Notes de visionnage 2026 (2)

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Juillet – Décembre 2026

août 2026

Black Box Diaries, Shiori Itō (2024)

Un peu après l’affaire DSK et parallèlement au mouvement « metoo », le Japon connaît son scandale sexuel. En général, dans ce pays encore lourdement dominé par des normes non seulement patriarcales, mais fortement conservatrices, les scandales qui concernent les coucheries supposées des stars font les choux gras de la presse à scandale. Les journalistes n’ont aucune honte à révéler de tels rapports privés et la carrière des stars est ainsi parfois brisée. Elles sont tenues également de s’excuser publiquement comme le veut la tradition du pays. Bien sûr, quand deux personnes sont impliquées, et consentantes, l’attention se porte toujours davantage sur la femme. L’homme est rarement mis en cause. Et à côté de ces scandales en carton, la presse reste muette sur les agressions sexuelles.

Là où une affaire DSK ou des actrices hollywoodiennes peuvent avoir un retentissement international, au Japon, ces affaires sont piteusement étouffées par les deux faces d’une même pièce : le pouvoir médiatique et le pouvoir politique (aidé par la justice et la police). Si le mouvement « metoo » révèle un système de domination et une omerta générale, la société est au moins pour une bonne partie prête à recevoir ces révélations. Au Japon, la justice n’enquête pas, la presse fait la sourde oreille, le politique s’immisce, et quand la société vient à être mise au courant d’un tel scandale à travers les réseaux sociaux, c’est l’accusatrice qui devient la coupable.

Fait notable d’ailleurs, dans le film, mais cela illustre sans doute ce que l’on voit dans la société japonaise, ces attaques viennent de femmes. Et puisque le pouvoir est détenu par des hommes, la victime reste même tributaire de la bonne volonté de certains de ces hommes pour qu’ils puissent témoigner. Le policier qui a recueilli la plainte était un homme, le chauffeur de taxi était un homme, le portier était un homme. Dans une société patriarcale aussi stricte, c’est encore une classe de dominés qui peut parler, prendre la parole et se mettre en danger : les hommes du bas de l’échelle, ceux qui profitent peut-être le moins au système et qui sont susceptibles de pouvoir parler parce qu’ils sont soumis à une autre forme de domination. Paradoxalement, la journaliste semble recueillir plus d’aide de leur part que du côté de sa propre famille réticente à ce que leur fille parle. Le « pas de vague » correspond parfaitement à la mentalité nipponne et illustre le degré de corruption et de verrouillage de la presse dans le pays. La lutte contre les discriminations, les violences sexuelles, les pressions sexistes, n’en parlons pas…

La réalisatrice a eu un courage inouï en pensant à documenter très tôt et à enquêter seule sur son viol. Mais elle reste une exception : sans contact à l’étranger, sans aide de chaque instant d’une amie, sans sa qualité même de journaliste (qui l’aide à prendre une forme de distance comme elle le rappelle, mais qui ne l’empêche pas pour autant de craquer), son témoignage n’aurait pas pu se faire. Le viol reste institutionnalisé, une norme sans doute encore plus tue au Japon que dans n’importe quel autre pays « riche ». Et ne comptez pas à ce que la société japonaise change. Non seulement la société japonaise ne change sur rien, mais pas grand-monde a pu voir le film.

Youth, Paolo Sorrentino (2015)

Bien écrit, mais assez insipide, convenu. Là où je suis plus dubitatif encore, c’est la réalisation. Depuis bien des années déjà les films d’auteurs peinent à formaliser leurs histoires (si on peut le dire ainsi). Plus rien ne distingue un film d’auteur européen d’un autre américain ou d’une série américaine (je n’ai cessé par exemple de penser pendant tout le film à la série The White Lotus et à Lobster, sorti d’ailleurs la même année ; et ce n’est pas qu’une question d’environnement). Je l’ai déjà souligné l’année dernière pour un film scandinave, me semble-t-il. Toutes les formes désormais se ressemblent. Les mêmes codes, les mêmes plans de coupe illustratifs, les mêmes procédés de montage, le même rythme, les mêmes astuces de découpage, les mêmes respirations ou ponctuation, les mêmes musiques d’ascenseur… Aucune proposition formelle, aucun risque, aucun parti pris esthétique, aucune radicalité. Le cinéma a plus de cent ans, et il semble revenu à la case départ. Chacun se retrouve au même endroit et respire le même air, mange la même nourriture, fréquente les mêmes personnes. À quoi bon écrire des histoires si c’est pour voir strictement toujours la même chose ? Je découvre cent fois plus de diversité à travers les géographies et l’histoire du cinéma qu’à travers des films platement européens de mon époque. Et pourtant, j’en vois très peu. L’impression d’aller dans un centre commercial à chaque film récent regardé… Qui propose vraiment quelque chose d’original aujourd’hui et accepte de prendre des risques ou de faire de choix ?

Silence et Cri, Miklós Jancsó (1968)

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juillet 2026

Les Graines du figuier sauvage, Mohammad Rasoulof (2024)

En dépit de la dictature, les auteurs iraniens parviennent à nous sortir régulièrement des films à la forme et au fond toujours si parfaits. Le film concentre toute une époque dans un conflit familial à la tension qui monte crescendo. On assiste au lent fanatisme du père qui n’est en rien lié à la religion : cela commence par la volonté d’acquérir un statut social, la résignation à corrompre ses idéaux, et ça finit en exécutant au service d’une dictature qui réprime sa population et en bourreau de sa propre famille. L’engrenage parfaitement commun de la compromission à la base de tout un réseau de complicités permettant à un pouvoir autoritaire de se maintenir. Nul besoin d’imaginer que le pouvoir ait besoin d’organiser de lui-même les moyens de sa subsistance. Nul besoin d’imaginer des alliés dévoués à votre cause. La peur, la paranoïa et les intérêts particuliers servent déjà le conservatisme, le statu quo. L’autre disait que l’État de droit n’est ni intangible, ni sacré. En un sens, il a raison : les libertés sont un état d’exception, un état transitoire. Il ne faut jamais considérer qu’il s’agit d’un acquis. La règle, ce serait plutôt l’oppression, l’assujettissement, l’avilissement, la compromission, la tyrannie…

Alpha, Albert Hughes (2018)

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