Fast Workers, Tod Browning (1933)

Fast Workers

Fast WorkersAnnée : 1933

Vu le : 5 mars 2018

8/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Tod Browning


Avec :

  John Gilbert, Robert Armstrong, Mae Clarke


Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Ni monstres, ni estropiés, après le désastre Freaks, Browning bénéficie d’un excellent scénario et s’exerce au classicisme de la MGM.

C’est tellement contre nature pour Browning, que le monstre, c’est le film même. Un parfum d’Une femme dangereuse[1] : pas encore un film noir, deux potes amoureux d’une même donzelle, et une même couleur réaliste, voire populo alors même que Cedric Gibbons s’efforce comme à son habitude de rendre tous les intérieurs chatoyant comme le réclame Irving Thalberg (la même année, il dirige Peg O’ My Heart[2])…

Browning, l’amoureux des personnages en marge, participant à l’effort de la MGM cherchant à devenir le studio le plus classe de l’âge d’or… si ça c’est pas de l’hybridation improbable… mais réussie pour Toddy.

Des acteurs impeccables (Mae Clarke, peut-être la femme la plus moderne de l’époque pré-code, capable à elle seule de sauver des distributions, comme elle le fera l’année suivante dans Nana[3]…).


[1] Une femme dangereuse[2] Peg O’ My Heart ; [3] Nana

 

Johnny Eager, Mervyn LeRoy (1941)

Johnny Eager

Johnny EagerAnnée : 1941

Réalisation :

Mervyn LeRoy

7/10  lien imdb
Listes :

MyMovies: A-C+

Vu en juillet 2010

Un film noir assez méconnu.

La beauté fraîche et glaciale de Lana Turner (mon Dieu qu’elle est jeune), l’autorité d’un Robert Taylor en prince du crime qui, tel Batman, monte dans sa batmobile, heu… son taxi pour cacher ses activités douteuses. On se croirait dans le Parrain parfois avec ce repère de bandits, dans le Saint des Saints.

Van Heflin est remarquable en meilleur ami (amant ?) et conseillé de Taylor (ce rôle d’alcoolique romantique lui vaudra l’Oscar du second rôle). Vu en VO intégrale, donc pas mal de subtilités m’ont échappées, surtout les dialogues entre Taylor et Heflin sur son immoralité (mais le méchant sera ironiquement puni à la fin… code Hays oblige — on est même à la limite là durant tout le film).

Dommage aussi de voir autant de disparité dans le jeu d’acteur : Van Heflin et son jeu très moderne et d’autres comme la poule de Taylor qui semble sorti d’un mauvais vaudeville au sortir du muet.

Manpower, L’Entraîneuse fatale, Raoul Walsh (1941)

They Drive by Day

Manpower

L'entraineuse fatale, raoul walshAnnée : 1941

Réalisation :

Raoul Walsh

6/10 lien imdb 6,8 lien iCM

Vu en mai 2010

 

Avec :

Edward G. Robinson
Marlene Dietrich
George Raft
 

Le film ressemble à s’y méprendre à They Drive by Night[1], tourné l’année précédente par le même Raoul Walsh. La Dietrich reprend le personnage d’Ida Lupino (en moins salope), George Raft (avec ses sourcils taillés à la Dietrich) reprend son rôle d’homme brave et intègre, plutôt mou sexuellement, et Edward G Robinson reprend le rôle de l’homme fragile tenu par Bogart.

Assez curieux ces correspondances. Le mythe de la vamp intéressée par un mec et qui miaule devant son petit frère comme s’il pouvait y changer quelque chose… Ça reste un film mineur.

Curieux aussi ce Georges Raft, il en a eu à cette époque des premiers rôles, et il reste aujourd’hui assez méconnu, à côté des autres stars avec qui il partageait l’affiche. Apparemment, il aurait refusé tous les rôles qui feront de Humphrey Bogart une star ; passablement illettré, ça devait rendre difficile la lecture de script… 1941, c’est tout de même l’année de naissance du film noir avec le remake du Faucon maltais avec Bogart, que Raft aurait donc refusé pour tourner celui-ci. Une carrière parfois… ça se fait à pas grand-chose.


[1] They Drive by Night

Rue sans issue, William Wyler (1937)

La rue meurt

Dead EndAnnée : 1937

Vu en janvier 2010

Réalisation :

William Wyler

7/10  lien imdb

Assez déçu. Un peu court. Le thème est intéressant, mais on n’a pas le temps de s’identifier aux personnages et à l’action.

L’histoire se déroule à New York, dans un quartier où les riches habitations empiètent sur les vieux quartiers miséreux. Baby face, un mafieux qui y a grandi y revient nostalgique de son premier amour, pendant qu’on suit la vie de Bohème de quatre ou cinq mômes qu’on appellera plus tard les Dead end kids et qu’on retrouvera dans plusieurs films de la Warner (Crime School[1], Les Anges aux figures sales, Je suis un criminel[2]).

Huis-clos avec une écriture théâtrale (le film est adapté, il me semble), on ne sort finalement jamais des ces décors de « fin de rue ». Ça fait très chronique, parce qu’on suit trois groupes de personnages qui n’ont pas forcément de rapport entre eux sinon que leurs histoires se télescopent dans une même unité spatiale. Bogart meurt un peu tôt, (pas encore la star qu’il deviendra par la suite).

Un film à voir tout de même, ça reste du Wyler. Ces décors sont magnifiques. Et on ne peut pas résister au sourire avenant et aux yeux humides de Sylvia Sidney.


[1] Crime School

[2] Je suis un criminel

L’École du crime (1938), Lewis Seiler

Bogie Night

Crime SchoolL'École du crime (1938), Lewis Seiler Crime SchoolAnnée : 1938

Liens :
IMDb link 6,8  icheckmovies.com

 

 Réalisateur :

Lewis Seiler

 

6/10

Avec  :

The ‘Dead End’ Kids, Humphrey Bogart, Gale Page

 

Vu en juin 2008

Sympa de retrouver les Dead End Kids, après I Am a Fugitive From a Chain Gang[1] et Les Anges aux figures sales. Ils ont cette fois le beau rôle.

L’histoire suit un cheminement archétypal reproduit cent fois depuis cette époque, et en particulier dans les séries américaine. La punition, le Bon Samaritain qui prend sous son aile un gamin, qui lui propose de l’aider ; l’enfant refuse par défiance ou par fierté ; puis il finit par se ranger de son côté après que le bon tombé du ciel lui a prouvé sa valeur et gagné sa confiance. Tout se passe parfaitement pendant un temps, mais le jeu de manipulation commence, et les « méchants » ouvrent les yeux du gamin sur les présumées, réelles et mauvaises intentions du bon Bogart envers sa sœur ; retournement brutal de comportement, le petit monstre redevient le monstre qu’il était avant et veut se venger… Bien sûr, il échoue, Bogart camoufle ce qui a débordé. Tout est bien qui finit bien.

C’est bien huilé, mais ça été tellement repris depuis, qu’il est difficile d’y trouver un réel plaisir. Le film est court ; son message aussi : « Il ne faut pas être dur avec les sauvageons, sinon on finit par y tuer tout espoir de tendresse ». Hum… Ou bien : « Personne n’est irrécupérable ». D’accord… Ou enfin : « Ce n’est pas le libre arbitre de l’homme (encore moins de l’enfant) qui fait l’homme, c’est son environnement ». Pourquoi pas. Et juste, finalement, mais un peu timide. À quand un School Crime avec des sauvageons bien de chez nous ? Peu probable. On en est pourtant en plein dedans, et si le cinéma avait quelque chose à dire sur son temps, en 1938 ou aujourd’hui, le message pourrait être le même. Ce qui a changé, c’est le cynisme, sans doute. L’individualisme aussi. On veut bien lâcher un impôt comme autrefois on donnait pour les pauvres, et ça nous donne droit à ce qu’on traite ce petit peuple à la dure et qu’on leur laisse rien passer. En gagnant du confort, on gagne aussi une certaine intolérance à ce qu’on y soit dérangés. Alors non, une telle œuvre de nos jours reste improbable. Et le paradoxe, comme j’ai dit, c’est que c’est un schéma souvent répété dans les fictions que l’on regarde. Il était déjà difficile d’y croire ou d’en faire un bon film en 1938, là au moins non plus rien n’a changé puisqu’on cantonne ça à la télévision. Pourtant, faire des bons films avec de bonnes intentions, c’est possible. Peut-être que ce qui compte, ce n’est pas justement qu’elles soient bonnes, mais qu’elles soient délivrées avec justesse. Mystère.

La dimension sociale aurait pu être intéressante si elle avait été au centre du récit. On a plus affaire à une histoire à la Joséphine, Ange gardien plutôt qu’un réel réquisitoire contre les mauvais traitements des jeunes délinquants dans les maisons de correction. Le sujet du film devient vite la vengeance et les magouilles de l’ancien directeur du centre pour récupérer son poste et rendre la vie dure à Bogart. Autant de péripéties qui brouillent le message en question. Le message, est plus d’être bon au lieu d’être juste, en devient donc obscur. Difficile de convaincre dans ces conditions.

Quelques similitudes au début avec le film de Barry Levinson, Sleepers. Des gosses issus du même quartier de New York (Hell’s Kitchen), la même maison de correction.

Et il est toujours étonnant de voir un film avec Humphrey Bogart, avant la naissance du film noir. Il jouait souvent les types biens (et justes), une sorte de Tom Hanks des débuts, attendant son heure en emmagasinant le plein de sympathie du public. Seulement Hanks, finalement, n’a jamais pris de risques, ou n’a pas eu la chance de proposer à ce public des rôles qui offriraient une nouvelle palette à cette personnalité sympathique. Bogart l’a fait, sans doute malgré lui, mais le capital sympathie qu’il traîne avec lui dans ces crime films pré-noir sera un atout majeur dans ses rôles à venir. Qu’on ait vu ou non ces films précédents d’ailleurs, car il en reste aussi toujours un peu chez un acteur qui joue avec sa véritable nature ou qui garde une partie souvent de la peau des personnages qu’il a interprétés. Il pourra ainsi jouer des rôles de durs avec subtilité, une autorité simple, celle des gars à qui on sait qu’on peut faire confiance. Aux personnages de James Cagney, on savait qu’on pouvait tout leur demander, mais c’était une tornade, c’était un peu tout ou rien, les Années folles. Avec Bogart, la confiance au boss, on lui offre parce qu’on sait qu’au fond, il a un regard bienveillant sur nous (que ce soit un boss, un détective, ou un criminel d’ailleurs) comme un supérieur militaire qu’on respecte pour son grade, mais aussi surtout parce que c’est un frère (d’arme). Et si l’âme du film noir à venir n’était pas justement là ? Une sorte de calque de la guerre : une menace qui rôde, une quête qu’on poursuit plus par devoir que par nécessité, un dévouement sans faille à sa condition ou son travail, la résistance suspecte (et souvent jugée un peu vite en en faisant une thématique psychanalytique) aux femmes (qui pourraient tout autant être des agents du mal), une constance malgré les doutes, voire une certaine désillusion, et souvent aussi, une obéissance à une forme d’autorité bienveillante (même si parfois criminelle).

Celui qui fait son apprentissage ici, ce ne sont pas les Dead End Kids, mais bien Bogie. See you – soon.


[1] Je suis un criminel

Je suis un évadé, Mervyn LeRoy (1932)

Dé-Muni face à l’injustice

I Am a Fugitive from a Chain GangJe suis un évadé, Mervyn LeRoy (1932) i-am-a-fugitive-from-Année : 1932

Liens :
IMDb link 8,1 icheckmovies.com

— TOP FILMS

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Noir, noir, noir… (pré)

Note : 10

Réalisateur :

Mervyn LeRoy

Avec  :

Paul Muni

Vu en mai 2008

Quelques démons exposés ici : la vie difficile des combattants du front au retour de la guerre, les conditions désastreuses dans les bagnes, et l’État voyou. Et tout cela est bien réel puisqu’il s’agit d’une histoire vraie. L’histoire du film ne coïncide pas tout à fait pour la fin, mais on y est, à l’essentiel : après s’être échappé une seconde fois des travaux forcés, au lieu de perdre la boule comme Paul Muni dans le film, il part dans le New Jersey, y écrit son livre, et celui-ci sera presque aussitôt adapté au cinéma. Difficile cette fois donc pour le gouverneur d’extrader le forçat en Georgie, quand on le retrouvera peu après sa seconde évasion, difficile pour l’État de Georgie de ne pas respecter la parole qu’elle avait donnée au prisonnier quelques années plus tôt et qui n’avait déjà pas été tenue…

Mais la fin du film est bien plus cruel et lourde de symbole. Sorte de Jean Valjean américain, coupable de rien au départ, il s’échappe, et on lui promet une grâce (qui ne viendra donc pas), s’échappe à nouveau, devient fou, rongé par des délires paranoïaques, et quand il vient retrouver la femme qu’il aime et qu’il n’a jamais pu épouser, il lui répond, quand elle lui demande comment il fait pour vivre : « Je vole ! ». Glaçant. Une fable terrifiante, celle de l’homme face à la toute puissante communauté.

À peine deux ans entre sa dernière évasion et le film. Comme réactivité, on ne fait pas mieux. Cette histoire a au moins aidé à changer les conditions de vie des prisonniers en Amérique, parce qu’ils n’avaient plus le choix, après le buzz à la sortie du livre puis du film. Cependant, le film a été interdit dans l’État de Georgie…

Un dernier mot sur Paul Muni, dont le seul autre film connu est Scarface. Je l’avais trouvé plus que moyen dans ce film, justement parce qu’il est très commun. Donc difficile de le voir dans le rôle d’un gangster. Là, c’est justement ce qui fait sa force : James Allen, c’est monsieur tout le monde, c’est pour ça que c’est fort.