Cri de terreur, Andrew L. Stone (1958)

Oh, Bomb!

Cry Terror!Cry TerrorAnnée : 1958

5,5/10 IMDb iCM

Réalisation :

Andrew L. Stone

Avec :

James Mason,
Angie Dickinson, Rod Steiger, Neville Brand, Inger Stevens, Barney Phillips

Thriller un peu pataud. Le film vaut surtout le détour pour l’excellente direction d’acteurs. Rod Steiger en tête est exceptionnel, mais beaucoup d’acteurs de second plan sont convaincants ; c’est assez rare et remarquable pour une époque où encore différentes techniques de jeu cohabitent. Pour le reste, malheureusement, rien de bien folichon. Le film est brutal avec pas mal de moments à la limite du sadisme, c’est le code qui lâche du mou.

La tonalité générale est très réaliste (ça aide avec de tels acteurs), mais le scénario et le montage (voire la réalisation et la production) sans grande inventivité font parfois passer ce réalisme pour un réalisme de télévision. Une sorte de série B avec des acteurs de série A. On sent la volonté de pousser le suspense et de provoquer des scènes propices à du grand spectacle, mais tout tombe à l’eau parce que les effets sont souvent inutiles et grossiers. On ralentit l’action grâce à l’inévitable poids lourd qui barre la route (sorte de deus ex machina du pauvre utilisé deux fois pour la même séquence…), on instaure un compte à rebours alors que la police ne chasse pas derrière (la femme commence même par se tromper de chemin…) ; on va acheter des cigarettes, et puis de la bière, et puis on regarde un match à la TV… Bref, tous les éléments pour retarder l’action proviennent de l’extérieur, jamais de l’intérieur (les conflits entre les ravisseurs ne sont pas exploités du tout). James Mason se faufile dans la cage d’ascenseurs un peu pour rien, histoire de prendre la pause dans le vide, on plonge dans les tunnels du métro pour y chercher peut-être un troisième homme…

Aucun réel rebondissement quant au plan initial imaginé au départ par les ravisseurs puisque tout se déroule plus ou moins comme ils l’avaient prévu ; et même la mort de l’un d’eux ne change rien à l’affaire (son personnage de brute épaisse est d’ailleurs parfaitement inutile, ça oblige celui de Rod Steiger de s’éclipser deux ou trois fois pour aller faire ses courses ou une pause pipi).

L’utilisation des voix off n’est pas bête, mais au final ça apparaît plus comme un truc pour remplir le vide, que comme un élément apportant des informations réellement utiles au récit. L’idée de départ est mal exploitée : James Mason était comme piégé, ayant lui-même construit une bombe pour son futur ravisseur, le lien entre les deux étaient établis entre les deux, propices à des révélations sur leur passé, et ça aurait pu servir à des conflits, là, bien internes ; en fait, c’est vite expédié, on n’en reparle plus, et pour cause, les deux ne se rencontreront plus…

Vu le manque d’intérêt des scènes « d’action », au lieu de s’attacher à créer un suspense artificiel autour de personnages disséminés aux quatre coins de la ville, il aurait été plus judicieux de faire de tout ça un thriller psychologique, ne pas à avoir à séparer trop longtemps mari et femme, obligeant James Mason à coopérer pour cesser d’apparaître comme le coupable aux yeux de la police… sorte de machin entre Les Visiteurs de Kazan (voire la Maison des otages) et Entre le ciel et l’enfer de Kurosawa. Tout est trop forcé, cousu de fil blanc.