sa carrière hollywoodienne : il meurt l’année suivante d’une infection dentaire non traitée.

Josef von Sternberg enchaîne les chefs-d’œuvre pour la Paramount : il retrouve George Bancroft après Les Nuits de Chicago, et décrit cette fois les docks de New York dans Les Damnés de l’océan, puis oppose le génie de Emil Jannings à celui, pas encore parlant, de William Powell, dans Crépuscule de gloire. Emil Jannings (qui recevra le premier Oscar pour ce rôle) ne reste que quelques mois à Hollywood ; il travaille également avec Mauritz Stiller, Ernst Lubitsch ou Lewis Millestone, mais tous ces films sont perdus. C’est également grâce à la Paramount que Fay Wray, avant King Kong, affronte le monstre Erich von Stroheim dans La Symphonie nuptiale : le réalisateur maudit achève là son dernier film muet dans le folklore et le faste qui lui sont habituels.

Avant d’aller à contre-courant de l’époque en s’exilant en 1929 en Europe pour les dernières (et les meilleures) heures du muet, Louise Brooks décroche un premier rôle à la Paramount pour le réalisateur des Ailes, William A. Wellman, dans Les Mendiants de la vie (Wallace Berry y tientle rôle principal).

Lors de sa carrière hollywoodienne, Paul Fejos réalise un film majeur, Solitude pour Universal.

À la Fox, l’équipe de L’Heure suprême (Frank Borzage, Janet Gaynor, Charles Farrell et Ernest Palmer à la photographie) se recompose pour Street Angel. Présent également sur ce film à la photographie, le Français d’origine yougoslave Paul Ivano retrouve une équipe cosmopolite sur un court-métrage indépendant et expérimental qui fera date : The Life and Death of 9413, a Hollywood Extra, Robert Florey est à la manœuvre avec Slavko Vorkapich, connu pour être le maître du montage-séquence (parfois qualifié en son honneur dans les années 30 de Vorkapich). Gregg Toland est également crédité à la photographie du film. Toujours pour la Fox, John Ford raconte le destin tragique de quatre fils lors de la Première Guerre mondiale : Les Quatre Fils.

En France, Marcel L’Herbier adapte L’Argent de Zola tandis que René Clair s’essaie à Eugène Labiche dans Un chapeau de paille d’Italie (ou dans Les Deux Timides). Dreyer fait pleurer la Falconetti et sa Passion de Jeanne d’Arc émeut la planète. Acteur dans L’argent et dans La Passion de Jeanne d’Arc, Antonin Artaud écrit le scénario pour Germaine Dulac de La Coquille et le Clergyman. Autre figure de l’avant-garde française, Jean Epstein poursuit sur cette voie en feignant d’adapter, assisté de Luis Buñuel, Edgar Allan Poe dans La Chute de la maison Usher. (Cette même nouvelle de Poe est adaptée la même année de l’autre côté de l’Atlantique, entre impressionnisme et expressionnisme, parfois qualifiée d’avant-garde américaine, dans un film de treize minutes réalisé par James Sibley Watson et Melville Webber.) Autre court-métrage expérimental notable, L’Étoile de mer, de Man Ray.

En Allemagne, Fritz Lang et Thea von Harbou poursuivent leurs pérégrinations à travers les genres : avec Les Espions les codes du film d’espionnage et d’action sont déjà en place. Deux ans après La Montagne sacrée, Arnold Fank réalise un documentaire sur les Jeux olympiques d’hiver à Saint-Moritz : Le Stade blanc.

En Angleterre, avant que la silhouette caractéristique d’Alfred Hitchcock ne s’impose, c’est Anthony Asquith qui attire toute l’attention, grâce à Un cri dans le métro (ainsi que Un drame au studio).

En Union Soviétique, assisté de Grigori Alexandrov, Sergeuï Eisenstein réalise Octobre. Poudovkine réalise son dernier grand film muet : Tempête sur l’Asie. Ces trois-là écrivent en cette année un manifeste méfiant à l’encontre de la sonorisation des films. Alexandre Dovjenko réalise un second film remarqué, Zvenigora. L’acteur Fladimir Fogel s’éteint à 27 ans après une dernière collaboration pour Boris Barnet dans La Maison de la place Troubnaïa.

Au Japon, deux ans après Une page folle, Teinosuke Kinugasa réalise Route en croix.

La Passion de Jeanne d’Arc, Carl Theodor Dreyer


*Indice de notoriété

La Passion de Jeanne d’Arc, Carl Theodor Dreyer

2 739 906*

La Foule, King Vidor

468 018

Cadet d’eau douce, Charles Reisner et Buster Keaton

361 188

L’Opérateur / Le Cameraman, Edward Sedgwick et Buster Keaton

359 073

Le Cirque, Charlie Chaplin

299 700

Le Vent, Victor Sjöström

239 031

L’Homme qui rit, Paul Leni

115 500

Les Damnés de l’océan, Josef von Sternberg

89 775

Solitude, Paul Fejos

83 538

La Chute de la maison Usher, Jean Epstein

79 497

The Last Command

Crépuscule de gloire, Josef von Sternberg

76 800

Octobre, Sergueï Eisenstein

68 250

Spione

Les Espions, Fritz Lang

47 196

Steamboat Willy, Walt Disney 34 884

13 064

Show People, King Vidor

25 460

L’Argent, Marcel L’Herbier

24 928

Tempête sur l’Asie, Vsevolod Poudovkine

24 921

La Coquille et le Clergyman, Germaine Dulac

12 950

En vitesse, Ted Wilde avec Harold Lloyd

12 454

La Symphonie nuptiale, Erich von Stroheim

10 350

C’est une gamin charmante, King Vidor

8 436

The Fall of the House of Usher, James Sibley Watson et Melville Webber

7 548

Street Angel, Frank Borzage

7 326

Ris donc, paillasse !, Herbert Brenon

5 928

Zvenigora, Alexandre Dovjenko

5 680

Faiblesse humaine, Raoul Walsh

5 184

V’là la flotte, James Parrott avec Laurel et Hardy

4 964

Un cri dans le métro, Anthony Asquith

4 818

Les Mendiants de la vie, William A. Wellman

4 725

The Life and Death of 9413, a Hollywood Extra, Slavko Vorkapich et Robert Forley

4 544

La Petite Marchande d’allumette, Jean Renoir

4 464

L’Étoile de mer, Man Ray

4 402

Un chapeau de paille d’Italie, René Clair

4 284

La Maison de la place Troubnaïa, Boris Barnet

4 088

La Belle Ténébreuse, Fred Niblo

3 942

Intrigues, Clarence Brown

3 024

Le Talion, Tod Browning

2 592

Les Quatre Fils, John Ford

2 556

Ombres blanches, W.S. Van Dyke, Robert J. Flaherty

2 277

Route en croix, Teinosuke Kinugasa

2 103

Les Nouvelles Vierges, Harry Beaumont

1 608

The Racket, Lewis Milestone

1 608

Le Stade blanc, Arnold Fank

1 140

En rade, Alberto Cavalcanti

1 020


Films commentés de 1928