La Maison dans l’ombre, Nicholas Ray (1951)

Lumière sur le noir

On Dangerous GroundLa Maison dans l'ombre, Nicholas Ray (1952) On Dangerous GroundAnnée : 1951

Vu en mars 2008

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IMDb link 7,4  icheckmovies.com

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Noir, noir, noir…

 Réalisateur : Nicholas Ray

 

7,5/10

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Avec  :

Ida Lupino, Robert Ryan, Ward Bond

 

On retrouve le même attachement à la psychologie que dans les autres films de Ray. La mise en scène aime bien s’attarder pour exprimer autre chose que ce qui est dit par les dialogues. Ray aime prendre son temps, faire des parenthèses à l’intérieur du récit ; il cherche à montrer autre chose. On voit bien qu’avant la trame, ce sont les personnages qui passionnent Ray, leur destin, leur devenir, plus que leurs actions… Comme dans le Violent, comme dans les Amants de la nuit, et comme plus tard dans La Fureur de vivre ou Johnny Guitare[1].

Ça commence comme un film noir, bien noir, en ville, avec un flic qui se bat avec ses états d’âme. Et puis on l’envoie dans le trou du cul enneigé de l’Amérique. Dépaysement total, l’anti film noir (voir également Nigthfall de Tourneur). Le film se ralentit, le nombre de séquences diminue ; elles se rallongent et gagnent en intensité, en réalisme. La trame n’a plus la sophistication et la densité souvent incompréhensible des films noirs, on se rapproche du western country pépère qui reprend les principes d’une unité d’action, de lieu et de temps de la tragédie. Fini les ellipses, les flashbacks, la grande sophistication des films noirs, seul reste, le flic perdu dans ce « calme » blanc. Pas d’enquête : juste une poursuite, qui s’éternise et qui nous amène… dans cette maison dans l’ombre… Pourquoi dans l’ombre ? Parce qu’Ido Lupino y cache son frère crétin-criminel, et qu’elle est aveugle. Une rencontre presque mythologique pour notre flic accompagné par le père de la victime… On est bien à la campagne, pas de civilisation, pas de loi, pas de sirène… C’est Œdipe se rendant à Thèbes, mais le Sphinx est remplacé par Jocaste, et c’est Jocaste qui est déjà aveugle… De la mythologie passée au mixeur.

Quand on met toute sa mise en scène sur les rapports entre personnages, il faut des acteurs capables d’assurer… Est-ce qu’on peut rêver mieux que Robert Ryan en salaud-tourmenté-gentil et la belle Ida Lupino en hôtesse-tourmentée-aveugle ? Ah… Ida Lupino, la vampe au visage ordinaire dont le nom évoque la fumée de cigarette qui s’élève jusqu’à disparaître… Ou comment une femme à la beauté ordinaire peut vous envoûter par sa seule présence, son intelligence, son humanité…

Peut-être pas un chef-d’œuvre, mais un film singulier. C’est bien le mot, car le récit va toujours plus vers la simplicité, l’unicité…


[1] voir le commentaire sur Johnny Guitar