Frozen River, Courtney Hunt (2008)

Frozen River

Frozen RiverAnnée : 2008

Réalisation :

Courtney Hunt

7/10  IMDb

 

Après le naturalisme à la française, à la chinoise, voici le naturalisme froid et glauque à l’américaine…

Pas passionnant mais ça se laisse regarder. Une mère de famille est amenée à suivre une Indienne Mohawk dans son trafic de clandestin pour se faire un peu de blé. Les trafics se font de nuit, à travers le territoire de la réserve. Il faut passer la frontière du Canada en voiture en roulant… sur un fleuve gelé. L’Amérique de la misère.

Le ton est assez juste, le sujet original, mais c’est vraiment bien glauque. Pas un brin d’humour ni d’espoir. À côté un film français, c’est Hollywood.

Frozen River, Courtney Hunt 2008 | Cohen Media Group, Frozen River Pictures, Harwood Hunt Productions


 

John Adams, Tom Hooper (2008)

La série racontée en trois lignes

John Adams

Note : 4 sur 5.

Année : 2008

Réalisation : Tom Hooper

Avec : Paul Giamatti, Laura Linney

L’histoire : La vie, l’œuvre, les poux, de John Adams, second président des États-Unis.

Après le premier épisode :

Ça semble prometteur. On reconnaît le savoir faire et le style HBO…

J’espère que la série retracera fidèlement l’histoire du second président d’Amérique. Je ne sais pas du tout s’ils ne vont traiter que l’époque qui précède la guerre d’indépendance ou après ou je ne sais quoi…

C’est l’occasion de voir le Berléand américain, souvent abonné au second rôle à cause de sa tête de petit joufflu et qui avait enfin accédé à la gloire (si on peut dire) avec l’excellent Sideways.

Puis au final :

Mini-série de dix heures sur la naissance de la nation américaine.

Dans le premier épisode, l’avocat John Adams défend des militaires anglais accusés d’avoir tiré sur la foule. Il s’efforce de démontrer qu’ils y ont été forcé par des indépendantistes… Après cette histoire, l’un de ses amis lui dit que grâce à cette affaire (qui montre son intégrité) il ferait le candidat parfait pour représenter Boston au congrès secret qui se réunit à Philly… Adams n’est pas chaud pour la politique. Ce n’est pas un grand orateur et après cette affaire, il ne s’est pas fait que des amis (sauf au près du roi d’Angleterre qui lui propose un poste…). Il décide finalement de se lier aux Patriots.

John Adams | HBO Films High Noon Productions Playtone Mid Atlantic Films

Le second épisode (le plus passionnant sans doute sur le plan historique) est presque entièrement dédié à ce congrès (le film narre aussi la vie personnelle du futur président, en montrant l’importance qu’avait sa femme dans ses choix). On est au début de cette guerre qui n’a pas encore de nom et dont on ne verra que peu d’images (tout se passe dans les salles de réunion). On voit les divergences entre ceux qui désirent simplement montrer leur désaccord avec les taxes imposées sur les Colonies et ceux comme Adams qui comprennent qu’il n’y a plus la place pour la négociation et qu’il est temps de proclamer son indépendance. Et là tout se joue un jeu subtil non seulement où il faut arriver à convaincre les représentants des autres colonies, mais aussi déterminer quand sera la meilleure période pour déclarer cette indépendance.

On découvre alors les personnages récurrents de la série (et de l’Histoire) : Franklin, qui a l’expérience de la politique à Londres et qui prodigue des conseils à Adams ; Jefferson, l’âme de la révolution, l’idéaliste et le poète ; le général Washington, représentant peu bavard de Virginie, une gloire militaire, et que Franklin et Adams choisissent pour diriger l’armée des Patriots uniquement parce qu’il a beaucoup de prestance (il est immense… ça tue le mythe).

Adams arrive à persuader tout le monde qu’il faut une déclaration d’indépendance. Et une fois qu’il l’a, il demande à celui qui semble le plus doué pour une telle tâche de s’exécuter : Jefferson. C’est là que Jefferson en fait plus qu’une déclaration d’indépendance mais un texte sur l’égalité des hommes, etc. Seulement, c’est un peu trop osé pour Franklin et celui-ci décide d’y enlever les passages traitant de l’esclavage pour ne pas froisser les États du Sud… Dont est originaire pourtant Jefferson… Quand on sait qu’ils auraient pu là éviter une future guerre civile qui viendra un peu moins d’un siècle plus tard…

Dans l’épisode 3, John Adams se rend à contre cœur en France pour y demander l’aide du Roi ; sa femme insiste pour qu’il ne parte au moins pas seul : il embarque avec son fils (lui aussi futur président).

Il découvre la vie de la cour à Versailles. Alors que Franklin, lui, est tout à fait à l’aise au milieu des orgies et des dorures, Adams se demande un peu ce qu’il fout là et n’a pas la diplomatie de son ami pour arriver à ses fins. Il passe même pour un imbécile devant le roi de France, un extraterrestre, parce qu’il ne parle pas français (les Français sont présentés comme les Américains d’aujourd’hui : ils sont le centre du monde, l’Amérique est toute petite, et la langue de la diplomatie ─ et le restera jusqu’à la seconde guerre mondiale ─ est le français). Adams n’appréciant pas d’être traité comme un provincial et de devoir sucer la queue de « sa majesté de France », il rejoint le Royaume de Hollande, également ennemi de l’Angleterre, mais y tombe malade. Il devra envoyer son fils accompagné un autre émissaire américain à Saint-Pétersbourg pour rencontrer la Grande Catherine… parce qu’on y parle le français et que le petit Adams a eu le temps de l’apprendre à Paris.

Dans cet épisode, la cour française est vraiment montrée comme un truc complètement à côté de la plaque. Le contexte est sans doute bien retraduit, parce qu’on comprend bien qu’une telle société ne peut pas durer…

Dans l’épisode suivant, Adams toujours à Paris fait venir sa femme (à vue de nez, il est déjà parti depuis quatre ou cinq ans ! ─ un autre temps… on est loin du Concorde). Jefferson aussi le rejoint. Les Adams (leur enfants sont restés aux États-Unis, ils sont grands maintenant) profitent des manoirs français, des opéras, des jardins… la vie parisienne quoi… Jusqu’à ce qu’Adams reçoive une lettre lui demandant d’aller en Angleterre, pour être le premier ambassadeur à la cour du roi. Juste avant ça, il y a une scène assez hallucinante ou trois des grands hommes qui sont à l’origine de la Déclaration d’indépendance (Franklin, Jefferson et Adams) se retrouvent coincés dans des jardins à Paris alors qu’on est en train de rédiger la Constitution aux États-Unis.

Adams part donc pour l’Angleterre et la scène avec le Roi George III est un vrai régal. D’un côté l’Américain qui rechigne à faire les courbettes d’usage et de l’autre le souverain qui tire la tronche face à bonhomme qui a décidé en somme de ne plus être son copain…

Très vite, les Adams se lassent de Londres où ils ne sont pas les bienvenues (ils sont loin les palais français…). Et Adams demande à ce qu’il soit remplacé. Ce qui sera finalement accepté. Et à sa grande surprise, il est accueilli comme un héros à son retour. Il retrouve également ses enfants, qu’il n’avait pas vu depuis… bien dix, quinze ans !

Il arrive juste à temps en fait pour les premières élections (ah, ah peut-être que Londres c’était pas si mal que ça). Il se présente et est battu par… Washington, le grand gaillard, qui est incapable d’aligner deux mots. Son investiture est presque comique : personne ne l’entend (grande carcasse, petite voix). Adams devient vice-président.

Épisode 5 : Là, on entre dans la politique. Je n’avais pas de sous-titres, donc je n’ai pas tout compris… Bref, en gros, il y a lutte de pouvoir entre tous ces bonshommes. Washington veut affirmer et assumer ses idées, Adams est frustré de son rôle (nul) de vice-président. Jefferson vante les mérite de la révolution française, pour lui c’est dans l’ordre des choses. On apprend même que c’est lui qui est à l’origine de la Déclaration des droits de l’homme… Et tout le monde se bagarre pour la position à adopter face à cette révolution qui les embarrasse au plus haut point. Il y a un risque d’expansion dans toute l’Europe et la guerre avec l’Angleterre risque de s’intensifier. Or, les Français ont aidé les Américains dans leur indépendance. Ils devraient tout naturellement les aider en cas de souci. Seulement, les Américains ne peuvent s’engager… et Washington (qui n’apprécie pas les Français) décide contre l’avis du peuple (très pro français ─ c’est un peu le monde à l’envers aujourd’hui), contre l’avis de Jefferson, de signer un traité de non-agression avec l’Angleterre. Une excuse toute trouvée pour le premier président : « Hé oh, on a passé un accord avec Louis XVI, pas avec la République… et vous lui avez coupé la tête ! » Bref, le joli coup de pute. Bienvenue en politique…

Le double mandat de Washington s’achève et un peu à la surprise générale (alors qu’entre temps on a appris aussi que la première élection avait été bidouillée ─ c’est donc une vieille habitude), Adams se fait élire Président. Jefferson jouera les « inutilités » au poste de vice-président.

Épisodes 6 : après des agressions de certains vaisseaux français dans les caraïbes (donc le fait qu’on ait jamais été en guerre, c’est du flanc, pas de guerre déclarée, mais des bateaux coulés de part et d’autre : « Hé, je croyais que t’étais mon copain, mais tu t’es bien défilé quand j’ai eu besoin de toi ! Tiens prends ça dans la gueule ! ─ E4, touché coulé ! »), les Américains se voient dans l’obligation de se créer une armée sur les cendres de l’ancienne armée continentale. On désigne Washington pour la forme mais en réalité c’est son second, le premier faucon déjà on pourrait dire, parce que l’ancien président est HS… Ce second (dont j’ai oublié le nom) se plaît à jouer au petit soldat d’abord en s’amusant à créer la garde-robe de son armée (« des jolies rayures jaunes sur le côté, ça ferait classe !), mais le bonhomme est un peu trop belliqueux au goût d’Adams… Faut dire qu’il voulait s’emparer de la Floride, de la Louisiane et de la Californie. Et là Admas qui sort la phrase de Chirac : « Il n’y a pas de guerre propre… La guerre est toujours la plus mauvaise des solutions ».

Pendant ce temps, Adams rejoint la nouvelle capitale (un peu à l’image de la Chine médiévale, un nouvel empire crée une ville nouvelle…)… Washington. Et là, c’est très symbolique encore, parce que la Maison blanche est à peine achevée. Elle est perdue au milieu d’un immense champ de boue, au milieu de nul part, bâtie par des esclaves noirs… Finalement Adams perd la nouvelle élection et Jefferson s’installe à la Maison-Blanche (« Non, non pas la peine de t’essuyer les pieds partout Thomas… C’est aussi propre à l’intérieur qu’à l’extérieur… c’est pas encore vraiment le palais des glaces »).

Le dernier épisode est presque exclusivement dédié au rapport avec sa famille, sa vieillesse (il s’était un peu brouillé avec son grand copain Jefferson à cause de cette histoire d’accord avec l’Angleterre. Ils renouent contact et finiront tous les deux par mourir le même jour… L’ironie, le 4 juillet, cinquante ans après leur déclaration d’indépendance.


 

 

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Hunted, Susan Montford (2008)

Kim jong him

Hunted

Note : 2 sur 5.

Titre original : While She Was Out

Année : 2008

Réalisation : Susan Montford

Avec : Kim Basinger

Kim Basinger en desperate housewife qui en a marre de devoir faire la popote à son mari, qui en a marre de jouer les parfaites ménagères… et qui n’aime rien d’autre que ces gamins — tout le reste, elle en n’a rien à foutre, c’est une louve…

OK, message passé, en avant le film féministe qui prend un (très) vulgaire thriller pour faire passer son message de l’anti american woman way of life. Kim n’aime pas son connard de mari ; Kim n’aime pas aller faire les courses le soir de Noël ; Kim emmerde les petits cons qui garent leur bagnole à cheval sur deux places au parking du centre commercial ; et Kim est une sacrée rebelle féministe qui leur fait bien savoir.

Ça lui attire des emmerdes, parce que les petits cons en question la poursuivent en voiture puis dans les bois. (D’où le titre français du film : Hunted… — C’est nouveau ça, on change le titre en anglais pour le changer par un autre en anglais… certainement que notre niveau en anglais ne permet pas de comprendre une phrase-titre, ou peut-être comme on le sait déjà que les distributeurs en France sont juste à la fois très cons et parfaitement irrespectueux de l’œuvre originale… Là, le titre original au moins est conforme à l’univers du film, alors que le français le fait passer pour un vulgaire thriller de plus… sauf que non, c’est un thriller féministe, mon frère ! faut pas dénaturer ça).

Hunted, Susan Montford 2008 While She Was Out Insight | Film Studios, Angry Films, Victoria Filmproduktion

Seulement la Kim, elle a des couilles et elle se bat telle Predatorette dans l’obscurité de la nuit. Quand elle se barre dans les bois, la femme du XXIᵉ siècle, au lieu de prendre son sac à main pour se repoudrer le nez, elle prend sa boîte à outil… C’est qu’elle est mécanicienne la femme du XXIᵉ siècle. Et voilà Kim qui se débarrasse de ses petits cons sans cervelle (mais où est leur maman ?!) un à un, à l’aide de sa précieuse trousse à outil. Gros symbole (« Oh ! my gode ! »).

Kimy retourne chez elle (« on peut savoir d’où tu sors ?! »), ne s’essuie pas les pieds sur le paillasson, va border ses précieux louveteaux, pis va buter son con de mari affalé dans son canapé (peut pas faire le ménage le con ?!).

Les hommes, c’est tout juste bon à nous engrosser nous les femmes, il faudrait les buter aussitôt après. Marre d’être une femme de ménage, marre d’être la potiche du Président, marre de faire les courses pour Monsieur.

Le message est clair, et il est très intelligent… Après Katy Bigelow, voici Susan Montford… et elles revendiquent l’idée d’être aussi connes que les mecs. Merci, ça fait avancer le monde.



 

 

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Ploy, Pen-ek Ratanaruang (2008)

Ploy

PloyAnnée : 2008

Réalisation :

Pen-ek Ratanaruang

7/10  IMDb
Vu en septembre 2008

Un film très sage, sans grande ambition, mais hypnotique.

L’ambiance tout du long est celle qu’on peut croiser dans le no man’s land d’un aéroport du bout du monde au petit matin : lourd, lent, fatigué, silencieux, avec ce petit bourdonnement lancinant qui ne vous quitte pas des oreilles et qui vous hypnotise.

On le comprend, un peu tard, mais c’est un film sur le désir, le fantasme, la peur de la perte de l’autre.

Pas envie de m’attarder trop sur ce film, de peur de le réveiller (là où il se repose sur le divan de la chambre d’hôtel). Pas un grand film, parce qu’il ne prétend pas être autre chose qu’un petit bonbon vite apprécié, vite oublié. Un film réussi en tout cas. Très antonionien, finalement… L’incommunicabilité à contre-emploi, thaïlandaise, celle des matins hallucinées après une nuit blanche. Celle de l’incertitude et de l’après. De la solitude aussi.

Jumper, Doug Liman (2008)

JumperAnnée : 2008

Réalisation :

Doug Liman

5/10  lien imdb
 

Vu en juin 2008

Ce film concourt pour le film le plus mauvais de l’année. Certes c’est parfois divertissant, la téléportation, Samuel L Jackson, c’est cool, mais le scénario… on voit rarement un truc aussi peu soigné. On ne prend même pas la peine de combler les énormes approximations du film. Rien n’est creusé, on fuit comme des serials éjaculateurs précoces dès qu’on rencontre un truc intéressant…

« Quoi maman, je suis un jumper, tu es un blade jumber runner ?! ok, on est pas fait pour s’entendre : adieu. »

Woaw la scène de dénouement la plus expéditive de l’histoire (qui ne résous rien d’ailleurs). Sans doute pour faciliter une probable suite. (gagné) Ça se vend par grappe les navets ?

Bref, heureusement qu’il y a les effets spéciaux pour se consoler… un peu comme quand on en s’ennuie au théâtre et qu’on regarde les décors… ou les seins de Joan Bennett.

Faut bien voir un navet de temps en temps, pour apprécier le reste…


Cloverfield, Matt Reeves (2008)

Combler le trou de la sécu

Cloverfield

Note : 3.5 sur 5.

Année : 2008

Réalisation : Matt Reeves

Un brin de Godzilla, un autre du Projet Blair Witch, le tout saupoudré d’Alien, des Monstres attaquent la ville ou des Dents de la mer ou encore de Starship Troopers. La dramaturgie est bien sûr réduite au minimum. On voit rarement le monstre dans son intégralité. On a droit au début à une scène pour présenter les personnages qui, un à un, mourront (c’est pas un spoiler ça, c’est le principe de tous ces films). Le seul fil conducteur étant de rejoindre une amie à l’autre bout de Manhattan en essayant de survivre aux monstres… Bref, tout est basé sur le « naturalisme » et la linéarité des événements. En cela, c’est vraiment semblable à Blair Witch. Après l’horreur, le film catastrophe donc joue avec les différents niveaux de réalité.

On avait déjà vu ce dont les effets spéciaux étaient désormais capables de faire en matière de réalisme dans Le Fils de l’homme, dans la scène du débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan et dans la scène de bataille spatiale du dernier volet Star Wars. Comme dans le Fils de l’homme, l’idée est la transparence des effets pour accentuer le réalisme, la peur. C’est la technique qui se met au service du récit. Alors parfois, c’est un peu surfait. Le paradoxe, c’est que les moins crédibles, ce ne sont pas les images mais les acteurs, même si sur ce point, ils s’en sortent vraiment pas mal vu la difficulté d’être crédibles et juste dans ce genre de trucs qui se veut ultra naturaliste.

Cloverfield, Matt Reeves 2008 | Pictures, Bad Robot, Cloverfield Productions
Si on ne voit rien, c’est que c’est produit par J.J. Abrams

On peut aussi penser que c’est un film directement issu du 11 septembre. Si les vieux films de science-fiction mettaient en scène les peurs contemporaines des Américains, à savoir la peur de l’invasion des Rouges, là c’est pareil, le danger vient de l’extérieur et s’attaque à la ville. La différence, c’est qu’il est moins défini, plus insaisissable. On ne sait pas s’il s’agit de monstre marin, d’extraterrestre, de créatures issues de la folie des hommes… peu importante, l’Amérique est attaquée ! (D’ailleurs, c’est pas une coïncidence si Invasion est là encore comme une énième version de LInvasion des profanateurs de sépultures… Hollywood n’a pas cessé d’adapter cette histoire, avec dernièrement, une version télévisée en série et donc ici aussi avec le film avec Kidman.)

Après le 11 septembre, les Américains avaient cessé de faire ce genre de films par respect pour ce qui s’était passé. Mais l’Amérique digère ses démons en les imprimant sur pellicule et les digère vite. Des films comme Independance Day ou Armageddon, en dehors de leur (manque de) qualité, sont la véritable identité de l’Amérique. Un pays basé sur le mythe de l’Eldorado, fait de bannis, d’exilés, de persécutés, et s’isolant du reste du monde pour s’en protéger. Et donc, paranoïaque face aux menaces extérieures.

Il serait intéressant de comparer la culture américaine avec les deux autres civilisations qui ont une histoire d’isolationnisme. On remarque dans la culture nippone une même peur de l’apocalypse, de l’étranger venant d’un ailleurs inconnu (Cf. Godzilla). Le Japon a connu deux catastrophes nucléaires sur son sol. La Chine, elle, n’a pas vraiment cette culture, alors même que son voisin l’a bel et bien envahi (et d’autres depuis deux siècles). C’est un peu comme si la Chine se suffisait à elle-même, qu’elle était trop imposante pour servir de cible aux monstres et aux catastrophes. Tu peux attaquer la Chine, mais c’est si vaste, si dense, que tu ne fais que lui bouffer deux ou trois feuilles de mûrier — le mûrier, lui, dans l’imaginaire collectif, est immuable. Sa culture est basée surtout sur des conflits à l’intérieur même de son territoire ; jusque dans sa culture, la Chine est restée très refermée sur elle-même. Même la culture issue de Hong-Kong reste très axée sur elle-même, voir vers la Chine et quand Wong-Kar Wai s’expatrie dans le sud-est asiatique ou en Argentine, ce n’est évidemment pas pour montrer l’étranger sous un mauvais jour (d’ailleurs il ne les montre pas, ce n’est qu’un décor). Il y a peut-être une culture similaire en Corée, influencée par le Japon ou par mimétisme par la Corée du Nord… avec l’arrivée de quelques films catastrophes avec des grosses b-bêtes qui tuent la ville (donc la nation).

Chaque culture met en scène ses propres démons. L’Amérique met en scène ses peurs de l’étranger. Ça se traduit soit par des récits remplis de violence urbaine, soit par de récits métaphoriques à travers tout le cinéma de genre. Le Japon tente de vivre après l’apocalypse de Hiroshima, la Chine revisite son époque médiévale pour échapper à la censure ou traduit l’oppression des communautés de quartiers, du communisme en général à travers la mise en scène de truands qui ont tout pouvoir dans un monde sans justice, sans police.

Et l’Europe dans tout ça ? Les Allemands ne sont jamais aussi bons que quand ils revisitent leur histoire (Goodbye Lenine, La Vie des autres). Les délires de Visconti et surtout de Fellini ont été les fossoyeurs du cinéma italien ; Nanni Moretti et Benigni émergent de temps en temps, mais le néoréalisme et la comédie italienne n’ont pas eu de suite. La culture aujourd’hui, en Italie, elle est sur les chaînes de Berlusconi…

En Espagne, on semble se tourner rarement vers le passé, ou sinon l’époque franquiste n’est qu’un décor. Le meilleur film sur cette époque est sans doute anglais avec Land and Freedom de Ken Loach. Seul Almodovar a émergé. Ses délires étant le signe d’une liberté nouvellement acquise. Il s’est depuis assagi, mais ses films restent des farces intemporelles, d’excellents films qui pourraient être aussi bien japonais ou français ; c’est un peu de la world culture

L’Angleterre n’a pas à se trouver une culture, elle n’a pas de démons à affronter (à part du côté de l’Irlande peut-être…) car elle n’est finalement devenue qu’une sous-culture de la grande Amérique. Elle est après Hollywood, le centre cinématographique américain : une très grande partie des stars us sont en fait britanniques, ainsi que ses techniciens, une partie du phénomène pop musique est née là-bas ; le seul démon qu’elle pourrait avoir, c’est l’Amérique elle-même… sinon, qui irait se plaindre de la Reine ?! (À noter toutefois qu’on peut voir James Bond comme le fantasme ou la nostalgie de la puissance de l’empire britannique).

Et en France ? Elle est schizophrène. Autrefois sa culture était au centre de toutes les attentions ; aujourd’hui, elle déprime en se sentant peu écoutée. Surtout, elle ne cesse de vouloir se comparer à la culture dominante qu’est la culture américaine, parce qu’elle ne connaît rien d’autre qu’être le centre de toutes les attentions. Jalouse, elle essaie d’imiter, mais ça ne marche pas (et pour cause, on n’intéresse pas grand monde quand on parle des démons des autres). Reste des genres peu appréciés du grand public qui ne voit que par la culture américaine, ne cesse de réclamer des chewing-gums aux G.I venus les délivrer, et qui en en ayant honte se reporte vers la découverte des autres cultures du monde (au lieu de se tourner vers sa propre histoire, ou ses propres mythes, comme on le fait donc en Chine par exemple). Comme l’Angleterre, si la culture française avait un démon ce serait la culture américaine, la peur de devoir se comparer à elle, la peur d’être oubliée et de ne plus être jugée à sa juste valeur telle une grand-mère qui rappelle à ses enfants qu’elle aussi était belle autrefois. La culture française a pourtant des démons qu’elle met souvent en scène mais qui attirent peu l’attention de son public. Nos démons d’aujourd’hui sont la peur de la précarité, le conflit social ou familiale. Bienvenue chez ceux qui n’ont pas de problèmes. Problèmes de riches, de gens heureux (qui ne le savent même pas)… Les gens heureux n’ont pas d’histoire. C’est parce qu’on ne vit pas mieux dans aucun pays du monde qu’il est difficile de se trouver des démons à combattre. Les nôtres sont minuscules, donc risibles. Parfois. Surtout quand le pays de l’existentialisme hésite entre la Maman, et la Putain. Chez Maupassant, chez Flaubert non plus il n’y a que des conflits de genre « minimes », mais ils ont été portés par le rayonnement d’une culture à son apogée. S’ils vivaient aujourd’hui, ils seraient dépassés. Ce qui intéresse chez eux, c’est l’environnement bien français de la fin du XXᵉ siècle. Un environnement déjà décrit dans d’innombrables récits ; même s’ils nous décrivent un petit village de campagne sans intérêt ou une chambre à Paris, ça nous paraît déjà fantastique rien qu’à leur évocation ; parce qu’il y a derrière tout ça une culture qui nous est familière, qui est familière au monde entier. Difficile d’avoir été quand on est plus, on ne sait quoi faire… Copier, réinventer ? On se cherche…

Le plus ironique dans tout ça, c’est que souvent, en dehors de la culture us qui n’a jamais de peine à mettre en scène ses démons (Freud s’il n’avait pas été Viennois aurait été quelques décennies plus tard Américain ─ d’ailleurs ses « théories » ne sont pas plus populaires ailleurs qu’aux USA, partout ailleurs, sauf en France, il est dépassé), les cultures elles-mêmes ne sont pas toujours les mieux placées pour parler de leurs propres démons. Du moins, de les affronter directement. Le meilleur film sur Hiroshima, le plus explicite, c’est un film français, Hiroshima mon amour. Le Tombeau des lucioles par exemple aurait pu traiter le sujet, mais a glissé timidement sur autre chose, une autre catastrophe (mais un démon tout à fait identique). Le meilleur film sur la part d’ombre de l’histoire française a été réalisé par Kubrick, avec les Sentiers de la Gloire et ses « fusillés pour l’exemple » durant la grande guerre. Les films sur la résistance ont été nombreux, mais sur la collaboration, sur le régime de Pétain, finalement, c’est timide. On préfère encore se souvenir des héros, plutôt que des monstres, or les héros sans monstres ne sont rien, et là, c’est comme si ces héros ne faisaient jamais face à leurs démons, comme si c’était du vent. Les collabos ? En dehors de Lacombe Lucien, j’en vois pas beaucoup, sinon des crapules juste bons à glorifier les autres qui eux sont des héros. Et puis, il y a La Bataille d’Alger… forcément, un film italien.

Il y a un domaine que les Français devraient donc aussi creuser, au lieu de vouloir imiter la violence urbaine américaine (totalement inexistante en France ou presque), c’est le film catastrophe ou de science-fiction sur la peur des envahisseurs, de l’intrus, de l’étranger. On cherche parfois à imiter leur violence urbaine alors qu’on habite sans doute dans un des pays les plus sûrs au monde, où il fait le plus bon vivre, alors qu’on a un point commun avec eux, même si notre approche est sans doute encore plus schizophrène, c’est la peur de l’autre, de l’intrus, de l’infiltré. La série V aurait dû être française (elle tire d’ailleurs son inspiration de la résistance française pendant l’occupation), toute la gamme de films sur le thème des Envahisseurs auraient sans doute une crédibilité. Restera ensuite bien sûr de ne pas aller vers le sens de cette peur… « On va vous faire peur, et vous avez raison d’avoir peur !!! »

Encore faut-il avoir des auteurs disponibles et écoutés (on peut avoir des auteurs, mais ils ne sont pas toujours pris au sérieux… Ainsi entre mille exemples on peut citer La Planète des Singes de Pierre Boule, Papillon de Henri Charrière, Le Salaire de la peur de George Arnaud également adapté par Friedkin alors que le film pour le coup de Clouzot était une grande réussite ; et nos auteurs populaires, le plus souvent, faute de culture d’adaptation cinéma, iront voir du côté de la BD). On pourrait traiter la Guerre d’Algérie, les attentats de la fin des années 90, le déploiement d’armée ou d’ONG dans le monde… Même ça, on ne fait pas, on préfère laisser faire par les autres. Quand la femme (française) de Richard Pearl sort un bouquin, ce sont les Américains qui l’adaptent…

On n’aime pas mettre en scène nos peurs ? Et donne des leçons de morale au monde entier et on n’est pas capable d’apporter un jugement critique sur nos propres démons. S’il y aurait à définir l’esprit français, le voilà. Et si par hasard un type prenait le risque de parler de ses peurs, on crierait tout de suite (en j’en ferais probablement partie) au balourd. À défaut d’avoir encore des loups pour nous faire peur, on tire sur les balourds (oui, je suis lourd). C’est pas ce qui est arrivé à Kassovitz avec L’Ordre et la Morale ?

Au fond, on peut se rassurer autrement. Si on a pas (ou plus) d’auteurs français qui influence la culture du monde, au moins, on peut être fier d’avoir une économie (grand paradoxe) qui fait vivre une bonne partie du cinéma du monde (hors USA). Sans Canal+, ou Arte, et sans les redistributions sur recette à la production française (qui produit une très grande part dans le cinéma hors France), certains cinémas étrangers n’existeraient pas. L’influence de la culture française, elle est là. Pas d’auteurs, mais des producteurs. Une sorte de grand programme pour l’aide au développement cinématographique… Un vrai paradoxe (une autre schizophrénie) pour cette culture qui met en avant autant « la politique des auteurs »… sans en avoir, ou plutôt qui refuse de voir les siens… Ou qui considère qu’un cinéaste qui met en scène nos peurs contemporaines ne sont pas des auteurs (nouvelle ironie, un film comme Cloverfield n’aurait pas du tout été possible en France à cause de son aspect purement commercial, pourtant les Cahiers adorent le film…). De David Lynch à Almodovar, en passant par Wim Wenders, Nanni Moretti, Wong Kar-wai, Aki Kaurismaki ou Theo Angelopulos, les fonds français sont partout. Et tel les bons marchants, il n’y a pas mieux que nous pour mettre en valeur les produits venant de ces ailleurs, à travers une quantité impressionnante de festivals sur tout notre territoire. La France, c’est ni Florence, ni Vienne, mais c’est déjà Venise, et c’est déjà pas si mal. Mais faisons en sorte maintenant de ne pas couler… En acceptant de produire nos merdes sidérales, nos films qui font peur. Il y a des vertus cathartiques à regarder un film qui s’attaque à nos peurs. On ne prend plaisir qu’en face des peurs des autres, on ne nous met jamais en danger… Tu m’étonnes ensuite qu’on se bourre de médocs. Le monstre de Cloverfield pourrait bien résorber le trou de la sécu ! mais oui…

Heu, oui Cloverfield… He ben, j’ai été dévoré par le monstre du hors sujet. Zavez pas vu ma main trembler ? Voilà une capture que j’ai pu préserver dans la pagaille :


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