The Chaser, Hong-jin Na (2008)

Rien ne sert de courir

The ChaserThe Chaser, Hong-jin Na (2008)Année : 2008

IMDb  iCM

MyMovies: A-C+

Réalisateur : 

Hong-jin Na

 8/10

Vu en avril 2011

Comme quoi, il faut toujours insister, jamais s’arrêter aux premières minutes d’un film…

J’avais essayé de m’y coller, il y a quelques mois et j’avais arrêté, épuisé par une histoire sans queue ni tête, une situation difficile à comprendre. Il faut dire qu’il y aurait beaucoup à jeter dans ce début. On s’attarde par exemple sur une des call-girls alors que ça sert à rien pour le reste du récit. Mais une fois que l’autre fille (celle que son mac va s’évertuer à rechercher pendant tout le film) est prise dans les griffes du Hannibal Lecter local, on ne peut plus décrocher ses yeux de l’écran ! On est au cœur d’un des meilleurs thriller de ces trente dernières années. Entre Le Silence des agneaux et Seven (même si pour le coup, une scène, celle où le mac retrouve un ancien apart’ du maboule, est un peu raté : on voit rien).

Le film commence donc avec la disparition d’une ou deux prostituées (j’ai toujours pas bien compris). Leur mac retrouve leur voiture dans une ruelle du centre-ville. On apprend qu’il est un ancien flic, ce qui va lui permettre de se lancer à leur recherche et à faire jouer son maigre carnet d’adresse. Malheureusement, les « affaires » doivent continuer et il envoie une autre call-girl vers un rendez-vous qui se trouvera être le serial killer sanglant qui enlève toutes ses putes. Il le découvre tardivement. Il arrive à joindre sa call-girl une dernière fois pour lui demander de l’appeler une fois qu’elle aura l’adresse du tueur. Manque de pot, la pute cherche à le joindre, mais il n’y a pas de réseaux dans l’appartement… Là, le guignol va commencer à la charcuter… jusqu’à ce qu’on sonne à la porte. La fille est passablement amochée, enlacée comme une truie. Il va à la porte. Par un jeu croisé de situations on est amené à croire que c’est le mec. Bien sûr, ce sont juste deux vieux qui cherchent un ami… Le gars ne trouve rien de mieux pour s’en débarrasser que de les tuer. C’est là que le film devient un poil meilleur avec un petit air de Seven. Le serial killer s’en va éloigner la voiture des vieux, mais il a un accrochage avec le mac qui rôde dans les parages en espérant retrouvant l’adresse du mec. Voyant qu’il avait du sang sur sa chemise, il imagine qu’il peut être son homme et en a le cœur net quand il fait son numéro de portable ! Il se bagarre et sont emmenés tous les deux au commissariat…

Le film s’emballe. Non seulement l’action n’arrêtera plus jusqu’à la fin, avec un seul objectif : trouver la fille, car on sait qu’elle est vivante. Mais en plus, on a plutôt des personnages inédits dans des situations similaires. Si le tout est assez prévisible et dans la bonne tradition du thriller, les personnages eux sont assez originaux et pas pour autant moins crédibles.

Le mac est donc un ancien flic reconverti sur le marché de la prostitution. Pourtant, si sa situation pourrait laisser croire à une brute épaisse et antipathique, c’est plutôt un homme qui sait ce qu’il veut, un patron, qui met toutes ses forces dans la recherche de sa fille. C’est sûr, faire d’un mac un héros et en plus le montrer sympathique, ce n’est pas très correct, mais depuis Dexter on sait qu’on peut faire bien pire dans l’identification à un monstre. On ne juge pas ce qu’il fait, à la limite ça nous regarde pas et ce n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est sa quête. Et peu importe si certains pourraient voir ça comme une manière de le voir racheter sa situation. Ce n’est pas du tout ça. Sincèrement, on sent que le mac veut retrouver cette fille, non pas parce qu’il perdrait de l’argent, non pas parce qu’il l’aimerait plus qu’une autre, mais parce que c’est dans sa nature de pas se laisser marcher sur les pieds (oui on se surprend à penser « mais il a raison ce mac de pas se laisser faire !… heu, qu’est-ce que je suis en train de dire… »). Difficile à croire et pourtant tout est crédible de bout-en-bout.

La fille n’a rien de la prostituée de mauvaise famille, décérébrée. C’est une jeune mère qui élève seule sa gamine de cinq ou six ans. Pas vraiment un cliché de vouloir montrer la pute dévouée, formidable : on peut très bien imaginer qu’une femme vivant seule doive en passer par la prostitution pour gagner sa vie. Pour accentuer deux effets, sa vulnérabilité et le « ça aurait pu être une autre », le récit a la très bonne idée de nous la montrer fiévreuse. Astuce géniale.

Le personnage du serial killer est tout autant original mais pas moins crédible. Le film adapte en fait les archétypes du thriller à sa société. On imagine bien qu’un malade mental en Corée puisse être un jeune garçon, solitaire, impuissant et manipulateur, mais loin d’être un génie comme on peut en trouver dans certains polars ricains (c’est toujours mieux de penser que seuls des génies peuvent mettre en place de tels systèmes pour éviter de se faire pincer). Le mec est juste dérangé, ordinaire, ni plus ni moins intelligent qu’un autre. Et il a l’insolence de son âge. Il connaît les rouages de la justice pour s’en sortir au mieux. Passer pour un fou en donnant des versions contradictoires, jouant tour à tour les victimes ou jouant parfaitement le rôle du monstre par provocation.

Le film est une réussite, un coup de maître pour un premier film. L’action est très resserrée : sur une ou deux journées (tellement resserrée que le mac trouve le temps de manger deux fois avec la gamine en pleine nuit et qu’elle montre à peine des signes de fatigue). Étonnant cinéma coréen, capable de nous proposer une telle diversité et une telle qualité. En partant de rien, comme la tortue dans la fable de La Fontaine…