Quatre Minutes, Chris Kraus (2006)

Chris Kraus’ll make ya (Jump jump)

Note : 4 sur 5.

Quatre Minutes

Titre original : Vier Minuten

Année : 2006

Réalisation : Chris Kraus

Avec : Hannah Herzsprung, Monica Bleibtreu

Je suis bon public. Dès les premières secondes du film, je savais que ça allait me plaire. Je partais avec plein d’espoir si on peut dire… Après les premières secondes d’un film, on sait souvent s’il y a du talent ou non. On ne peut pas garantir encore que l’histoire tiendra la route, mais pour ce qui est de la mise en scène, du montage, de la direction d’acteurs, du travail sur les ambiances, on remarque ça finalement très vite. Il est rare qu’un film ne tienne pas par la suite toutes les promesses repérées dans ses premières secondes.

Il sera temps plus tard de dégager quelques réserves sur la nature et l’emploi effectif de ces qualités premières. Le style de mise en scène et d’écriture colle pourtant assez bien aux principes commerciaux du cinéma hollywoodien. Non pas le cinéma bourrin rempli d’effets spéciaux qui s’est imposé depuis quelques années. Mais celui dédié aux Oscars. Pas forcément toujours le meilleur d’ailleurs. Celui qui raconte de belles histoires sur des sujets un peu tape-à-l’œil, mais réalistes, à hauteur d’homme, pas de superhéros. Et ce style de cinéma sous influences, à la fois classique et sophistiqué, peut rebuter et possède ses propres limites. Je n’aime pas un type de cinéma plus qu’un autre et je laisse sa chance à tous les styles. Je réclame avant tout à un film de la justesse et de la mesure (ce qui n’interdit pas des effets pour illustrer une histoire). Tout est toujours question d’angle, de savoir-faire et de distance.

Je souscris totalement au montage resserré, ainsi qu’à l’emploi de la musique pour souligner des avancées dramatiques et renforcer l’identification. Je vois plutôt d’un bon œil l’absence d’effets de caméra, l’usage parcimonieux du montage-séquences, de flashbacks et de tout un tas de codes narratifs courus d’avance (la rencontre de personnages que tout oppose, le contraste entre la nature du héros et son activité, son prétendu « don », les opposants un peu trop opposés, le parent gênant et le passé lourd, les séquences d’initiation, les autres de « révélations », puis la séquence à faire annoncée longtemps à l’avance, ici, le concours).

Mes réserves concernent surtout le degré vers lequel le cinéaste s’autorise à aller vers le pathos. Son penchant pour le ton sur ton aurait de quoi me heurter. Je préfère les personnages plus nuancés, plus contradictoires, plus foncièrement rebelles, autonomes, singuliers ou imprévisibles. L’actrice principale, la jeune, on aurait gagné à la voir jouer moins sur la rébellion, justement, moins sur le côté loubard, et voir cette nuance apportée davantage du côté du professeur. Celle-ci est censée être austère, et les quelques moments où le récit se laisse aller à la montrer sous un jour plus humain, la mise en scène (et l’actrice) joue trop sur ce que le récit mettait déjà parfaitement en évidence. Certaines émotions n’ont pas besoin d’être prononcées à ce point. Le faire ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes par l’évolution de l’intrigue. C’est dans ces moments que le ton sur ton me fait faire la grimace. Ce défaut me paraît récurrent dans des productions où on préfère prononcer les propositions et avancées dramatiques plutôt qu’instiller ici ou là de la profondeur, de la contradiction ou du contrepoint comme dirait Beethov ».

Mais ce ne sont vraiment que de légères réserves. Je n’en demande pas beaucoup plus à ce type de films : une histoire qui sort un peu de l’ordinaire (alors même que la manière reste donc, elle, parfaitement codifiée) et qui illustre surtout un sujet qui me touche. Et les rebelles qui maltraitent les pianos avec de la musique de « négros » ou des percussions expérimentales, ça me parle. Sans oublier que malgré ces légères fausses notes au niveau de certains choix dans l’interprétation des acteurs, ces derniers, dans d’autres secteurs du jeu, sont remarquables (justesse, notamment). Une sorte de mix entre Whiplash et Adam’s Apple.


Quatre Minutes, Chris Kraus (2006) Vier Minuten | Kordes & Kordes Film GmbH, Südwestrundfunk, Bayerischer Rundfunk


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