Notes de visionnage 2026 (2)

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Juillet – Décembre 2026

octobre 2026

Média Crash, Valentine Oberti, Luc Hermann (2022)

Rappel des quelques scandales liés aux médias des milliardaires en France. Mais aucune analyse de fond. Objet donc plutôt promotionnel pour les articles de Médiapart et plus globalement pour la presse indépendante, pas vraiment un documentaire d’un grand intérêt.

Le Ninja du vent, Tai Katô (1964)

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Problèmes d’épées et problèmes de femmes, Tai Katô (1951)

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Possible Love, Lee Chang-dong (2026)

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Un singe en hiver, Henri Verneuil (1962)

Assez peu porté sur les pochtrons en général ou les films de mecs, mais il faut reconnaître que le trio Gabin-Belmondo-Audiard constitue un millésime exceptionnel. Aucune critique sur l’alcoolisme, bien sûr. Ici, les poivrots sont toujours guillerets, et si ça marche parfaitement pour une comédie, la morale se cache les yeux. Avec modération, donc. Mais si on accepte de ne plus voir ça que comme un brillant exercice de style, on peut rester bouche bée devant le génie de ces trois-là. En revanche, cela signifie aussi que l’humour tombe constamment… à l’eau.

2010, Peter Hyams (1984)

Joli navet. Rien ne va. Dès la première image, on sait comme un malaise : image sans intérêt sur un télescope à l’aube baignée par la musique de 2001. Les acteurs arrivent : direction à chier, trop de bavardages. On voit où Hyams veut en venir : il reproduit des types de scènes vues ailleurs… sans talent. Arrivé dans le vaisseau, l’inspiration est clairement Alien. Tout fait tellement toc que c’en est ridicule : l’accent russe des acteurs, la bonne camaraderie, l’objectif, les décors… L’art de la mise en scène, parfois, se résume à savoir masquer les faiblesses ou les limites de son terrain de jeu. Or, Hyams propose trop souvent des angles de caméra où les décors et les accessoires sont ridicules. Une ou deux fois, à l’occasion d’un angle ou d’un éclairage, on repère que le matériel est constitué de bouts de bois peints. Le scénario n’est pas en reste : débile du début jusqu’à la fin. Et l’influence d’Alien est partout, comme ces messages envoyés vers la maille qui sonnent comme un journal de bord du Nostromo jusqu’à en adopter la tonalité alors qu’il s’agit de messages tout ce qu’il y a de plus banal. Certaines scènes trouvent par ailleurs mal leur rythme et les acteurs semblent bien en peine à en comprendre l’urgence ou l’objectif. Il est bon parfois de voir de bons gros navets, cela rappelle combien ce n’est pas si évident d’écrire et de réaliser un film. Les pièges sont partout.

septembre 2026

Fata Morgana, Werner Herzog (1971)

L’un des plus beaux films d’Herzog où par intermittence, on comprend ce qui pourra donner l’année suivante les longs plans hallucinés et contemplatifs d’Aguirre. Pas forcément sur l’aspect visuel (les deux films ne partagent pas les mêmes couleurs ni le même chef opérateur), mais sur le plan sonore et sur la question temporelle (étirement étrange du temps accentué par la musique). C’est surtout impressionnant pour les longs travellings latéraux grand angle sur les dunes dont la sensualité rappelle La Femme des sables.

La poésie (un peu illuminée, voire new age) conforte une impression d’apocalypse déjà suggérée par les images. On sent par moment que Herzog aurait pu cette fois inspirer les variations du type Samsara ou Koyaanisqatsi.

La dernière partie rappelle à quel point le cinéaste peu aussi manier l’humour et le goût pour l’étrange. Après la sensualité des dunes, quelques grands moments absurdes. Comme dirait Langlois : « C’est n’importe quoi. Mais la vie c’est n’importe quoi. » (Je paraphrase.)

Sinon, c’était mon retour à la Cinémathèque française depuis la rentrée. Et on ne perd par les habitudes. Les programmateurs gardent un certain talent pour congestionner les lieux. Ma séance en Epstein n’allait pas attirer les foules, mais elle était précédée d’une projection de 2001 qui a tendance à ameuter les foules, et le plus souvent un public de jeunes venant découvrir le film de Kubrick sur grand écran. Et ce public n’est pas connu pour se pointer en avance. Elle prend donc du retard en raison du goulot d’étranglement que forme naturellement l’unique portique à l’entrée. Mais surtout, les lieux voyaient également réunir en son sein un événement lié à la Fémis. Personnel débordé, des queues à ne plus savoir où en mettre, informations impossibles… Il ne fallait pas être savant pour savoir qu’il y aurait un hic quelque part. (Et aléas de la vie de bobo en sus : ces jeunes ont fini leurs diverses expériences cinématographiques en renouant avec le goût de la pluie à la sortie. Et pas qu’un peu.) Les nouveaux fauteuils en revanche sont tops : on dit adieu aux atroces machins en bois qui servaient de boîte à rythme à tous les connards en bottines.

Les Échos du cinéma (épisode 25), Jean Guillon (1961)

Petit document follement intéressant. Trois interviews au sein de l’institution avant son installation au Palais de Chaillot. Une première instructive avec le fils de Méliès qui explique notamment que les frères Lumière refusaient de lui vendre leur cinématographe : Méliès, le premier réel créateur du cinéma. Une seconde avec l’adorable Lotte Eisner décrivant divers dispositifs du cinéma primitif. Et une troisième où Henri Langlois explique sa politique de conservation de toutes les œuvres sans distinction de qualité parce que le navet d’hier peut devenir le chef-d’œuvre de demain, et vice-versa, et parce qu’un document gagnera toujours une valeur historique sur les mœurs d’une époque. Il valide ici ce que j’expliquais déjà sur la relativisme dans l’histoire du cinéma (ou la question plus précisément de l’archive et du regard du spectateur) sur Besson/Bresson.

Rhapsodie hongroise, Miklós Jancsó (1979)

Regarder un film de Miklós Jancsó vous laisse parfois la même impression que de monter un meuble Ikea en en ayant perdu le manuel. Après plusieurs visionnages, vous connaissez toutes les pièces (costumes, décors naturels, plans-séquences virtuoses, plaines infinies, des figurants à la pelle comme au mariage de votre cousine germaine), mais chaque fois, c’est un casse-tête pour comprendre le contexte savamment dissimulé par le cinéaste. Je me suis laissé tenté la dernière fois en « faisant mes proches recherches ». Ni la patience ni l’envie cette fois. Le meuble restera dans ses cartons. Dommage, le film possédait certaines séquences qui, prises indépendamment, pourraient rivaliser avec de bien meilleurs films. L’esthétique, les idées visuelles, la densité illustrative ne font pas tout. Pour les apprécier, encore faut-il comprendre un minimum ce dont il s’agit.

août 2026

Black Box Diaries, Shiori Itō (2024)

Un peu après l’affaire DSK et parallèlement au mouvement « metoo », le Japon connaît son scandale sexuel. En général, dans ce pays encore lourdement dominé par des normes non seulement patriarcales, mais fortement conservatrices, les scandales qui concernent les coucheries supposées des stars font les choux gras de la presse à scandale. Les journalistes n’ont aucune honte à révéler de tels rapports privés et la carrière des stars est ainsi parfois brisée. Elles sont tenues également de s’excuser publiquement comme le veut la tradition du pays. Bien sûr, quand deux personnes sont impliquées, et consentantes, l’attention se porte toujours davantage sur la femme. L’homme est rarement mis en cause. Et à côté de ces scandales en carton, la presse reste muette sur les agressions sexuelles.

Là où une affaire DSK ou des actrices hollywoodiennes peuvent avoir un retentissement international, au Japon, ces affaires sont piteusement étouffées par les deux faces d’une même pièce : le pouvoir médiatique et le pouvoir politique (aidé par la justice et la police). Si le mouvement « metoo » révèle un système de domination et une omerta générale, la société est au moins pour une bonne partie prête à recevoir ces révélations. Au Japon, la justice n’enquête pas, la presse fait la sourde oreille, le politique s’immisce, et quand la société vient à être mise au courant d’un tel scandale à travers les réseaux sociaux, c’est l’accusatrice qui devient la coupable.

Fait notable d’ailleurs, dans le film, mais cela illustre sans doute ce que l’on voit dans la société japonaise, ces attaques viennent de femmes. Et puisque le pouvoir est détenu par des hommes, la victime reste même tributaire de la bonne volonté de certains de ces hommes pour qu’ils puissent témoigner. Le policier qui a recueilli la plainte était un homme, le chauffeur de taxi était un homme, le portier était un homme. Dans une société patriarcale aussi stricte, c’est encore une classe de dominés qui peut parler, prendre la parole et se mettre en danger : les hommes du bas de l’échelle, ceux qui profitent peut-être le moins au système et qui sont susceptibles de pouvoir parler parce qu’ils sont soumis à une autre forme de domination. Paradoxalement, la journaliste semble recueillir plus d’aide de leur part que du côté de sa propre famille réticente à ce que leur fille parle. Le « pas de vague » correspond parfaitement à la mentalité nipponne et illustre le degré de corruption et de verrouillage de la presse dans le pays. La lutte contre les discriminations, les violences sexuelles, les pressions sexistes, n’en parlons pas…

La réalisatrice a eu un courage inouï en pensant à documenter très tôt et à enquêter seule sur son viol. Mais elle reste une exception : sans contact à l’étranger, sans aide de chaque instant d’une amie, sans sa qualité même de journaliste (qui l’aide à prendre une forme de distance comme elle le rappelle, mais qui ne l’empêche pas pour autant de craquer), son témoignage n’aurait pas pu se faire. Le viol reste institutionnalisé, une norme sans doute encore plus tue au Japon que dans n’importe quel autre pays « riche ». Et ne comptez pas à ce que la société japonaise change. Non seulement la société japonaise ne change sur rien, mais pas grand-monde a pu voir le film.

Youth, Paolo Sorrentino (2015)

Bien écrit, mais assez insipide, convenu. Là où je suis plus dubitatif encore, c’est la réalisation. Depuis bien des années déjà les films d’auteurs peinent à formaliser leurs histoires (si on peut le dire ainsi). Plus rien ne distingue un film d’auteur européen d’un autre américain ou d’une série américaine (je n’ai cessé par exemple de penser pendant tout le film à la série The White Lotus et à Lobster, sorti d’ailleurs la même année ; et ce n’est pas qu’une question d’environnement). Je l’ai déjà souligné l’année dernière pour un film scandinave, me semble-t-il. Toutes les formes désormais se ressemblent. Les mêmes codes, les mêmes plans de coupe illustratifs, les mêmes procédés de montage, le même rythme, les mêmes astuces de découpage, les mêmes respirations ou ponctuation, les mêmes musiques d’ascenseur… Aucune proposition formelle, aucun risque, aucun parti pris esthétique, aucune radicalité. Le cinéma a plus de cent ans, et il semble revenu à la case départ. Chacun se retrouve au même endroit et respire le même air, mange la même nourriture, fréquente les mêmes personnes. À quoi bon écrire des histoires si c’est pour voir strictement toujours la même chose ? Je découvre cent fois plus de diversité à travers les géographies et l’histoire du cinéma qu’à travers des films platement européens de mon époque. Et pourtant, j’en vois très peu. L’impression d’aller dans un centre commercial à chaque film récent regardé… Qui propose vraiment quelque chose d’original aujourd’hui et accepte de prendre des risques ou de faire de choix ?

Silence et Cri, Miklós Jancsó (1968)

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juillet 2026

Les Graines du figuier sauvage, Mohammad Rasoulof (2024)

En dépit de la dictature, les auteurs iraniens parviennent à nous sortir régulièrement des films à la forme et au fond toujours si parfaits. Le film concentre toute une époque dans un conflit familial à la tension qui monte crescendo. On assiste au lent fanatisme du père qui n’est en rien lié à la religion : cela commence par la volonté d’acquérir un statut social, la résignation à corrompre ses idéaux, et ça finit en exécutant au service d’une dictature qui réprime sa population et en bourreau de sa propre famille. L’engrenage parfaitement commun de la compromission à la base de tout un réseau de complicités permettant à un pouvoir autoritaire de se maintenir. Nul besoin d’imaginer que le pouvoir ait besoin d’organiser de lui-même les moyens de sa subsistance. Nul besoin d’imaginer des alliés dévoués à votre cause. La peur, la paranoïa et les intérêts particuliers servent déjà le conservatisme, le statu quo. L’autre disait que l’État de droit n’est ni intangible, ni sacré. En un sens, il a raison : les libertés sont un état d’exception, un état transitoire. Il ne faut jamais considérer qu’il s’agit d’un acquis. La règle, ce serait plutôt l’oppression, l’assujettissement, l’avilissement, la compromission, la tyrannie…

Alpha, Albert Hughes (2018)

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