Terror in a Texas Town, Joseph H. Lewis (1958)

Note : 2 sur 5.

Terror in a Texas Town

Année : 1958

Réalisation : Joseph H. Lewis

Avec : Sterling Hayden, Sebastian Cabot, Carol Kelly

Il suffit parfois de voir un très mauvais film pour prendre conscience de la difficulté d’en réaliser un.

En dehors du scénario (Dalton Trumbo à l’écriture — incognito, listé oblige, il est crédité en Ben L. Perry —, avec cette amusante et symbolique histoire de harpon : arme et image inattendue d’un type de pionniers bien réels dont on parle assez peu dans le mythe de Far West), rien ne marche :

  • aucun rythme : c’est outrageusement lent, et pas une lenteur pour instaurer une atmosphère, c’est lent parce que la direction d’acteurs est inexistante, et parce que les acteurs semblent presque attendre des indications pour qu’on vienne les sauver ou parce qu’ils attendent qu’on leur souffle leurs répliques.

  • une caméra posée façon TV, apathique, incapable de saisir les évolutions dramatiques à l’intérieur d’une scène (faut dire que sans un réel metteur en scène pour guider les acteurs et souligner ces avancées, ça n’aide pas non plus), si bien que tout est joué avec la même intensité (le tueur à gages est particulièrement mauvais à jouer toujours « en dessous » des autres), la même humeur.

En revanche, c’est amusant, on retrouve certaines des bonnes idées dans cette histoire qui feront le succès d’Il était une fois dans l’Ouest : le riche propriétaire, l’homme de main qui assassine froidement le pauvre propriétaire assis sur « une mine d’or », l’enfant face au tueur, la putain blasée mais ferrée aux pieds du tueur… Je ne suis pas sûr que le harpon ait pu faire plus recette que l’harmonica en revanche.



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Le Visage, Ingmar Bergman (1958)

Ansiktet

Note : 4.5 sur 5.

Le Visage

Titre original : Ansiktet

Année : 1958

Réalisation : Ingmar Bergman

Avec : Max von Sydow, Ingrid Thulin, Gunnar Björnstrand, Naima Wifstrand, Bengt Ekerot, Bibi Andersson, Gertrud Fridh, Lars Ekborg, Erland Josephson

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Ainsi fond, fond, fond, le masque envoûtant des apparences…

Duel quasi ogival entre le visage d’une science miraculeuse et une autre, moderne. Comme le passage en surimpression d’un monde à un autre.

Bergman et son goût pour les troubadours, les escrocs, les masques… Je ne suis pas un grand admirateur de La Nuit des forains, mais on y aurait trouvé la distribution du Visage que ç’aurait peut-être tout changé (avec Max von Sydow en clown notamment). On y trouve là peut-être, en dehors d’Harriet Andersson et de Liv Ullman, tous les meilleurs acteurs du maître suédois. Une concentration de talent exceptionnelle. Bergman et son chef opérateur (le même que celui des Fraises sauvages, de Jeux d’été ou de Sourires d’une nuit d’été, avec cette jolie surexposition champêtre qu’on retrouvera également dans La Source) baignent tout ça dans une atmosphère à la fois mystérieuse et pleine de fantaisie qui manquait peut-être à mon goût pour La Nuit des forains. Sans compter que celui-ci est beaucoup plus concentré, théâtral, car tourné adoptant quasiment le principe du huis clos (tout se passe dans une grande maison bourgeoise). Des troubadours sédentarisés, c’est bien ça aussi la réussite étrange de cet opus, intense par ailleurs d’un bout à l’autre.

Une tragédie comique basée aussi sur un principe dramaturgique vieux comme le monde : la mise en parallèle de deux lignes dramatiques, l’une générale, contextuelle, avec un objectif défini et annoncé, et l’autre plus intime qui viendra chahuter la première jusqu’à ce qu’elles finissent dans un dénouement par se mêler.



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The Fearmakers, Jacques Tourneur (1958)

Note : 2 sur 5.

The Fearmakers

Année : 1958

Réalisation : Jacques Tourneur

Avec : Dana Andrews, Dick Foran, Marilee Earle

Comme d’habitude, Tourneur fait le job avec le scénario qu’on lui donne. Tout efficace qu’il est, il ne pourra jamais faire un grand film si le scénario est truffé d’invraisemblances, si le design est quelconque et la photo digne d’une production télévisuelle.

Ça sent la fin pour tout le monde, Dana Andrews paraissant un peu vieux pour le rôle, passablement concerné par le sujet, et surtout incapable de rendre crédible les quelques tunnels de texte qu’un mauvais dialoguiste lui aura pondu. C’est l’époque, différents types d’acteurs avec différentes techniques de jeu se côtoient, et le résultat donne quelque chose d’étrange et d’assez déstabilisant (Kelly Thordsen est pas mal du tout en brute épaisse).

Le genre du thriller d’entreprise (avec quelques morceaux politiques ou les classiques rubans romantiques) sera plus à la mode au Japon ou en Italie. Ici la série B n’est jamais bien loin, le film profitant de chaque détour du récit pour s’attarder sur une possible scène sans suivre comme il le faudra une trame prédéfinie et un style unique. On saute sur l’occasion, et on tombe dans tous les pièges et les clichés, chaque élément de l’histoire, chaque détail de la caractérisation des personnages finissant par trouver une utilité dans l’histoire.

Passé la moitié du film et une mise en place longue, mais durant laquelle on reste attentif parce que rien de bien méchant ne se passe encore, cela devient concernant. En fait, dès que le personnage qu’interprète Dana Andrews a la certitude que son ancien partenaire a été assassiné, tout s’enchaîne, et de la plus mauvaise des manières. On en riait dans la salle. Des exclamations incrédules face aux rebondissements grossiers et prévisibles. Embarrassant.


The Fearmakers, Jacques Tourneur 1958 | Pacemaker


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Ice Cold in Alex, J Lee Thompson (1958)

Marche impériale

Note : 4 sur 5.

Le Désert de la peur

Titre original : Ice Cold in Alex

Année : 1958

Réalisation : J Lee Thompson

Avec : John Mills, Anthony Quayle, Sylvia Syms

Plutôt réussi.

Un classique en Grande-Bretagne qui a dû inspirer George Lucas pour Star Wars. Lucas s’appuyait déjà pas mal sur un autre film de Thompson, Les Canons de Navarone pour son film et en adopter le principe de la mission (à la fois pour Un nouvel espoir et pour Le Retour du Jedi), mais ici il va plus loin puisqu’il va jusqu’à reprendre le même directeur photo Gilbert Taylor. Il faut dire que dès les premières notes du film, on a la puce à l’oreille. Même musique militaire, attaque d’un QG (cette fois reprise plus précisément pour l’Empire contre-attaque, on y retrouve même le mécanicien s’affairant aux derniers préparatifs pour le départ sur sa machine), fuite pour rallier Alexandrie à travers un territoire ennemi ; et bientôt, une ambulance cabossée qui pourrait tout aussi bien être le Faucon millénium.

Toujours fascinant de tenter de tirer le fil des jeux de références aux sources d’un mythe… Mais le film tient merveilleusement par lui-même, sinon le petit Lucas n’y aurait sans doute pas décelé là matière à inspiration.


Le Désert de la peur, Ice Cold in Alex, J Lee Thompson 1958 | Associated British Picture Corporation Limited


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Cri de terreur, Andrew L. Stone (1958)

Oh, Bomb!

Cry Terror

Note : 3 sur 5.

Cri de terreur

Titre original : Cry Terror!

Année : 1958

Réalisation : Andrew L. Stone

Avec : James Mason, Angie Dickinson, Rod Steiger, Neville Brand, Inger Stevens, Barney Phillips

Thriller un peu pataud. Le film vaut surtout le détour pour l’excellente direction d’acteurs. Rod Steiger en tête est exceptionnel, mais beaucoup d’acteurs de second plan sont convaincants ; c’est assez rare et remarquable pour une époque où encore différentes techniques de jeu cohabitent. Pour le reste, malheureusement, rien de bien folichon. Le film est brutal avec pas mal de moments à la limite du sadisme, c’est le code qui lâche du mou.

La tonalité générale est très réaliste (ça aide avec de tels acteurs), mais le scénario et le montage (voire la réalisation et la production) sans grande inventivité font parfois passer ce réalisme pour un réalisme de télévision. Une sorte de série B avec des acteurs de série A. On sent la volonté de pousser le suspense et de provoquer des scènes propices à du grand spectacle, mais tout tombe à l’eau parce que les effets sont souvent inutiles et grossiers. On ralentit l’action grâce à l’inévitable poids lourd qui barre la route (sorte de deus ex machina du pauvre utilisé deux fois pour la même séquence…), on instaure un compte à rebours alors que la police ne chasse pas derrière (la femme commence même par se tromper de chemin…) ; on va acheter des cigarettes, et puis de la bière, et puis on regarde un match à la TV… Bref, tous les éléments pour retarder l’action proviennent de l’extérieur, jamais de l’intérieur (les conflits entre les ravisseurs ne sont pas exploités du tout). James Mason se faufile dans la cage d’ascenseurs un peu pour rien, histoire de prendre la pause dans le vide, on plonge dans les tunnels du métro pour y chercher peut-être un troisième homme…

Aucun réel rebondissement quant au plan initial imaginé au départ par les ravisseurs puisque tout se déroule plus ou moins comme ils l’avaient prévu ; et même la mort de l’un d’eux ne change rien à l’affaire (son personnage de brute épaisse est d’ailleurs parfaitement inutile, ça oblige celui de Rod Steiger de s’éclipser deux ou trois fois pour aller faire ses courses ou une pause pipi).

L’utilisation des voix off n’est pas bête, mais au final ça apparaît plus comme un truc pour remplir le vide, que comme un élément apportant des informations réellement utiles au récit. L’idée de départ est mal exploitée : James Mason était comme piégé, ayant lui-même construit une bombe pour son futur ravisseur, le lien entre les deux était établi entre les deux, propices à des révélations sur leur passé, et ça aurait pu servir à des conflits, là, bien internes ; en fait, c’est vite expédié, on n’en reparle plus, et pour cause, les deux ne se rencontreront plus…

Vu le manque d’intérêt des scènes « d’action », au lieu de s’attacher à créer un suspense artificiel autour de personnages disséminés aux quatre coins de la ville, il aurait été plus judicieux de faire de tout ça un thriller psychologique, ne pas avoir à séparer trop longtemps mari et femme, obligeant James Mason à coopérer pour cesser d’apparaître comme le coupable aux yeux de la police… sorte de machin entre Les Visiteurs de Kazan (voire la Maison des otages) et Entre le ciel et l’enfer de Kurosawa. Tout est trop forcé, cousu de fil blanc.


Cri de terreur, Andrew L. Stone 1958 Cry Terror | Andrew L. Stone Productions


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Night Drum, Tadashi Imai (1958)

tambourin ou katana

Night Drum

Note : 5 sur 5.

Titre original : Yoru no tsuzumi

Année : 1958

Réalisation : Tadashi Imai

Adaptation : Shinobu Hashimoto & Kaneto Shindô

Avec : Rentarô Mikuni ⋅ Ineko Arima ⋅  Masayuki Mori

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La mise en scène n’a pas grand-chose à voir avec le chef-d’œuvre tardif de Tadashi Imai, Contes cruels de Bushido, tourné seulement cinq ans plus tard, qui ressemble bien à un film des années 60, et qui demeure mieux référencé que celui-ci. De son côté, Yoru no tsuzumi donne parfois l’impression d’avoir été filmé à la fin des années 40 (années des débuts du réalisateur). Mais là n’est pas l’essentiel.

Économie de moyens et d’effets, on est dans le minimalisme. Seul le casting impressionne à première vue. Rentarô Mikuni, l’acteur entre autres du Détroit de la faim ; Ineko Arima, la libellule qu’on voit cigarette à la main sur l’affiche de Crépuscule à Tokyo ; Masayuki Mori, qui montre ici des talents de chanteur dans un rôle plutôt singulier.

Le scénario, signé Shinobu Hashimoto et Kaneto Shindô, est une adaptation d’une pièce classique de Monzaemon Chikamatsu, spécialiste des histoires de shinjuu (terme qui semble être assez populaire au Japon, qu’on traduit habituellement par « double suicide »). Les films comme les Amants crucifiés de Mizoguchi, Double Suicide à Amijima de Masahiro Shinoda ou Double Suicide à Sonezaki de Masumura sont tirés de ses pièces. L’occasion de faire un petit tour sur le web et de se déniaiser un peu. Selon wiki, l’auteur serait à l’origine un auteur pour spectacle de marionnettes et aurait été le premier à séparer les récits de type historique (basés sur une opposition assez cornélienne semble-t-il entre loyauté et sentiments personnels) et les récits “bourgeois” ou « tragédies domestiques » mettant en scène des amours impossibles. Ce « Tambourin de la nuit » est donc une pièce originellement écrite pour le théâtre de marionnettes d’Ozaka (Bunraku), et seulement adaptée pour le kabuki au début du XXᵉ siècle : Horikawa Nami no Tsuzumi. Une belle matière pour en faire un film, c’est certain.↵http://www.kabuki21.com/nami_no_tsuzumi.php

On semble y avoir ajouté ici des flashbacks à la mode Rashomon, pour raconter les différents points de vue des protagonistes. Et si l’histoire est inspirée d’une pièce de marionnettes, on est très loin d’un jeu artificiel. On est même loin du jeu excessif des films de samouraïs, plutôt du côté d’Ozu ou de Mizoguchi. Le jeu réaliste est parfois bluffant. Les acteurs sont dirigés avec précision, offrant une multitude de subtilités, par un regard, une intonation. Rien n’est déclamé, toutes les répliques sortent de leur bouche comme des perles de pluie. Tout est dans la spontanéité, la retenue et la simplicité.

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Night Drum, Tadashi Imai 1958 Yoru no tsuzumi | Shochiku

Le rythme est lent, tendu, parce que l’ambiance est lourde. Un samouraï revient dans son fief après des mois passés dans la capitale, et une rumeur court : celle que sa femme ne lui a pas été fidèle. La tension est présente dès le début et ne fait qu’augmenter jusqu’au dénouement tragique.

Très peu de musique, très peu même de bruit. Le bruit, c’est celui de la rumeur que seul le mari peine à entendre parce qu’il a une autre musique dans la tête : celle d’être revenu dans son domaine, la douce musique du bonheur de revoir sa femme…

Ce thème de la rumeur et l’utilisation qui en est faite, par les silences, on le retrouve dans The Children Hour de Wyler où deux enseignantes voyaient leur école se vider de leurs élèves, sans comprendre. Thème formidable : la rumeur, elle ronge les hommes. On ne peut rien contre elle parce qu’on n’en connaît pas l’origine et reste insaisissable. Elle est comme un sable mouvant : plus on se débat et plus on s’y enfonce. Ici, personne ne sait, tout le monde voudrait savoir, sauf le mari. Mais c’est finalement son rang, son honneur qui parle à sa place et qui lui impose de savoir, et finalement à agir. Une tragédie, oui.

Imai, c’était donc le cinéaste de Contes cruels de Bushido, déjà pas tendre avec les samouraïs. C’est moins accentué ici, mais difficile d’adhérer à ce final sanglant. C’est ce qui donne la puissance au récit.


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Anzukko, Mikio Naruse (1958)

Anzukko

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1958

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Sô Yamamura ⋅ Kyôko Kagawa ⋅ Isao Kimura ⋅ Keiju Kobayashi

Naruse a participé lui-même à l’adaptation de cette histoire de Saisei Muroo (Frère aîné, Sœur cadette). On commence par un film à la Ozu où il faut marier la fille. Les prétendants se succèdent et il faut croire qu’ils ne feront pas le bon choix. Le film prend alors un nouveau tournant où le récit se concentre sur une confrontation entre le beau-fils et le père, souvent par l’intermédiaire de la fille, qui était pourtant le personnage principal au début, mais qui ne sert plus ici que de messagère entre les deux. Le sujet est devenu le parallèle entre la réussite du père écrivain et la volonté du fils de réussir dans le même domaine mais sans succès. Incapable de subvenir aux besoins de sa famille (alors que la fille se refuse à avoir des enfants, comme pour montrer qu’elle a fait une faute en faisant ce choix ; jamais on ne les verra vraiment comme des amants ou même un couple, mais plutôt comme des adolescents qui n’ont rien en commun) le père les héberge, accentuant du même coup la confrontation entre les deux hommes, et les comparaisons…

Le fils est malheureusement trop antipathique et la fille est plus ou moins inactive. Ce qui faisait la force des films de Naruse, ce sont bien sûr ces hommes lâches, mais ils sont relégués au second plan, c’est le plus souvent pour montrer à quel point les femmes sont fortes, entreprenantes et dignes. Ici, elle reste digne, mais elle ne va pas se séparer de son mari comme elle le pourrait et comme Setsuko Hara le faisait dans Le Repas pour affirmer son caractère par exemple. Elle reste une petite fille, qui a besoin de son papa. Difficile de comprendre quel est le principal sujet de cette histoire et d’avoir de la sympathie pour tous ces personnages.

Anzukko, Mikio Naruse 1958 | Toho Company

Le ton du film est à l’opposé de celui de Ma mère ne mourra jamais[1]. Ici, c’est le désespoir qui règne, et le fils a beau travailler, il n’arrive jamais à rien. Si on sait que la fille s’évertue à travailler chez elle pour gagner un peu d’argent, on ne l’y voit pas trop forcer le destin pour faire avancer sa famille ; elle préfère se réfugier chez papa. C’est un peu comme voir un funambule avec un filet, on a peine à croire qu’ils sont réellement en danger puisqu’ils peuvent à tout moment retourner sur la rampe.


[1] Ma mère ne mourra jamais dans notes de visionnages


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Les Tricheurs, Marcel Carné (1958)

La Guerre des boutons de manchette

Les Tricheurs

Note : 3.5 sur 5.

Année : 1958

Réalisation : Marcel Carné

Avec : Pascale Petit ⋅ Andréa Parisy ⋅ Laurent Terzieff ⋅ Jacques Charrier

Il y a quelque chose de savoureux dans certains films des années 50. Une certaine France, un certain parisianisme. Un peu comme voir ce que serait un film français sous influence du code Hays. Oui, on peut parler de sexualité, c’est même préférable pour avoir l’air impertinent, mais les personnages doivent être des beaux quartiers, et quand ils font des âneries, il faut pouvoir les montrer sous leur meilleur jour. On ne prête qu’aux riches le droit de faire des conneries…

Alors sûr qu’en voyant ça, on ait envie de faire la révolution, de créer la nouvelle vague. Une critique sur IMDb fait le rapprochement avec La Fureur de vivre. Mouais…, il était question d’une vraie middle class et de réels troubles existentiels d’un petit jeune des suburbs. Or, ici, de conflits, il n’en existe qu’entre des riches (ou une élite) avec des encore plus riches. La rive gauche contre la rive droite ; Saint-Germain-des-Prés contre les grands boulevards ; les pseudo-existentialistes contre les matérialistes. La guerre des boutons de manchette… Ah, oui, c’est ça la France. La France, c’est Paris, et Paris se limite aux 6 arrondissements centraux. Le gang de la rive gauche qualifie un gosse de riches habitant les Champs, de « banlieusard ». Eh, oui, tu as une Rollex, mais tu n’habites qu’aux Champs Élysée, tu ne peux pas avoir réussi ta vie, tu n’es qu’un simple banlieusard. Et moi qui suis né dans le XIVᵉ (le Petit Montrouge, le quartier où vécut Lénine — « Salaud, merdeux, communiste ! »), dans ces années 50, je devais donner l’air de venir de la Sicile pour ces jeunes existentialistes. Ah, il est où le Paris de Prévert, Marcel ?… Reste comme contestation, une jeunesse qu’on retrouvera aux Cahiers pour conspuer ses anciens, jusqu’en 68 où on occupera la Sorbonne comme on prenait la Bastille. Ou presque. La France, pardon Paris (l’anti-Commune), le seul pays au monde où même l’élite se croit contestataire, où la haute société se rêve en rebelle (le “en” étant de mise, comme on dit « en Chanel »). Le bourgeois, c’est toujours l’autre, celui de la rive d’en face.

Facile de comprendre pourquoi Truffaut haïssait le film. Né à Neuilly (ah, le bon air provincial, presque marin, du grand Ouest !) et élevé dans des arrondissements limitrophes du « Grand Paris », comme le personnage principal de ce film (8ᵉ, 9ᵉ, Champs Élysée), ça aurait pu être son histoire. La vie d’un petit gars de la rive droite se rêvant artiste, intellectuel… de la rive gauche, quoi. Un vrai rebelle without a cause, mais avec une vraie fixation sur la chose sexuelle. Laissez-moi deviner : on sent encore dans ces quartiers l’air du libertinage. Sur l’autre rive, Sade y est embastillé, et il va falloir aller le libérer ! « Baissez vos culottes, libertins du quartier latin ! À bas les conservateurs ! »… Mieux vaut être libertin que libéral, alors il faut instaurer une coopérative du cul. Tu peux baiser ma chatte, mais évite de me piquer mon sac. Comme le dit Laurent Terzieff au personnage principal du film venant de sa lointaine banlieue : « Bourgeois radin ! »

Les Tricheurs, Marcel Carné 1958 | Les Films Corona, Silver Films, Cinétel

Alors le film est une sorte de mix entre Sex and the City et American Pie… « J’ai un terrible problème : je ne peux pas me payer cette Jaguar ! » ou encore : « J’ai un gros problème, je crois bien que je suis enceinte, et je n’ai aucune idée de qui est le père. Bon d’accord, on s’en fout : continuons la surboum ! » Et au moment des grandes révélations, même le père, capitaine d’industrie, doit passer aux aveux : « J’ai quelque chose d’affreux à vous avouer : quand j’avais 20 ans, j’étais socialiste. »

C’est un sport national. Il faut vomir sur son voisin, il faut regretter ses origines et s’en inventer de nouvelles, il faut aspirer à devenir autre chose que ce que l’on est. La révolution, la contestation permanente, c’est la norme. Même les classes privilégiées doivent médire sur les classes encore plus privilégiées. Le règne de la Terreur et des coupeurs de têtes ; le règne du « faites ce que je dis, pas ce que je pense » ou de « l’égalité, surtout pour les autres ». Celui qui n’est pas rebelle n’est pas dans la norme. L’argent, c’est le vice, et tout le monde est de (la rive) gauche. Inquisition permanente des consciences, des bords, des rives (curieux terme de “Marais” d’ailleurs, qui serait une sorte de prolongement de l’esprit de la rive gauche sur la rive droite, un débordement marécageux, comme peut l’être le lointain XVIIIᵉ).

Alors comme Truffaut, oui, je me lâche sur ces personnages de faux voyous, sur ce gang de petits richards. Mais au fond, si je vomis sur eux, c’est parce que je les aime bien. Ce sont mes voisins. Surtout, on préfère toujours ses grands-parents à ses parents. Truffaut méprisait ce Carné-là pour mieux exprimer sa différence, mais moi, n’aimant ni l’un ni l’autre, devant tuer le père, je dois bien me résoudre à ne pouvoir me plaindre qu’auprès de Carné (surtout, avec un peu d’hypocrisie, de la maltraitance dont il a fait l’objet par ses enfants — sorte d’atavisme existentialiste).

Une histoire de grand-père, c’est bien ça. C’est la France de Sade, ces histoires sont forcément des histoires de cul. L’aspect transgénérationnel est fascinant. Truffaut fera finalement exactement le même genre de film avec sa série des Doisnel. « Oh, papa, laissez-moi être un rebelle, partir pour Cuba faire la révolution ! Et je reviendrai pour reprendre les affaires de la famille ! » Eh, oui, tous les vingt ans, à chaque nouvelle génération, c’est la même rengaine. Et finalement, rien ne change. La révolution, ce n’est finalement qu’un tour complet sur soi-même. Un petit tour et puis revient. Avec le vent qu’on produit, on pourrait en faire tourner des éoliennes… Je porte la mienne sur ma casquette, elle me va bien.

Rien ne change ? La musique peut-être… Pas vraiment. Seconde moitié des années 50, le bonhomme qui rêve de s’acheter une Jaguar se rend à une fête avec son pote du 8ᵉ arrondissement : « eh ! mais ils dansent encore le cha-cha-cha ! » Et Carné suggère que la musique révolutionnaire en 1958, c’est le jazz. Pourquoi pas, d’ailleurs la bande des Cahiers ne dira pas autre chose. Sauf qu’on est trois ans après Graine de violence. Eh oui, Marcel, 1958, c’est déjà le rock’n’roll !

Alors le film n’est pas mauvais en soi, techniquement parlant. Mais comme on peut dire que la France, sans les Français, ce serait mieux, ici on pourrait dire que le film serait plus agréable à voir sans cette bande de cons (pardon pépé). Le film pousse au parricide (ou au pariscide). Tourné en studio, on ne rêve qu’une chose en les voyant : sortir dans la rue. Elle peut bien planter sa Jaguar dans un arbre, l’héroïne, comme Françoise Sagan, ça reste la rébellion d’une fille du code Hays (ce n’est pas bourgeois de s’imposer des règles auxquelles on n’est même pas soumis ?) : surtout, que ce soit des personnages de bonne famille. Et quelles que soient les conneries dont ils se rendront coupables, il faut toujours le montrer sous un angle positif. Alors fonce, Mic, mourir en Jaguar, c’est trop chic. Les gens heureux n’ont pas d’histoire, et les familles sans histoire nous emmerdent : il faut bien avoir des tragédies pour se (faire) plaindre. Sinon, on n’est plus Français. Une bonne famille française, c’est une famille pleine de drames. Si tu as des grands-parents qui ne sont ni résistants ni collabos, si tes parents sont ni communistes ni libertins, ni fan de Coluche ni fan de Christian Clavier, si tu ne connais personne victime d’inceste, de suicide, qui soit mort d’une overdose, d’un accident de voiture, d’un cancer (au choix, foudroyant, ou long), si tu ne te plains pas de ce que tu gagnes ou de ce que tu as perdu, des politiques, si tu ne grondes pas contre les profiteurs, les riches, les étrangers, les Parisiens, les vieux, les laids, les cons, si tu détestes ou si tu adores ce film, mais allô quoi, tu n’es pas Français ! Un Français, ça ouvre sa gueule pour dire n’importe quoi, ou ça démissionne !

Marcel ? Je démissionne. Guitry avait raison (à moins que ce soit Cambronne).


Listes sur IMDB :

Une histoire du cinéma français

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The Chase, Yoshitarô Nomura (1958)

Noir rosée

The Chase

Harikomi

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Harikomi

Année : 1958

Réalisation : Yoshitarô Nomura

Avec : Hideko Takamine, Minoru Ôki, Takahiro Tamura, Seiji Miyaguchi

— TOP FILMS

Difficile à cataloguer. Je le répète assez souvent, j’adore particulièrement les « antifilms ». Antiwesterns, antifilms de samouraï, films antimilitaristes, et donc ici quelque chose qui s’apparenterait à un antifilm noir. C’est doux, c’est frais, c’est fragile…, alors allons-y pour une définition de « noir rosée ».

« Voici le trou, voici l’étiquette, savourez.

Tandis qu’à l’étage deux cops de garde jouent aux dés

En épiant en face la matrone bourrue, savourez… »

Nous voilà comme dans un Hitchcock. Le sujet fait penser à Fenêtre sur cour : un criminel est en fuite et deux flics sont chargés de guetter son retour en face de la maison de sa maîtresse. Seulement rien ne se passe. Dans le film d’Hitchcock, le personnage de James Stewart remarque rapidement des scènes intrigantes, la tension ne fait que monter ; on est comme dans un mauvais rêve. Ici au contraire, tout est clair, lumineux : petit village de campagne, la chaleur moite de l’été, la blancheur des ombrelles, le calme et l’ennui des soirées où rien ne se passe. Tout semble pur, ordinaire, comme le caractère de cette femme dont on imagine mal qu’elle puisse être liée à un dangereux criminel. Forcément, c’est Hideko Takamine.

Le film joue avec les codes du film à suspense en proposant un contexte et un environnement plutôt inattendus pour un tel sujet. Hitchcock disait que le choix des acteurs était la plus grande part de son travail de directeur d’acteur. Et que l’utilisation des stars avait un avantage : en plus d’attirer la sympathie immédiate du spectateur, on profitait du souvenir qu’on avait d’eux dans les autres films. Ici, c’est évident : le choix d’Hideko Takamine doit ne laisser aucun doute sur la probité de son personnage, et donc accentuer l’impression que si rien ne se passe, c’est que les détectives ont été envoyés sur une fausse piste. Pourtant, sachant cela, on sait bien que ça ne prépare qu’à un renversement spectaculaire où les masques tomberont enfin, sinon il n’y a pas de film.

The Chase, Yoshitarô Nomura 1958 Harikomi | Shochiku

Regarder sans être vu, c’est déjà être dans la suspicion. Plus on attend, plus on doute, plus ce qui apparaissait anodin commence à devenir suspect, et plus ce qu’on croyait être sans reproche finit, faute d’éléments concrets, faute de preuves ou d’indices, par être sujet à nos fantasmes (aux deux détectives comme pour nous, puisqu’on adopte le point de vue des voyeurs). Si on ne voit rien, c’est forcément qu’il y a quelque chose !… Un suspense déterminé non pas par l’action, mais par l’absence d’action, par la déraison, le fantasme et les apparences. C’est la puissance du cinéma : montrez un personnage qui en suit un autre et immédiatement la suspicion naît. Et l’utilisation constante du montage alterné en champ contrechamp entre le voyeur et sa cible donne à chacun de ces contrechamps une forte impression de subjectivité (le contrechamp n’est jamais neutre, on cherche comme le voyeur à repérer le détail qui viendra tout d’un coup confondre la cible). Feuillade avait déjà utilisé le procédé dans Fantomas : la poursuite sans être vu, ce fantasme parmi les fantasmes, est particulièrement cinématographique et fera toujours recette. Même sans menace réelle, il suffit donc d’utiliser ce qui est devenu un code, pour suggérer le danger. Et retarder toujours plus longtemps l’échéance d’un dénouement. Mieux, plus qu’un simple suspense où on ne se questionne pas sur la nature de l’événement redouté mais plutôt sur l’instant où il va se produire, ici, non seulement on craint l’instant de ce dénouement, mais la crainte est en plus renforcée par le fait qu’on ne sait pas réellement ce qu’il faut craindre. On n’a jamais aussi peur que face à un danger dont on ignore la nature exacte.

Le film possède un autre procédé de suspense détourné. Hitchcock s’amusait à dire qu’il filmait les scènes d’amour comme des scènes de crime et les scènes de crime comme des scènes d’amour. Si tant est que ça veuille bien dire quelque chose, on pourrait appliquer ce principe au film. Les scènes dédiées à la détente, aux souvenirs et aux conflits amoureux, se passent dans l’obscurité de la nuit. La nuit n’inspire aucune méfiance. Les scènes de poursuite, elles, sont en plein jour : au lieu de voir un détective suivre un criminel, on a plutôt l’impression de voir un type suivre une jolie fille qui lui plaît… Le dénouement aussi se fera en plein jour. Et surtout, la nature des relations entre les deux « amants », la dangerosité supposée du fugitif, tout ça se révélera bien désuet éclairé par la lumière du jour. En adoptant alors le point de vue des fuyards, tout comme le détective qui les épie, on comprend leur situation, leurs motivations, et ce qui les relie. Une histoire banale. Comme l’amour. Au lieu d’avoir une fin de film noir, on retrouve un finale de mélo. Un noir à l’eau de rose. Dans Fenêtre sur cour, on avait devant les yeux le pire de la nature humaine ; ici, on ne regarde finalement qu’une tragédie banale de la vie. Il était terrible de penser dans le film de Hitchcock que des crimes pouvaient se produire à deux pas de chez nous et qu’il suffisait de se planter à la fenêtre pour les voir ; ici, il est terrible de penser que deux amants inoffensifs doivent se retrouver dans les collines, au plus loin de la civilisation et derrière les buissons, pour échapper à leur triste sort…

Alors, on paie pour voir un bon gros thriller, avec un bon gros méchant, et le criminel se révèle être un jeune homme sans envergure, attachant et désespéré. Les codes du film noir sont pris à contre-pied. Même les traditionnels flashbacks sont utilisés pour exprimer les difficultés de couple du détective — une manière de préparer son empathie (donc la nôtre) envers ces deux amants crucifiés modernes. À travers ces deux idylles parallèles et avortées, le message est clair et s’adresse à tous les amants : profitez tant qu’il est possible de l’amour que vous éprouvez l’un pour l’autre, ne vous laissez pas distraire par des obstacles finalement assez futiles, et entretenez autant que vous le pouvez cette chance qui vous est offerte d’être ensemble. Être ensemble ? Tant qu’on s’aime, oui.

Alors ? Un film noir, un thriller ? Non. Un noir bien rosé.

« On approche, et longtemps on reste l’œil fixé

Sur ces deux amoureux, dans la bourbe enfoncés,

Jetés là par un trou redouté des infâmes,

Sans pouvoir distinguer si ces deux mornes âmes

Ont une forme encor visible en leurs débris,

Et sont des cœurs crevés ou des guignards pourris. »

(Huguette Victor)


Regarder sans être vu, l’effet Koulechov appliqué au principe du voyeurisme : tout ce qui est anodin devient, par le simple fait de le dévoiler, suspect. Catalogue :


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Tables séparées, Delbert Mann (1958)

Tables tournantes

Tables séparées

Note : 4 sur 5.

Titre original : Separate Tables

Année : 1958

Réalisation : Delbert Mann

Avec : Rita Hayworth, Deborah Kerr, David Niven, Wendy Hiller, Burt Lancaster, Rod Taylor, Audrey Dalton

Adaptation d’une pièce de théâtre, le film reste un huis clos. L’intérêt pour moi du film, ce sont ses décors. Cette pension qui recueille toutes sortes de personnages comme dans un bon Agatha Christie ou dans La croisière s’amuse, avec ce style art nouveau, ces fenêtres, ces tapisseries, ces moulures, ces bibelots… Il y a quelque chose de merveilleux et d’irréel dans ces images : on a toujours une grande profondeur de champ grâce à ces vitres censées s’ouvrir sur l’extérieur, ou ces ouvertures murales transparentes, qui donnent à penser qu’on est à la fois à nu et parfois caché derrière une lampe ou un tableau. Tout à fait l’esprit d’un tel hôtel où on vit pratiquement jour et nuit.

Les personnages sont des archétypes comme on en rencontre fréquemment dans ce genre d’histoires. Les situations restent assez entendues, mais on prend plaisir à les suivre. Surtout avec autant de stars (Deborah Kerr en vieille fille qui se rebelle à 45 ans face à sa mère ; Burt Lancaster en amant cassé par un amour perdu ; Rita Hayworth en femme fatale qui ne demande qu’à être cueillie et à se poser avec son amoureux ; David Niven en aristocrate mytho et solitaire, animé d’une fausse assurance ; Rod Taylor, l’homme de La Machine à remonter le temps et des Oiseaux, en jeune premier ; Cathleen Nesbitt, que je viens de voir dans Si Paris l’avait su…).

La seule critique du film qu’on puisse faire c’est qu’il est trop court. Autant de personnages à développer en 90 m. On aimerait que ça dure un peu plus.


Tables séparées, Delbert Mann 1958 Separate Tables | Hill-Hecht-Lancaster Productions, Clifton Productions, Norlan Productions


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