The Way We Are, Ann Hui (2008)

Rien, tout.

Tin shui wai dik yat yu ye Année : 2008

8/10 iCM IMDb

Réalisation :

Ann Hui

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Limguela top films

L’obscurité de Lim

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Ann Hui, présente à la projection du film à la Cinémathèque, jure qu’aucune des répliques du film n’est le fruit d’une quelconque improvisation, eh ben j’aurais pu jurer le contraire. Certes, il est difficile de saisir la justesse d’un phrasé aussi étrange que le chinois, mais tout le reste semble couler avec le souffle et la spontanéité de l’improvisation dirigée. C’est vrai aussi que la plupart des répliques ne font pas bavardage et que jamais aucun acteur n’empiète sur une réplique de l’autre. Je me faufilerais bien sur un plateau pour voir sa méthode de direction d’acteurs, c’est assez bluffant.

Pour l’écriture et le montage, c’est du haut niveau. Ann Hui encore semblait s’excuser de ne pas avoir pu saisir de style pour son film, à devoir capter les séquences dans des espaces étroits… Ben, c’est ça le style : ne pas en avoir. À la rigueur c’est du naturalisme. J’ai entendu derrière moi des spectateurs rapprocher ça à du Naomi Kawase parce que les personnages passent leur temps à bouffer ; peut-être, sauf que chez la cinéaste japonaise, la caméra capte que dalle, elle filme le néant, et moi je m’y ennuie. Ann Hui, elle, filme des situations, il se passe toujours quelque chose, des répliques, des plans de coupes sur des acteurs en train de réagir même imperceptiblement. C’est pas le vide, c’est des êtres humains. Quand par exemple la voisine offre des cadeaux à la mère après avoir vu à quel point elle se sentait offensée après que son beau-fils les a refusés, elle les accepte sans rechigner. Les délices, là, ils sont dans le comportement des personnages. Des gens simples, mais des gens biens. Il ne se passe rien, mais il se passe tout. Les petits drames du quotidien qui évoquent parfois ceux dont on parle si peu et qu’on ne verra jamais. Autre exemple, dans une séquence tire-larmes, la mère va jeter le jean de son mari défunt après que son fils lui a dit qu’il ne lui allait pas, elle le jette d’abord, comme une vieille fripe, avant de le ressortir, le plier… et s’effondre en comprenant ce qu’elle est en train de faire… Jeter une relique, un objet ayant appartenu à son homme… Le temps s’évapore tout seul et avec lui le souvenir des êtres qu’on a aimés et qui ne représentent aujourd’hui plus rien, jusqu’à ce que des petites madeleines viennent vous tirer les larmes des yeux. Qu’est-ce qui est juste ? Eh ben voilà. Pas besoin de style, tout est là.

L’approche juste de la cinéaste, on le remarque aussi dans sa capacité à ne pas porter de jugement sur ce qu’elle filme. Au début, avec notre regard européen, on croit sentir une légère satire, le montage opposant la mère travailleuse au fils qui fout rien. Et pis, fausse piste ou pas, on comprend, peut-être au moment où le fils est interrogé lors d’un cours où il montre une volonté d’être conciliant avec sa mère alors qu’on aurait pu croire le contraire jusque-là. La suite lui donne raison : il fait tout ce que lui demande sa mère, ça en devient même comique. On quitte la satire pour un film d’une parfaite bienveillance à l’égard de tous ces personnages. Les premières impressions ne sont pas forcément les bonnes (on rejoue presque le même schéma avec la voisine antipathique), et toujours à force de les voir évoluer, on les comprend, et on voit le contraire de ce qu’on pensait au début… Ce qui est beau, c’est pas forcément ce qui vous illumine la rétine, c’est peut-être aussi parfois le retour sur a priori, la réflexion, l’antithèse, la révélation, le basculement, comme quand les masques tombent et que la vérité se dévoile derrière un paravent d’artifices… Humain quoi. Et c’est pour ça qu’on raconte des histoires.

Et pour en finir avec la discussion qui a suivie à la Cinémathèque… Une spectatrice, une réalisatrice et un critique se retrouvent dans une salle après la projection d’un film, que se disent-ils ? La première demande à la seconde quelles étaient ses intentions en réalisant le film ; la réalisatrice explique qu’elle avait lu le script et que ça lui avait plu ; et le critique insiste : « Oui, il vous a plu mais vous avez fait le choix de le réaliser ». Faut toujours que la politique des auteurs l’emporte sur tout le reste… La politique des auteurs a un avantage sur la politique du savoir-faire : on peut prêter des intentions à un « auteur », parfaitement gratuitement, au mieux ce dernier pourra les contredire directement et vous pourrez insister en prétendant que ce sont des intentions qui lui échappent, alors que pour avoir une politique du savoir-faire, encore faut-il avoir certaines notions techniques. Sans compter que qui prêterait attention à un critique s’attardant sur des aspects techniques discutables, alors que tout procès de (bonnes) intentions, ne se discute pas. Un joli travers de la critique, française en particulier. Et un excellent moyen le plus souvent de se servir soi-même que de servir le film. C’est bien pourquoi, la qualité première de ces critiques, au-delà du pouvoir chamanique d’interprète d’images ou de sens, il est dans leur… savoir-faire à raconter à leur tour une histoire ; et que les histoires, ou les films, dont ils racontent cette histoire nouvelle et personnelle, peuvent tout aussi bien être des grands films que d’affreux nanars.

Dear Zachary: A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne (2008)

Le trou du cul des anges

Dear Zachary: A Letter to a Son About His Father

Note : 1.5 sur 5.

Année : 2008

Réalisation : Kurt Kuenne

Ce n’est pas un documentaire, mais une hagiographie qui empeste les bons sentiments. La partialité est insupportable. Où va-t-on si désormais les victimes peuvent faire un documentaire en exprimant leur point de vue forcément pas très objectif ?… Faut-il s’attendre à voir un autre type de documentaire, celui fait par des criminels pour plaider leur cause ? Joli précédent en tout cas.

Certains apprécient le côté sympathique de l’affaire, l’hommage à un type décédé, adressé à son fils qui ne le connaîtra jamais… J’ai rarement vu un procédé aussi gerbant. Jusqu’à l’indigestion le film nous abreuve de « meilleur ami possible » « une personne fantastique » « il avait tant d’amis qui l’aimaient », etc. Qu’est-ce qu’il faut avoir dans la tête pour raconter de telles conneries. C’est bien américain de balancer des “fantastic” à toutes les sauces… Quel manque de mesure et de pudeur…

– Il était tellement…

– Ouais, ta gueule ! Arrête le miel, merci.

Et la version de la vilaine sorcière, on pourrait y avoir droit au moins, histoire de comparer les versions, histoire de sortir du trou du cul des anges, du vomi de guimauve ?

Les victimes, elles sont bien gentilles, mais elles n’ont pas grand-chose à apprendre à la société. Les monstres, les coupables, les déviants, si. Toujours. Parce qu’ils nous poussent à regarder plus loin, nous forcent à l’intelligence, à la compréhension. Le langage sirupeux des victimes, il doit rester dans l’intimité des victimes, il ne pose jamais question, oblige à une empathie stérile.

Et seulement sur un point de vue légal, on peut comme ça rendre public des enregistrements d’une personne qu’on accuse de tous les maux ? J’en doute.

Dear Zachary A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne 2008 MSNBC Films (2)

Dear Zachary A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne 2008 MSNBC Films (1)

Dear Zachary A Letter to a Son About His Father, Kurt Kuenne 2008 | MSNBC Films


 

 

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Next Floor, Denis Villeneuve (2008)

Le cri du foie

Next Floor

Note : 2.5 sur 5.

Année : 2008

Réalisation : Denis Villeneuve

Critique poussive de la société de consommation. On engloutit, on vole, on produit, et quand ça pète, on fait comme si de rien était, et on recommence, jusqu’à l’absurde. Dans le même registre que Indignez-vous ! Ça joue les donneurs de leçons, ça transforme même le message bête et naïf en allégorie lugubre pour faire mine d’apporter un angle, un regard sur cette idée follement subversive, mais au final, tu fais quoi pour changer le monde, l’artiste ? L’artiste, il produit, c’est sa raison d’être, c’est comme ça qu’il peut lui aussi s’asseoir à la table des consommateurs. À ranger dans le tiroir des belles fausses idées qui vont à l’encontre de ce qu’elles dénoncent. Il est là l’absurde.

En dehors de défoncer les plafonds comme les fausses évidences, la mise en scène reste dans le ton grossier et surfait. Image à dix mille dollars, effets de caméra qui donnent la nausée, acteurs qui en font des tonnes dans le registre du « je suis un connard hautain ». Le film commence et se termine d’ailleurs sur le regard péteux et machiavélique du majordome qui lui donne des airs de diablotin ou de manipulateur. En plus d’être grossière, la dénonciation est donc ridicule ou malhabile, car elle identifie le responsable de ce carnage à celui qui sert, « qui donne à manger », qui entretient la mascarade, et place donc ces gros porcs de consommateurs dans la situation de victimes qui s’ignorent. Mon Dieu, c’est horrible, nous, braves consommateurs sommes victimes du pouvoir en place, de la crapuleuse oligarchie, du capitalisme sournois et aveugle. « C’est une machination ! Réveille-toi citoyen ! — Oui mais comment ?! — En produisant des films sur la consommation et en criant au complot !… Réveille-toi citoyen ! et indigne-toi en regardant mon film ! (bon et si tu pouvais faire passer le message sur facebook ce serait cool, on a déjà plus de 10 000 000 vues sur Youtube ! yohou ! “Abats” le complot capitaliste ! »

Ah oui, manifestement, l’absurdité du monde est une évidence, mais la situation est encore trop simple et absurde alors on préfère y voir une logique et une cohérence dans la marche du monde… Discours habituel du crétin complotiste qui se croit intelligent à déchiffrer les pseudos secrets du monde. Être parfaitement dans ce qu’on dénonce… Comme le type qui à travers la phrase « Arrêtez de regarder TF1, vous êtes des moutons ! » ne cherche qu’à se prouver à lui-même qu’il peut y arriver, lui… à ne pas regarder autant cette chaîne. Pourquoi TF1 ?… On arrête de la regarder et tout à coup on commencerait à voir les vérités cachées du monde ? Whooh. Je ne vais pas m’arrêter de regarder ce que je ne regarde déjà pas, mais toi arrête de fumer !…

Ce n’est pas de la dénonciation ou de l’indignation, c’est la consommation goulue, fanatique, auto-satisfaite d’une posture de révolte. Autrefois, on allait à la messe et on jetait des pièces pour les pauvres pour se donner bonne conscience. Aujourd’hui, on s’insurge contre la marche bancale du monde, on s’indigne, on se révolte et… on rentre chez soi pour consommer. Imaginons qu’il y ait dans le monde une grave pénurie de peinture. C’est absurde, tout le monde s’indigne, et personne ne fait rien. Alors, pour dénoncer cette incapacité à faire quoi que ce soit, l’artiste, le peintre, décide de faire une peinture qui en mettra plein la vue et qui aura pour ambition de dénoncer cette pénurie de peinture. « Non mais quand même ! il fallait que ce soit dit ! » Heu, oui, merci d’enfoncer les portes ouvertes. Sinon ça va, t’as eu besoin de pas trop de peinture pour y arriver ?…

Next Floor, Denis Villeneuve 2008 Phi (1)_

Next Floor, Denis Villeneuve 2008 Phi

Je crois que c’est Douglas Sirk qui disait dans le documentaire de Scorsese, qu’un film qui ne laissait pas assez de part à l’imagination, qui ne laissait pas assez la possibilité au spectateur de se faire son propre film, qui montrait trop clairement la voie, était un mauvais film. Un film peu avoir un message, du moins, c’est toujours mieux de sentir une intention et une cohérence derrière des événements, des enjeux ; mais si le message ne laisse aucune possibilité au spectateur de se faire sa propre idée, si on lui impose une conclusion, une vision, il y a de fortes chances qu’on tombe dans l’excès, la grossièreté et la suffisance (c’est fabuleux comme j’ai toujours raison quand je me parle à moi-même). Les artistes ne sont pas là pour gouverner le monde et dire vers quelle direction il faut aller ; ça ne saurait être autre chose que de la démagogie ou de l’ignorance. Ils sont là pour poser les problèmes, suggérer des issues, et alors, laisser le spectateur tirer lui-même les conclusions qui s’imposent. Et c’est justement parce que la direction d’acteurs est si mauvaise, ne laissant planer aucun doute, en insistant sur les sentiments des uns ou des autres (gloutonnerie et gourmandises des uns face au machiavélisme du majordome), que le film dévoile trop clairement ses “vérités”. Les neuneus qui “savent” déjà que les responsables ce sont toujours les autres y trouveront sans doute leur compte ; les autres auront le droit de hausser les épaules devant le ridicule des moyens employés et la naïveté béate, voire terroriste du propos :

« T’as pas aimé ? mais t’es qu’un gros porc de collabo capitaliste ! T’as conscience que tu exploites la planète et que tu es coupable de ton inaction ?! »

Ah oui, et toi, tu fais quoi pour le monde ? Tu veux comparer nos bilans carbone respectifs, monsieur l’indigné ?

 

Next Floor, Denis Villeneuve 2008 Phi (2)_Next Floor, Denis Villeneuve 2008 Phi (3)_


 

 

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Yes Man, Peyton Reed (2008)

Yes Man

Yes Man Année : 2008

Réalisation :

Peyton Reed

6/10  IMDb

Avec :

Jim Carrey, Zooey Deschanel, Bradley Cooper

Du formaté pour Jim Carrey, mais j’aime bien Jim, je plaide coupable, et c’est supportable.

Un film très largement inspiré de la « positive attitude » de Jean-Pierre Raffarin. Reste que cette philosophie a une base de vrai en comportementalisme ché pas quoi, c’est un éternel grognon qui le dit. Il parait que voir le bon côté des choses, être positif, déclenche effectivement des événements positifs. En clair celui qui se plaint va rester chez lui ou ne va jamais sortir des sentiers battus et par conséquent manquera toutes les occasions que lui offre la vie. Derrière un accident il y a souvent une rencontre importante, une révélation, etc. Alors que le mec négatif verra toujours l’accident, jamais l’opportunité qu’il y a derrière. C’est exactement ce que montre le film, de manière caricaturale bien sûr, mais on est chez Carrey et il n’y a pas de comédie sans caricature. Belle leçon pour les autres surtout, parce que moi je reste dans mon plumard. À l’abri de la vie, de l’aventure, des emmerdes et des opportunités.

Yeah.


Yes Man, Peyton Reed 2008 | Warner Bros., Village Roadshow Pictures, Heyday Films


 

The Chaser, Hong-jin Na (2008)

Rien ne sert de courir

The Chaser

Note : 4 sur 5.

Titre original : Chugyeokja 

Année : 2008

Réalisation : Hong-jin Na

Avec : Kim Yoon-seok, Ha Jung-woo, Seo Yeong-hie

Comme quoi, il faut toujours insister, jamais s’arrêter aux premières minutes d’un film…

J’avais essayé de m’y coller, il y a quelques mois et j’avais arrêté, épuisé par une histoire sans queue ni tête, une situation difficile à comprendre. Il faut dire qu’il y aurait beaucoup à jeter dans ce début. On s’attarde par exemple sur une des call-girls alors que ça sert à rien pour le reste du récit. Mais une fois que l’autre fille (celle que son mac va s’évertuer à rechercher pendant tout le film) est prise dans les griffes du Hannibal Lecter local, on ne peut plus décrocher ses yeux de l’écran ! On est au cœur d’un des meilleurs thriller de ces trente dernières années. Entre Le Silence des agneaux et Seven (même si pour le coup, une scène, celle où le mac retrouve un ancien apart’ du maboule, est un peu raté : on voit rien).

Le film commence donc avec la disparition d’une ou deux prostituées (j’ai toujours pas bien compris). Leur mac retrouve leur voiture dans une ruelle du centre-ville. On apprend qu’il est un ancien flic, ce qui va lui permettre de se lancer à leur recherche et à faire jouer son maigre carnet d’adresse. Malheureusement, les « affaires » doivent continuer et il envoie une autre call-girl vers un rendez-vous qui se trouvera être le serial killer sanglant qui enlève toutes ses putes. Il le découvre tardivement. Il arrive à joindre sa call-girl une dernière fois pour lui demander de l’appeler une fois qu’elle aura l’adresse du tueur. Manque de pot, la pute cherche à le joindre, mais il n’y a pas de réseaux dans l’appartement… Là, le guignol va commencer à la charcuter… jusqu’à ce qu’on sonne à la porte. La fille est passablement amochée, enlacée comme une truie. Il va à la porte. Par un jeu croisé de situations on est amené à croire que c’est le mec. Bien sûr, ce sont juste deux vieux qui cherchent un ami… Le gars ne trouve rien de mieux pour s’en débarrasser que de les tuer. C’est là que le film devient un poil meilleur avec un petit air de Seven. Le serial killer s’en va éloigner la voiture des vieux, mais il a un accrochage avec le mac qui rôde dans les parages en espérant retrouvant l’adresse du mec. Voyant qu’il avait du sang sur sa chemise, il imagine qu’il peut être son homme et en a le cœur net quand il fait son numéro de portable ! Il se bagarre et sont emmenés tous les deux au commissariat…

Le film s’emballe. Non seulement l’action n’arrêtera plus jusqu’à la fin, avec un seul objectif : trouver la fille, car on sait qu’elle est vivante. Mais en plus, on a plutôt des personnages inédits dans des situations similaires. Si le tout est assez prévisible et dans la bonne tradition du thriller, les personnages eux sont assez originaux et pas pour autant moins crédibles.

Le mac est donc un ancien flic reconverti sur le marché de la prostitution. Pourtant, si sa situation pourrait laisser croire à une brute épaisse et antipathique, c’est plutôt un homme qui sait ce qu’il veut, un patron, qui met toutes ses forces dans la recherche de sa fille. C’est sûr, faire d’un mac un héros et en plus le montrer sympathique, ce n’est pas très correct, mais depuis Dexter on sait qu’on peut faire bien pire dans l’identification à un monstre. On ne juge pas ce qu’il fait, à la limite ça nous regarde pas et ce n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est sa quête. Et peu importe si certains pourraient voir ça comme une manière de le voir racheter sa situation. Ce n’est pas du tout ça. Sincèrement, on sent que le mac veut retrouver cette fille, non pas parce qu’il perdrait de l’argent, non pas parce qu’il l’aimerait plus qu’une autre, mais parce que c’est dans sa nature de pas se laisser marcher sur les pieds (oui on se surprend à penser « mais il a raison ce mac de pas se laisser faire !… heu, qu’est-ce que je suis en train de dire… »). Difficile à croire et pourtant tout est crédible de bout-en-bout.

La fille n’a rien de la prostituée de mauvaise famille, décérébrée. C’est une jeune mère qui élève seule sa gamine de cinq ou six ans. Pas vraiment un cliché de vouloir montrer la pute dévouée, formidable : on peut très bien imaginer qu’une femme vivant seule doive en passer par la prostitution pour gagner sa vie. Pour accentuer deux effets, sa vulnérabilité et le « ça aurait pu être une autre », le récit a la très bonne idée de nous la montrer fiévreuse. Astuce géniale.

Le personnage du serial killer est tout autant original mais pas moins crédible. Le film adapte en fait les archétypes du thriller à sa société. On imagine bien qu’un malade mental en Corée puisse être un jeune garçon, solitaire, impuissant et manipulateur, mais loin d’être un génie comme on peut en trouver dans certains polars ricains (c’est toujours mieux de penser que seuls des génies peuvent mettre en place de tels systèmes pour éviter de se faire pincer). Le mec est juste dérangé, ordinaire, ni plus ni moins intelligent qu’un autre. Et il a l’insolence de son âge. Il connaît les rouages de la justice pour s’en sortir au mieux. Passer pour un fou en donnant des versions contradictoires, jouant tour à tour les victimes ou jouant parfaitement le rôle du monstre par provocation.

Le film est une réussite, un coup de maître pour un premier film. L’action est très resserrée : sur une ou deux journées (tellement resserrée que le mac trouve le temps de manger deux fois avec la gamine en pleine nuit et qu’elle montre à peine des signes de fatigue). Étonnant cinéma coréen, capable de nous proposer une telle diversité et une telle qualité. En partant de rien, comme la tortue dans la fable de La Fontaine…


The Chaser, Hong-jin Na 2008 Chugyeokja | Big House, Vantage Holdings, Showbox Entertainment


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The Spirit, Frank Miller (2008)

The Spirit

The Spirit Année : 2008

Réalisation :

Frank Miller

4/10  IMDb

La preuve qu’il ne faut pas seulement faire de bonnes images pour être un grand cinéaste.

Miller est le pape de la BD us, mais il n’a aucun sens du rythme cinématographique, un ton assez nonchalant, et aucun sens de la mise en scène. Aucune tension dans le jeu, aucun suspense, aucun mystère, tout joué à un pathétique premier degré. On n’est pas loin de l’esprit de la série Batman des 60 : Bing ! Bang ! C’est son style. Qui n’a rien de cinématographique. En plus de ça, aucun sens du montage, ou du découpage devrait-on plutôt dire ici.

Assez affligeant. Mieux vaut revoir Sin City, plus maîtrisé avec Robert Rodriguez et Tarantino, voire le film français SF Renaissance.


The Spirit, Frank Miller 2008 | Lionsgate, Dark Lot Entertainment, MWM Studios


 

La Journée de la jupe, Jean-Paul Lilienfeld (2008)

La Journée de la jupe

La Journée de la jupeAnnée : 2008

Réalisation :

Jean-Paul Lilienfeld

B-/10  IMDb

 

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Films français préférés

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Une nouvelle fois, Arte sort un de ses téléfilms au cinéma.

Beaucoup aimé pour ce que c’est (un petit film cherchant à viser juste, sans s’éparpiller, sans grandes ambitions non plus), en dehors de la performance d’acteur de quelques-uns, Denis Podalydès en tête… Mais les élèves sont convenables et Isabelle Adjani, c’est Adjani… l’une des meilleures actrices française avec Catherine Deneuve et Isabelle Huppert.

Le thème est fort. Il y a certaines répliques bien vues. Une tension incessante, des revirements inattendus et une révélation finale qui sonne juste.

Un film sur la société. Indispensable. Parce que ça a le mérite de poser tout un tas de problème


La Journée de la jupe, Jean-Paul Lilienfeld (2008) | Mascaret Films, ARTE, Radio Télévision Belge Francophone (RTBF)