12h08 à l’est de Bucarest, Corneliu Porumboiu (2006)

12h08 à l’est de Bucarest

A fost sau n-a fost? Année : 2006

8/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Corneliu Porumboiu

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Une idée lumineuse, une obsession et une représentation face caméra en guise de Guignol moderne. À la fois poétique et drôle.

L’idée lumineuse, c’est celle que les révolutions (en tout cas celle-ci) font en quelque sorte tache d’huile en se répandant presque comme par capillarité d’une ville à une autre, à l’image des réverbères s’allumant un à un dans le crépuscule des villes. C’est la première image du film, et on ne le comprend alors évidemment pas à cet instant. Que l’allégorie soit pertinente ou non, ça importe peu, elle est jolie et illustrée de la meilleure des manières. D’ailleurs, si tout le film repose sur un seul questionnement (y a-t-il eu ou non une révolution dans cette ville « à l’est de Bucarest » ?), rien sur le contexte réel politique pour le moins confus étant à l’origine (en partie) de cette révolution (la manipulation par certains de rumeurs faisant état de massacres dans la ville de Timișoara, rumeurs propageant le chaos et allant s’amplifiant face à un pouvoir à l’agonie et précipitant sa chute dans un finale spectaculaire digne de la fuite de Varennes). Rien sur la manipulation des faits connus donc, mais une interrogation quasi-identique liée aux agissements des uns et des autres localement. Comme le dit un des protagonistes, chacun sa révolution, mais aussi chacun son rapport vis-à-vis de la manipulation de l’information et des faits.

Le tout prend en tout cas un détour franchement hilarant. L’absurde, ou le cynisme, d’un Puiu par exemple, se transformant ici en une farce lors de l’émission de télévision locale dédiée justement à cette question : y a-t-il eu des contestations réprimées dans la ville avant la chute du pouvoir ou la foule n’est-elle sortie sur la place de la mairie que pour fêter la fin du régime… Le procédé est économe (une grosse partie du film consiste à montrer trois hommes assis face caméra) mais follement efficace. Le comique vient ici beaucoup moins des répliques que des situations embarrassantes auxquelles les trois participants à cette émission devront faire face : révélations par les auditeurs, soutien malheureux et maladroit d’un commerçant chinois, références mythologiques vides de sens…

Une petite merveille.


 

La Jeune Fille de l’eau, M. Night Shyamalan (2006)

 La Jeune Fille de l’eau

3/10 IMDb

Réalisation : M. Night Shyamalan

Quelqu’un a voulu voir ce que ça ferait de mettre son cerveau dans un verre rempli de mille granules d’homéopathie. Ce « quelqu’un », c’est M. Night Shyamalan. Résultat, les granules n’ont aucun effet sur le cerveau, mais le mettre dans un verre d’eau, c’est stupide et irréversible…

C’est tellement naïf qu’on voudrait presque apprécier. On demanderait à un enfant de dix ans d’écrire une histoire qu’on y trouverait les mêmes bêtises et trous d’airs dramatiques. Pourtant parfois c’est brillant. Si, si. À force d’oser. La structure, comme la mise en scène, bref, tout le papier cadeau laisserait presque penser que Shyamalan a du talent. Ce serait sans compter les multiples instants wtf qui jalonnent le film. La structure, d’accord, mais la psychologie des personnages, une certaine forme de bienséance sans quoi on ne peut croire à une histoire (on demande pas la lune, juste que ce soit crédible), ça, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il ne maîtrise pas. Les effets se succèdent les uns après les autres comme si le cinéma consistait à produire une suite de sensations à faire gober au spectateur, un peu comme ce qu’on fait dans une symphonie mais écrite avec des copies d’extraits grandioses et bien connus. La musique, elle, n’a pas à être logique ou crédible. Ici, tout donne l’apparence de la maîtrise, et en prenant du recul, on ne voit plus que les ficelles grossières agitées pour nous amuser.

C’est presque sidérant de voir à quel point c’est con. Un peu comme quand on écoute quelqu’un qui a tout l’air d’être normal, qui donne l’impression d’avoir la tête sur les épaules, et puis paf, il te sort qu’il a vu des elfes dans le siphon de son lavabo et cherche à trouver à les nourrir ! Tu te demandes s’il plaisante, mais non. Tout paraît normal, son ton n’a pas changé, il se comporte normalement, mais il te dit le plus simplement du monde qu’il a vu des elfes dans le siphon de son lavabo. C’est poétique remarque… la folie douce. Ou la débilité enfantine.

Nighty a peut-être en commun le goût de la copie et des effets sensationnels comme moteur d’une histoire avec Brian De Palma. L’un pastiche Hitchcock, l’autre Spielberg. Autant copier les meilleurs, remarque.

Plouf (homéopathique).

Zidane, un portrait du 21e siècle (2006)

Monsieur Jourdain

ZidaneAnnée : 2006

Réalisation :

Douglas Gordon, Philippe Parreno

5/10  IMDb

Art conceptuel, et comme tout l’art conceptuel, derrière le concept, l’écho d’un grand vide.

Notre “Molière”, l’artiste, à défaut de comprendre ce qu’il nous raconte, a au moins la politesse de tirer le rideau à l’heure prévue sans une seconde de prolongation. Parce que si Zidane, il le comprend ici, veut mourir sur scène, il s’offre un an avant sa retraite une répétition grandeur nature de son expulsion magistrale en finale de l’euro 2006. Rien que pour ça, l’anecdote est jolie. Mais le film l’est donc, anecdotique. Un vrai suspense, pendant 89 minutes on ne voit que la boule à Zidane et on se demande tout du long où c’est qu’il va bien pouvoir se la fracasser.

L’acteur en répétition qui écrit son film sans le savoir. Les Zaméricains ont Jordan, la France a son Jourdain du foot. Zidane, un portrait du 21ᵉ siècle, une autobiographie. « Ze moi qui l’ai fait. Jamais je n’improvise, je prévois chaque zeste. Coups de boule compris. » Joli concept. Mais un retourné acrobatique, c’est toujours un geste attribué à l’acteur. L’auteur, lui, n’est rien.


 

Ling yi ban (The Other Half), Liang Ying (2006)

The Other Half

Ling yi banThe Other HalfAnnée : 2006

Réalisation :

Liang Ying

6/10  IMDb

La Chine provinciale telle qu’elle est sans doute.

Le procédé au début est plus que rebutant, car tout est filmé en DV. Et puis, on doit faire face à une ribambelle d’actions secondaires, des procédés plus ou moins audacieux, et de thématiques qu’on retrouve rarement additionnées dans un même film (faits divers à travers le cabinet d’un avocat local, histoire d’amour de la secrétaire du même cabinet avec un petit ami déjà oisif et alcoolique, les évocations de crimes en série dans la ville pour lesquels le petit ami de la secrétaire sera un temps suspecté, les tentatives vaines de la mère de marier sa fille avec un homme plus âgé mais bon parti, la question environnementale, voire celle de la corruption, etc.) dont on peine à croire que tout ça arrivera à se tenir en 1H40.

Tout cela est mis en boîte avec des acteurs amateurs ou des personnages jouant leur propre rôle. Et pourtant, malgré ces procédés de mise en scène étonnants et lourds, une partie du contrat est tenu. L’objectif, derrière ce dispositif, c’est de présenter une photographie juste et sociale d’une ville moyenne en Chine. À l’image d’un Short Cuts en son temps, on dévoile la réalité de toute une société avant un chamboulement autrement plus catastrophique.

C’est parfois drôle, même s’il faut l’avouer, le plus souvent, que les Chinois dépeints tout au long du film sont détestables : malpolis, grossiers, manipulateurs, intéressés, idiots… Heureusement que les deux personnages qui surnagent sont finalement ceux qu’on verra jusqu’à la fin à l’écran, avec en prime, une “jolie” note d’incommunicabilité. C’est donc pas si mal, mais parfois ça sent le film tourné avec deux trois bouts de ficelle.


 

The Host, Joon Ho Bong (2006)

Host tel

Gwoemulthe-host-joon-ho-bong-2006Année : 2006

4/10 IMDb iCM

Réalisation :

Joon Ho Bong

Avec :

Kang-ho Song, Hee-Bong Byun, Hae-il Park

C’est amusant. L’humour est à la fois la seule consolation de ce nanar mouillé et une de ses plus grandes faiblesses. La tonalité générale, plutôt baroque pour un film de ce genre, ne fait jamais mouche : à quelques reprises seulement, on sourit, des images furtives, des gags, des expressions, tout ça pour rehausser un scénario qui frise l’écriture automatique et le papier mâché.

C’est que le film aborde énormément de sujets et ne va finalement jamais au bout d’un seul. Le scandale écologique ? Oublié. Les mutations rigolotes ? oubliées. La manipulation des autorités ? oubliée. La farce ? oubliée. C’est du free style en permanence, ça ressemble à rien, c’est laid, c’est con ; et pire que tout, c’est affreusement mal fichu techniquement.

De la conscience (ou la peur) de faire un nanar à la résignation de se moquer de ce qu’on est en train de faire pour donner le change, il n’y a qu’un pas. « Oui, oui, c’est nul, ah ah, mais c’est parfaitement voulu. »

Pour faire un film, même une comédie, il y a une règle à respecter, au moins, celle de croire en ce qu’on voit. Et là, on ne peut y croire une seconde. La comédie est ratée, le thriller aussi, la satire aussi.

Ça commençait pourtant bien… avant que le monstre pointe le bout de son nez. Imaginons le requin des Dents la mer faire du streaking sur la plage, levant les nageoires, remuant ostensiblement sa queue, riant à pleines branchies, et retournant aussi vite à l’eau… Du grand n’importe quoi.

Cœurs, Alain Resnais (2006)

Cœurs

CœursAnnée : 2006

Réalisation :

Alain Resnais

5/10  IMDb

Vu janvier 2011

Sans doute le plus mauvais de Alain Resnais…

Son truc de vouloir recréer un monde en studio trouve là ses limites. Ça marche quand le sujet est parfaitement non naturaliste comme dans Smoking /No smoking. Ici, c’est encore théâtral, mais il y a des scènes qui ne peuvent pas être réussies avec l’artifice du studio et du minimalisme : les scènes où Lambert Wilson et Isabelle Carré sont bourrés, ça peut pas passer, impossible à rendre dans un univers BD. Surtout en plan large et sans montage, donc sans tension et sans direction. Impossible à jouer pour des acteurs sans être ridicules.

Un vrai désastre.

Les Fils de l’homme, Alfonso Cuarón (2006)

Séquence ça finit ?

Children of MenLes Fils de l'homme, Alfonso Cuarón (2006) Année : 2006

7/10

IMDb  iCM

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SF préférés

Réalisation :

Alfonso Cuarón

Avec :

Julianne Moore
Clive Owen
Chiwetel Ejiofor

Film d’anticipation plus ou moins anglais avec Clive Owen. Ça change des trucs formatés ricains. On sent l’influence d’une part de Kubrick (ou de Welles si on remonte à plus loin) et même de certaines ambiances de jeu vidéos en vue subjective (y avait un jeu qui s’appelait Stalingrad je crois…).

Le scénario n’a aucun intérêt : le roi mage qui joue les sages-femmes avec la mère du dernier (ou premier depuis longtemps) bébé et qui fuit les méchants (un petit côté Terminator…). C’est surtout dans la mise en scène, et il faut le dire sur l’ingéniosité de quelques plans-séquence hallucinants, que repose tout l’intérêt du film. C’est peut-être un peu élitiste pour certains, qui ne trouveraient pas ça assez formaté, qui seraient un peu déboussolés par le rythme et la mise en scène en plan-séquence. Mais quand on regarde comment c’est fait, c’est vraiment impressionnant.

Il y a des plans-séquence célèbres où on se dit « mais comment il a réussi à faire ça », avec des illusions d’optique, des objets au second plan qui arrivent au bon moment juste quand la caméra pivote. Là c’est un peu ça, sauf que c’est pratiquement toutes les séquences du film qui sont ainsi. Bien sûr, ça fait « exercice de style », c’est purement formel, mais en même temps l’histoire est tellement bidon, qu’on fait ce que tout le monde fait quand l’histoire est nulle : on regarde les décors… Non seulement donc, c’est réalisé comme ça tout le temps, mais souvent aussi, le plan conjugue des dizaines d’effets (spéciaux ou pyrotechniques) forcément invisibles… enfin visibles, mais un peu comme avec les magiciens, on comprend pas comment c’est fichu et on s’écrit : « Mais comment il a fait, bordel ! »

Les Fils de l’homme, Alfonso Cuarón 2006 Children of Men | Universal Pictures, Strike Entertainment, Hit & Run Productions

Il y a notamment la scène (un plan-séquence donc) dans une bagnole où ils vont en voir de bien belles… Un peu comme si on avait droit à la séance de poursuite sur l’autoroute de Matrix, mais version naturaliste, comme si on y était… Il faut le voir pour le croire, parce qu’il y a des cascades, vraiment… qu’on ne peut pas faire en plan-séquence… ou sinon, la moitié des cascadeurs y passeraient… Bref, je veux pas savoir comment c’est fait, mais c’est impressionnant…

Il y a aussi des longues scènes dans la ville avec des balles qui pètent dans tous les coins, un peu comme dans Il faut sauver le soldat Ryan (moins spectaculaire dans le récit, parce que c’est naturaliste, en temps réel, mais au final plus impressionnant parce qu’on y est totalement).

Un ovni à voir si on aime les expériences au cinéma…